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Poésie

Posts Tagged ‘pleuvoir’

Drôle de pays (Marianne Van Hirtum)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2019




    
Drôle de pays

Ce fut une étrange matinée-feuille
une étrange matinée-verte
les oiseaux tombaient des arbres
comme des feuilles les oiseaux tombaient,
bientôt le sol fut jonché d’oiseaux tombés
drôle de pays.
Il pleuvait des feuilles rapides denses comme la pluie,
sorties de nuages crevés.
Drôle de pays,
il n’y eut plus que des enfants,
couraient perdus hagards cherchaient,
– ne trouvaient pas.
Ces enfants étaient faits de pluie
lorsque s’entrouvraient leurs manteaux on les voyait
d’eau glacée trempés.
Ils avaient d’immenses yeux bleus
dont ils se servaient pour se battre
que dans leurs querelles ils se jetaient au visage,
qui tombés sur la terre vous regardaient, vous regardaient.

Ne cesseront plus de vous regarder.

(Marianne Van Hirtum)

 

Recueil: Bris de vers Les émeutiers du XXè siècle
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Purgatoire (Ingerborg Bachmann)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2019



Illustration: Adolfo Busi
    
Purgatoire

La plénitude ne nous épuise donc pas ?
Dans mes mains lasses j’amasse,
j’aime, offre et accomplis
mais le jour persiste et la clarté aussi.

Je bois et vide tous les puits ;
le temps s’enfonce au plus profond des mers,
l’espace rencontre ma pesanteur
et me presse au soir de rentrer.

Comme une flèche je monte et descends les escaliers ;
il pleut des heures dans le silence,
rompant toutes les vannes, la plénitude s’élance,
je cours jusqu’à mourir éreintée.

Mais de nouveau il fait jour et la clarté persiste
– j’ai beau me tourner et me défendre, en vain –
de moi sans fin poussent des mains,
je dors et ne meurs pas.

***

Fegefeuer

Erschöpft uns denn die Fülle nicht?
Ich häufe in die müden
ich liebe, schenke und vollende,
doch es bleibt Tag und es bleibt licht.

Ich trinke aile Brunnen aus;
die Zeit rückt tiefer in die Meere,
der Raum begegnet meiner Schwere
und drängt mich in das Abendhaus.

Ich flieg’ die Treppen auf und ab;
es regnet Stunden in die Stille,
aus allen Schleusen bricht die Fülle,
bis ich mich totgelaufen hab’.
Doch wieder tagt es und bleibt licht,
-— wie ich mich wehre und mich wende –
mir wachsen unaufhörlich Hände,
ich schlafe und ich sterbe nicht.

(Ingerborg Bachmann)

 

Recueil: Toute personne qui tombe a des ailes
Traduction: Françoise Rétif
Editions: Gallimard

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La folle complainte (Charles Trenet)

Posted by arbrealettres sur 6 novembre 2019



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La folle complainte

Les jours de repassage,
Dans la maison qui dort,
La bonne n´est pas sage
Mais on la garde encore.
On l´a trouvée hier soir,
Derrière la porte de bois,
Avec une passoire, se donnant de la joie.
La barbe de grand-père
A tout remis en ordre
Mais la bonne en colère a bien failli le mordre.
Il pleut sur les ardoises,
Il pleut sur la basse-cour,
Il pleut sur les framboises,
Il pleut sur mon amour.

Je me cache sous la table.
Le chat me griffe un peu.
Ce tigre est indomptable
Et joue avec le feu.
Les pantoufles de grand-mère
Sont mortes avant la nuit.
Dormons dans ma chaumière.
Dormez, dormons sans bruit.

Berceau berçant des violes,
Un ange s´est caché
Dans le placard aux fioles
Où l´on me tient couché.
Remède pour le rhume,
Remède pour le cœur,
Remède pour la brume,
Remède pour le malheur.

La revanche des orages
A fait de la maison
Un tendre paysage
Pour les petits garçons
Qui brûlent d´impatience
Deux jours avant Noël
Et, sans aucune méfiance,
Acceptent tout, pêle-mêle :
La vie, la mort, les squares
Et les trains électriques,
Les larmes dans les gares,
Guignol et les coups de triques,
Les becs d´acétylène
Aux enfants assistés
Et le sourire d´Hélène
Par un beau soir d´été.

Donnez-moi quatre planches
Pour me faire un cercueil.
Il est tombé de la branche,
Le gentil écureuil.
Je n´ai pas aimé ma mère.
Je n´ai pas aimé mon sort.
Je n´ai pas aimé la guerre.
Je n´ai pas aimé la mort.
Je n´ai jamais su dire
Pourquoi j´étais distrait.

