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Posts Tagged ‘planche’

SUR UN LIT… (Menahem Boraisha)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2019



Illustration: Jules Bastien-Lepage
    
SUR UN LIT…

Sur un lit dur, derrière un mur de planches
On entend des pas comme un chuchotis,
La femme des bois fait bruire les branches,
Sa robe se froisse à longs plis.

Pareils à l’eau d’un lac ses seins ondoient,
Cordes nouées ses nattes sont de chanvre,
Vaste est son ventre, il oscille et se ploie
Au balancement de ses hanches.

Pour celui-là qui lui barre la route,
Homme viril qui saura la saisir,
Sa forme soudain devient frêle et douce,
Sa chair frémit d’attendre le plaisir.

À l’abandon les épaules pesantes,
Ses seins sont brûlants d’un feu germinal
Et sa beauté dévoile, consentante,
Le bois sauvage et le giron natal.

La moisson neuve ayant comblé ses sens
Elle a quitté son complice de chair,
Rêvant déjà retrouver la puissance
D’un autre amant sur les chemins déserts.

Où la terre est de mousse et sont tendres les touffes
Ses enfants furent allaités,
Dans chaque appel que la forêt étouffe
Lui vient l’écho de sa fécondité.

Tombent les plis, s’apaise la rumeur,
La femme des bois retient son élan,
Quelqu’un puissamment en elle demeure
Désir éternel et violent.

(Menahem Boraisha)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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LE TANAH DIT (Joseph Rolnik)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2019




    
LE TANAH DIT
(extrait)

Des tuiles, des planches, des vitres,
Et martèle, et façonne, et bats,
Assemble-les, plus vite, vite,
Le jour s’assombrit et s’en va.

Le jour s’assombrit et s’en va,
Et tout à coup surgit la nuit,
Tu restes perdu dans ton champ
Sans avoir fini ton abri.

Des tuiles, des planches, des vitres,
Rien ne peut sortir de cela,
Le vent disperse ta demeure
Avant que monte le soleil.

(Joseph Rolnik)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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D’un soleil à un autre (Christian Viguié)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2019



Toute juste manœuvre
à qui l’on aura confié
des briques et des mots
des planches
pour passer d’un soleil
à un autre.

(Christian Viguié)


Illustration: Gilbert Garcin

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Et puis dans ma Raison (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2018



Et puis dans ma Raison une Planche a craqué
Et je suis tombée bas, de plus en plus bas –
Et j’ai heurté un Monde, à chaque palier,
Et cessé de savoir – à ce moment là –

(Emily Dickinson)

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DANS MA BÊTE (Norge)

Posted by arbrealettres sur 8 novembre 2018



Illustration: Salvador Dali
    
DANS MA BÊTE

Je me retire dans ma bête
Avec mon miel, ma planche à clous,
Deux rossignols brouteurs d’idées,
Un jeune azur, un vieux cloaque
Et six fleuves docilement
A mes pieds comme de bons chiens.

Je me retire dans ma bête
Avec mon miel, ma planche à clous
Et juste ce qu’il faut de mouches
Pour tourner au nez d’un lion.
J’emporte tout, je ne vous laisse
Que ma couronne sur le seuil.

J’ai soif ; ma bête
Me tend la bouche.
J’ai faim, ma bête
Me tend le sein.

Chaud qu’il fait dans ma bête et doux !
Il fait éternel, éternel…
Ma bête est une grotte lisse
Comme le ventre de ma mère.
J’emporte tout, je ne vous laisse
Que ma couronne sur le seuil.

J’ai peur, ma bête
Me tend son aile.
J’ai froid, ma bête
Me tend son ventre.

Ah, je suis l’oeuf dans sa coquille !
Par un grand festin solitaire,
Je goberai tous mes trésors,
Mes fleuves, mes lions, mes mouches,
Ne gardant pour seule fortune
Que mon miel et ma planche à clous.

J’ai sommeil, ma
Bête me tend
Son insondable
Obscurité.

— Et toi, va briller sur leurs têtes,
Couronne de papier brûlé !

(Norge)

 

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La raison la moins claire (Jean Pérol)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2018




Illustration
    
La raison la moins claire

Je voyais des beautés qui planaient imprenables
sur les plages léchées où les algues séchaient
Des seins qui soulevaient leur forme sur le sable
des jambes tourmentées quand le foehn rôdait

M’éblouissaient l’éclair de neige des aisselles
M’éblouissait leur pente douce vers la mer
L’horizon s’arrêtait sur des courbes de sel
Deux framboises gonflaient transpercées de lumière

Des jambes se lovaient jusqu’à l’humble repaire

Il manquait à l’amour
sa raison la moins claire.

