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Poésie

Posts Tagged ‘poignet’

Figure de rêve (Remy de Gourmont)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2019



Emilia Castañeda 1943 - Spanish painter -   (45) [1280x768]

 

Figure de rêve

Séquence

La très chère aux yeux clairs apparaît sous la lune,
Sous la lune éphémère et mère des beaux rêves.
La lumière bleuie par les brumes cendrait
D’une poussière aérienne
Son front fleuri d’étoiles, et sa légère chevelure
Flottait dans l’air derrière ses pas légers :
La chimère dormait au fond de ses prunelles.
Sur la chair nue et frêle de son cou
Les stellaires sourires d’un rosaire de perles
Étageaient les reflets de leurs pâles éclairs. Ses poignets
Avaient des bracelets tout pareils ; et sa tête,
La couronne incrustée des sept pierres mystiques
Dont les flammes transpercent le coeur comme des glaives,
Sous la lune éphémère et mère des beaux rêves.

(Remy de Gourmont)

Illustration: Emilia Castañeda

 

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L’acheteuse (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 10 décembre 2018



 

Elle achetait un élixir
dans la ville
d’un autre temps
il nous faut penser à elle
encore aujourd’hui pourtant
quand les bras sont aussi blancs
et les poignets aussi fins
aussi douce la chair
ô vertigineuse vie!

(Jean Follain)

 

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Mais est-ce bien la peine (Marie Noël)

Posted by arbrealettres sur 7 septembre 2018




    
Mon corps las en dormant a réchauffé mon lit…
Ma fatigue d’hier est restée en mes membres
Et mon maître déjà, le matin de décembre,
M’appelle dans la rue où la rumeur grandit.

Dresse tes os, debout. Lève-toi. Lève-toi, debout femme !
Mais est-ce bien la peine, ô Dieu, d’avoir une âme ?

(…)

Huit heures, cours laver à la rivière où l’eau
Attend sous un glaçon tes poignets pour les mordre,
Le linge qu’ont sali les autres va le tordre,
Râpe afin qu’il soit blanc sa crasse avec ta peau.

Frotte, les jours sont courts, le pain cher, frotte femme !
Mais est-ce bien la peine, ô Dieu, d’avoir une âme ?

(…)

Midi… cherche la croûte en ta poche cachée,
Vite, donne à ta chair de pauvre la bouchée
Dont pour s’user à gagner l’autre elle a besoin.

Mange ton pain, ton pain te mange, mange ô femme.
Mais est-ce bien la peine, ô Dieu, d’avoir une âme ?

(…)

Sans repos, sans espoir, use ta vie ô femme…
Mais est-ce bien la peine ô Dieu d’avoir une âme ?

(Marie Noël)

 

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Les bras (Patrick Le Divenah)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2018




    
Les bras

elle avait une façon de laisser les bras
accompagner le déplacement de son corps
qui désarmait toute analyse et disait, fort
bien, que la marche existe ailleurs que dans les pas

c’est de l’épaule que partait la courbe libre
volontaire et l’oeil commençait juste à la suivre
que déjà l’évasement du coude passé
le dessin se perdait dans l’isthme du poignet

jamais telle douceur n’avait paru plus ferme
ni l’évidence d’une peau plus éclatante
parcours sans faute d’une ligne dont la pente

pouvait surprendre par un geste qui la ferme
puis qui de nouveau l’ouvre et de nouveau l’oriente
écart inattendu qui comble notre attente

(Patrick Le Divenah)

 

Recueil: Blasons du corps féminin
Traduction:
Editions: L’Échappée Belle

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Eveil au seuil d’une fontaine (Anne Hébert)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2018



Eveil au seuil d’une fontaine

Ô ! spacieux loisir
Fontaine intacte
Devant moi déroulée
À l’heure
Où quittant du sommeil
La pénétrante nuit
Dense forêt
Des songes inattendus
Je reprends mes yeux ouverts et lucides
Mes actes coutumiers et sans surprises
Premiers reflets en l’eau vierge du matin.

La nuit a tout effacé mes anciennes traces,
Sur l’eau égale
S’étend
La surface plane
À perte de vue.
D’une eau inconnue.
Et je sens dans mes doigts
À la racine de mon poignet
Dans tout le bras
Jusqu’à l’attache de l’épaule
Sourdre un geste
Qui se crée
Et dont j’ignore encore
L’enchantement profond.

(Anne Hébert)

Illustration

 

 

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МОNSTRES (Eugène Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2018



Illustration: John Henry Fuseli
    
МОNSTRES

Il y a des monstres qui sont très bons,
Qui s’assoient contre vous les yeux clos de tendresse
Et sur votre poignet
Posent leur patte velue.

Un soir —
Où tout sera pourpre dans l’univers,
Où les roches reprendront leurs trajectoires de folles,

Ils se réveilleront.

(Eugène Guillevic)

 

Recueil: Terraqué suivi de Exécutoire
Traduction:
Editions: Gallimard

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Le grand jour (Roland Giguère)

Posted by arbrealettres sur 18 avril 2018




    
Le grand jour

Plus tard le ciel déchiré de cris
plus tard les enfants nus
plus tard les bruits légers des belles rencontres
plus tard les poignets cernés par l’amour
plus tard la pitié des affamés
plus tard le livre comme un oiseau blanc
plus tard le culte des innocents

beaucoup plus tard
au moment de la grande clarté
au moment de la grande éclipse
les éclats de lune répandus par le soleil
et les traits de plumes sur les murs froissés
traits rouges rapides cruels
et plume d’hirondelle
immobile au sommet des taudis
pour entretenir le bleu des toiles
pour supporter le toit absent
longues absences d’autrefois
d’aujourd’hui et de toujours

beaucoup plus tard
le ciel déchiré de cris
déchiré comme une aile.

(Roland Giguère)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: L’Age de la Parole
Traduction:
Editions: Éditions de l’Hexagone

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La feuille d’un palmier (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2018



Illustration: Andrey Bobir
    
La feuille d’un palmier privé de ses racines,
Murmure à mon oreille une chanson sans suite.
Le ciel tout près de moi me tourmente et me ment,
Il m’a pris mes deux chiens gelés restés derrière,
Et j’entends leur exsangue, immobile aboiement,
Les étoiles se groupent et me tendent des chaînes.
Faudra-t-il humblement leur offrir mes poignets ?
Une voix qui voudrait faire croire à l’été
Décrit un banc de parc à ma fatigue humaine.
Le ciel est toujours là qui creuse son chemin,
Voici l’écho des coups de pic dans ma poitrine.
Ô ciel, ciel abaissé, je te touche des mains
Et m’enfonce voûté dans la céleste mine.

(Jules Supervielle)

 

Recueil: Le forçat innocent suivi de Les amis inconnus
Traduction:
Editions: Gallimard

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Approchez-vous (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2018



Illustration: Anne-Marie Zylberman
    
Approchez-vous, baissez les yeux sur mon amour,
Que je cherche en vos mains une chère figure
Pour vivre et m’en aller encor le long des jours
Périssables avec une douceur qui dure.

Ces veines, bleus ruisseaux ne faisant pas de bruit,
Je les veux suivre au bout de leur grande aventure
Qui va du poignet mince au fond des doigts subtils,
Toujours sous le regard perdu de la nature.

Après avoir erré dans d’étranges pays,
Je fermerai la porte aux formes de la Terre
Et, tenant dans mes mains vos paumes prisonnières,
Je referai le monde et les nuages gris
Et les oiseaux qui vont se poser sur la mer.

(Jules Supervielle)

 

Recueil: Le forçat innocent suivi de Les amis inconnus
Traduction:
Editions: Gallimard

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TA MAIN LÉGÈRE (Philippe Delaveau)

Posted by arbrealettres sur 1 mars 2018




    
TA MAIN LÉGÈRE

Ta main légère et fine comme un oiseau
Sous mes doigts si craintifs : j’entends battre une veine
Au creux de ton poignet :
Ta veine bleue comme un fil de rosée.

Nos coeurs, timbaliers enivrés de leur rythme
Lorsque nos ciels se penchent se rapprochent
Comme l’eau fébrile et les arbres patients :
Que de choses graves et claires dans tes yeux.

Ô mon amie nous n’avons plus le temps mais ton haleine,
Tes chevilles pour traverser l’été : fines, vivantes.
Pieds dorés. Vigueur d’azur. Corps de lumière.

(Philippe Delaveau)

 

Recueil: Le Veilleur amoureux précédé d’Eucharis
Traduction:
Editions: Gallimard

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