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L’AU-DEDANS DE L’EN-DECA (Robert Goffin)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2022



 

Emilia Castaneda  (16) [1280x768]

L’AU-DEDANS DE L’EN-DECA

Belle d’aube et de caresses
Bulles de fard et de fleurs
Tout ce qui fut notre ivresse
Remonte des profondeurs

Des bruyères me reviennent
Au rythme des baisers las
Est-ce ta lèvre ou la mienne
Qui brûlait cette nuit-là

Est-ce plaie ou plainte Sont-ce
Des ecchymoses de ciel
Ou les lisières de ronces
D’un météore charnel

Sais-je quand surgit le doute
Entre la sève et le sang
Ou quand s’effeuillèrent toutes
Les fleurs du buisson ardent

Etait-ce un soir de dimanche
Que la lézarde s’ouvrit
Quand je touchai sur ta hanche
Un pressentiment d’oubli

Ce qui fut à jamais passe
Au gré de l’ombre et des jours
Tes mots n’ont sur la terrasse
Qu’un lointain reflet d’amour

Etait-ce un soupçon d’abîme
Est-ce toi serait-ce moi
Qui retombait de la cime
Qu’on n’atteint jamais deux fois

Est-ce pour la trop cruelle
Loi vaine d’un vain destin
Que notre flamme éternelle
N’eut qu’un instant de matin

Je cherche et toi sais-tu qu’est-ce
Qui lie et qui délia
Au tréfonds de notre ivresse
L’en-dedans de l’au-delà

(Robert Goffin)

Illustration: Emilia Castaneda

 

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Tout le dedans est à exclure, de l’ordre du dehors (Charles Dobzynski)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2022


magritte

– Si tu passes la main hors lisière
tu risques de la perdre,
agrippée par les ébauches
des gestes inassouvis.

– Si tu glisses tes yeux hors lisière
tu risques qu’ils soient piégés
par une nuit cadenassée
la nuit de tout cela
que tu n’auras pas vu
ni voulu voir.

– Faut-il s’enliser in situ
pour habiter du vivant?

– Tu pourrais camper
dans les andains de la géographie,
t’extirper des plaies
par la grille des déchiffrements.

– Mais que sont tes mots,
sinon confusion
ou contusions de la langue?

– Tout le dedans est à exclure,
de l’ordre du dehors
pour rendre le temps réversible.

– Tu es raturé par ce que tu n’es pas
qui veut corriger ce que tu crois être.

– Parfois à l’aube, tu te couvres
du givre,
de ce qui reste informulable.

(Charles Dobzynski)

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A la grande chaleur (Martine Broda)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2022



 

George Clair Tooker  1920-2011 - American Magic Realist painter - Tutt'Art@ (30) [1280x768]

A la grande chaleur

lorsque ceux qui ont passé les douleurs
se retrouvent face à face en haillons
vite ils se mettent nus
leur peau éblouie par le sang
ils se réchauffent à la grande chaleur

et c’est l’amour incroyable
bleu comme ton regard oublié
il rejaillit plus beau qu’autrefois
nous le buvons comme la vie

il guérit
des squames tombent de la plaie

(Martine Broda)

Illustration: George Clair Tooker

 

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Sonnet III (Louise Labé)

Posted by arbrealettres sur 28 juin 2022



Illustration: Domenico Ghirlandaio

Louise Labé
    
Sonnet III

Ô longs désirs, ô espérances vaines,
Tristes soupirs et larmes coutumières
A engendrer de moi maintes rivières,
Dont mes deux yeux sont sources et fontaines !

Ô cruautés, ô duretés inhumaines,
Piteux regards des célestes lumières,
Du cœur transi ô passions premières,
Estimez-vous croître encore mes peines ?

Qu’encor Amour sur moi son arc essaie,
Que nouveaux feux me jette et nouveaux dards,
Qu’il se dépite, et pis qu’il pourra fasse :

Car je suis tant navrée en toutes parts
Que plus en moi une nouvelle plaie,
Pour m’empirer, ne pourrait trouver place.

