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Poésie

Posts Tagged ‘poitrine’

Ton image douloureuse et mouvante (Ossip Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2018



Ton image douloureuse et mouvante,
Je n’ai pu dans la brume la toucher.
« Seigneur ! » — ai-je dit par mégarde,
Ne voulant pas dire cela.

Le nom divin comme un oiseau
S’est échappé de ma poitrine !
Devant, le brouillard s’épaissit,
En arrière : une cage vide…

(Ossip Mandelstam)


Illustration

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ELLE SE LÈVE A L’AUBE AVEC LES BOULANGERS (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2018



Illustration: Jean-Claude Selles  
    
ELLE SE LÈVE A L’AUBE AVEC LES BOULANGERS

Ma chérie est femme à la taille élancée mais robuste,
même si vue d’en haut (j’ai déjà pris l’avion) comme tout un chacun elle doit sembler menue,
mais serais-je à la place du pilote, je saurais l’estimer sans erreur.

Elle lave elle-même son linge et la mousse rêveuse à son bras tremble;
si elle se met en prière à genoux, c’est pour laver par terre et rire, rire :
son rire est comme la pomme qu’elle mord sans l’éplucher.,
et la voici qui rit encore en mordant dans le fruit;
si elle pétrit le pain, elle se lève à l’aube avec les boulangers, frères des fours bien chauds
— voyez comme ils les surveillent, longue pelle à la main,
et vole la farine !… avant de s’aller doucement reposer sur ces libres poitrines
comme ma douce en son lit qui sent bon, après vaisselle faite, après qu’elle a lavé, essoré mon coeur.

Ainsi sera ma femme, quand je serai tout à fait grand
et que viendra l’heure de me marier, ainsi que fit jadis mon Père.

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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Le chagrin (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2018



Le chagrin

Gris et muet, le chagrin est facteur.
Bleus sont ses yeux. Son visage est maigreur.
Une sacoche pend de son épaule fine.
Sombre est son vieux manteau comme charbon de mine.
Et bat, dans sa poitrine,
Un tic-tac bon marché.

Ayant, sur le trottoir, timidement marché,
Rasé les murs… sous un porche, il arrive.
Il disparaît telle une âme craintive.

Il frappe. On ouvre. Il tend une missive.

(Attila Jozsef)

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Sur la Mort (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2018



Sur la Mort

En robe de fer, muette et chagrine,
De son froid baiser la Mort à présent,
Debout devant moi, n’excite plus tant,
Non, ma soupirante poitrine.

Un bruit sourd, un seul, et la vie est loin,
Rêve fugitif, rêve d’un autre âge.
L’ardeur de l’amour n’y fait plus barrage,
Ne la retient plus. C’est la fin.

Ma gorge en ses mains, la Mort me fait face.
Pour sauver ma vie, à qui me vouer?
Elle n’attend plus. Je dois m’en aller.
Je pleure l’éclat qui s’efface.

(Attila Jozsef)

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Quand nous nous sommes aperçus (Nichita Stănescu)

Posted by arbrealettres sur 11 juin 2018


 


 

Alla Chakir

Quand nous nous sommes aperçus,
l’air entre nous a soudain rejeté
l’image des arbres indifférents et nus
qu’il laissait le traverser.

Ô, nous nous sommes élancés, en nous appelant par nos noms,

l’un vers l’autre, et si vite,
que le temps se tassa entre nos poitrines,
et l’heure, blessée, en minutes se cassa ensuite.

J’aurais voulu te garder dans mes bras
tout comme je tiens le corps de l’enfance, dans le passé,
avec ses morts non répétées.
Et, avec mes flancs, j’aurais voulu t’embrasser.

(Nichita Stănescu)

Illustration: Alla Chakir 

 

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T’en souviens-tu, Sarah ? (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 7 juin 2018



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T’en souviens-tu, Sarah ?
La mort s’est abattue sur toi et sur les hommes.
Plus pressée que d’habitude. Cette mort-là n’est pas celle que nos sages
nous ont appris à respecter et à aimer.
Mort engendrée par la haine.

T’en souviens-tu, Sarah ?
En ce temps-là – temps de misère et de guerre – des millions d’hommes étaient partis
en croisade contre le nez, la bouche ; contre le front et l’âme d’une fraction de leurs
semblables dont les poitrines se rétrécissaient, dont les paumes avaient glissé le long des hanches.

