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Posts Tagged ‘plume’

Nuit de prédestination (Nohad Salameh)

Posted by arbrealettres sur 18 avril 2021




    
Nuit de prédestination

En pèlerinage hors de nos corps
Nous prenons le terminal circulaire des migrateurs
Et franchissons les cinq cercles de la plume du paon
Descente dans les strates du temps
Portes ouvertes aux sept cieux
Aux sept abîmes.
Retrouverions-nous le chemin qui ramène
Au commencement des choses
L’espace d’une nuit de prédestination
Où tout deviendrait le goût même du toucher
À force de pénétrer au coeur de la caresse
Et de consumer le mouvement ?

(Nohad Salameh)

 

Recueil: Voix d’encre 33
Traduction:
Editions: Voix d’encre

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Cailloux (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2021



Cailloux

J’ai lancé des cailloux
Ronds comme des billes
Pointus comme des poignards
Aux formes étranges
Des cailloux
A retrouver les chemins
Des cailloux
A ricocher sur l’étang

Je les ai lancés au ciel
D’où ils sont retombés
A la mer qui en a fait des galets
Ou du sable
Aux oiseaux dont ils arrachèrent quelques plumes
Au soleil dans son tabernacle de nuages
A la porte de la nuit
Et à la vitrine du jour
A des chiens qui voulaient me mordre
Et à des fantômes qui me menaçaient

(Jean-Baptiste Besnard)

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J’écris sur le ciel (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2021



J’écris
Sur le ciel
Avec une plume arrachée au vol de l’oiseau rapide
Sur le sable avec mon doigt
Sur tous les murs de la ville avec de la peinture
Sur la feuille vierge
Avec un crayon bien taillé
Sur l’écorce de l’arbre avec un couteau
Sur le tableau noir
Avec des craies de toutes les couleurs
J’écris ton prénom
Qui n’est pas toujours le même
Car à chaque fois
Le vent l’emporte
La vague le submerge
Les affiches le recouvrent
La gomme l’efface
La cognée l’abat
Le chiffon l’essuie.

(Jean-Baptiste Besnard)

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Le pic épeiche (Yvon Le Men)

Posted by arbrealettres sur 7 mars 2021



Illustration
    
Le pic épeiche

La tête barrée de rouge les
plumes couvertes de vert
le ventre gonflé de gris
l’oeil noir

l’oiseau pique et pêche
des vers dans l’herbe mouillée

son nom
lui va comme un gant

comme les noms que j’espère trouver en
marchant
au bord de mes poèmes.

(Yvon Le Men)

 

Recueil: Les mains de ma mère
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Aux arbres (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 12 janvier 2021




    

Aux arbres

Arbres de la forêt, vous connaissez mon âme!
Au gré des envieux, la foule loue et blâme ;
Vous me connaissez, vous! – vous m’avez vu souvent,
Seul dans vos profondeurs, regardant et rêvant.
Vous le savez, la pierre où court un scarabée,
Une humble goutte d’eau de fleur en fleur tombée,
Un nuage, un oiseau, m’occupent tout un jour.
La contemplation m’emplit le coeur d’amour.
Vous m’avez vu cent fois, dans la vallée obscure,
Avec ces mots que dit l’esprit à la nature,
Questionner tout bas vos rameaux palpitants,
Et du même regard poursuivre en même temps,
Pensif, le front baissé, l’oeil dans l’herbe profonde,
L’étude d’un atome et l’étude du monde.
Attentif à vos bruits qui parlent tous un peu,
Arbres, vous m’avez vu fuir l’homme et chercher Dieu!
Feuilles qui tressaillez à la pointe des branches,
Nids dont le vent au loin sème les plumes blanches,
Clairières, vallons verts, déserts sombres et doux,
Vous savez que je suis calme et pur comme vous.
Comme au ciel vos parfums, mon culte à Dieu s’élance,
Et je suis plein d’oubli comme vous de silence!
La haine sur mon nom répand en vain son fiel ;
Toujours, – je vous atteste, ô bois aimés du ciel! –
J’ai chassé loin de moi toute pensée amère,
Et mon coeur est encor tel que le fit ma mère!

