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Poésie

Posts Tagged ‘poitrine’

Depuis maintes années (Michel-Ange)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2017



Depuis maintes années cent fois je fus
brisé, vaincu, puis blessé et tué
par toi, de ma faute ; or, le chef chenu,
vais-je encor me fier à tes sottes promesses ?

Que de fois as-tu lié, que de fois dénoué
mes pauvres membres, et tant piqué mon flanc
qu’à peine en moi-même je puis rentrer,
baignant ma poitrine d’un flot de larmes.

Je te parle, Amour, de toi je me plains,
libéré de tes leurres : à quelle fin
prendre l’arc cruel et tirer en vain?
C’est honte d’offrir à la scie, aux vers
un bois calciné, ou courir après
qui a perdu la souplesse et l’élan.

Mes yeux ont ouvert l’huis à mon venin,
quand aux âpres dards livrèrent passage.
Nid et refuge ai offert aux doux regards
en ma mémoire, que rien n’effacera.

Endure est mon coeur, et mon sein soufflet
pour forger les soupirs dont tu me brûles.

(Michel-Ange)

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On s’amusait sous la lumière jaune (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



    
On s’amusait sous la lumière jaune,
Le cercle, près des murs, rétrécissait,
La masse des danseurs se dédoublait sans cesse,
Et j’avais l’illusion qu’un ami me suivait.

Le désir faisait se soulever les poitrines,
Sur les visages la chaleur se reflétait.
Je déambulais rêvant de miracle,
Et j’étais accablé par leurs désirs lascifs…

On eût dit que, derrière le voile de poussière,
Quelqu’un vivait, caché parmi la foule,
Et son étrange regard épiait sans cesse,
Et sa voix s’élevait, et chantait et parlait…

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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Chez moi (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



Illustration
    
Chez moi… Humilié, furieux et ravi.
Est-ce jour, est-ce nuit?
Et le croissant grimace par-dessus les toits
Et bouffonne pour moi…

Dehors, soleil du jour, dehors, repentirs!
Qui osera m’aider?
Dans le cerveau désert, la nuit seule s’engouffre,
La nuit seule s’engouffre !

Un seul regard pénètre la poitrine vide,
Un seul regard avide…
Tout s’évanouira, et ce sera jamais
Lorsque tu crieras: Oui!

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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Plus tu appelles le repos (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



Plus tu appelles le repos
Plus terrible est la vie, plus terrible.
Le brouillard humide rampe à travers champs,
Le brouillard humide rentre dans ta poitrine
Le long du velours des nuits…

Oublie, oublie ce que fut la vie,
Oublie ce qu’elle sera à nouveau…
Des champs déserts vient la brume en rampant…

Dormir, dormir
Seulement !
Mais, de toute façon,
Quelqu’un te réveillera !

(Alexandre Blok)

 

 

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Elle avait quinze ans (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2017



Illustration: Richard S. Johnson
    

Elle avait quinze ans. Mais son coeur ne battait
Pas encore comme celui d’une fiancée.
Quand en riant je lui offris ma main,
Elle rit à son tour et partit.

C’était il y a longtemps. Depuis sont passés
Des années et des temps de tous ignorés.
Nos rencontres étaient rares, et si peu disertes,
Mais profonds étaient nos silences.

Par une nuit d’hiver, à mon songe fidèle,
Je quittai les salles peuplées et lumineuses,
Où des masques étouffants souriaient aux chansons,
Où mon regard avide allait l’accompagnant.

Alors, obéissante, elle me suivit,
Ignorant elle-même ce qui allait arriver,
Et seule la nuit noire de la ville
Vit passer les époux, passer et s’éclipser.

En un jour de givre, de soleil, de carmin —
Nous nous rencontrâmes dans le silence du temple :
De ces années muettes nous vîmes l’évidence,
Et ce qui s’accomplit — s’accomplit dans le ciel.

L’histoire de cette longue et bienheureuse quête
Déborde ma poitrine, et roule dans ce chant.
J’ai puisé dans ce chant pour bâtir l’édifice,
Quant aux autres chansons — c’est pour un autre jour.

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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L’énigme en lettres de feu (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2017



Illustration: Boyan Dimitrov
    

L’énigme en lettres de feu
S’écrit sur le mur orbe et sourd.
Un songe de pavots rouge et or
Se penche sur moi et m’oppresse.

La nuit je me cache dans les grottes,
Où j’oublie les austères miracles,
À l’aube — des chimères bleues
Miroitent sous la voûte éclatante.

