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Posts Tagged ‘plâtre’

L’image-Christos (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2019



Les murs ne tombent pas
[18]

L’image-Christos
est des plus difficiles à démêler

du bric-à-brac artisanal de la brocante,
barbouillage de plâtre médiéval,

souffrance aimée et symbole de mort,
c’est pour cela, je crois, que le Rêve

orchestrait habilement les pièces
vides, si propres, des premiers colons,

sans vitrail, sans peinture,
sans image ni couleur,

car il semble à présent évident
qu’Amen est notre Christos.

***

The Christos-image
is most difficult to disentangle

from its art-craft junk-shop
paint-and-plaster medieval jumble

of pain-worship and death-symbol,
that is why, I suppose, the Dream

deftly stage-managed the bare, clean
early colonial interior,

without stained-glass, picture,
image or colour,

for now it appears obvious
that Amen is our Christos.

(Hilda Doolittle)

Illustration: Jacques Barcat

 

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L’attente (Jean Pérol)

Posted by arbrealettres sur 4 novembre 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
L’attente

Salut au matin même le plus pauvre
tout taché de neige et de forêts noires
changeant l’horizon en mur décrépi
où le plâtre bis des longs champs s’écaille

salut au matin posé sur ma table
à sa joue frottée sur le papier blanc
à la plaine creuse où peinent les hommes
aux collines fades pliant sous la brume

chaque aube rapproche l’homme que j’attends
la montée du jour au fond de mes paumes
les raisons tombées leurs faisceaux formés
et celui qui dit : voilà, c’est là, c’est là !

(Jean Pérol)

 

Recueil: Poésie I (1953-1978)
Traduction:
Editions: De la Différence

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La nuit (Jean Pérol)

Posted by arbrealettres sur 4 novembre 2018




    
La nuit

Dans mes rêves la nuit je promène ma hache
au travers de forêts qui devant moi s’effritent
sans jamais que je sache qui ordonne ce rite
de changer en poussière ces feuillages si verts

je flotte je somnole je titube immobile
une clarté manège lentement dans mes yeux
elle rompt la chanson que mes lèvres profilent
et le sentier me perd que je connais le mieux

la montagne s’émiette où j’arrive au sommet
ce pays c’est du plâtre et mes os des remords
réelle ma réelle sur toi seule je mets
deux mains qui se rassurent aux limites d’un corps.

(Jean Pérol)

 

Recueil: Poésie I (1953-1978)
Traduction:
Editions: De la Différence

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PLATRE (Manuel Bandeira)

Posted by arbrealettres sur 5 octobre 2018



statue brisée 3f

PLATRE

Cette petite statue de plâtre, quand elle était neuve
— Le plâtre très blanc, les lignes très pures, —
Suggérait imparfaitement l’image de la vie
(Quoique la figure pleurât).
Depuis de longues années je l’ai chez moi.
Le temps l’a vieillie, l’a rongée,
l’a barbouillée d’une patine jaune sale.
Mes yeux, de tant la regarder,
L’ont imprégnée de mon humanité ironique de phtisique.

Un jour une main maladroite
Par inadvertance la fit choir et la brisa.
Alors je m’agenouillai plein de rage,
recueillis ces tristes fragments et reconstituai la statuette qui pleurait.
Et le temps passa sur les blessures et obscurcit encore davantage
la souillure mordante de la patine…

Aujourd’hui ce petit plâtre commercial
Est touchant. Il vit, et me fait maintenant songer
Que seul est vraiment vivant ce qui a déjà souffert.

(Manuel Bandeira)

Illustration

 

 

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Musée (Paul Louis Rossi)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2018



 

Musée

Il existe aussi
dans ma mémoire
des flaques de cire
des visages qui fondent
tout un musée de cauchemars
de poussières et de plâtres
sans le moindre linge humide
pour essuyer la suie

(Paul Louis Rossi)

Illustration

 

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Mais comment dire (Lorand Gaspar)

Posted by arbrealettres sur 17 avril 2018



Illustration: Jérôme Royer
    
mais comment dire l’amour
le désastre et le commencement
le temps courbé sous la veille infinie
et les débris de plâtre
incrustés sous la peau —

(Lorand Gaspar)

 

Recueil: Sol absolu et autres textes
Traduction:
Editions: Gallimard

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LES MENDIANTS (Emile Verhaeren)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2018


 


LES MENDIANTS  mendiant  5_p

 

LES MENDIANTS

Les jours d’hiver quand le froid serre
Le bourg, le clos, le bois, la fange,
Poteaux de haine et de misère,
Par l’infini de la campagne,
Les mendiants ont l’air de fous.

