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RÉPANDU SUR LE PLANCHER (Zisho Landau)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2020




    
RÉPANDU SUR LE PLANCHER

J’ai répandu sur le plancher
Un peu d’alcool, et en silence
J’ai allumé sur le plancher
Ce peu d’alcool, et en silence
L’alcool aisément a brûlé
Aisément et calme a brûlé…

Tel au mur le bruit d’un grillon
En moi frappe et frappe un démon:
« En glaçon te changeront
Bientôt tes tremblantes mains. »
Si je réchauffe ma main droite
Gèle aussitôt ma main gauche,
Si je réchauffe ma main gauche
Gèle aussitôt ma main droite.

Et le démon, tel un grillon,
Frappe en silence, monotone,
«Comme tu es froid et vieux
Qui pourrait te réchauffer ?
Et bientôt s’éteint le feu –
Qui pourrait te réchauffer?
Tant qu’il en est temps encore
Étends vers le feu ton corps. »

Je m’étends, s’il en est temps,
Vers le feu, sur le plancher.
Je me chauffe et me réchauffe.
Si je chauffe mon côté gauche
Se glace mon côté droit,
Si je chauffe mon côté droit
Se glace mon côté gauche
Et le démon, tel un grillon,
Frappe sans fin le silence.

(Zisho Landau)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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ÉCRAN (Aron Kushnirov)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2020




    
ÉCRAN

Écoutez,
Celui qui vous parle, c’est moi
Écran,
Des écrins de velours
Et des cadres dorés
Trop longtemps m’ont tenu captif,
Des cloisons décorées, des murs et des clôtures
M’ont toujours isolé
Et mon clair appel
Fut converti
En hurlement mensonger des enseignes.
Aujourd’hui
Je m’adresse aux murs:
Dispersez-vous !
Plus de toitures,
Plus de planchers
Délivrez-moi l’espace,
Ici
Toutes les têtes
Créant ensemble un océan,
Pour vous j’ai surgi
Pour vous je suis né,
Plus larges les gradins au milieu de la place,
Sur le gouffre reptilien des rues, élevez
Mon estrade !
Ma semence sera le ciel
Et mon espace l’oeil multiplié des foules.

(Aron Kushnirov)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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DE TOI… (Rachel Korn)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2019



Illustration: Marc Chagall
    
DE TOI…

De toi je suis trempée comme la terre l’est d’une pluie printanière,
Mon jour le plus blond se suspend
Au pouls battant de tes paroles tues
Comme l’abeille aux fleurs du marronnier.

Je suis vers toi comme promesse des moissons
Dans le temps,
Quand le blé dans les champs se mesure au froment
Et se déploie avec l’espoir de tout ce qui verdit
Sur le plancher net des greniers.

Sourd à la pointe de mes doigts la fidélité sur ta tête lasse,
Et toutes mes années
Sont des champs que foulent tes pas
Et qui se gonflent
De la douleur
De t’aimer, ô mon bien-aimé.

(Rachel Korn)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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L’AMI MORTEL (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 16 septembre 2019



L’AMI MORTEL
A Bernard Milleret.

Chaque matin son pas m’éveille
Dans cette poitrine de plomb
Où le soleil, grand fauve blond,
Se fait attendre et m’émerveille.

Tout le jour, son pas traîne long
Dans les couloirs. Je tends l’oreille :
Qui de nous deux l’autre surveille
Ou le désire ? — c’est selon…

Mais vainement à le surprendre
Je m’efforce : il a dû m’entendre :
Rien qu’une fleur sur le plancher…

Rien qu’une fleur au coeur de suie
Qui me parle de mon péché !
— Puis le soir ramène la pluie…

(Jean Rousselot)

Illustration

 

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Le grenier (Carlos Larronde)

Posted by arbrealettres sur 1 septembre 2019



Le grenier

… Il est noir, l’escalier,
L’escalier qui monte au grenier,
au grenier où le plancher craque
C’est un endroit que l’on aime beaucoup.
La nuit s’y attarde ; on y trouve de tout :
Vieux livres, souvenirs, chapeaux à claque,
Et des rats sortant de leur trou.
On a peur ; il fait noir ; le plancher craque.
C’est bon d’être là, sous les tuiles,
seul et tranquille,
Pour avoir peur et pour penser.
La lucarne est garnie de vitres, bien ternes
avec des toiles d’araignées.
On l’ouvre sur la campagne moderne,
Quand on ne veut plus vivre avec le passé.