Arbres de ces grands bois qui frissonnez toujours,
Je vous aime, et vous, lierre au seuil des antres sourds,
Ravins où l’on entend filtrer les sources vives,
Buissons que les oiseaux pillent, joyeux convives!
Quand je suis parmi vous, arbres de ces grands bois,
Dans tout ce qui m’entoure et me cache à la fois,
Dans votre solitude où je rentre en moi-même,
Je sens quelqu’un de grand qui m’écoute et qui m’aime!
Aussi, taillis sacrés où Dieu même apparaît,
Arbres religieux, chênes, mousses, forêt,
Forêt! c’est dans votre ombre et dans votre mystère,
C’est sous votre branchage auguste et solitaire,
Que je veux abriter mon sépulcre ignoré,
Et que je veux dormir quand je m’endormirai.

(Victor Hugo)

 

Recueil: Cent poèmes de Vivtor Hugo
Traduction:
Editions: Omnibus

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Elle avait pris ce pli … (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 6 janvier 2021



    

Elle avait pris ce pli …

Elle avait pris ce pli dans son âge enfantin
De venir dans ma chambre un peu chaque matin;
Je l’attendais ainsi qu’un rayon qu’on espère;
Elle entrait, et disait: Bonjour, mon petit père ;
Prenait ma plume, ouvrait mes livres, s’asseyait
Sur mon lit, dérangeait mes papiers, et riait,
Puis soudain s’en allait comme un oiseau qui passe.
Alors, je reprenais, la tête un peu moins lasse,
Mon oeuvre interrompue, et, tout en écrivant,
Parmi mes manuscrits je rencontrais souvent
Quelque arabesque folle et qu’elle avait tracée,
Et mainte page blanche entre ses mains froissée
Où, je ne sais comment, venaient mes plus doux vers.
Elle aimait Dieu, les fleurs, les astres, les prés verts,
Et c’était un esprit avant d’être une femme.
Son regard reflétait la clarté de son âme.
Elle me consultait sur tout à tous moments.
Oh! que de soirs d’hiver radieux et charmants
Passés à raisonner langue, histoire et grammaire,
Mes quatre enfants groupés sur mes genoux, leur mère
Tout près, quelques amis causant au coin du feu !
J’appelais cette vie être content de peu !
Et dire qu’elle est morte! Hélas! que Dieu m’assiste !
Je n’étais jamais gai quand je la sentais triste ;
J’étais morne au milieu du bal le plus joyeux
Si j’avais, en partant, vu quelque ombre en ses yeux.

(Victor Hugo)

 

Recueil: Cent poèmes de Vivtor Hugo
Traduction:
Editions: Omnibus

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LES OIES INQUIETES (Gaston Couté)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2020



Illustration: Christiane Marette
    
LES OIES INQUIETES

Les oies qui traînent dans le bourg
Ainsi que des commères grasses
Colportant les potins du jour,
En troupeaux inquiets s’amassent.
Un gros jars qui marche devant
Allonge le cou dans la brume
Et frissonne au souffle du vent
De Noël qui gonfle ses plumes…

Noël ! Noël !
Est-ce au ciel
Neige folle
Qui dégringole,
Ou fin duvet d’oie
Qui vole.

Leur petit œil rond hébété
A beau s’ouvrir sans trop comprendre
Sur la très blanche immensité
D’où le bon Noël va descendre,
A la tournure du ciel froid,
Aux allures des gens qui causent,
Les oies sentent, pleines d’effroi,
Qu’il doit se passer quelque chose.

Les flocons pâles de Noël
– Papillons de l’Hiver qui trône –
Comme des présages cruels
S’agitent devant leur bec jaune,
Et, sous leur plume, un frisson court
Qui, jusque dans leur chair se coule.
L’heure n’est guère aux calembours,
Mais les oies ont la chair de poule.

