Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘plaie’

UNE COMPLAINTE JUIVE (David Einhorn)

Posted by arbrealettres sur 20 novembre 2019



Illustration: Rafal Olbinski
    
UNE COMPLAINTE JUIVE

Comme à leur arc rivées
Les cordes sont tendues,
Tirées à se briser
Par des mains inconnues,
Mais sans frémir, muettes,
Comme avant la tempête
Dans les yeux la tristesse
Se calcine, embrasée.

Terrifiant silence
Qu’on ne peut endurer,
Douleur à ne pas dire
Plaie à ne pas montrer,
Comme harpes qui pendent
Muettes sur les branches
Quand dans les doigts se fendent
Les sanglots étranglés.

Pourtant les heures restent
Quand l’océan s’endort,
Que du bleu sourd le presque
Imperceptible accord,
Vers nous, de chaque corde,
Un écho monte alors,
Comme prière il flotte
Comme une voix implore.

Tout s’allège et la peine
Peut alors déposer
Au coeur comme au désert
Un semblant de rosée.
Le réconfort nous berce
Comme longue langueur,
Une complainte juive
Se trempe dans les pleurs.

(David Einhorn)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

DÉSIR (Moshe Nadir)

Posted by arbrealettres sur 20 novembre 2019



 

Illustration
    
DÉSIR

Cloches, puissances de la nuit,
Cloches comme des chemises
Je suis déjà vieux, je suis
Un aïeul à tête grise.

Boucles comme des oiseaux,
Ô flot des dorures blondes,
Vous êtes venues trop tard
Vous présenter dans la ronde !

Seins pareils à des soleils
Qui sont le souffle des roses –
Mon poème maintenant
Je ne le pense qu’en prose.

Et ni Vénus ni Sapho,
Ni Aphrodite elle-même
Ne peuvent plus enflammer
Le sang qui coule en mes veines.

Mon désir des blondeurs paille,
Du bleu dont l’oeil se colore –
Voilà qu’il s’est transformé
En tentation de mort.

Une souffrance assoiffée,
Un feu plus fort que la faim –
Vers la calme, vers la douce,
Vers la fin de toutes fins.

Plus que le mâle désir
Je ressens en moi, puissant,
Le voeu de ne plus sentir
Mon propre corps à présent.

Tout nu, de me dévêtir
De cette plaie qu’est la vie,
Ne plus rien donner au songe
Et ne plus rien lui ravir.

(Moshe Nadir)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Sur la peau tendue du désamour (Alain Mabanckou)

Posted by arbrealettres sur 24 octobre 2019



S’ouvre une plaie profonde
sur la peau tendue du désamour
nourri d’herbes d’errance

(Alain Mabanckou)


Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Ce noir qui remonte (Thomas Vinau)

Posted by arbrealettres sur 27 septembre 2019



Illustration
    
Ce noir qui remonte

Les trous d’obus les fosses
les tranchées et les tombes
sont les lieux de naissance privilégiés
du coquelicot
de même que les blessures les non-dits
les plaies et les silences
sont les nurseries habituelles
du poème
voilà le véritable mouvement
de la lumière
ce noir qui remonte
de tout au fond du monde
et fait pousser les fleurs

(Thomas Vinau)

 

Recueil: Juste après la pluie
Traduction:
Editions: Alma

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

En méditerranée (Georges Moustaki)

Posted by arbrealettres sur 26 septembre 2019



 

mediterranee_1200_8 [1280x768]

En méditerranée

Dans ce bassin où jouent
Des enfants aux yeux noirs,
Il y a trois continents
Et des siècles d´histoire,
Des prophètes des dieux,
Le Messie en personne.
Il y a un bel été
Qui ne craint pas l´automne,
En Méditerranée.

Il y a l´odeur du sang
Qui flotte sur ses rives
Et des pays meurtris
Comme autant de plaies vives,
Des îles barbelées,
Des murs qui emprisonnent.
Il y a un bel été
Qui ne craint pas l´automne,
En Méditerranée.

Il y a des oliviers
Qui meurent sous les bombes
Là où est apparue
La première colombe,
Des peuples oubliés
Que la guerre moissonne.
Il y a un bel été
Qui ne craint pas l´automne,
En Méditerranée.

Dans ce bassin, je jouais
Lorsque j´étais enfant.
J´avais les pieds dans l´eau.
Je respirais le vent.
Mes compagnons de jeux
Sont devenus des hommes,
Les frères de ceux-là
Que le monde abandonne,
En Méditerranée.

