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LA COLOMBE POIGNARDEE (Jules Lefèvre-Deumier)

Posted by arbrealettres sur 28 juin 2018



 

colombe poignardée

LA COLOMBE POIGNARDEE

Il existe un oiseau, dont le pâle plumage,
Des forêts du tropique étonne la gaieté ;
Seul sur son arbre en deuil, les pleurs de son ramage
Font gémir de la nuit le silence attristé.

Le chœur ailé des airs, loin de lui rendre hommage,
Insulte, en le fuyant, à sa fatalité ;
Lui-même se fuirait, en voyant son image
Poignardé de naissance, il naît ensanglanté.

Et le poète aussi, merveilleuse victime,
Qui mêle de son sang dans tout ce qu’il anime,
Arrive dans ce monde, un glaive dans le cœur ;

Et l’on n’a point encore inventé de baptême,
Qui puisse en effacer le stigmate vainqueur :
Cette tache de mort, c’est son âme elle-même.

(Jules Lefèvre-Deumier)

Illustration

 

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Rien (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2017




    
Rien, les arbres cavaliers qui traversent le vent
et vont, et vont, et vont
à gai plumet, lourds éperons
jeter les confettis d’amour aux fêtes du printemps.

Rien, les volets ouverts sur le coeur des chambres
où les rêves meurent poignardés de lumière
des infantes aux échevaux sans fin
dont nul page mortel ne bercera le sein.

Simplement le goutte à goutte de la vie
la torture toujours plus avant
le sourire aux durables dents
des chairs fiancées au crépuscule.

Où sont-elles les pâles et belles ?
J’effeuille la rue visage à visage
chrysanthème sans pétale d’amour

Elles sont en d’autres détours
à guetter l’absence rocheuse
et peut-être sont-elles heureuses
du pas des heures, morts de velours.

Le moulin tourne au creux de moi
jetant au ciel sa farine de vent
pour le pain transparent des passions plénières
vives du sang qui vêt les âmes.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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Celui qui part, laissons-le partir (Issa Makhlouf)

Posted by arbrealettres sur 5 septembre 2015



Celui qui part, laissons-le partir.
Nous n’avons pas à détourner le fleuve de son cours,
à contrer la pérégrination du nuage.
Celui qui part, même s’il nous revient un jour,
ne reviendra plus.
Car son retour se sera effectué du côté de l’absence
dont il nous menacera sans cesse alors qu’elle fut jadis
un mystère lové dans son visage.

Le visage passe, et sa beauté demeure.
La lampe s’éteint, et sa lumière persiste.

Celui qui part, laissons-le partir.
Ne le suivons pas à la trace,
ne l’appelons pas,
et n’ayons nul regret
de ne pas lui avoir dit le dernier mot.

À quoi bon l’attendre,
alors qu’il est sorti du cercle de notre attente ?

En dehors de l’attente, nous n’avons plus besoin de l’autre.
Nous en avons fini avec lui
comme lorsque nous refermons un livre
et nous abandonnons au sommeil.
Puis, à notre réveil,
nous voyons passer le temps,
accompagné de nos corps poignardés
mais ne perdant pas de sang.

(Issa Makhlouf)

Illustration: Ryszard Miłek

 

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