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Posts Tagged ‘plongée’

IRISATIONS (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2018



 

Anne Walker  April1995I [1280x768]

IRISATIONS
(sur un livre peint d’Anne Walker)

ce serait
fulgurer et trembler

ouvrir et rassembler
ébranler le temps

ce serait
changer le coeur
de l’adversaire

ce serait
un passage
vers le tout autre

ce serait
ranimer chaque instant

ne plus se posséder
abandonner tous les garde-fous

ce serait
une vigilance fraîche
en prise sur notre radar intime

un éloge du court-circuit

ce serait
une réincarnation permanente

ce serait
une désobéissance retrouvée

respirer respirer
loin des chaînes du connu

ce serait
forcer amoureusement toutes les portes

une immense ouverture
un déchirement du regard

ce serait
ne jamais ôter
son mystère à la réalité

ce serait
une plongée réenchantée

un corps-espace

ce serait
caresser l’indicible
capter le foisonnement

parier sans fin sur l’illimité

(Zéno Bianu)

Illustration: Anne Walker

 

 

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Nous sommes sur la frontière (Jean Malrieu)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2017




    
Nous sommes sur la frontière
Alertés en pays de conscience
Et prêts à la plongée.

Deux feuilles brunes en tourbillon
Sont passées. Présages de fées.

Dans la chaleur, le vide,
Les esprits de l’air nous entraînent.
Le vieux mur va s’ouvrir, flexible comme l’eau.

Voyageurs immobiles, quelle fièvre
Nous habite, perdus dans l’ineffable visage ?

(Jean Malrieu)

 

Recueil: EN PAYS DE VERTIGE
Editions: Le Verbe et l’Empreinte

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La terre que je tire (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2017




    
La terre que je tire est moins lourde que mon corps
et je suis lié à elle par les pas que je fais.
Devant moi elle est toujours prête à s’ouvrir
d’une tombe qu’il me faut sauter à chaque instant.

Minute par minute, je réchauffe mon coeur pour vivre.
Dès que j’entends le sang ruisseler sous mes tempes
l’amour se met à battre de mon regard à un autre regard
et de deux vies fait deux fleuves qui se côtoient.

Le soleil en plongée dans les bois
remonte en prenant la couleur de la terre,
tandis que mes yeux regardent le monde
comme des souterrains qui viennent du fond d’une existence.

Ma main tendue est une cime
dont le ciel se détourne avec indifférence
parce qu’elle ne peut se libérer du poids
qui la fait se rabattre sur un front sans chaleur.

Toute vie se passe renvoyée à un autre être
comme les carreaux se renvoient certains reflets
et c’est pour toujours l’obscurité des eaux
dont on ne connaît pas la profondeur.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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À CHAQUE POÈME SA RESPIRATION (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 8 août 2017




    
À CHAQUE POÈME SA RESPIRATION

Chutes
Épiphanies
Plongées noires
Échappées lumineuses
C’est le nectar de la nuit
J’en reviens tous sens ouverts
Plus bouleversé encore
Ce qui s’ouvre en cet instant
M’électrise le fond de l’âme
Laisse en moi une empreinte scintillante
Une fluidité rauque
Un swing lunaire

(Zéno Bianu)

 

Recueil: Satori Express
Editions: Le Castor Astral

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Plongée dans le naufrage (Adrienne Rich)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2016



 

Plongée dans le naufrage

Après avoir lu le livre des mythes,
chargé l’appareil photo,
et vérifié le tranchant du couteau,
j’ai revêtu
l’armure de caoutchouc noir
les palmes absurdes
le masque grave et malcommode.
Je dois le faire,
non comme Cousteau et son

équipe zélée
à bord du schooner inondé de lumière
mais ici, seule.

Il y a une échelle.
L’échelle est toujours là
qui pend innocemment
contre le bord du schooner.
Nous savons à quoi elle sert,

nous qui l’avons utilisée.
Sinon c’est aussi
une pièce de floche marine
un article quelconque.

Je descends.
Barreau après barreau et l’oxygène
me submerge encore
la lumière bleue

les atomes limpides
de notre atmosphère.
Je descends.
Mes palmes m’handicapent,
je descends de l’échelle en rampant comme un insecte
et il n’y a personne
pour me dire quand l’océan
va commencer.

D’abord l’air est bleu et puis
devient plus bleu, puis vert et puis
noir je m’évanouis dans ce noir
mon masque est fort
il pompe mon sang avec force
la mer, c’est une autre histoire
la mer n’est pas une question de force
je dois apprendre seule

à faire pivoter mon corps sans violence
dans l’élément profond.

