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Posts Tagged ‘police’

Féminin singulier (Tristan Corbière)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2018


 


 

Christiane Vleugels  (2) [1280x768]

Féminin singulier

Eternel Féminin de l’éternel jocrisse !
Fais-nous sauter, pantins nous pavons les décors !
Nous éclairons la rampe… Et toi, dans la coulisse,
Tu peux faire au pompier le pur don de ton corps.

Fais claquer sur nos dos le fouet de ton caprice,
Couronne tes genoux ! … et nos têtes dix-corps ;
Ris ! montre tes dents ! … mais … nous avons la police,
Et quelque chose en nous d’eunuque et de recors.

… Ah tu ne comprends pas ? … – Moi non plus – Fais la belle,
Tourne : nous sommes soûls ! Et plats ; Fais la cruelle !
Cravache ton pacha, ton humble serviteur!…

Après, sache tomber ! – mais tomber avec grâce –
Sur notre sable fin ne laisse pas de trace ! …
– C’est le métier de femme et de gladiateur.

(Tristan Corbière)

Illustration: Christiane Vleugels

 

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Ah les pauvres fleurs (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2018



Ah les pauvres fleurs dans les parterres des jardins ordonnés.
On dirait qu’elles ont peur de la police…
Mais si vraies qu’elles fleurissent de la même façon
Et ont le même coloris ancien
Qu’elles eurent en liberté sous le premier regard du premier homme
Qui les vit déjà écloses et les effleura délicatement
Pour les voir avec les doigts également.

(Fernando Pessoa)

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Le singe (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2018


singes

Le singe descend de l’homme.
C’est un homme sans cravate,
sans chaussures, sans varices,
sans polices, sans malice,
sorte d’homme à quatre pattes
qui n’a pas mangé la pomme.

(Claude Roy)

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Ciguë (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 1 juin 2018



Ciguë

Lors de la révolte et du départ de ses sujettes,
celle que la Fée aux Fleurs regretta le moins fut la Ciguë.
A quoi lui servait en effet cette fleur triste et solitaire,
toujours pelotonnée dans des recoins obscurs, sinistres,
renfrognée, se cachant comme pour méditer un crime?
Une fois sur la terre, elle ne s’occupa guère de la surveiller,
en quoi elle eut grand tort.

Xanthis de Thrace, Locuste la Romaine, Brinvilliers la Parisienne,
ne sont qu’une seule et même femme:
c’est la Ciguë qui a successivement animé ces trois corps.
La négligence de la Fée aux Fleurs
lui a permis d’exercer plusieurs fois son affreux métier.
Depuis la mort de la Brinvilliers,
la Ciguë est entrée dans d’autres corps.
Nous voyons surgir de temps en temps quelques empoisonneuses
qui indiquent clairement la présence de la Ciguë sur la terre.

Nous pétitionnons auprès de la Fée aux Fleurs
pour qu’elle la rappelle dans son royaume, et la place pour l’éternité
sous la surveillance de la haute police.

(J.J. Grandville)

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Police sécrète (Gérard Le Gouic)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2018



Toute anguille
conduit

à la police sécrète
des eaux.

(Gérard Le Gouic)

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Avez-vous vu Lambert? (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2018




    
Avez-vous vu Lambert?

1
Je vais vous chanter
Un fait historique
Qui s’est déroulé
Avant l’avèn’ment de la République:
Au bois d’ Vincenn’ monsieur Lambert
Madame Lambert, les p’tits Lambert
Par un matin d’été superbe
Allèrent déjeuner sur l’herbe.
Monsieur Lambert sans crier gare
S’éloigna pour aller acheter un cigare.

Refrain 1
Madam’ Lambert affolée
Criait d’allée en allée
Lambert! Lambert!
Avez-vous vu Lambert ?
Les p’tits Lambert tout en larmes
Faisaient aussi du vacarme
Lambert! Lambert!
Avez-vous vu Lambert?
Les passants que ça fit rire
À leur tour se mir’nt à dire
Lambert! Lambert!
Avez-vous Lambert ?
Avez-vous Lambert?
Lambert ?

2
Rentrée dans Paris
La foule joyeuse
Continua ses cris
D’ la porte Dorée à la rue Vineuse
Faubourg Saint-Denis, Rue d’ Rivoli
Rue Rossini, rue Cassini
Place du Trôn’, quai de Grenelle
Et Boulevard Bonne Nouvelle
Chacun criait à perdre haleine
Comm’ des fous, comm’ des sourds, des putois, des baleines.

Refrain 2
Napoléon trois s’inquiète
La police est en alerte
Lambert! Lambert!
Arrêtez donc Lambert!
Le tocsin, la générale
Composent une chorale
Lambert! Lambert!
Avez-vous vu Lambert ?
Méfiez-vous il est terrible
Il pourrait vous prendr’ pour cible
Lambert! Lambert!
Avez-vous vu Lambert ?
Arrêtez donc Lambert!
Lambert!

