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Poésie

Posts Tagged ‘plier’

Sadako Sasaki (Chantal Dupuy-Dunier)

Posted by arbrealettres sur 8 août 2018



Illustration : Sadako Sasaki
    
Sadako Sasaki, fillette leucémique irradiée à Hiroshima,
tenta de plier 1000 grues de papier pour que,
selon le proverbe, son voeu : continuer à vivre se réalise.

Avant de mourir, sans dévier de son but,
elle parvint à réaliser 644 de ces oiseaux hautement symboliques au Japon.
Ce sont les enfants de sa classe qui confectionnèrent les origamis manquants
afin de parvenir jusqu’à mille.

(Chantal Dupuy-Dunier)

 

Recueil: Mille grues de papier
Traduction:
Editions: Flammarion
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La maison de ma mère (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2018



 

Natalia Syuzev   23

La maison de ma mère

[…]

Les psaumes de l’oiseau caché dans le feuillage,
Ce qu’il raconte au ciel par le ciel répondu,
Mon âme qu’on croyait indolente ou volage,
L’a toujours entendu !
Et quand là-bas, là-bas, comme on peint l’espérance,
Dieu montrait l’arc-en-ciel aux pèlerins errants,
S’il avait ruisselé sur ma vierge souffrance,
La nuit se sillonnait de songes transparents ;
Et sur l’onde qui glisse et plie, et s’abandonne,
Quand j’avais amassé des parfums purs et frais,
En voyant fuir mes fleurs que n’attendait personne,
Je regardais ma mère et je les lui montrais.

Et ma mère disait :  » C’est une maladie,
Un mélange de jeux, de pleurs, de mélodie :
C’est le coeur de mon coeur ! Oui, ma fille ! Plus tard,
Vous trouverez l’amour et la vie… autre part.  »

Innocence ! Innocence ! éternité rêvée !
Au bout des temps de pleurs serez-vous retrouvée ?
êtes-vous ma maison que je ne peux rouvrir ?
Ma mère ! Est-ce la mort ? … je voudrais bien mourir !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Natalia Syuzev

 

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Les objets (Herbert Zbigniew)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2018



Illustration

    
Les objets

Les objets inanimés sont toujours comme il faut,
et on ne peut malheureusement rien leur reprocher.

Je n’ai jamais réussi à voir une chaise
se balancer d’un pied sur l’autre, ni un lit se bercer.

Aussi les tables, même quand elles sont fatiguées,
n’osent pas plier.

Je crois que les objets font cela pour nous éduquer,
afin de nous reprocher notre inconstance.

(Herbert Zbigniew)

 

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J’arrive où je suis étranger (Louis Aragon)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2018



Louis Aragon
    
J’arrive où je suis étranger
Rien n’est précaire comme vivre
Rien comme être n’est passager
C’est un peu fondre comme le givre
Et pour le vent être léger
J’arrive où je suis étranger

Un jour tu passes la frontière
D’où viens-tu mais où vas-tu donc
Demain qu’importe et qu’importe hier
Le coeur change avec le chardon
Tout est sans rime ni pardon

Passe ton doigt là sur ta tempe
Touche l’enfance de tes yeux
Mieux vaut laisser basses les lampes
La nuit plus longtemps nous va mieux
C’est le grand jour qui se fait vieux

Les arbres sont beaux en automne
Mais l’enfant qu’est-il devenu
Je me regarde et je m’étonne
De ce voyageur inconnu
De son visage et ses pieds nus

Peu a peu tu te fais silence
Mais pas assez vite pourtant
Pour ne sentir ta dissemblance
Et sur le toi-même d’antan
Tomber la poussière du temps

C’est long vieillir au bout du compte
Le sable en fuit entre nos doigts
C’est comme une eau froide qui monte
C’est comme une honte qui croît
Un cuir à crier qu’on corroie

C’est long d’être un homme une chose
C’est long de renoncer à tout
Et sens-tu les métamorphoses
Qui se font au-dedans de nous
Lentement plier nos genoux

O mer amère ô mer profonde
Quelle est l’heure de tes marées
Combien faut-il d’années-secondes
A l’homme pour l’homme abjurer
Pourquoi pourquoi ces simagrées

Rien n’est précaire comme vivre
Rien comme être n’est passager
C’est un peu fondre comme le givre
Et pour le vent être léger
J’arrive où je suis étranger

(Louis Aragon)

 

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Dors ! (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018



 

Odd Nerdrum  Man in a Boat [1280x768]

Dors !

