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Posts Tagged ‘plume’

TU ES VENUE

Posted by arbrealettres sur 19 juillet 2021



 

Alexander Deineka   00 [1280x768]

TU es venue, et tu semblais un amusement.

Mais tu as pris par la main mes trente ans
Qui hésitaient à s’acheminer
Vers les mornes paysages parsemés de chagrins
Et les époques de l’incertaine aventure.
Tu les conduis de même qu’un enfant
Qu’on veut empêcher d’avoir peur
En descendant l’escalier obscur.

A présent, grâce à toi, j’ai oublié
Les embûches lointaines.
La vie est un été perpétuel,
Une montre arrêtée à midi.
Et si je regarde autour de moi,
Les jours sont de légères et immobiles plumes
A fleur du temps.

Doux passe-temps, goûter ta voix qui jamais ne lasse
Ainsi que l’eau, ainsi que le pain!
Je suis comblé de cadeaux plus frais et plus gais
Que l’ouverture matinale des persiennes.
Je ne connais plus ni rides, ni chagrins,

Depuis que tu as pris par la main mes trente ans.

(Lionello Fiumi)

Illustration: Alexander Deineka

 

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ILS CASSENT LE MONDE (Boris Vian)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2021





ILS CASSENT LE MONDE

Ils cassent le monde
En petits morceaux
Ils cassent le monde
A coups de marteau
Mais ça m’est égal
Ça m’est bien égal
Il en reste assez pour moi
Il en reste assez
Il suffit que j’aime
Une plume bleue
Un chemin de sable
Un oiseau peureux
Il suffit que j’aime
Un brin d’herbe mince
Une goutte de rosée
Un grillon de bois
Ils peuvent casser le monde
En petits morceaux
Il en reste assez pour moi
Il en reste assez
J’aurai toujours un peu d’air
Un petit filet de vie
Dans l’oeil un peu de lumière
Et le vent dans les orties
Et même, et même
S’ils me mettent en prison
Il en reste assez pour moi
Il en reste assez
Il suffit que j’aime
Cette pierre corrodée
Ces crochets de fer
Où s’attarde un peu de sang
Je l’aime, je l’aime
La planche usée de mon lit
La paillasse et le châlit
La poussière de soleil
J’aime le judas qui s’ouvre
– Les hommes qui sont entrés
Qui s’avancent, qui m’emmènent
Retrouver la vie du monde
Et retrouver la couleur
J’aime ces deux longs montants
Ce couteau triangulaire
Ces messieurs vêtus de noir
C’est ma fête et je suis fier
Je l’aime, je l’aime
Ce panier rempli de son
Où je vais poser ma tête

(Boris Vian)

Illustration

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FEUILLE BLANCHE (Ernest Delève)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2021



 

FEUILLE BLANCHE

Quel trait savant de plume d’ange
Nous fit cette belle blessure
Le mal et ses fioritures

Le front fêlé comme un miroir
Où nulle femme ne vient voir

La bouche amère qui n’a plus
Savouré le fruit défendu

Un tout petit souci qui crie
Le cri de la poulie
Jusqu’au coeur de la nuit
Tant il voudrait sortir du puits
Un seau d’étoiles

Une très petite joie
Fébrilement se bat les flancs
Pour avoir des ailes géantes
Tant elle a peur de retomber
Comme les étoiles filantes

Mais une parcelle de nuit
S’envole d’une nuit de noces
Et va se percher sur l’arbre
Ebloui par excès de sève

Et chante seule l’inouïe
Nuit d’amour parfaite
O rossignol grâce à toi
J’entends le bonheur des autres

Ta réserve d’air pur
Fait un flambeau de bulles
Un bouquet d’étoiles
Pour tous les amants

La lumière me vient
D’un nuage en fête
Eclairant les fenêtres
Ces cristaux du festin

Où trône l’aimée
Jamais oubliée
Puisqu’elle est dans les yeux
De ceux qui sont heureux

De ses lèvres vient l’haleine
Par qui traversent la nuit
Ces étincelles de graines
Des parterres de minuit

Et peut-être mon jardin vide
En sera-t-il un peu fleuri

Pendant que cette feuille blanche
Tombe de l’arbre de la nuit

(Ernest Delève)

 

 

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L’oreiller d’un enfant (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 30 mai 2021



 

Aron Wiesenfeld   Immigrant

L’oreiller d’un enfant

Cher petit oreiller, doux et chaud sous ma tête,
Plein de plume choisie, et blanc, et fait pour moi !
Quand on a peur du vent, des loups, de la tempête,
Cher petit oreiller, que je dors bien sur toi !

Beaucoup, beaucoup d’enfants, pauvres et nus, sans mère,
Sans maison, n’ont jamais d’oreiller pour dormir ;
Ils ont toujours sommeil, ô destinée amère !
Maman ! douce maman ! cela me fait gémir …

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Aron Wiesenfeld

 

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LA FORTUNE (Léo Ferré)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2021



 

LA FORTUNE

Si tous les crayons
Que l’on vend à Paris
Écrivaient des chansons
Comme Monsieur Lully
Et si toutes les plumes
Avaient Verlaine au bec
Et chacun sa chacune
On ne vivrait plus qu’avec
La fortune
Quelques tunes
Deux bouquets, trois chansons et la lune
Si tu rêves
Ta vie brève
Passera comme passent les rêves.
la fortune
Quelques tunes
Et de quoi s’en aller dans la lune
Si tout passe
Si tout casse
Si tout lasse
Passe passe