Le ciel est endeuillé,
Par-dessus l´Acropole
Et liberté ne se dit plus
En espagnol.
On peut toujours rêver,
D´Athènes et Barcelone.
Il reste un bel été
Qui ne craint pas l´automne,
En Méditerranée.

(Georges Moustaki)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Tout est morne … (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2019



Tout est morne. On a peur quand l’aube qui s’éveille
Fait une plaie au bas des cieux, rouge et vermeille ;
On a peur quand la bise épand son long frisson ;
On a peur quand on voit, vague, à fleur d’horizon,
Montrant dans l’étendue au crépuscule ouverte,

Son dos mystérieux d’or et de nacre verte,
Ramper le scarabée effroyable du soir ;
On a peur quand minuit sur les monts vient s’asseoir !
Pourtant, dans cette masse informe et frémissante,

Il semble par moments qu’on saisisse et qu’on sente
Comme un besoin d’hymen et de paix, émouvant
Toutes ces profondeurs de nuée et de vent ;
Tout cherche à se parler et tout cherche à s’entendre ;

La terre, à l’océan jetant un regard tendre,
Attire à son flanc vert ce sombre apprivoisé ;
Mais l’eau quitte le bord après l’avoir baisé,
Et retombe, et s’enfonce, et redevient tourmente.

Il n’est rien qui n’hésite et qui ne se démente ;
Le bien prête son voile au mal qui vient s’offrir ;
Hélas ! l’autre côté de savoir, c’est souffrir ;
Aube et soir, vie et deuil ont les mêmes racines ;

Le sort fait la recherche et l’angoisse voisines ;
D’où jaillit le regard on voit sortir le pleur ;
Et si l’oeil dit Lumière, il dit aussi Douleur.
Tout est morne ….

(Victor Hugo)

 Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

AU BONHEUR DU JOUR (Jean Sénac)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2019




    
AU BONHEUR DU JOUR

Doyenne de gourmandise
je vous laissais parler
votre sourire était sucré

Mais votre arbre était si loin
si ténébreux sans entaille
qu’il déchaînait autour de nous
les marronniers bleus du désir

J’étais chaste en ce temps de grives
je mettais si haut l’amour
comment m’auriez-vous choisi
moi qui n’étais que plaie vive

Vous êtes partie
vous avez semé
des chardons épais

Et le soleil a jauni.

(Jean Sénac)

 

Recueil: Oeuvres poétiques
Traduction:
Editions: Actes Sud

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Je t’ai trouvée (Jean Sénac)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2019



Illustration: Freydoon Rassouli  
    
Je t’ai trouvée
ta voix suffit le monde s’ouvre
nous arracherons l’homme à son ombre
ensemble nous fermons les plaies.

(Jean Sénac)

 

Recueil: Oeuvres poétiques
Traduction:
Editions: Actes Sud

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Blessé d’une plaie inhumaine (Philippe Desportes)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2019



 

Lori Earley_470

Blessé d’une plaie inhumaine,
Loin de tout espoir de secours,
Je m’avance à ma mort prochaine,
Plus chargé d’ennuis que de jours.

Celle qui me brûle en sa glace,
Mon doux fiel, mon mal et mon bien,
Voyant ma mort peinte en ma face,
Feint hélas ! n’y connaître rien.

Comme un roc à l’onde marine
Elle est dure aux flots de mes pleurs :
Et clôt, de peur d’être bénine,
L’oreille au son de mes douleurs

D’autant qu’elle poursuit ma vie,
D’ennuis mon service payant,
Je la dirai mon ennemie,
Mais je l’adore en me hayant.

Las ! que ne me puis-je distraire,
Çonnaissant mon mal, de la voir ?
Ô ciel rigoureux et contraire !
C’est toi qui contrains mon vouloir,

Ainsi qu’au clair d’une chandelle
Le gai papillon voletant,
Va grillant le bout de son aile,
Et perd la vie en s’ébattant :

Ainsi le désir qui m’affole,
Trompé d’un rayon gracieux,
Fait hélas ! qu’aveugle je vole
Au feu meurtrier de vos beaux yeux.

(Philippe Desportes)

Illustration: Lori Earley

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Écho (Giuseppe Ungaretti)

Posted by arbrealettres sur 10 mai 2019




    
Écho

Pieds nus passant les sables de la lune
Aurore, amour enjoué, tu peuples
D’un écho l’univers exilé, et tu laisses
Dans la chair des journées, sillage
Pour toujours, une plaie voilée.

(Giuseppe Ungaretti)

 

Recueil: Vie d’un homme Poésie 1914-1970
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :