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Poésie

Posts Tagged ‘poids’

Un œuf (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 21 octobre 2017



Un œuf
Ne pèse pourtant
Que son poids.

(Guillevic)

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J’ai retenu la vie (Nadia Tueni)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2017



Illustration
    
J’ai retenu la vie
Pour que dure l’instant sous le poids des mémoires
j’ai retenu la nuit
plus doucement qu’une main de femme
plus longuement sans oublier
contre des murs vivants
sur un étroit chemin utile comme un arbre

Pour que le don de Mort recouvre les eaux sures
J’ai retenu la mer
loin des cathédrales dont elle se glorifie
loin de ces araignées qui tissent
encore des vagues pour attirer la plage
et des rochers tordus où s’en ira la vie
j’ai retenu la vie
j’ai retenu la mer

Pour que reste le cri des oiseaux de l’orage
ceux qui n’ont plus rien dit depuis la grande attente
ceux qui prient chaque fois pour les morts en puissance
et détiennent la tour d’où soufflent tous les vents
j’ai retenu la mer
la nuit est moins féroce
qui permet au soleil
un temps de revenir

(Nadia Tueni)

 

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L’EMPIRE D’UNE ROBE (Jean Malrieu)

Posted by arbrealettres sur 29 septembre 2017



Alexander Nedzvetskaya Prosperity [800x600]

Illustration: Alexandra Nedzvetskaya
    
L’EMPIRE D’UNE ROBE

Une femme un poème habitent ma voix
quand nous rêvons ensemble
Une chambre une vie une voix
Le seul lit de la lumière
L’un bouge et elle est nue entre nous deux
comme la gorge des montagnes
Je me tais, les autres sont morts
et si je me retourne
le poème tremble dans les bras de l’amour
Pauvres, nous n’avons qu’un drap pur
pour nous aimer ensemble
lorsque je rêve à haute voix.

Pour toi je veux tailler dans ma vie
la robe des circonstances.

Non pas celle où dans les plis des paroles se cachent
les petits villages traversés en dormant
où l’on vivrait heureux si l’on avait le temps
Pas de hautes couleurs imprimées de soleils, de forêts, de cascades
mais une robe sur parole
une étoffe sur mesure
prise dans l’accent dont j’use dans le sommeil
lorsque je suis très pur et très beau
Une robe précise comme le moule qui me creuse et m’emplit
celle de l’éloquence
une robe de rumeurs.

La robe de l’étonnement
dont chaque fibre m’a demandé de longs tourments
dont chaque hanche m’a demandé tant de nuits blanches
La robe où l’on entre où l’on sort
La robe jeune comme le rire
une robe pour un empire.

Non pas celle qui existera plus tard
lorsque la langue des amants sera langue commune
mais la quotidienne
à la véritable couleur du jour
On la vêt comme on la parle.

Te souviens-tu de ce chemin de campagne
qui se perdait en ville et demandait son chemin ?
Vous tournerez à gauche.
Et nous voici avec la robe, bras dessus, bras dessous,
la moitié de la vie passée, nous retournant
en faisant de petits signes d’adieu
à ceux qui nous suivent dans le labyrinthe des années
Te souviens-tu de cette robe de frémissement liquide
de vents et de feuilles
du colloque des lèvres et des eaux ?

Je suis riche de tous les désirs des vivants
et ta robe, c’est l’une et multiple qu’on n’ose soulever
laissant au souvenir sa chance d’aborder
sur la plage inconnue qui est au delà de la chair.
Cadis de vérité
dauphin de tendresse, mers enchantées
surah de respect

Les étoiles s’y laissent prendre comme dans un étang
et la trame du inonde tremble
car tu viens d’y passer comme une flamme
femme, légère passagère à bord de ma vie
femme au long cours comme les rivières.
Tu débordes de mes bras, satin noyé
et je voudrais être aussi le miroir
pour savoir ce qu’il te répond
quand tu lui fais le grand honneur de le questionner.