Je n´ai pas su sourire
A tel ou tel attrait.
J´étais seul sur les routes
Sans dire ni oui ni non.
Mon âme s´est dissoute.
Poussière était mon nom.

(Charles Trenet)

 

 

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JE DORMAIS (Catherine Pozzi)

Posted by arbrealettres sur 8 octobre 2019



Illustration: Odilon Redon
    
JE DORMAIS

JE n’avais encore rien « senti »
JE dormais comme un coquillage
J Etais un coquillage
Les Signes pleuvaient autour de moi
Aucun n’entrait en moi
J’étais trop dur
Mais le sentiment de la vie commandait
Il fallait absolument ouvrir une porte
Et JE ne pouvais pas.

(Catherine Pozzi)

 

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Une rose (René Char)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2019



 

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Une rose pour qu’il pleuve.
Au terme d’innombrables années,
c’est ton souhait.

(René Char)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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Météo (Thomas Vinau)

Posted by arbrealettres sur 26 septembre 2019



Illustration: Pascal Renoux
    
Météo

J’aime bien
qu’on fasse l’amour
lorsqu’il pleut dehors
j’aime bien
qu’on fasse l’amour
lorsqu’il neige dehors
j’aime bien
qu’on fasse l’amour
lorsqu’il fait chaud dehors

(Thomas Vinau)

 

Recueil: Juste après la pluie
Traduction:
Editions: Alma

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Tête baissée (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2019



 

Carl Larsson plowing(1)

Tête baissée

Une ferme un moulin une ferme
un moulin
La terre tourne dans le silence
et quelqu’un vit
et marche
et pense
Une ferme et la fumée bleue d’une cigarette
Un moulin et des yeux qui se ferment
Toutes les routes du monde
et les fleuves qui chantent
et ce ciel bleu de ciel
bleu bleu bleu
Il n’y a qu’à tourner la tête
Un moulin la terre tourne
les grands arbres tracent des ombres
Il pleut
le soir tombe
tous les jours de la terre
et la nuit qui étrangle
la nuit noire comme l’encre
et comme le sommeil

(Philippe Soupault)

Illustration: Carl Larsson

 

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Tout ce jour (Tawara Machi)

Posted by arbrealettres sur 1 septembre 2019


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Tout ce jour où j’ai raté la météo
qu’il pleuve ou qu’il fasse beau
finies les colères!

(Tawara Machi)

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Dimanches (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2019



 

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Dimanches

Le ciel pleut sans but, sans que rien l’émeuve,
Il pleut, il pleut, bergère ! sur le fleuve…

Le fleuve a son repos dominical ;
Pas un chaland, en amont, en aval.

Les Vêpres carillonnent sur la ville,
Les berges sont désertes, sans idylles.

Passe un pensionnat (ô pauvres chairs ! )
Plusieurs ont déjà leurs manchons d’hiver

Une qui n’a ni manchon, ni fourrures
Fait, tout en gris, une pauvre figure.

Et la voilà qui s’échappe des rangs,
Et court ! Ô mon Dieu, qu’est-ce qu’il lui prend

Et elle va se jeter dans le fleuve.
Pas un batelier, pas un chien Terr’ Neuve.

Le crépuscule vient ; le petit port
Allume ses feux. (Ah ! connu, l’décor ! )

La pluie continue à mouiller le fleuve,
Le ciel pleut sans but, sans que rien l’émeuve.

(Jules Laforgue)

Illustration: Léon Spilliaert

 

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Jardins (Francis Carco)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2019



Jardins

Il a plu. Le jardin, dans l’ombre, se recueille.
Les chrysanthèmes vont mourir sans qu’on les cueille.
Dans les sentiers mouillés, effeuillaisons de fleurs
Trop pâles ; sur le sable, où pas un bruit ne bouge,
Évanouissement des grands dahlias rouges.
Murmure indéfini de toutes ces douleurs
De choses écoutant agoniser les fleurs.
Et de blancs pigeonniers veillent le crépuscule…
Mon enfance, de moi, comme tu te recules,
Parmi ce soir qui tombe et ce jardin qui meurt !
Tu pars et tu ne reviendras jamais, peut-être :
Ton souvenir, déjà, n’est plus qu’une rumeur
Dans un halo, et qui, bientôt, va disparaître.
Et je reste à rêver, tout seul, à la fenêtre…

(Francis Carco)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

Illustration: Caroline Duvivier

 

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