(Louise Labé)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Oeuvres poétiques
Traduction:
Editions: Gallimard

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Je t’ai trouvée (Jean Sénac)

Posted by arbrealettres sur 11 juin 2022



Illustration: Marc Chagall
    
Je t’ai trouvée
ta voix suffit le monde s’ouvre
nous arracherons l’homme à son ombre
ensemble nous fermons les plaies.

Je reprends grâce à toi le souffle et la mesure
le coquillage d’eau est au creux de ta chair
il m’enseigne à rouler aussi vrai que la mer
les galets dans ma gorge
avant de les donner aux hommes qu’ils rassurent.

Ton regard se fait complice
des pierres et du soleil
pour une absence limpide.

Ta voix elle
comme un désir à l’approche du soir
trace pour me convaincre
des anémones sur le mur

(Jean Sénac)

Recueil: Oeuvres poétiques
Traduction:
Editions: Actes Sud

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LE JOUR OÙ TOUT SE BRISE EN TOI (Cécile Coulon)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2022



Illustration: Bing Wright
    
LE JOUR OÙ TOUT SE BRISE EN TOI

Le jour où tout se brise en toi
est un jour de vacances, ou bien
un jour de bureau, ou encore
un jour de retrouvailles, un jour
de famille, d’amis, de mariage ou de sexe.

Le jour où tout se brise en toi
ressemble aux autres jours de l’année : bien
sûr il y eut des signes de cet effondrement
mais tout est toujours sur le point de
s’effondrer, les immeubles, les piles de
linge propre, les actions en bourse,
alors pourquoi accorder à ces alarmes
quotidiennes la moindre importance ?

Le jour où tout se brise en toi —
je dis bien « tout » car il ne s’agit pas seulement
du coeur cassé comme le cou d’une volaille
la veille d’un dimanche à la campagne,
je parle du corps, de l’os du genou à celui de la mâchoire,
je parle de l’âme dans ses derniers retranchements,
je parle des plaies qui s’ouvrent, toutes en même temps.
Je parle de la raison qui se jette contre les murs,
du crâne mordu du sommet au
menton, des doigts de la main gauche
pliés entre ceux de la main droite.

Le jour où tout se brise en toi,
le pire n’est pas la quantité ahurissante de larmes
que tu bois des paupières à la bouche,
ni la migraine qui paralyse le visage et la nuque,
le pire, le jour où tout se brise en toi,
c’est le langage qu’on abandonne pour
des reniflements, le langage qu’on roue de coups
pour qu’il cesse d’aboyer ses mots d’amour
et de respect, le langage qu’on étouffe
dans la pornographie, le langage auquel on croyait tant
qui s’effondre avec le reste.

Le jour où tout se brise en toi
tu t’en veux si fort d’y avoir cru.

(Cécile Coulon)

Recueil: Noir Volcan
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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ASSECHEMENT DE LA PLAIE (André Frénaud)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2021


 


Emil Nolde  sunset [1280x768] 

ASSECHEMENT DE LA PLAIE

La lune raboteuse ne palpait que des choses mûres
la lune radoteuse n’entend plus le chuchotement

Le soleil a peur des sources rouies des yeux
le soleil s’apure au sommeil des évanouis

Le feu a fait bombance dans les poils et les cuisses
le feu a fait sa part il se lèche les cendres

La terre a récuré tout ce qui reluisait
La terre s’est requinquée et sourit d’une mousse

L’eau molletonnée s’empâtait de graisses chaudes
l’eau se mire ne rougit plus glisse flâne

Le vent a bien flairé que ce n’était pas propre
il va jette les graines le vent oublie les noms.

(André Frénaud)

Illustration: Emil Nolde

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Prends cette rose (Pierre de Ronsard)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2021



Prends cette rose aimable comme toi,
Qui sert de rose aux roses les plus belles,
Qui sert de fleur aux fleurs les plus nouvelles,
Dont la senteur me ravit tout de moi.