L’orage de tes jours a passé sur ma vie ;
J’ai plié sous ton sort, j’ai pleuré de tes pleurs ;
Où ton âme a monté mon âme l’a suivie ;
Pour aider tes chagrins, j’en ai fait mes douleurs.

Mais, que peut l’amitié ? l’amour prend toute une âme !
Je n’ai rien obtenu ; rien changé ; rien guéri :
L’onde ne verdit plus ce qu’a séché la flamme,
Et le coeur poignardé reste froid et meurtri.

Moi, je ne suis pas morte : allons ! moi, j’aime encore ;
J’écarte devant toi les ombres du chemin :
Comme un pâle reflet descendu de l’aurore,
Moi, j’éclaire tes yeux ; moi, j’échauffe ta main.

Le malade assoupi ne sent pas de la brise
L’haleine ravivante étancher ses sueurs ;
Mais un songe a fléchi la fièvre qui le brise ;
Dors ! ma vie est le songe où Dieu met ses lueurs.

Comme un ange accablé qui n’étend plus ses ailes,
Enferme ses rayons dans sa blanche beauté,
Cache ton auréole aux vives étincelles :
Moi je suis l’humble lampe émue à ton côté.

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Odd Nerdrum

 

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Quelque part (Albert Ayguesparse)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018



Quelque part
dans les rues d’un faubourg d’Europe
des soldats tristes dessinent dans le sang
les nouvelles images de la vie.
Autour d’eux
des enfants aux gros yeux mouillés de lumière
regardent ces lourds souliers cloutés
ces mains tatouées de poussière.
A l’heure où les hommes rentrent chez eux
par les portes obliques du sommeil
l’odeur des boucheries rôde près des masures
et quelqu’un crie
qu’on va manger la soupe
pour que ce soit bien un jour comme les autres.

Liberté
c’est ta dernière nuit à la belle étoile
les troupeaux s’enfoncent dans l’épouvante
la terre plie sous le genou des avalanches
et le sang des doigts se dessèche
c’est ta dernière nuit à la belle étoile
et s’il reste encore un homme

(Albert Ayguesparse)

Illustration: Otto Dix

 

 

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JE LE SAVAIS (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2018



Illustration: Pal Szinyei-Merse
    
JE LE SAVAIS

Je le savais bien : te voilà présente.
Vois les tournesols à la tête lente,
Leurs têtes de pierre ont toutes viré.
Et vois le désordre auprès des salades,
Méfait de la brise et de ses gambades.

«Au vent de ta jupe », ai-je murmuré.
Ruisseau de pavots à l’écume rouge.
Rouge aussi, dedans, le seigle qui bouge
Tel banc de poissons dont le tremblement
Est un doux sourire au doux bruissement.

Tu deviens mon bain, ma boisson qui sonne,
Tes deux bras si beaux sont des courants frais,
Dans ce remuement ton sein tourbillonne :
Mille clapotis que j’entends tout près
Lorsqu’à mon oreille ton souffle bourdonne.

Viens te laisser boire et plie sous mes dents
Que trouble ton feu. Car la mort, longtemps,
A soif de l’été, cette cruche immense
Où coule la bière à vive cadence.
Les nuages bien joufflus
Ne sont qu’écume au-dessus…

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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À Ninon (Alfred de musset)

Posted by arbrealettres sur 5 juin 2018



Illustration: Auguste Raynaud
    
À Ninon

Si je vous le disais pourtant, que je vous aime,
Qui sait, brune aux yeux bleus, ce que vous en diriez ?
L’amour, vous le savez, cause une peine extrême ;
C’est un mal sans pitié que vous plaignez vous-même ;
Peut-être cependant que vous m’en puniriez.

Si je vous le disais, que six mois de silence
Cachent de longs tourments et des voeux insensés :
Ninon, vous êtes fine, et votre insouciance
Se plaît, comme une fée, à deviner d’avance ;
Vous me répondriez peut-être : Je le sais.

Si je vous le disais, qu’une douce folie
A fait de moi votre ombre, et m’attache à vos pas :
Un petit air de doute et de mélancolie,
Vous le savez, Ninon, vous rend bien plus jolie ;
Peut-être diriez-vous que vous n’y croyez pas.