Dans le matin, lourds de leur nuit,
Ils s’enfoncent au creux des routes,
Avec leur pain trempé de pluie
Et leur chapeau comme la suie
Et leurs grands dos comme des voûtes
Et leurs pas lents rythmant l’ennui ;
Midi les arrête dans les fossés
Pour leur repas ou leur sieste ;
On les dirait immensément lassés
Et résignés aux mêmes gestes ;
Pourtant, au seuil des fermes solitaires,
Ils surgissent, parfois, tels des filous,
Le soir, dans la brusque lumière
D’une porte ouverte tout à coup.

Les mendiants ont l’air de fous.

Ils s’avancent, par l’âpreté
Et la stérilité du paysage,
Qu’ils reflètent, au fond des yeux
Tristes de leur visage ;
Avec leurs hardes et leurs loques
Et leur marche qui les disloque,
L’été, parmi les champs nouveaux,
ils épouvantent les oiseaux ;
Et maintenant que Décembre sur les bruyères
S’acharne et mord
Et gèle, au fond des bières,
Les morts,
Un à un, ils s’immobilisent
Sur des chemins d’église,
Mornes, têtus et droits,
Les mendiants, comme des croix.
Avec leur dos comme un fardeau
Et leur chapeau comme la suie,
Ils habitent les carrefours
Du vent et de la pluie.

Ils sont le monotone pas
— Celui qui vient et qui s’en va
Toujours le même et jamais las —
De l’horizon vers l’horizon.
Ils sont l’angoisse et le mystère
Et leurs bâtons sont les battants
Des cloches de misère
Qui sonnent à mort sur la terre.

Aussi, lorsqu’ils tombent enfin,
Séchés de soif, troués de faim,
Des famines qui exterminent :
Moutons dont la fatigue à tout caillou ricoche,
Boeufs qui meuglent vers la mort proche,
Vaches lentes et lourdes
Aux pis vides comme des gourdes.

Ainsi s’en vont bêtes et gens d’ici,
Par le chemin de ronde
Qui fait dans la détresse et dans la nuit,
Immensément, le tour du monde,
Venant, dites, de quels lointains,
Par à travers les vieux destins,
Passant les bourgs et les bruyères,
Avec, pour seul repos, l’herbe des cimetières,
Allant, roulant, faisant des noeuds
De chemins noirs et tortueux,
Hiver, automne, été, printemps,
Toujours lassés, toujours partant
De l’infini pour l’infini.

Tandis qu’au loin, là-bas,
Sous les cieux lourds, fuligineux et gras,
Avec son front comme un Thabor,
Avec ses suçoirs noirs et ses rouges haleines
Hallucinant et attirant les gens des plaines,
C’est la ville que la nuit formidable éclaire,
La ville en plâtre, en stuc, en bois, en fer, en or,
— Tentaculaire.

(Emile Verhaeren)

Illustration: David Teniers 

 

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Nuit du faubourg (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2018



Nuit du faubourg

Dans l’arrière-cour, la lumière
Soulève son filet sans se presser.
Comme un trou est plein d’eau dans la rivière,
Déjà notre cuisine l’est dans l’obscurité.

Silence. Une brosse à récurer paraît se dresser
Sur ses pattes,
Et se mettre à grimper.
Au-dessus d’elle, un morceau de plâtre
Est perplexe: doit-il se laisser tomber?

Dans ses loques d’huile toute grasse,
Sur fond de ciel, la nuit soupire et devient immobile.
Elle s’assoit aux confins de la ville,
Puis titubant traverse une place,
Et pour éclairer allume un coin de lune.

Les murs d’usines
Se profilent comme des ruines,
Et déjà des ténèbres plus tenaces
Au-dessus d’elles se ramassent
En socles de silence.

(Attila Jozsef)

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Rien n’est venu (Werner Lambersy)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2018



Rien n’est venu
de ce que nous attendions
avec l’impatience
de ceux qui grattent pour
compter les jours
dans les plâtres des murs

Aucune aube
qui soit restée une aube
aucune lumière
que l’ombre ne rattrape

Et nous nous sommes
mis à aimer l’obstination
aveugle des vinaigres
l’amertume
insatisfaite des alcools
qui disaient
rien n’est venu

Maintenant
nous sommes ce que
l’attente a fait de nous

Et qui sait
si l’absence de réponse
n’était pas ce
que nous attendions

(Werner Lambersy)


Illustration: Gilbert Garcin

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Le volet (Hédi Kaddour)

Posted by arbrealettres sur 9 mars 2018



le volet

la route est nue
et parfois la poussière se lève
devant l’habitant
qui recherchait des heures très riches
ses yeux se resserrent
tandis que dans le silence
le volet qui bat déchiquetant le plâtre
transforme le vent et les heures
en machine à vide

(Hédi Kaddour)


Illustration

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