Et maintenant, il est facile d’oublier
pourquoi je suis venue
parmi tant d’êtres qui ont toujours
vécu ici
agitant leurs éventails crénelés
entre les récifs

d’ailleurs
on respire différemment ici-bas.

Je suis venue pour explorer l’épave.
Les mots sont des intentions.
Les mots sont des cartes.
Je suis venue pour constater les dommages
et les trésors qui prévalent.
Je caresse le rayon de ma lampe

lentement le long du flanc
d’une chose plus permanente
qu’un poisson ou qu’une algue

j’étais venue pour cela :
le naufrage et non l’histoire du naufrage
cela même et non le mythe
le visage noyé regardant toujours
vers le soleil

l’évidence des dommages
usé par le sel et le balancement pour
cette beauté râpée
les membrures du désastre
arrondissant leur témoignage
parmi ceux qui rôdent timidement.

C’est bien ici.
Et j’y suis, l’ondine dont la chevelure sombre
coule noire, l’ondain dans son corps en armure

nous tournons silencieusement
autour de l’épave,
nous plongeons dans la cale.
Je suis elle : je suis lui
dont le visage noyé dort les yeux ouverts
dont les seins portent encore la contrainte
dont la cargaison d’argent, de cuivre et
de vermeil repose
obscurément dans des tonneaux

à demi enfoncés et abandonnés à la rouille
nous sommes les instruments à demi détruits
qui autrefois indiquions une direction
les bûches mangées par l’eau
le compas faussé

Nous sommes, je suis, vous êtes
par lâcheté ou courage
celui qui trouve son chemin

de retour vers cette scène
muni d’un couteau, d’un appareil photo,
d’un livre de mythes

nos noms ne figurent pas.

(Adrienne Rich)

 

 

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La profondeur d’une étreinte (Peter Turrini)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2016




Que de fois
a-t-on décrit
on ne peut plus magnifiquement
la profondeur
d’une étreinte.

Moi elle me fait penser
à la plongée sous-marine.

Je plonge
au fond de tes yeux
j’y demeure
et l’air
ne vient pas à me manquer.

(Peter Turrini)

Illustration

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SUITE POUR ALBERT AYLER (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 16 avril 2016


 


 

Albert Ayler Spirits Rejoice

SUITE POUR ALBERT AYLER

cassé
fracassé
aimanté
par la plus haute force du chant

inspire
espère
tu joues
en toutes langues
tu joues pour la lumière
qui ne passe pas

cassé
fracassé
tu joues
dans le ventre même
de l’intonation
aum aum aum

tu joues
pour dire
que le monde peut tourner autrement

pour interroger les étoiles
accélérer l’immensité

inspire
espère
écoutant
sans fln sans fond
la buée d’âme
de Coltrane

oui
tu joues
pour cet autre ciel
en ton coeur

fusant
contre l’invention des larmes
ciselant
des arcs-en-ciel de bastringue

cassé
fracassé
inspire
espère
jusqu’à confesser les anges

pour explorer
les grands charniers
de la naissance
du chagrin
et de la mort

contre tous les hypocrites
toujours les mêmes
quels qu’ils soient

pour offrir
ton absolue fragilité

cassé fracassé
tu joues
pour nous faire sentir
que le temps ne passe pas

inspire
espère
saint saint trois fois saint

en plongée d’esprit saint
en réjouissance d’esprit

dans un souffle-esprit
à faire germer des oracles

cassé
fracassé
tu remercies Dieu
d’avoir créé les femmes

tu salues en sueur
la substance femme

inspire
espère
tu joues
pour guérir les univers

pour porter ta peine
jusqu’aux comètes

homme-arbre
cassé fracassé
tu joues
comme une averse de signes
dans la prière du coeur

inspire
espère
chacune de tes notes
est une perle d’étreinte

un couac habité
dans la fanfare de Dieu

(Zéno Bianu)


 

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C’est comme si (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 28 mars 2016



C’est comme si
La longue plongée dans le silence
Me lavait, me purifiait,

Effaçant sur moi
Les taches que font
Les heures sans intérêt,

Ces heures vides
Où pour tenir on cherche
A quoi s’accrocher,

Où parfois la fatigue
Oblige à s’arrêter.

(Guillevic)

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Eclosion funèbre (André Frénaud)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2015



Eclosion funèbre

Cette nuit-là,
entre la plongée du soleil
et la rosée,
une espèce inconnue d’abeilles
se réjouit sur les fleurs qui étaient closes,
pour à jamais disparaître.

(André Frénaud)


Illustration

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