Oui, mon amour te va bien
Tu as accepté sa charge de collines, de beauté
son poids argenté d’années
et du miroir sort un long cortège d’amants
qui nous ressemblent

Elles y sont toutes les robes de joie
elles y sont toutes les triomphantes
celles du jardin d’Août où la chaleur est mûre
celles des fêtes dans les blés
les bleues, les enchantées d’après-midi,
les rêveuses, les solitaires
et je ne parlerai pas du large parfum de bras blancs
mêlés à la vanille des herbes sèches,
à l’odeur du feu dans le souvenir

Ah ! robes de ma voix, couvrez-la d’étoffes stellaires,
elle qui habite la parole
comme le bocal des lanternes et me brûle
Choisis. Ordonne, ardente.
Il y a de tout dans la passion
qui flambe jusqu’à l’exaspération du langage
Taille, coupe, échancre, dentelle.

Exige, ne me demande qu’une seule chose l’impossible.
Cela seul je le peux :
Des robes de lynx, de sirphes, de chimères
les manteaux des cascades,
les couronnes de larmes, les guirlandes de trèfle,
le petit chemin des neiges, la route du feu.
Tout est à tes pieds.

Tu peux fouler ce que tu veux.
Et dédaigner
Et voici que l’amour, le vrai,
celui qu’on n’approche pas souvent, s’avance.
Il vient hors des limites du désert, il se couche.
Il est un vieux mot de lion à la crinière pouilleuse.
La vermine des étoiles se répand sur le sol

Laisse-toi envahir par les constellations, elles sont contagieuses.
Tu mérites toutes les affections du ciel.

Et voici la robe taillée dans l’air diamantifère des solitudes.
Je l’ai prise à l’avant d’un bateau qui coupait l’équateur
chargé d’un automne et d’un printemps astral et boréal

La robe d’indienne
La douceur pour tes épaules des oiseaux lyres.
Celle-là les alizés d’un soir l’amenèrent.
Elle avait couru cent ans dans leur haleine autour des terres
et la voici faite de bruine et de haubans
indigo comme la mer qu’on imagine
et sonore comme le temps
Avec elle tu es bien ce navire qui rôde dans ma vie
quand nous sommes au large de nous-mêmes

Car j’ai grandi depuis que je t’aime
et je suis devenu pareil à un océan où, parfois,
quand je me laisse assoupir par mon chant
c’est toi, là-bas, au bout de mon bras,

tu es aussi dans mon épaule,
à la fois dans mes reins et partout dans mes yeux
femme, robe, neige, poème
Tu es une robe de neige sur la mer
Tu danses avec elle pour la beauté la vanité
Tu danses aux quatre coins du monde,
traversée par les météores à longue durée
qui déchirent nos espaces
Je sais la hôte patiente de tes lèvres
qui se plaignent au milieu des draps de l’automne
encore tachés des vendanges

Robe des pluies
Robe rauque des lichens sur les rocs
Robe de Robinson
Robe de silence où l’on pénètre avec effraction
Robe de papier journal où l’on ne parlait que d’amour
Robe de faits divers de dernière heure de toute urgence
Robe taillée dans la colonne des annonces
Robe cousue dans un krack financier, de building, de panique, de science
Robe pourpre comme un précipité chimérique…

Comme tu restes nue pourtant
et c’est ma condition d’homme
de ne pouvoir t’habiller que de toi-même
Vois, je n’ai jamais eu que du sang dans mes paroles
c’est ma seule richesse

Il est dans mon oreille gauche
parce qu’un soir de naufrage je t’ai entendue pleurer et appeler
Il est dans mon oeil droit et je pleure aussi des images
qui déteignent sur tous les écrans du monde
Il est dans mes bras en croix; il coule au flanc

puisque je suis toujours un homme crucifié

Il est dans mes jambes, il court, je cours,
je ne le saisis point Il a de l’avance sur moi
Il charrie ce qu’ont tenu des millions de poitrines avant la mienne

Il a recueilli tous les noms qui ont sombré au bord des lèvres
avant que la parole soit proférée,
dans les désastres, les misères avant les résurrections.

Et maintenant il faut que tout cela sorte
d’une manière ou d’une autre
Pardonne-moi.
Nous ne nous sommes pas choisis,
mais, désignés, nous assurons à deux le destin de tous
Je veux tailler une robe dans l’espérance.
Que les siècles t’accompagnent
et que le grand escalier du temps vienne à tes pieds,
abaisse ses marches, de siècle en siècle que tu montes
ô femme d’entre les femmes
modeste inconnue que personne ne remarque,
mais qui assure son rôle de médiatrice.
Mon espoir est le tien.
Tu marcheras, tu aborderas dans l’espace du bonheur
Souviens-toi de nos misères, de nos chances, charité.