3
Je connais des gens
Dont la renommée
Est comme un volcan
Vomissant des lay’s et de la fumée
Ils pouss’nt des cris, ils, font du bruit
On est surpris, on perd l’esprit
On court à gauche, on court à droite
Et le pantin sort de sa boîte
Quoi c’était ça le monstre horrible
Le dragon, le costaud, le méchant, le terrible.

Refrain 3
Et pendant ce temps les heures
Sont rentrées dans leur demeure
Lambert! Lambert!
Avez-vous vu Lambert ?
C’est le vent qui le remporte
Le destin ouvre sa porte
Lambert! Lambert!
Viens te coucher Lambert
Et les enfants des écoles
S’amusent sur ces paroles
Lambert! Lambert!
Avez-vous vu Lambert ?
Avez-vous vu Lambert ?
Lambert!

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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SAINTE VERONIQUE (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2018



Illustration: El Greco
    
SAINTE VERONIQUE

Jésus Marie qu’est-ce qui m’arrive ?
Disait la femme plus morte que vive

La balayeuse de wagons
Dans un couloir du Paris-Lyon

Plus de vingt ans sur le métier
Mis et remis mon tablier

Pour découvrir chose pareille
A retourner tête et planète

C’est pas normal ça constitue
Un défaut d’organisation de plus

Cependant elle considère
Dans le petit matin sévère

Les journaux gras les coques d’oeuf
Sa modeste pension de veuve

Quoi ! Appeler gens et police
Et voir mon nom sur des registres

Mieux vaut cacher au fond du coeur
Le visage du Voyageur !

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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VOYAGE (Salvador Novo)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2017



 

agaves

VOYAGE

Les figuiers de Barbarie nous tirent la langue ;
quant au maïs, de sa hauteur,
— avec son petit toupet mal peigné
et son cahier sous le bras —
il nous salue de ses manches brisées.

Les agaves font de la gymnastique suédoise
en colonne par cinq cents
et le soleil — de la police secrète —
(il fait son coup en douce)
dénonce notre ridicule fuite
dans la lanterne magique du pré.

Le soir venu, nous nous vengerons
en allumant nos fanaux
et en abattant les forêts.

Un arbre ou l’autre
veut enseigner la philologie.
Les nuages, inspecteurs de monuments,
secouent les maquettes des montagnes.

Qui veut jouer au tennis avec des nopals
et des figuiers de Barbarie
sur le réseau télégraphique ?
Plus tard, nous prendrons un bain russe
dans une chaumière perdue dans la montagne ;
une douche d’arc-en-ciel nous suffira.
Nous nous sécherons avec un stratus.

(Salvador Novo)

Illustration

 

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Funeral blues (Wystan Hugh Auden)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2017



Funeral blues

Arrêtez les pendules, coupez le téléphone,
Donnez un os au chien pour l’empêcher d’aboyer,
Faites taire les pianos et dans un roulement assourdi,
Sortez le cercueil et que les pleureuses pleurent.

Que les avions qui tournent en gémissant
Dessinent sur le ciel ce message : Il Est Mort,
Nouez du crêpe au cou blanc des pigeons,
Gantez de coton noir les agents de police.

Il était mon Nord, mon Sud, mon Est et mon Ouest,
Ma semaine de travail, mon repos du dimanche,
Mon midi, mon minuit, ma parole, mon chant ;
Je pensais que l’amour durerait toujours : j’avais tort.

N’importe les étoiles à présent : éteignez-les toutes ;
Emballez la lune et démontez le soleil,
Videz l’océan et balayez la forêt,
Car rien de bon désormais ne peut plus advenir.

***

Funeral Blues

Stop all the clocks, cut off the telephone,
Prevent the dog from barking with a juicy bone,
Silence the pianos and with muffled drum
Bring out the coffin, let the mourners come.

Let aeroplanes circle moaning overhead
Scribbling on the sky the message ‘He is Dead’.
Put crepe bows round the white necks of the public doves,
Let the traffic policemen wear black cotton gloves.

He was my North, my South, my East and West,
My working week and my Sunday rest,
My noon, my midnight, my talk, my song;
I thought that love would last forever: I was wrong.

The stars are not wanted now; put out every one,
Pack up the moon and dismantle the sun,
Pour away the ocean and sweep up the wood;
For nothing now can ever come to any good.

(Wystan Hugh Auden)

Illustration: Ernest Biéler

 

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Acrobate (Vítězslav Nezval)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2017



Acrobate

A la fin l’acrobate s’était mis à se balancer
Sur les ailes du papillon des suicidés
II jeta une rose au petit marin
Dont les yeux fidèles et transparents comme un bon vent
Coulaient sur les joues
En regardant l’acrobate qui tombait
Et faisait voir dans sa poitrine ouverte
Son coeur noir comme une chauve-souris

Les agents de police se sont précipités
Pour faire des rapports exacts sur l’identité de cet acrobate fou
Qui en tombant a laissé un aveu si mystérieux
Qu’il faut le dire
Qu’il faut le crier
Qu’il faut le chuchoter
Qu’il faut se taire devant ses paroles si mystérieuses
Si mystérieuses
Qu’il faut les chanter.

(Vítězslav Nezval)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Gilles Candelier

 

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