Si je vous le disais, que j’emporte dans l’âme
Jusques aux moindres mots de nos propos du soir :
Un regard offensé, vous le savez, madame,
Change deux yeux d’azur en deux éclairs de flamme ;
Vous me défendriez peut-être de vous voir.

Si je vous le disais, que chaque nuit je veille,
Que chaque jour je pleure et je prie à genoux ;
Ninon, quand vous riez, vous savez qu’une abeille
Prendrait pour une fleur votre bouche vermeille ;
Si je vous le disais, peut-être en ririez-vous.

mais vous ne saurez rien. – Je viens, sans rien en dire,
m’asseoir sous votre lampe et causer avec vous ;
Votre voix, je l’entends ; votre air, je le respire ;
Et vous pouvez douter, deviner et sourire,
Vos yeux ne verront pas de quoi m’être moins doux.

Je récolte en secret des fleurs mystérieuses :
Le soir, derrière vous, j’écoute au piano
Chanter sur le clavier vos mains harmonieuses,
Et, dans les tourbillons de nos valses joyeuses,
Je vous sens, dans mes bras, plier comme un roseau.

La nuit, quand de si loin le monde nous sépare,
Quand je rentre chez moi pour tirer mes verrous,
De mille souvenirs en jaloux je m’empare ;
Et là, seul devant Dieu, plein d’une joie avare,
J’ouvre, comme un trésor, mon coeur tout plein de vous.

J’aime, et je sais répondre avec indifférence ;
J’aime, et rien ne le dit ; j’aime, et seul je le sais ;
Et mon secret m’est cher, et chère ma souffrance ;
Et j’ai fait le serment d’aimer sans espérance,
mais non pas sans bonheur ; – je vous vois, c’est assez.

Non, je n’étais pas né pour ce bonheur suprême,
De mourir dans vos bras et de vivre à vos pieds.
Tout me le prouve, hélas ! jusqu’à ma douleur même…
Si je vous le disais pourtant, que je vous aime,
Qui sait, brune aux yeux bleus, ce que vous en diriez ?

(Alfred de musset)

 

 

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Les larmes (Hippolyte Lucas)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2018



 

Les larmes

Larmes, qu’êtes-vous devenues,
Larmes si promptes à couler ?
Je pleurais rien qu’à voir les nues
Vers le nord tristement aller.

Je pleurais quand la tourterelle
Roucoulait ses tendres douleurs ;
Je pleurais lorsque, d’un coup d’aile,
Le vent brisait les douces fleurs.

Je pleurais lorsqu’aux jours d’automne,
Dans les bois errant triste et seul,
Je voyais leur pâle couronne
Couvrir le sol comme un linceul.

Tout ce qui se fane ou s’effeuille,
Le lys, la rose ou l’amitié,
Tout ce que la sombre mort cueille,
Avait sa part de ma pitié.

Sans pleurs je ne pouvais entendre
Un mot héroïque ou touchant,
Et combien n’en a fait répandre
La bergère avec un vieux chant!

Oiseaux de la mélancolie,
Vous vous abattiez sur mon sein,
Comme sur un roseau qui plie,
Le soir, tombe un nocturne essaim…

A toute image fugitive
Un soupir sortait de mon coeur,
Et mon émotion craintive
Se cachait au monde moqueur,

Maintenant dans la solitude,
On ne m’entend plus soupirer:
Brisé par tant d’ingratitude.
Pourquoi ne puis-je pleurer ? …

Tristesses encore inconnues,
Que je voudrais vous exhaler!…
Larmes, qu’êtes-vous devenues,
Larmes, si promptes à couler?…

(Hippolyte Lucas)

Illustration: Vincent Van Gogh

 

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SILENCE (Jean Grosjean)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2018




    
SILENCE

L’ombre tourne sous le hêtre
sans que le soleil descende.
Le soleil stagne au zénith,
les pommiers plient sous leur charge.

La respiration d’une herbe,
le chemin secret des taupes,
la fumée droite et tranquille
d’un hameau qui brûle au loin.

Sous le silence on entend
un autre silence.

(Jean Grosjean)

 

Recueil: Nathanaël
Traduction:
Editions: Gallimard

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