Je t’ai beaucoup aimée,
vêtue du meilleur de l’homme
pour que tu sois la souveraine quotidienne
pour que tu sois le jour.

Une robe couleur de l’amour.
Que les grands espaces t’entourent
avec leurs envolées d’aigles.
Nous n’avons jamais méprisé la terre.
Nous ne l’avons pas quittée un seul instant
Souviens-toi de ces jours
où il y avait de la poussière dans le soleil
et dans les nuits un imaginaire qui donnait tout,
distribuait les richesses,
dilapidait les fortunes communes devant l’air consentant.
Les arbres consultés disaient toujours oui avec leurs ombres
et la mer et son rideau de vagues s’ouvraient

Taille donc toi-même dans la terre
ce manteau tout bruissant de pas qu’y laissèrent les amants
— ils ne sont pas prêts d’être oubliés —
quand un chemin qui se perdit les mena jusqu’au haut du talus
où ils s’aimèrent à la face d’un autre monde

Faisait-il beau là-bas ? Nul ne l’a su.
Mais la terre a besoin des hommes et elle parle
Prends ta voix dans le manteau des mers
ta voix dans la rumeur du coquillage de neptune,
on entend tout

Prends-la dans les feux de l’air
Que l’air se déroule comme les ceintures
Défais les ceintures comme tombe la neige
aime la neige pour lui donner ta chaleur
la chaleur de ta voix et plonge le couteau.
Il en coulera un long sanglot brisé

Ça, oui, ça, c’est la voix de l’amour qui n’est pas mort.
Il passe au long des rues, au long des âges
Les chiens le reconnaissent, le saluent
Les trains de nuit marchent plus vite
Les insectes vont sortir ce soir pour le rencontrer
Il y a beaucoup à maintenir dans la voix.

Elle est un manteau jeté sur l’absence.
C’est un coup de poing au coeur de l’apparence
et chaque fois que je me bats avec l’amour,
une femme blanche s’en va par mes blessures,
douloureuse, et ne me reconnaît plus
c’est toi dans ma voix qui saigne et dit:

Rien n’a changé
Nous sommes toujours face à face, pauvres.
Allons ! Il te faut partir.
Il ne manque plus que le dernier regard.
Jette-toi dans mes yeux
Il ne manque plus que la dernière agrafe
c’est parfait

je ne tiens que par un sourire,
le tien,
si merveilleusement désespéré.

(Jean Malrieu)

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Cette page, c’est la nuit (Jean Malrieu)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2017




    

Cette page, c’est la nuit, elle brûle.
Toutes les pages et les nuits brûlent,
nuits sans étoiles mais avec beaucoup de formes délirantes
qui sont les constellations de l’homme adulte.
On y entre et nul ne sait quand il en sortira.

Une nuit de draps froissés et d’herbes fortes, une nuit de forêt,
une nuit paysanne, une nuit faite de miroirs, et de chuchotements,
de spasmes, d’arbres qui frottent leurs branches,
une nuit sans suite, de désespoir et de combat.
Une nuit aveugle.

La femme que j’aime est belle et mon sang lui appartient.
C’est une nuit que je poursuis depuis toujours, jamais la même,
puisque je ressemble à l’éclair qui se fraie un passage entre les branches
et déracine la plainte qui habite le cœur de la terre.

Tendu à l’extrême comme pour faire jouir l’amour dans les années,
j’y vais de tout le poids de mon âge et de ma science.
Depuis que j’aime, je sais qu’elle approche quand les feuilles frémissent
et derrière la poésie, par-delà le cercle de feu, dont la Walkyrie.

Je voudrais inventer tous les mots, et cette page, c’est ton corps,
c’est le poème qui chante comme une blessure.