Crrr !… De grands cris montent parmi
L’aube de Noël qui rougeoie
Comme une Saint-Barthélemy
Ensanglantée du sang des oies ;
Et, maintenant qu’aux poulaillers
Les hommes ont fini leurs crimes,
Les femmes sur leurs devanciers
Dépouillent les corps des victimes.

(Gaston Couté)

 

 

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GENÈSE (Aksinia Mihaylova)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2020



Illustration: Francine Van Hove
    
GENÈSE

I
Déboutonner lentement le corps
quand on manque d’air
comme la châtaigne mûre
desserre ses poings épineux.
Le plus important sont les boutonnières
des veines,
des flottilles fatiguées y sont ensablées
et s’en détachent comme des caillots
des bouquets de coquelicots qui fanent,
se mettent à couler
depuis le cou vers le ventre
et le champ rouge
de ton corps déboutonné
frissonne sous le vent frais du matin.

II
Quand l’air manque
je donne un souffle de vie
au souvenir des eaux utérines.
Des branchies repoussent au cou
des ailerons sur les hanches
du duvet sur le dos,
ni homme ni poisson ni oiseau
je cherche mon sexe.
Après l’ange descend
avec un panier
accroché à son aile gauche
tout au fond mon âme
épouille ses plumes.

III
Il émerge
des eaux utérines,
pousse un sanglot,
la première gorgée d’air
ressuscite la mémoire
de vies précédentes.
On le lange,
on lui attache les mains et les jambes
avec une ganse rouge.
Les souvenirs qu’il a ramenés
s’atrophient avec les années
et chaque partie du corps déboutonné
s’abandonne à un rêve différent :
les plantes des pieds – dans des prairies vertes
des oiseaux de mer – sur les paumes
et je ne comprends vraiment plus
qui coud la chemise
qui déboutonne le corps.

(Aksinia Mihaylova)

 

Recueil: Le baiser du temps
Traduction:
Editions: Gallimard

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La fable et la vérité (Jean-Pierre Claris de Florian)

Posted by arbrealettres sur 18 décembre 2020




    

La fable et la vérité

La vérité, toute nue,
Sortit un jour de son puits.
Ses attraits par le temps étaient un peu détruits ;
Jeune et vieux fuyaient à sa vue.
La pauvre vérité restait là morfondue,
Sans trouver un asile où pouvoir habiter.
À ses yeux vient se présenter
La fable, richement vêtue,
Portant plumes et diamants,
La plupart faux, mais très brillants.
Eh ! Vous voilà ! Bon jour, dit-elle :
Que faites-vous ici seule sur un chemin ?
La vérité répond : vous le voyez, je gèle ;
Aux passants je demande en vain
De me donner une retraite,
Je leur fais peur à tous : hélas ! Je le vois bien,
Vieille femme n’obtient plus rien.
Vous êtes pourtant ma cadette,
Dit la fable, et, sans vanité,
Partout je suis fort bien reçue :
Mais aussi, dame vérité,
Pourquoi vous montrer toute nue ?
Cela n’est pas adroit : tenez, arrangeons-nous ;
Qu’un même intérêt nous rassemble :
Venez sous mon manteau, nous marcherons ensemble.
Chez le sage, à cause de vous,
Je ne serai point rebutée ;
À cause de moi, chez les fous
Vous ne serez point maltraitée :
Servant, par ce moyen, chacun selon son goût,
Grâce à votre raison, et grâce à ma folie,
Vous verrez, ma sœur, que partout
Nous passerons de compagnie.

(Jean-Pierre Claris de Florian)

 

Recueil: Fables
Traduction:
Editions:

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GRILLE (Michel Butor)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2020



GRILLE

Derrière les barreaux
on entrevoit
une figure en attente
Une jeune fille
un écolier
un prisonnier

Subrepticement
à la nuit tombante
lui faire passer

Une lettre
une plume de geai
la clef des champs

(Michel Butor)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

 

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