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Poésie

Posts Tagged ‘poitrine’

Poitrine offerte (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2020




    
Poitrine offerte à nos fenêtres
la vie nous a attirés puis rejetés
dans les filets des tempêtes.

Quand je demande : qu’avons-nous vu?
je ne vois que barreaux.

Comme nos aïeux
nous avons l’illusion
d’être hors des filets
et d’aimer une vie amoureuse de ses chaînes.

(Adonis)

 

Recueil: Commencement du corps fin de l’océan
Traduction: Vénus Khoury-Ghata
Editions: Mercure de France

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Mon amour (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2020




    
Mon amour –
respire par le poumon des choses
accède au poème
dans une rose dans un rai de poussière.

Il confie ses états à l’univers comme le vent et le soleil
quand ils fendent la poitrine du paysage

versant leur encre sur le livre de la terre.

(Adonis)

 

Recueil: Commencement du corps fin de l’océan
Traduction: Vénus Khoury-Ghata
Editions: Mercure de France

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PRINTEMPS DE GUERRE (Charles Vildrac)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2020




    

PRINTEMPS DE GUERRE

J’étais boueux et las
Et le soir dans les bois
M’étreignait la poitrine.
Je m’étais étendu
Sur un sombre tapis
D’herbes froides et lisses.
Un papillon d’argent
Errait dans l’air inerte
Avant d’aller mourir.
Des troncs d’arbres gisaient,
Sciés depuis l’hiver ;
Mais il surgissait d’eux
Des pousses condamnées,
De tendres pousses vertes
Qui regardaient le ciel
Et croyaient au bonheur.
Pour le cœur, nul repos ;
Pour l’âme, nul sourire
Que celui de la mort !
Je me suis relevé,
J’ai regardé, stupide,
L’herbe longue brisée par le poids de mon corps.
Je me suis mis en marche.

(Charles Vildrac)

 

Recueil: Chants du désespéré (1914-1920) –
Traduction:
Editions: Gallimard

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Jean Ruet aussi est mort (Charles Vildrac)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2020



Illustration
    
… Jean Ruet aussi est mort ;
Il avait vingt-quatre ans ;
C’était un gars de Saint-Ay
Dans les vignes, sur la Loire.
Jean Ruet a été tué !
Qui donc aurait pu croire
Que celui-là mourrait ?
Il était si vivant
Que c’était grand plaisir
De voir ce garçon-là,
Son nez humant l’espace,
Ses fins sourcils farceurs
Ses gestes de danseur,
Et d’entendre son rire !
Son œil, quand il lisait
La guerre dans les journaux,
Était l’œil de Panurge
Écoutant Dindenault.
Et la belle santé
Excluant la rancune,
Nos grands chefs militaires
Excitaient sa gaîté.
Il est mort un matin
Qu’il pliait son grand corps
Pour saisir aux épaules
Un mort dans un boyau.
Un obus est tombé
Au bord du parapet
Et sa gerbe a criblé
Notre gentil Jean Ruet.
Sur le brancard j’ai vu
Son corps blanc et splendide :
La mort n’avait pas pu
Abîmer sa poitrine.
Hélas ! j’ai vu ses traits
S’amincir et se fondre
Pendant qu’il répétait
L’adresse de sa mère.
Nous l’avons enterré
Dans un bas-fond d’Argonne ;
J’ai vu trois jours après
L’eau qui couvrait la place.
[…]

(Charles Vildrac)

 

Recueil: Chants du désespéré (1914-1920) –
Traduction:
Editions: Gallimard

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L’étendue grise (Michel Houellebecq)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2020



Illustration: Gilbert Garcin
    

l’étendue grise
Par la mort du plus pur
Toute joie est invalidée
La poitrine est comme évidée,
Et l’œil en tout connaît l’obscur.

Il faut quelques secondes
Pour effacer un monde.

Disparue la croyance
Qui permet d’édifier
D’être et de sanctifier,
Nous habitons l’absence.

Puis la vue disparaît
Des êtres les plus proches.

(Michel Houellebecq)

 

Recueil: Configuration du dernier rivage
Traduction:
Editions: Flammarion

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Poussières de Juillet (Kateb Yacine)

Posted by arbrealettres sur 5 octobre 2020



Kateb Yacine
    
Poussières de Juillet
(Extrait)

Le sang
Reprend racine
Oui
Nous avions tout oublié
Mais notre terre
En enfance tombée
Sa vieille ardeur se rallume

Et même fusillés
Les hommes s’arrachent la terre
Et même fusillés
Ils tirent la terre à eux
Comme une couverture
Et bientôt les vivants n’auront plus où dormir

Et sous la couverture
Aux grands trous étoilés
Il y a tant de morts
Tenant les arbres par la racine
Le coeur entre les dents

Il y a tant de morts
Crachant la terre par la poitrine
Pour si peu de poussière
Qui nous monte à la gorge
Avec ce vent de feu

Ainsi qu’un boulet rouge
Aveugle
Sans retour
Quel ancêtre abattu t’oublia dans son crâne
Fleur de poussière éclose aux lèvres du Rhummel
Laitance d’enfant sevré
Qui fit pousser nos dents toutes neuves?

Tant de fois abattu
L’ancêtre au loin s’obstine
Sa tête
Au fond du fleuve Et du soleil
Détale
[…]

(Kateb Yacine)

 

Recueil: 120 nuances d’Afrique
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Tout le sel de la mer n’a pas suffi (Jeanne Benameur)

Posted by arbrealettres sur 28 août 2020




    
Tout le sel de la mer n’a pas suffi à nos poitrines
Le bleu du ciel est entré
et souffle entre nos côtes

Quand nous ne marcherons plus
nous volerons

(Jeanne Benameur)

 

Recueil: Notre nom est une île
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Lamentation nocturne (Georg Trakl)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2020



Lamentation nocturne

La nuit s’est levée sur le désastre du front
Avec de beaux astres,
Sur la colline où tu gisais pétrifié de douleur,

Un fauve au jardin ton cœur dévorait.
Ange incandescent,
Tu gis poitrine en lambeaux sur le champ pierreux

À moins qu’oiseau de nuit dans la forêt,
Interminable plainte
Répétée sans relâche en roncier de ramure nocturne.

(Georg Trakl)

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Nue sur ton lit bien chaud (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 25 juillet 2020



Nue sur ton lit bien chaud
Un oiseau de plaisir roucoule dans ta gorge
Tes seins pointent vers la fenêtre ouverte
Le vent vient les caresser
Avec les parfums de la campagne

Le soleil glisse sur tes cuisses
Sur tes hanches et sur ta poitrine
Le soir ton corps se couvre des couleurs du couchant
La nuit des étoiles cachent tes seins
Et leur clarté frissonne sur ton ventre
Quand tu te retournes
La lune jalouse le bas de ton dos.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration: Zinaida Serebriakova

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J’écris parfois (Gérard Le Gouic)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2020



J’écris
parfois sur mes paupières
« fermé pour cause de rêve ».

J’écris
parfois sur mes lèvres
« fermé pour cause d’ennui ».

J’écris
parfois sur mes mains
« fermé pour cause de guerre ».

J’écris
souvent sur ma boutique
« fermé pour cause de poésie ».

J’écris
parfois sur ma poitrine
« fermé pour cause d’amour ».

(Gérard Le Gouic)

 

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