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Posts Tagged ‘plongeur’

Et moi, plongeur grave d’un songe (Robert Ganzo)

Posted by arbrealettres sur 1 juin 2017



Et moi, plongeur grave d’un songe
rempli de bruyère et de soir
déporté par un courant noir
jusqu’à des confins que je longe.

(Robert Ganzo)


Illustration: Michel Ogier

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PLONGEON (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2017



PLONGEON

C’est bien fait! Je me suis conduit comme un oison.
Au lieu de suivre en paix le fil de ta rivière,
J’ai fait le beau plongeur au fond d’une englivière
Où les limons bourbeux s’entassaient à foison.

J’en suis sorti sans souffle et pris de pâmoison
Malgré mon cœur si fort et mon humeur si fière.
On dut me rapporter au dos d’une civière.
J’étais bleu comme si j’avais pris du poison.

Et voilà ce que c’est que de n’être pas sage!
Je n’avais qu’à flotter, admirant au passage
Les arbres, les coteaux, les nuages, le ciel.

J’aurais nagé longtemps, les yeux ravis d’extase.
Le courant me berçait aussi doux que du miel.
J’ai voulu voir le fond, et j’ai bu de la vase.

(Jean Richepin)

Illustration: Stéphane Pencréac’h

 

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Qui pour prétendre (Werner Lambersy)

Posted by arbrealettres sur 18 septembre 2016



 

Qui pour
Prétendre avoir un jour
Fait l’amour
S’il ne sent pas
Le vent dans l’herbe
Qui respire
L’azur
Comme un plongeur
Livré
A l’ivresse des hauts
Fonds

L’eau de pluie
A cloche-pied dans
La marelle d’une flaque
La source
Qui éveille la montagne
Où dort le magma
Paresseux
Sous
La moustiquaire légère
Des galaxies

Qui pour prétendre
A l’amour s’il n’est pas
Le dernier arbre

Avant la porte du désert

(Werner Lambersy)

Illustration: Hartig Kopp Delaney

 

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Le Temps (Wystan Hugh Auden)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2016




Dans les terriers du cauchemar
Où la Justice est toute nue,
Le Temps, guettant du fond de l’ombre,
Tousse quand tu veux embrasser.

Dans les soucis et les migraines
Vaguement s’écoule la vie,
Le Temps fera comme il lui chante,
Demain, ou bien aujourd’hui.

Dans nombre de vertes vallées
S’amasse la neige effrayante;
Le Temps brise les farandoles
Et l’arc éclatant du plongeur.

Oh, enfonce tes mains dans l’onde,
Enfonce-les jusqu’au poignet;
Et regarde au fond de la vasque,
Pour voir ce que tu as manqué.

Le glacier cogne dans l’armoire,
Le désert gémit dans le lit
Et la fêlure de la tasse
Ouvre accès au pays des morts.

(Wystan Hugh Auden)


Illustration: Salvador Dali

 

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Une femme mystérieuse (Théophile Gautier)

Posted by arbrealettres sur 9 mars 2016



Caerulei oculi

Une femme mystérieuse,
Dont la beauté trouble mes sens,
Se tient debout, silencieuse,
Au bord des flots retentissants.

Ses yeux, où le ciel se reflète,
Mêlent à leur azur amer,
Qu’étoile une humide paillette,
Les teintes glauques de la mer.

Dans les langueurs de leurs prunelles,
Une grâce triste sourit ;
Les pleurs mouillent les étincelles
Et la lumière s’attendrit ;

Et leurs cils comme des mouettes
Qui rasent le flot aplani,
Palpitent, ailes inquiètes,
Sur leur azur indéfini.

Comme dans l’eau bleue et profonde,
Où dort plus d’un trésor coulé,
On y découvre à travers l’onde
La coupe du roi de Thulé.

Sous leur transparence verdâtre,
Brille parmi le goémon,
L’autre perle de Cléopâtre
Prés de l’anneau de Salomon.

La couronne au gouffre lancée
Dans la ballade de Schiller,
Sans qu’un plongeur l’ait ramassée,
Y jette encor son reflet clair.

Un pouvoir magique m’entraîne
Vers l’abîme de ce regard,
Comme au sein des eaux la sirène
Attirait Harald Harfagar.

Mon âme, avec la violence
D’un irrésistible désir,
Au milieu du gouffre s’élance
Vers l’ombre impossible à saisir.

Montrant son sein, cachant sa queue,
La sirène amoureusement
Fait ondoyer sa blancheur bleue
Sous l’émail vert du flot dormant.

L’eau s’enfle comme une poitrine
Aux soupirs de la passion ;
Le vent, dans sa conque marine,
Murmure une incantation.

