Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘polir’

L’OISEAU D’OR DE BRANCUSI (Mina Loy)

Posted by arbrealettres sur 5 avril 2019



Illustration: Constantin Brancusi   
    
L’OISEAU D’OR DE BRANCUSI

Et le jouet
devint l’archétype esthétique

Comme si la patience de quelque Dieu paysan
avait poli et poli
l’Alpha et l’Oméga
de la forme
à partir d’une masse de métal

Orientation dénudée
désempennée déplumée
dans la dynamique du vol
le rythme final
a élagué les extrémités
de crêtes et de serres

L’acte absolu
de l’art
accorda
à la chasteté de la sculpture
‒ nue comme l’arcade d’Osiris –
sein de la révélation

une courbe incandescente
léchée par les flammes chromatiques
dans les labyrinthes du jeu des reflets

L’hyperesthétisme
de ce gong de cuivre affiné
transperce l’air
comme

la lumière agressive
délivre
sa signification

L’immaculée
conception
de l’inaudible oiseau
jaillit
d’une superbe retenue

(Mina Loy)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Lisant un jour clair mes vers bien-aimés (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2019



Antonio Machado

Lisant un jour clair
mes vers bien-aimés,
j’ai vu dans le profond
miroir de mes songes

qu’une vérité divine
y tremble de frayeur,
et qu’elle est une fleur qui veut
jeter au vent son parfum.

L’âme du poète
s’oriente vers le mystère.
Seul le poète peut
regarder ce qui est loin
dans l’âme, enveloppé
d’un soleil trouble et magique.

Dans ces galeries,
sans fond, du souvenir,
où les pauvres gens
ont accroché comme un trophée

un habit de fête mité et vieux,

le poète sait
regarder l’éternel
labeur des abeilles
dorées des songes.

Poètes, l’âme attentive
au ciel profond,
dans la cruelle bataille
ou dans le jardin tranquille,

nous fabriquons le miel nouveau
avec les vieilles douleurs,
patiemment nous faisons
l’habit blanc et pur,
et sous le soleil polissons
la forte armure de guerre.

L’âme sans rêve,
le miroir ennemi,
projette notre image
avec un profil grotesque.

Nous sentons une vague
de sang, dans notre coeur,
qui passe… et, souriant,
revenons à notre labeur.

(Antonio Machado)

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LES CHAISES (Norge)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2018



LES CHAISES

C’est une chaise qui a créé le monde au commencement,
il n’y avait que des chaises.
Elles s’ennuyaient.
Faisons-nous un homme, dit une chaise,
un homme qui posera son séant sur notre siège,
qui s’appuiera contre notre dossier, qui nous changera de place,
qui nous polira, nous cirera, nous caressera.
Cette chaise-là pensa l’homme si fortement que l’homme fut.
Et l’homme, enfant de la chaise, vit de plus en plus assis.

(Norge)

 

 

Posted in humour, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

SONNET (Federico Garcia Lorca)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2018



 

Andrey Remnev _ Andrej Remnjov_ Remnev (50)

SONNET

J’ai peur de perdre la merveille
de tes yeux de statue et l’accent
que de nuit me pose sur la joue
la solitaire rose de ton haleine.

J’ai peur d’être sur ce versant
un tronc sans rameaux et désespère
de n’avoir fleur, pulpe, ni terre
polir le ver de mon tourment.

Si tu es mon trésor caché,
si tu es ma croix, mon chagrin mouillé,
si je suis le chien de ta seigneurie,

ne me laisse perdre ce que j’ai gagné
et vois ta rivière embellie
des  feuilles de mon automne dévoué.

(Federico Garcia Lorca)

Illustration: Andrey Remnev

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LA SOLITUDE (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 18 juillet 2018



 

Illustration: Edmond Grandjean
    
LA SOLITUDE

Pour qui maintenant farderais-je mes lèvres ?
Pour qui polirais-je mes ongles ?
Pour qui parfumerais-je mes cheveux ?