Prends cette rose et ensemble reçois
Dedans ton sein mon coeur qui n’a point d’ailes
Il est constant et cent plaies cruelles
N’ont empêché qu’il ne gardât sa foi.

La rose et moi différons d’une chose
Un Soleil voit naître et mourir la rose,
Mille Soleils ont vu naître m’amour,

Dont l’action jamais ne se repose.
Que plût à Dieu que telle amour, enclose,
Comme une fleur, ne m’eut duré qu’un jour.

(Pierre de Ronsard)


Illustration: Henri Matisse

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Les enfants lisent (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2021



 

classe 199

Les enfants lisent, troupe blonde ;
Ils épellent, je les entends ;
Et le maître d’école gronde
Dans la lumière du printemps

J’aperçois l’école entrouverte ;
Et je rôde au bord des marais ;
Toute la grande saison verte
Frissonne au loin dans les forêts.

Tout rit, tout chante ; c’est la fête
De l’infini que nous voyons ;
La beauté des fleurs semble faite
Avec la candeur des rayons.

J’épelle aussi moi ; je me penche
Sur l’immense livre joyeux ;
O champs, quel vers que la pervenche !
Quelle strophe que l’aigle, ô cieux !

Mais, mystère ! rien n’est sans tache.
Rien ! — Qui peut dire par quels noeuds
La végétation rattache
Le lys chaste au chardon hargneux ?

Tandis que là-bas siffle un merle,
La sarcelle, des roseaux plats,
Sort, ayant au bec une perle ;
Cette perle agonise, hélas !

C’est le poisson qui, tout à l’heure,
Poursuivait l’aragne, courant
Sur sa bleue et vague demeure,
Sinistre monde transparent.

Un coup de fusil dans la haie,
Abois d’un chien ; c’est le chasseur.
Et, pensif, je sens une plaie
Parmi toute cette douceur.

Et, sous l’herbe pressant la fange,
Triste passant de ce beau lieu,
Je songe au mal, énigme étrange,
Faute d’orthographe de Dieu.

(Victor Hugo)

 

 

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Carnac (Eugène Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2020



 

Carnac

Mer au bord du néant
Qui se mêle au néant

Pour mieux savoir le ciel,
Les plages, les rochers,

Pour mieux les recevoir.

Femme vêtue de peau
Qui façonne nos mains,

Sans la mer dans tes yeux,
Sans ce goût de la mer que nous prenons en toi,

Tu n’excéderais pas
Le volume des chambres.

J’ai joué sur la pierre
De mes regards et de mes doigts

Et mêlées à la mer,
S’en allant sur la mer,
Revenant par la mer,

J’ai cru à des réponses de la pierre.

Ne jouerons-nous jamais
Ne serait-ce qu’une heure,
Rien que quelques minutes,
Océan solennel,

Sans que tu aies cet air
De t’occuper ailleurs ?

Je veux te préférer,
Incernable océan,

Les bassins que tu fais
Jusqu’aux marais salants.

Là je t’ai vu dormir
Avec d’autres remords.

Mer sans vieillesse,
Sans plaie à refermer,
Sans ventre apparemment

De la mer aux menhirs,
Des menhirs à la mer,

La même route avec deux vents contraire
Et celui de la mer
Plein du meurtre de l’autre.

Le soleil, la mer,
Lequel de vous deux
Prétend calmer l’autre

Au moyen de quoi ?

Toujours les mêmes terres
A caresser toujours
Jamais un corps nouveau
Pour t’essayer à lui.

Pour garder tes nuits,
As-tu supplié
Parfois les rochers ?

Ton père :
Le silence.

Ton devoir :
Le mouvement.

Ton refus :
La brume.

Tes rêves.

Alignés, les menhirs,
Comme si d’être en ligne
Devait donner des droits.

Toi, ce creux
Et définitif

Moi qui rêvais
De faire équilibre.

(Eugène Guillevic)

 

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