Si tous les vauriens
Qui ne valent rien à Paris
Ne valaient qu’un refrain
De Villon ou de qui
Et si toutes les épines
Avaient la rose avec
Et chacun sa chacune
On ne vivrait plus qu’avec
La fortune
Quelques tunes
Deux saluts trois au revoir et la lune
Si tu chantes
Ta vie lente
Filera comme une étoile filante
La fortune
Quelques tunes
Et de quoi faire briller cette lune
Cette lune
Qui s’allume
Et consume
L’infortune

(Léo Ferré)


 

 

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Nuit de prédestination (Nohad Salameh)

Posted by arbrealettres sur 18 avril 2021




    
Nuit de prédestination

En pèlerinage hors de nos corps
Nous prenons le terminal circulaire des migrateurs
Et franchissons les cinq cercles de la plume du paon
Descente dans les strates du temps
Portes ouvertes aux sept cieux
Aux sept abîmes.
Retrouverions-nous le chemin qui ramène
Au commencement des choses
L’espace d’une nuit de prédestination
Où tout deviendrait le goût même du toucher
À force de pénétrer au coeur de la caresse
Et de consumer le mouvement ?

(Nohad Salameh)

 

Recueil: Voix d’encre 33
Traduction:
Editions: Voix d’encre

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Cailloux (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2021



Cailloux

J’ai lancé des cailloux
Ronds comme des billes
Pointus comme des poignards
Aux formes étranges
Des cailloux
A retrouver les chemins
Des cailloux
A ricocher sur l’étang

Je les ai lancés au ciel
D’où ils sont retombés
A la mer qui en a fait des galets
Ou du sable
Aux oiseaux dont ils arrachèrent quelques plumes
Au soleil dans son tabernacle de nuages
A la porte de la nuit
Et à la vitrine du jour
A des chiens qui voulaient me mordre
Et à des fantômes qui me menaçaient

(Jean-Baptiste Besnard)

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J’écris sur le ciel (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2021



J’écris
Sur le ciel
Avec une plume arrachée au vol de l’oiseau rapide
Sur le sable avec mon doigt
Sur tous les murs de la ville avec de la peinture
Sur la feuille vierge
Avec un crayon bien taillé
Sur l’écorce de l’arbre avec un couteau
Sur le tableau noir
Avec des craies de toutes les couleurs
J’écris ton prénom
Qui n’est pas toujours le même
Car à chaque fois
Le vent l’emporte
La vague le submerge
Les affiches le recouvrent
La gomme l’efface
La cognée l’abat
Le chiffon l’essuie.

(Jean-Baptiste Besnard)

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Le pic épeiche (Yvon Le Men)

Posted by arbrealettres sur 7 mars 2021



Illustration
    
Le pic épeiche

La tête barrée de rouge les
plumes couvertes de vert
le ventre gonflé de gris
l’oeil noir

l’oiseau pique et pêche
des vers dans l’herbe mouillée

son nom
lui va comme un gant

comme les noms que j’espère trouver en
marchant
au bord de mes poèmes.

(Yvon Le Men)

 

Recueil: Les mains de ma mère
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Aux arbres (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 12 janvier 2021




    

Aux arbres

Arbres de la forêt, vous connaissez mon âme!
Au gré des envieux, la foule loue et blâme ;
Vous me connaissez, vous! – vous m’avez vu souvent,
Seul dans vos profondeurs, regardant et rêvant.
Vous le savez, la pierre où court un scarabée,
Une humble goutte d’eau de fleur en fleur tombée,
Un nuage, un oiseau, m’occupent tout un jour.
La contemplation m’emplit le coeur d’amour.
Vous m’avez vu cent fois, dans la vallée obscure,
Avec ces mots que dit l’esprit à la nature,
Questionner tout bas vos rameaux palpitants,
Et du même regard poursuivre en même temps,
Pensif, le front baissé, l’oeil dans l’herbe profonde,
L’étude d’un atome et l’étude du monde.
Attentif à vos bruits qui parlent tous un peu,
Arbres, vous m’avez vu fuir l’homme et chercher Dieu!
Feuilles qui tressaillez à la pointe des branches,
Nids dont le vent au loin sème les plumes blanches,
Clairières, vallons verts, déserts sombres et doux,
Vous savez que je suis calme et pur comme vous.
Comme au ciel vos parfums, mon culte à Dieu s’élance,
Et je suis plein d’oubli comme vous de silence!
La haine sur mon nom répand en vain son fiel ;
Toujours, – je vous atteste, ô bois aimés du ciel! –
J’ai chassé loin de moi toute pensée amère,
Et mon coeur est encor tel que le fit ma mère!

Arbres de ces grands bois qui frissonnez toujours,
Je vous aime, et vous, lierre au seuil des antres sourds,
Ravins où l’on entend filtrer les sources vives,
Buissons que les oiseaux pillent, joyeux convives!
Quand je suis parmi vous, arbres de ces grands bois,
Dans tout ce qui m’entoure et me cache à la fois,
Dans votre solitude où je rentre en moi-même,
Je sens quelqu’un de grand qui m’écoute et qui m’aime!
Aussi, taillis sacrés où Dieu même apparaît,
Arbres religieux, chênes, mousses, forêt,
Forêt! c’est dans votre ombre et dans votre mystère,
C’est sous votre branchage auguste et solitaire,
Que je veux abriter mon sépulcre ignoré,
Et que je veux dormir quand je m’endormirai.

(Victor Hugo)

 

Recueil: Cent poèmes de Vivtor Hugo
Traduction:
Editions: Omnibus

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