Pour qui mes seins poudrés de rouge, s’ils ne doivent plus la tenter?
Pour qui mes bras lavés de lait s’ils ne doivent plus jamais l’étreindre!

Comment pourrais-je dormir?
Comment pourrais-je me coucher?
Ce soir, ma main, dans tout mon lit, n’a pas trouvé sa main chaude.

Je n’ose plus rentrer chez moi, dans la chambre affreusement vide.
Je n’ose plus rouvrir la porte.
Je n’ose même plus rouvrir les yeux.

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Il n’a pas à triturer (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2018




    
Il n’a pas à triturer
puis polir les mots
qu’il emploie
Il laisse son silence
les épurer les fertiliser

(Charles Juliet)

 

Recueil: L’Opulence de la nuit
Traduction:
Editions: P.O.L.

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , | Leave a Comment »

J’aime te sentir sur moi (Anise Koltz)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2018



Illustration: Pascal Renoux
    
J’aime te sentir
sur moi
comme un pont écroulé

ma rivière
polira tes pierres

(Anise Koltz)

 

Recueil: Somnambule du jour Poèmes choisis
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , | Leave a Comment »

ENCORE UNE CHANSON D’AMOUR (Gilles Vigneault)

Posted by arbrealettres sur 1 juin 2018


 


 

coeur

ENCORE UNE CHANSON D’AMOUR

Encore une chanson d’amour
Croyez-vous cette lampe éteinte
C’est la même cloche qui tinte
Dans le clocher des anciens jours
Encore une chanson d’amour

Il a neigé trois fois la hauteur des maisons
Il a plu quatre fois comme l’anse est profonde
Le vent a fait trois fois cent fois le tour du monde
Le soleil a poli des siècles de saisons
Et mes amours sont demeurées les mêmes
Je l’aime

Nous avons dévoré jusque dans leurs chemins
Des quartiers de pays rêvés depuis l’enfance
Dormi dans des châteaux où la mémoire avance
Fouillé dans des greniers chargés de lendemains
Et ma parole est demeurée la même
Je t’aime

Nous nous sommes bâti des bateaux et des ponts
Avec les mots frileux de mille solitudes
Nous nous sommes forgé de douces habitudes
Le silence n’est pas toujours la trahison
Et mon langage est demeuré le même
Je l’aime

Encore une chanson d’amour
Croyez-vous cette lampe éteinte
C’est la même cloche qui tinte
Dans le clocher des anciens jours
Encore une chanson d’amour

(Gilles Vigneault)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Caillou (Franck André Jamme)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2018



Illustration
    
Caillou tiré de sous la robe, que l’on offre dans l’ombre.
Gravé, poli et caressé, noir de crainte et de joie,
où sont inscrits soleil et lune, foudre et vallée, qui protège des malveillants
et par lequel le secret passe, maintenant dans ma paume.

(Franck André Jamme)

 

Recueil: La récitation de l’oubli
Traduction:
Editions: Flammarion

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LA FILLE MAIGRE (Anne Hébert)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2018



Alexandr Sulimov -   (39)

LA FILLE MAIGRE

Je suis une fille maigre
Et j’ai de beaux os.

J’ai pour eux des soins attentifs
Et d’étranges pitiés

Je les polis sans cesse
Comme de vieux métaux.

Les bijoux et les fleurs
Sont hors de saison.

Un jour je saisirai mon amant
Pour m’en faire un reliquaire d’argent.

Je me pendrai
À la place de son cœur absent.

Espace comblé,
Quel est soudain en toi cet hôte sans fièvre?

Tu marches
Tu remues;
Chacun de tes gestes
Pare d’effroi la mort enclose.

Je reçois ton tremblement
Comme un don.

Et parfois
En ta poitrine, fixée,
J’entrouvre
Mes prunelles liquides

Et bougent
Comme une eau verte
Des songes bizarres et enfantins.

(Anne Hébert)

Illustration: Alexandr Sulimov 

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :