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Poésie

Posts Tagged ‘poitrine’

Annie (Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2020



Annie

La lune n’était point ternie,
Le ciel était tout étoilé ;
Et moi, j’allai trouver Annie
Dans les sillons d’orge et de blé.
Oh ! les sillons d’orge et de blé !

Le coeur de ma chère maîtresse
Etait étrangement troublé.
Je baisai le bout de sa tresse,
Dans les sillons d’orge et de blé !
Oh ! les sillons d’orge et de blé !

Que sa chevelure était fine !
Qu’un baiser est vite envolé !
Je la pressai sur ma poitrine,
Dans les sillons d’orge et de blé.
Oh ! les sillons d’orge et de blé !

Notre ivresse était infinie,
Et nul de nous n’avait parlé…
Oh ! la douce nuit, chère Annie,
Dans les sillons d’orge et de blé !
Oh ! les sillons d’orge et de blé !

(Leconte de Lisle)

Illustration: William Bouguereau

 

 

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Une fleur est accrochée à ma poitrine (Marina Tsvétaïéva)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2020



Une fleur est accrochée à ma poitrine;
Qui me l’a accrochée? — Je ne sais plus.
Ma faim est insatiable
De tristesse, de passion, de mort.

Par le violoncelle, le grincement
Des portes et le tintement des verres,
Et par le cliquetis des éperons
Et le cri des trains de nuit —

Par le coup tiré à la chasse,
Par le grelot des troïkas —
Vous m’appelez, vous m’appelez,
Vous, que je n’aime pas!

Il est pourtant un délice :
J’attends celui qui le premier
Me comprendra enfin
Et tirera à bout portant.

(Marina Tsvétaïéva)


Illustration: Zhaoming Wu

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Hier soir j’ai donné à une étoile (Mawlana Rûmî)

Posted by arbrealettres sur 31 décembre 2019



 

Illustration
    
Hier soir j’ai donné à une étoile un message pour Toi :
« Présente », lui dis-je, « mon hommage à cette beauté de lune ».

Je m’inclinai, et dis : « Apporte cet hommage au Soleil
Qui dore l’ âpre roc de sa brûlure ».

Je dénudai ma poitrine, je lui montrai mes blessures.
« Donne des nouvelles de moi », dis-je, « à cet Aimé qui s’abreuve de mon sang ».

De çà de là me balançai, pour que l’enfant — mon coeur — s’apaise,
— Bercé, l’enfant s’endort dans son berceau —.

Ô toi qui à chaque instant soulages cent déshérités comme moi,
Donne à mon coeur-enfant le lait, délivre-nous de ses pleurs !

La demeure du coeur, de toute éternité, est la cité de l’union.
Combien de temps laisseras-tu dans l’exil ce coeur désolé ?

(Mawlana Rûmî)

 

 

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Je ne t’aime pas telle une rose de sel (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2019



Je ne t’aime pas telle une rose de sel,
topaze, oeillets en flèche et propageant le feu :
comme on aime de certaines choses obscures,
c’est entre l’ombre et l’âme, en secret, que je t’aime.

Je t’aime comme la plante qui ne fleurit,
qui porte en soi, cachée, la clarté de ces fleurs,
et grâce à ton amour vit obscur en mon corps
le parfum rassemblé qui monta de la terre.

Je t’aime sans savoir comment, ni quand, ni d’où,
je t’aime sans détour, sans orgueil, sans problèmes :
je t’aime ainsi, je ne sais aimer autrement,

Je t’aime ainsi, sans que je sois, sans que tu sois,
si près que ta main sur ma poitrine est à moi,
et si près que tes yeux se ferment quand je dors.

***

No te amo como si fueras rosa de sal, topacio
o flecha de claveles que propagan el fuego :
te amo como se aman ciertas cosas oscuras,
secretamente, entre la sombra y el alma.

Te amo como la planta que no florece y lleva
dentro de sí, escondida, la luz de aquellas flores,
y gracias a tu amor vive oscuro en mi cuerpo
el apretado aroma que ascendió de la tierra.

Te amo sin saber cómo, ni cuándo, ni de dónde,
te amo directamente sin problemas ni orgullo :
así te amo porque no sé amar de otra manera,

sino así de este modo en que no soy ni eres,
tan cerca que tu mano sobre mi pecho es mía,
tan cerca que se cierran tus ojos con mi sueño.

(Pablo Neruda)

Illustration: Anne-Marie Zilberman

 

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Toi ma laide, tu es une châtaigne hirsute (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2019



Toi ma laide, tu es une châtaigne hirsute,
toi ma belle, tu es belle comme le vent,
ma laide, de ta bouche on en peut faire deux,
ma belle, tes baisers sont des pastèques fraîches.

Ma laide, tes deux seins, où les as-tu cachés ?
Ils sont petits, petits, c’est deux coupes de blé,
quand j’aimerais voir deux lunes sur ta poitrine :
les tours géantes de ta souveraineté.

Laide, en sa boutique la mer n’a pas tes ongles,
belle, fleur après fleur, étoile par étoile,
vague par vague, amour, moi j’ai compté ton corps :

ma laide, je t’aime pour ta ceinture d’or,
ma belle, je t’aime pour la ride à ton front,
mon amour, j’aime en toi le clair avec l’obscur.