(Carlos Larronde)

Illustration

 

 

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Ivresse rimbaldienne (Nimrod)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2018




    
Ivresse rimbaldienne

Un bleu outremer guette au fond de mon oeil son écho.
Toujours je le préférai aux joies réverbérantes.
Il m’offre à toute heure du jour l’ivresse des solitudes.
je suis l’empailleur de l’espoir ici-bas, son tombeau incomparable !

L’enfance est un passeport égaré le long des routes
Indélicates. Elles desservent des foules des forêts
Abruptes et bourrues, insensibles à la patience des nuages.

Où s’en sont allées mes jeunes années ? Le temps les frictionne
De son amour universel. J’en appelle à l’ordre luciférien
Sans perdre de vue ni la douceur des nuées
Ni la beauté des ombres dociles errantes

Il ne tient qu’à moi de leur tourner le dos.
De chiffrer leurs mêlées leurs aises sur le plancher des vaches.
Le bonheur un brin paresseux suit sa pente.

(Nimrod)

 

Recueil: L’Ardeur ABC poétique du vivre plus
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Et qui donc pense à ton visage? (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2018



 

Toutes les larmes sans raison
Toute la nuit dans ton miroir
La vie du plancher au plafond
Tu doutes de la terre et de la tête
Dehors tout est mortel
Pourtant tout est dehors
Tu vivras de la vie d’ici
Et de l’espace misérable
Qui répond à tes gestes
Qui placarde tes mots
Sur un mur incompréhensible

Et qui donc pense à ton visage?

(Paul Eluard)

 

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POÉSIE (Xavier Villaurrutia)

Posted by arbrealettres sur 8 août 2018



 

sculpture-homme-nu_

POÉSIE

Tu es la présence avec laquelle je parle
tout à coup, seul à seul.
Ce sont les mots qui te forment,
ceux qui sortent du silence
et de la mare de rêve dans laquelle je me noie
libre jusqu’au réveil.

Ta main métallique
durcit l’urgence de ma main
et conduit la plume
qui trace sur le papier son littoral.

Ta voix, lieu de l’écho,
est le rebondissement de ma voix sur le mur,
et sur ta peau en miroir
je me regarde me regardant parmi mille Argos
pendant de longues secondes.

Mais le moindre bruit te fait fuir
et je te vois sortir
par la porte du livre
ou par l’atlas du plafond,
par les planches du plancher,
ou la page du miroir,
et tu me laisses
sans vie sans voix et sans visage,
sans masque comme un homme nu
en pleine rue des regards.

(Xavier Villaurrutia)

 

 

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Image (Claudine Helft)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2018




    
Image

Elle, soudain au passé
comme une image
tombée d’un carnet,
jetée là comme un point
de repère sur le temps.
Une page déchirée
qui traverse le plancher,
une valise oubliée
encore pleine de baisers.

(Claudine Helft)

 

Recueil: Une indécente éternité
Traduction:
Editions: De la Différence

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NOIR (Alain Lance)

Posted by arbrealettres sur 18 juin 2018



Illustration: Céline Roussin
    
NOIR

Parfois des choses
À l’étale de la nuit
Sont reprises par l’avide attraction

La chute est limitée
Le plancher résiste

Mais du puits de l’enfance
Tu remontes un seau de peur

(Alain Lance)

 

Recueil: Temps criblé
Editions: Obsidiane et le temps qu’il fait

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