(Jean Malrieu)

 

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Le veilleur (Jean Malrieu)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2017



Illustration: Julien Dugué
    
Le veilleur

Le vent n’a pas assez traversé assez de pays
Essoufflé d’oiseaux émondé de branches
La vague n’a pas assez roulé
Il manque un grain de sable au désert
Il manque un jour de plus à la terre
Un peu de poids dans le nuage
Encore une ravine au visage
Encore une lettre à l’alphabet

A minuit
Dans les rues désertes si le fantôme mendiant de la neige vient à passer
Ne ferme pas ta porte. Même de lui l’espérance va renaître.
Les rennes dessinés sur les rochers se rassembleront
Et viendront rafraîchir une soif de pierre sur les vitres
Les fleurs de givre donneront enfin des graines.

(Jean Malrieu)

 

Recueil: Préface à l’Amour
Editions: Les cahiers du Sud

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Lorsque choisi pour ce suicide (Robert Ganzo)

Posted by arbrealettres sur 25 septembre 2017



Lorsque choisi pour ce suicide
J’ai senti rouler dans mon sang
Tout le poids d’un désert fluide…
Il m’a fallu vous reconnaître
formes d’un nouvel univers.

[…]

Je retrouve soudain l’azur

(Robert Ganzo)


Illustration: Michel Ogier

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Je suis sans être (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 15 septembre 2017




    
Je suis sans être

Je suis sans être — ailleurs quand je suis là,
partout perdu, dans la marche immobile,
dans le sommeil voyageant, voyageant.

Je me recherche et ne sais si je brûle
ou si le froid se cache sous ma cendre,
le vieux désir enfermé dans mon âtre.

M’avez-vous vu ? Je cherche, je me cherche.
Connaissez-vous ce malfaiteur ? Il vole
son propre corps à sa personne même.

Je suis dans l’être — et l’être n’est pas là.
L’identité qu’on me donne est aux autres.
Ne m’appartient qu’un reste de frayeur.

Ce que je cherche ici, c’est ma recherche,
mon petit poids d’invisible, de doute,
qui construit mon moi sans être moi.

Sois cet oiseau qui chantait la naissance
en élevant ses ailes sur le feu,
sois du néant le seul ordonnateur
et sois l’aède effaré du Pourquoi.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Editions: Albin Michel

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On n’emporte rien avec soi (Marilyse Leroux)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2017



On n’emporte rien avec soi
qu’une image en viatique

Un iris de Van Gogh
bleu sur bleu
au pied de la montagne

On suit la découpe d’un jardin
sous un porche

A travers la fenêtre haut perchée
passe encore l’éclair d’un visage

On prend par les yeux
tout ce qui fut son regard
et par le corps
la douleur d’un amour
trop grand pour cette vie

Hier est si proche
qu’il nous attrape la main

On s’étonne d’un outil oublié
d’un escargot baignant
dans une rigole
sûr de presser contre soi
tout le poids du présent.

(Marilyse Leroux)

Découvert chez la boucheaoreilles ici

Illustration: Vincent Van Gogh

 

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Ne laisse pas le Passé (Alain Suied)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2017



Ne laisse pas le Passé
blesser de son poids mort
les ailes de l’instant
ne déchire pas le pacte
de sa page blanche
ne renie pas son envol
même si un ange
devait forcer ton passage
vers le rêve aboli.

*

Ne laisse pas le Passé
briser sous son poids neutre
les chances de l’instant
ne déchire pas le pacte
de son envol vivant
ne détourne pas son envol
même si un ange
devait empêcher son passage
vers le pays oublié.

(Alain Suied)

Illustration: Misha Gordin

 

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LES POUVOIRS DE L’AMOUR (VI) (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 11 septembre 2017



Illustration: Richard Mauch
    
LES POUVOIRS DE L’AMOUR (VI)

Loin des villages caillés, loin des routes
qui courent voir le soleil se lever sur les usines,
nous descendons dans l’été
comme au fond d’une cloche sous-marine.

Avec le coeur remonté jusqu’à la mort,
nous laissons le ciel se souder à nos yeux.
Je tiens ton visage dans ma main ouverte
comme s’il était ma seule richesse.

Ton regard, lourd de cils, est si mince et si long
qu’il est facile à ma vie d’en faire son horizon.
Avec tout le poids de l’espace sur la nuque,
tu viens, d’un seul baiser, te délivrer sur ma bouche.

Il nous faudra des années
pour revoir l’oiseau de clarté
qui se jetait chaque matin dans la vitre
et qu’on retrouvait, tué, le soir en plein miroir.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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