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Poésie

Posts Tagged ‘poignée’

ARTS INVISIBLES (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2018




ARTS INVISIBLES

Toi qui chantes toutes mes morts,
Toi qui chantes ce que tu ne livres pas
au sommeil du temps,
décris-moi la maison du vide,
parle-moi de ces mots habillés de cercueils,
qui habitent mon innocence.

Avec toutes mes morts
je me remets à ma mort,
avec des poignées d’enfance,
avec des désirs ivres
qui n’ont pas marché sous le soleil,
et il n’y a pas une parole matinale
qui donne raison à la mort,
et pas un dieu où mourir sans grimaces.

(Alejandra Pizarnik)

Illustration: Paul Delvaux

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Saluez bas ce drapeau (Marc-Adolphe Guégan)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2018



drapeau [800x600]

Le sabre

Une oeuvre d’art, la poignée
De ce sabre fier.
Comme on embellit le crime!

***

Le quart

Quart en forme de sébile.
Piètre insigne
Des mendiants de la gloire.

***

Progrès

On tue à distance.
Plus de mains sanglantes.
La guerre est très propre.

***

Reportage

Le moribond criait: Maman!
De l’arrière, le journaliste
A entendu: Vive la France!

***

Testament

De sa poitrine déchirée
Sortit, en guise d’âme,
Un portrait de fillette blonde.

***

Cimetière

Petite croix. Epitaphe.
Ci-gît le soldat Gribouille.
Il mourut pour vivre libre.

***

L’emblème

Saluez bas ce drapeau.
On en fit l’emplette
L’autre jour dans mon bazar.

(Marc-Adolphe Guégan)

 

 

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Une poignée de monde (Ludovic Janvier)

Posted by arbrealettres sur 29 octobre 2018



 

Une poignée de monde

À supposer que les oiseaux se taisent
toujours une branche craque au bord de l’écoute

à supposer que le bois ne s’étire pas
toujours on y devine une rumeur de vent

à supposer qu’on n’entende plus le moindre souffle
dans le calme il y a toujours un bruit qui se prépare

à supposer que l’imminent demeure imperceptible
il y a ce bruit de voix que fait la pensée

à supposer que la pensée elle aussi renonce
il reste ce murmure en moi parce que je t’attends

à supposer qu’un jour je renonce à t’attendre
le silence écoutera toujours venir la fin d’attendre

(Ludovic Janvier)

Découvert chez Lara ici
 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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RANDONNÉE (Kenneth White)

Posted by arbrealettres sur 19 septembre 2018



 

promenade_irlande

RANDONNÉE

Merci pour cette poignée de jours d’avril
pour le vent blanc qui souffle
pour la terre sombre et les herbes entremêlées
et la fille qui marche à mes côtés
(Au pays des douze collines, Irlande)

*

ROAD FRAGMENT

My thanks for this handful of April days
for the white wind blowing
for the dark earth and the tangled grass
and the girl beside me walking
(Twelve Ben Country, Ireland)

(Kenneth White)

 

 

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La grande fugue (Ghyslaine Leloup)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2018



La grande fugue

La lumière
Une poignée d’oiseaux
Tout ruisselle

Du feu crissant des genêts
Ricochent des tremblements de soleil

Clartés prolongées dans les sonnailles

Marguerites libérées des prophéties
Tout se tait qui ne soit oiseaux ou grillons

Plus rien ne pèse pas même les pensées

Peur abandonnée dans les bois sombres
Débris de nuit enfermés dans la neige

Séisme lent dans le parfum sourd des narcisses

C’est le grand corps de la terre
Gorgée d’eau vaillante et d’astre tiède

Un homme une femme
Une coulée d’ombellifères
Ils avancent

Souverains

(Ghyslaine Leloup)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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EN ALLANT A TCHI-LI (Textes chinois)

Posted by arbrealettres sur 19 juillet 2018



    

EN ALLANT A TCHI-LI
Tin-Tun-Ling

Je me suis assis au bord de la route, sur un arbre renversé,
et j’ai regardé la route qui continuait à s’en aller vers Tchi-Li.
Ce matin, le satin bleu de mes souliers brillait comme de l’acier,
et l’on pouvait suivre le dessin des broderies noires.
Maintenant mes souliers sont cachés sous la poussière.
Quand je suis parti, le soleil riait dans le ciel,
les papillons voltigeaient autour de moi,
et je comptais les marguerites blanches répandues dans l’herbe,
comme des poignées de perles.