Sarah, t’en souviens-tu ?
En ce temps-là – ceci se passait à l’intérieur de la parole donnée, glorifiée, répandue –
l’adolescent avait vu père et mère pris au piège, devenir le centre foisonnant d’une rafle,
le fardeau d’une rose humiliée et disparaître avec son parfum…

En ce temps-là, en ce temps-là – Sarah, t’en souviens-tu ? –
le crachat du conquérant, dans la nuit, rivalisait d’éclat avec l’étoile étirée
et le monde voguait sans mât (…)

(Edmond Jabès)

 

 

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LA PEAU DE L’OMBRE (Jules Tordjman)

Posted by arbrealettres sur 5 juin 2018



LA PEAU DE L’OMBRE

Si vous taillez la peau de l’ombre, lambeau par lambeau,
sans que jaillisse la moindre brindille de lumière,

votre nuit est un songe escarpé.
Il n’est plus en vous ni hors de vous un repère.

Si votre poitrine est un luth sur lequel une main
aux mille doigts s’exaspère,
votre voix est une fleur coupée.

Quel miracle dès lors pouvez-vous attendre ?

Fragilité de l’amour, tyrannie du poème :
celui-là est une tour qui penche,
celui-ci un oeuf d’orage.

(Jules Tordjman)

Illustration

 

 

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LA ROUTE (Louis Mercier)

Posted by arbrealettres sur 5 juin 2018



LA ROUTE

FRAGMENT

Oh ! la route est étrange le soir.
Ses détours incertains par les terres,
Sa blancheur qui se tord dans le noir,
Semblent nous menacer d’un mystère.

D’où vient-elle ? où va-t-elle si tard ?
Et qui sait l’ennui qui nous guette
De derrière les halliers hagards
Où s’enfonce la route inquiète ?

Mais voici qu’on distingue des pas,
Quelqu’un fait craquer les feuilles mortes…
Qui es-tu, toi que l’on n’attend pas,
Et qui viens quand on ferme les portes ?

Il approche, il porte de la nuit
Dans les plis de ses vêtements sombres ;
On dirait le berger qui conduit
La bande vagabonde des ombres.

C’est peut-être quelque hôte mauvais
Qui nous vient de la part des ténèbres,
Peut-être le messager qui sait
La nouvelle inconnue et funèbre.

Il passe outre ; il s’éloigne. Le chien
Le harcèle un moment sur la route
Et revient en grondant. Puis plus rien
Que l’ombre qui grossit. Et j’écoute,

Dans la nuit frissonnante de peur,
Comme un pas de quelqu’un qui chemine.

J’écoute le bruit sourd de mon cœur
Qui se hâte au fond de ma poitrine.

(Louis Mercier)

Illustration

 

 

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MOUVEMENT (Luc Decaunes)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2018




MOUVEMENT

Ce qui ne peut revenir
descend le long des murailles des villes
avec des suintements glacés
ce sont les visages tristes
entrevus au coin d’une rue d’hiver
les prunelles sont cachées
on ne voit qu’une larme peinte
qui ne cesse de couler

Ce sont les paroles gardées
dans la gorge tiède au fond de la poitrine
ce sont les deux ou trois paroles
d’amour ou d’amitié
qui n’ont pas été dites

Et déjà tout va plus vite
la fenêtre s’est refermée
on n’entend plus que le silence de la pluie
et le monde
qui continue de chanceler.

(Luc Decaunes)

Illustration: Mitty Desques

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J’ai mal aux amours (Gérard Le Gouic)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2018



J’ai mal aux amours qui se meurent
des automnes trop doux.

J’ai mal aux bras qui enserrent
et peu à peu attirent vers la terre
où se forment les accouplements
et se désagrègent les morts.

J’ai mal aux lèvres qui caressent
et transmettent l’impalpable de la tendresse ;
en l’autre bouche je ne trouve
que le goût amer de mon propre palais.

J’ai mal aux amours qui se retirent
comme d’une plage, la mer.
J’ai peur de découvrir
à la place de ma poitrine
une vasière.

(Gérard Le Gouic)

Illustration

 

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