***

Mi fea, eres una castaña despeinada,
mi bella, eres hermosa como el viento,
mi fea, de tu boca se pueden hacer dos,
mi bella, son tus besos frescos como sandías.

Mi fea, dónde están escondidos tus senos ?
Son mínimos como dos copas de trigo.
Me gustaría verte dos lunas en el pecho :
las gigantescas torres de tu soberanía.

Mi fea, el mar no tiene tus uñas en su tienda,
mi bella, flor a flor, estrella por estrella,
ola por ola, amor, he contado tu cuerpo :

mi fea, te amo por tu cintura de oro,
mi bella, te amo por una amiga en tu frente,
amor, te amo por clara y por oscura.

(Pablo Neruda)

Illustration

 

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La Consolatrice (Michel Butor)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2019




    
La Consolatrice
Gabon

Venez entre mes bras, venez sur mes genoux,
appuyez-vous sur mon épaule, sur ma poitrine,
couchez-vous sur ou dans mon ventre,
mais oui, cela va mieux, laissez-vous aller,
détendez-vous, on voit poindre votre sourire,
vous allez bientôt vous mettre à chanter,
vous étiez au bord des larmes, vous aviez faim.

(Michel Butor)

 

Recueil: Collation précédé de HORS-D’OEUVRE scandés par les SOUVENIRS ILLUSOIRES D’UN JAPON TRES ANCIEN
Traduction:
Editions: Seghers

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Vision (Ingerborg Bachmann)

Posted by arbrealettres sur 17 novembre 2019




    
Vision

Un coup de tonnerre, pour la troisième fois déjà !
Lentement de la mer surgissent vaisseau après vaisseau.
Des vaisseaux engloutis au mât carbonisé,
des vaisseaux engloutis à la poitrine défoncée,
au corps à demi en lambeaux.

Et ils voguent muets,
inaudibles à travers la nuit.
Et nulle vague ne se referme derrière eux.

Ils n’ont pas de route, ils n’en trouveront pas,
nul vent n’osera s’en saisir fermement,
nul port ne s’ouvrira pour eux.
Le phare peut faire semblant de dormir !

Si ces vaisseaux atteignent le rivage…
Non, pas le rivage !
Nous mourrons comme les bans de poissons ballottés
autour d’eux au gré des vastes flots,
cadavres par milliers !

***

Vision

Jetzt schon zum dritten Mal der Donnerschlag!
Und aus dem Meer taucht langsam Schiff auf Schiff
Versunkne Schiffe mit verkohltem Mast,
versunkne Schiffe mit zerschossner Brust,
mit halbzerfetztem Leib.

Und schwimmen stumm,
unhörbar durch die Nacht.
Und keine Welle schlißt sich hinter ihnen.

Sie haben keinen Weg, sie werden keinen finden,
kein Wind wird wagen, fest in sie zu greifen,
kein Hafen wird sich öffnen,
Der Leuchtturm kann sich schlafend stellen!

Wenn diese Schiffe bis ans Ufer kommen…
Nein, nicht ans Ufer!
Wir werden sterben wie die Fischzüge,
die rund um sie auf breiten Wogen wiegen
zu abertausend Leichen!

(Ingerborg Bachmann)

 

Recueil: Toute personne qui tombe a des ailes
Traduction: Françoise Rétif
Editions: Gallimard

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Prends garde au soleil (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2019




    
Prends garde au soleil ouvre-lui ta poitrine
ô poète.

(Adonis)

 

Recueil: Lexique amoureux
Traduction: Vénus Khoury-Ghata Issa Makhlouf Houria Abdelouahed
Editions: Gallimard

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Un vide (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2019



Illustration: Edvard Munch
    
Un vide entre ma poitrine et mon cou.
Vide
entre la chaleur du croissant réfléchi sur les eaux
du triangle et la chaleur des mains –
Comment dire
ce vide à tes membres lunaires ? Et quand ?
Comment détruire ses murs ?
Alors que tu es l’interlocuteur, et le détenteur
de ses secrets ?

(Adonis)

 

Recueil: Lexique amoureux
Traduction: Vénus Khoury-Ghata Issa Makhlouf Houria Abdelouahed
Editions: Gallimard

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LES TEMPS VÉCUS (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 30 octobre 2019


 


 

Adrian Borda 564d259e1ce62 [1280x768]

LES TEMPS VÉCUS

L’adolescent vêtu de quelques lèvres
Amène un peu de chaleur à son cou
Il entend vivre et mourir dans ses veines
Le cri d’un autre. Il jette sur les loups
Un frais manteau de vents et de lanternes.

S’il dit le mot pour délivrer la pierre
L’écho rejette et la pierre et le mot
Et s’il rejoint son ombre sur la terre
La terre écrit des lignes sur sa peau
Dans chaque paume il naît des baisers d’herbes.

Laisserez-vous cette main qui s’arrête
Ce corps peureux de fondre dans la voix
Cet arbre droit dans une vie première
Laisserez-vous se perdre un jeune roi
Qui peut mourir d’oublier ses prières.

Jetez un cri ! Sa poitrine est ouverte
A tous les sels que le vent jettera
C’est un enfant qui n’a plus de paupières
Il boit le monde et nul ne fermera
Cet oeil en nous qui garde nos tempêtes.

(Robert Sabatier)

Illustration: Adrian Borda

 

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