Maintenant c’est le soir, et il n’y a plus de marguerites.
Les hirondelles glissent rapidement à mes pieds,
les corbeaux s’appellent pour se coucher,
et je vois des laboureurs, leur natte roulée autour de la tête,
regagner les prochains villages.

Mais moi j’ai encore une longue route à parcourir.
Avant d’arriver à Tchi-Li, je veux composer une pièce de vers,
une pièce de vers triste comme mon esprit sans compagnon,
Et dans un rythme difficile, dans un rythme très difficile,
afin que la route d’ici à Tchi-Li me paraisse trop courte.

(Textes chinois)

 

Recueil: Le Livre de Jade
Traduction: Judith Gautier
Editions: Plon

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Célébrer (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 11 juin 2018




    
Célébrer ce qui n’existe pas.
Est-il un autre chemin pour célébrer ce qui existe?

Célébrer l’impossible.
Est-il une autre façon de célébrer le possible?

Célébrer le silence.
Est-il une autre manière de célébrer la parole?

Célébrer la solitude.
Est-il une autre voie pour célébrer l’amour?

Célébrer l’envers.
Est-il une autre forme de célébrer l’endroit?

Célébrer ce qui meurt.
Est-il un autre chemin pour célébrer la vie?

Le poème est toujours célébration
car il est toujours l’intensité
extrême d’un fragment du monde,
son épaulement de ferveur restituée,
sa poignée d’enthousiasme,
sa plus juste prononciation, la plus ferme,
comme si la voix avait soudain fleuri.

Le poème est toujours célébration
même si sur ses bords se reflète l’enfer,
même si le temps se crispe comme un organe blessé,
même si l’histrion funambulesque qui pousse les mots
disperse ses cabrioles et pirouettes.

Rien ne peut occulter l’infini.
Son geste est plus large que l’histoire,
son pas, plus long que la vie.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Poésie et Réalité
Traduction: Jean-Claude Masson
Editions: Lettres Vives

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Dans ma valise (Kamal Zerdoumi)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2018



Illustration
    
Dans ma valise
la tombe de ma mère
les quartiers de mon enfance
un peu de cette terre
qui apaise mon errance
l’eucalyptus et l’hibiscus
pour exorciser
le marronnier et le platane
et leur tristesse qui damne
Dans ma valise
Les sourires et les voix
de la poignée de vivants
qui comptent pour moi
et figent le temps
la fin du vertige
marier passé et présent
Afrique et Europe
un même continent

(Kamal Zerdoumi)

Découvert ici: https://desmotsetdesnotes.wordpress.com/

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LE POÈTE (Gilles Vigneault)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2017



 

mains jointes

LE POÈTE

Je prendrai dans ma main gauche
Une poignée de mer
Et dans ma main droite
Une poignée de terre
Puis je joindrai mes deux mains
Comme pour une prière
Et de cette poignée de boue
Je lancerai dans le ciel
Une planète nouvelle
Vêtue de quatre saisons
Et pourvue de gravité
Pour retenir la maison
Que j’y rêve d’habiter.
Une ville. Un réverbère.
Un lac. Un poisson rouge.
Un arbre et à peine
Un oiseau.
Car une telle planète
Ne tournera que le temps
De donner à l’Univers
La pesanteur d’un instant.

(Gilles Vigneault)

 

 

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COEUR (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2017




    
COEUR

Mon coeur, mon coeur, disent-ils, mon coeur
ainsi qu’on parle d’un malade qui se meurt
dans la chambre fermée sur des mots de délire
beaux peut-être ou fous en leur langue d’énigme

Ainsi qu’on parle d’un étranger
aux accès de douceur ou de rage
qui jette l’aventure au creux de la vie sage
comme une poignée d’or sur la table rustique
où des gens à couteaux s’égorgent pour un liard.

Chacun parle de ce lieu secret où sont des ronces
chacun montre la place où la bête s’affole
la bête aveugle et tendre que transperce le sang
la bête prise au piège tâtonnant sa prison.

Mon coeur, disent-ils, mon coeur, mon coeur
il frappe au flanc comme une pluie que rien ne console
comme un passant lassé de lieues frappe à la porte
de la maison de nuit qu’éclaire un bal

Et personne jamais n’ouvre la lumière
au visiteur inquiet de bonheur
et chacun tisse sur son coeur
le rite appris des gestes vers la boue et le pain.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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