Je fuis dans les instants passés,
J’ai peur et je ferme les yeux,
Au milieu du livre qui froidit —
Une tresse d’or de jeune fille.

Déjà le firmament se penche,
Un songe noir m’étreint la poitrine.
Ma fin est écrite, elle est proche,
Là-devant — la guerre et l’incendie.

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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LA CONSCIENCE (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2017



Illustration: Xing Jianjian 
    
LA CONSCIENCE

Est-ce toi dans cette petite vie
Dans l’intérieur si mal tenu de ma poitrine
Tu fais si peu de bruit que je crains de te perdre
Et tu passes sur moi comme une main mouillée
Je peux t’abandonner comme au cours d’un voyage
On oublie dans un lit d’hôtel ou d’un meublé
Une fatigue de dix ans un corps maussade
Malgré moi je saurai bien te retrouver
Au détour d’un jour creux et doux comme une ruine
Dans l’avenue trop courte où mes jours sont comptés
Car j’ai besoin de toi comme l’enfant prodige
Ballotté dans les draps brûlants de la pensée
Se réveille en criant c’en est trop du vertige
Un peu d’eau douce
Dans cette grande solitude salée
Je saurai te donner toujours la préférence
Ce peu de moi si loin de moi qui me revient
Épousé par tant d’angles durs de murs atroces
Cette balle sanglante et triste comme un poing.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Comme un oiseau dans la tête
Traduction:
Editions: Points

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La petite mousse thermogène du soleil (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 10 décembre 2017



 

La petite mousse thermogène du soleil
Colle à ma poitrine
Les arbres les plus grands sont à ma hauteur
Je regarde et je vois
Que je suis debout sur le toit
Que le ciel n’est pas si haut
Pour celui qui connaît ses mesures
Les oiseaux sont bien au-dessous de moi
Avec leurs pauvres ailes
Bien bas l’homme qui se cherche
Dans l’ombre
Bien douce l’ombre qu’on a sous les yeux
Et la mer avec ses étoiles.

(René Guy Cadou)

Illustration

 

 

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AVANT-SOMMEIL (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 10 décembre 2017



Helen Masacz  200

AVANT-SOMMEIL

Attendez je ne suis pas prêt
La lampe lentement vrille dans ma poitrine
Mon sang fait battre au loin le poumon des collines
Voici l’ombre et les fleurs berceuses de mes pas

Quelques instants encore dans l’ouate des mensonges
Les derniers frets du soir pour les ruelles du songe
Une étoile allumée portée à bout de bras
Le vent frais musicien dans les orgues du soir
La bouche enfin tarie
Bon voyage en enfer sous la tapisserie

Dix heures dans les feuillages têtus de mon enfance
Dix heures
Et le manteau troué de la souffrance
Pour poser mon regard pas un coin de ciel bleu
Chacun de mes retours plus triste qu’un adieu
Tous ces demi-silences

Vous êtes là je sais
Au plus clair de moi-même
Penchés sur mon remords et sur mes lendemains
Puisque vous revenez dans cette chambre noire
Ô mon père et ma mère
Partagez-vous mes mains

(René Guy Cadou)

Illustration: Helen Masacz

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La cinquième saison (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 9 décembre 2017




Illustration: Marc Chagall

    
La cinquième saison

S’il faut nommer le ciel je commence par toi
Je reconnais tes mains à la forme du toit

L’été je dors dans la grange de tes épaules
Les hirondelles de ta poitrine me frôlent

Dressées contre ma joue les tiges de ton sang
Le rideau de ta chevelure qui descend

Je te cache pour moi dans la ruche des flammes
Reine du feu parmi les frelons noirs des âmes

Par l’automne épargné tes yeux sont toujours verts
Les fleuves continuent de passer au travers

Ton souffle achève au loin le clapotis des plaines
On ne sait plus si c’est le soir ou ton haleine

En hiver tu secous la neige de ton front
Tu es la tache lumineuse du plafond

Et je ferme au-delà des mers le paysage
Avec les hautes falaises de ton visage

L’étrave du printemps glisse entre tes genoux
Lentement le soleil s’est approché de nous.

Tu traverses la nuit plus douce que la lampe
Tes doigts frêles battant les vitres de ma tempe

Je partage avec toi la cinquième saison
La fleur la branche et l’aile au bord de la maison

Les grands espaces bleus qui cernent ma jeunesse
Sur le mur le dernier reflet d’une caresse.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Comme un oiseau dans la tête
Traduction:
Editions: Points

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