(Jean Pérol)

 

Recueil: Poésie I (1953-1978)
Traduction:
Editions: De la Différence

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LA POMME VERTE (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 29 juillet 2018



Illustration: Christian Otte
    
LA POMME VERTE

Oubliée au jardin
dans la brume
le gel

frileuse elle se clôt
sur le secret de
son parfum.

L’enfant la voit
et la porte
à l’aïeule

qui dans son tablier
mauve la fait
briller

puis sur la maie la
pose près de la
planche à pain.

De son mystère
elle illumine la maison
la pomme verte.

(Jean Joubert)

 

Recueil: Anthologie personnelle
Traduction:
Editions: Actes Sud

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REQUIESCAT (Oscar Wilde)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2018



REQUIESCAT

Va doucement, elle est là
Sous la neige qui gîte,
Et peut entendre, parle bas,
Pousser les marguerites.

Ses clairs cheveux d’or
Ternis de rouille,
Elle si jeune et belle encor,
Que la poussière souille.

Blanche comme neige et comme lys pure
Elle ne savait même pas
Qu’elle était femme tant lui furent
Douces les années qu’elle passa.

Planche de bois, dalle de pierre,
Corset d’un trou,
Ma douleur est solitaire,
Elle dort dessous.

Silence, silence, elle ne peut entendre
Le son des lyres ou des sonnets,
C’est avec elle sur ma vie que je vais tendre
Ce voile de terre abandonné.

***

REQUIESCAT

Tread lightly, she is near
Under the snow,
Speak gently, size can hear
The daisies grow.

All her bright golden hair
Tarnished with rust,
She that was young and fair
Fallen to dust.

Lily-like, white as snow,
She hardly knew
She was a woman, so
Sweetly she grew.

Coffin-board, heavy stone,
Lie on her breast,
I vex my heart alone,
She is at rest.

Peace, peace, she cannot hear
Lyre or sonnet,
All my life’s buried here,
Heap earth upon it.

(Oscar Wilde)

 

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Ils cassent le monde (Boris Vian)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2018



 

Zdzislaw Beksinski  ax 1976

Ils cassent le monde

Ils cassent le monde
En petits morceaux
Ils cassent le monde
A coups de marteau

Mais ça m’est égal
Ça m’est bien égal
Il en reste assez pour moi
Il en reste assez

Il suffit que j’aime
Une plume bleue
Un chemin de sable
Un oiseau peureux
Il suffit que j’aime
Un brin d’herbe mince
Une goutte de rosée
Un grillon de bois

Ils peuvent casser le monde
En petits morceaux
Il en reste assez pour moi
Il en reste assez
J’aurai toujours un peu d’air
Un petit filet de vie
Dans l’oeil un peu de lumière
Et le vent dans les orties

Et même,
même s’ils me mettent en prison
Il en reste assez pour moi,
il en reste assez
Il suffit que j’aime
Cette pierre corrodée
Ces crochets de fer
où s’attarde un peu de mon sang
Je l’aime je l’aime
La planche usée de mon lit
La paillasse, le châlit
La poussière de soleil
J’aime ce judas qui s’ouvre
Ces hommes qui sont entrés
Qui s’avancent, qui m’emmènent
Retrouver la vie du monde
Retrouver la couleur
J’aime ces deux longs montants

Ce couteau triangulaire
Ces messieurs vêtus de noir
C’est ma fête, je suis fier
Je l’aime, je l’aime
Ce panier rempli de son
Où je vais poser ma tête
Oh je l’aime, je l’aime
Je l’aime pour de bon

Il suffit que j’aime
Un brin d’herbe bleue
Une goutte de rosée
Un amour d’oiseau peureux
Ils cassent le monde
Avec leurs marteaux pesants
Il en reste assez pour moi
Il en reste assez, mon coeur

(Boris Vian)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Zdzislaw Beksinski

 

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Le fer à repasser (Joël Sadeler)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2018


 


 

Le fer à repasser

Le fer à repasser

Assez assez j’en ai assez
gémit le fer à repasser

j’en ai assez d’aller et venir
sur ma planche sans avenir

j’en ai assez de souffler
toujours le chaud et le mouillé

sur les maillots les pantalons
les corsages et les jupons

les blouses me donnent le blues
quand il faut les presser par douze

et les mouchoirs sont ma terreur
soupire encore le fer-vapeur

Assez assez j’en ai assez
gémit le fer à repasser

(Joël Sadeler)

 

 

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