 » Oh ! viens dans ma couche de nacre,
Mes bras d’onde t’enlaceront ;
Les flots, perdant leur saveur âcre,
Sur ta bouche, en miel couleront.

 » Laissant bruire sur nos têtes,
La mer qui ne peut s’apaiser,
Nous boirons l’oubli des tempêtes
Dans la coupe de mon baiser.  »

Ainsi parle la voix humide
De ce regard céruléen,
Et mon coeur, sous l’onde perfide,
Se noie et consomme l’hymen.

(Théophile Gautier)

Illustration: Ekaterina Panikanova

 

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ATTOUCHEMENTS (Maurice Maeterlinck)

Posted by arbrealettres sur 10 février 2016



ATTOUCHEMENTS

Ô les attouchements !
L’obscurité s’étend entre vos doigts !
Musiques de cuivres sous l’orage !
Musiques d’orgues au soleil !
Tous les troupeaux de l’âme au fond d’une nuit d’éclipsé !
Tout le sel de la mer en herbe des prairies!
Et ces bolides bleus à tous les horizons !
(Ayez pitié de ce pouvoir de l’homme!)

Mais ces attouchements plus mornes et plus las !
Ô ces attouchements de vos pauvres mains moites !
J’écoute vos doigts purs passer entre mes doigts,
Et des troupeaux d’agneaux s’éloignent au clair de lune le long d’un fleuve tiède.

Je me souviens de toutes les mains qui ont touché mes mains.
Et je revois ce qu’il y avait à l’abri de ces mains,
Et je vois aujourd’hui ce que j’étais à l’abri de ces mains tièdes.
Je devenais souvent le pauvre qui mange du pain au pied du trône.
J’étais parfois le plongeur qui ne peut plus s’évader de l’eau chaude !
J’étais parfois tout un peuple qui ne pouvait plus sortir des faubourgs !
Et ces mains semblables à un couvent sans jardin !
Et celles qui m’enfermaient comme une troupe de malades dans une serre un jour de pluie !
Jusqu’à ce que d’autres plus fraîches vinssent entr’ouvrir les portes,
Et répandre un peu d’eau sur le seuil !

Oh! j’ai connu d’étranges attouchements!
Et voici qu’ils m’entourent à jamais !

On y faisait l’aumône un jour de soleil,
On y faisait la moisson au fond d’un souterrain,

(Maurice Maeterlinck)

 

 

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CLOCHE À PLONGEUR (Maurice Maeterlinck)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2016



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CLOCHE À PLONGEUR

Ô plongeur à jamais sous sa cloche !
Toute une mer de verre éternellement chaude !
Toute une vie immobile aux lents pendules verts !
Et tant d’êtres étranges à travers les parois !
Et tout attouchement à jamais interdit !
Lorsqu’il y a tant de vie en l’eau claire au dehors !

Attention ! l’ombre des grands voiliers passe sur les dahlias des forêts sous-marines;
Et je suis un moment à l’ombre des baleines qui s’en vont vers le pôle !

En ce moment, les autres déchargent, sans doute, des vaisseaux pleins de neige dans le port !
Il y avait encore un glacier au milieu des prairies de Juillet !
Ils nagent à reculons en l’eau verte de l’anse !
Ils entrent à midi dans des grottes obscures !
Et les brises du large éventrent les terrasses !

Attention ! voici les langues en flamme du Gulf-Stream !
Écartez leurs baisers des parois de l’ennui !
On n’a plus mis de neige sur le front des fiévreux ;
Les malades ont allumé un feu de joie,
Et jettent à pleines mains les lys verts dans les flammes !

Appuyez votre front aux parois les moins chaudes,
En attendant la lune au sommet de la cloche,
Et fermez bien vos yeux aux forêts de pendules bleus et d’albumines violettes,
en restant sourd aux suggestions de l’eau tiède.

Essuyez vos désirs affaiblis de sueurs ;
Allez d’abord à ceux qui vont s’épanouir :
Ils ont l’air de célébrer une fête nuptiale dans une cave ;
Ils ont l’air d’enterrer à midi, dans une avenue éclairée de lampes au fond d’un souterrain ;
Ils traversent, en cortège de fête, un paysage semblable à une enfance d’orphelin.

Allez ensuite à ceux qui vont mourir.
Ils arrivent comme des vierges qui ont fait une longue promenade au soleil, un jour de jeûne ;
Ils sont pâles comme des malades qui écoutent pleuvoir placidement sur les jardins de l’hôpital;
Ils ont l’aspect de survivants qui déjeunent sur le champ de bataille.
Ils sont pareils à des prisonniers qui n’ignorent pas que tous les geôliers se baignent dans le fleuve,
Et qui entendent faucher l’herbe dans le jardin de la prison.

(Maurice Maeterlinck)

Illustration: Marc Le Mene

 

 

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