Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘pont’

DEMAIN LES HERBES ROUGES (Jean-Paul Filion)

Posted by arbrealettres sur 27 mai 2017



Caroline Besse x247

DEMAIN LES HERBES ROUGES

J’ai le mal d’homme comme on traîne une blessure
J’ai le mal de ciel et celui d’enfer
Mais l’espace a créé sa forge d’étoiles
Qui viendra souffler sur mon épouvante
Demain les herbes rouges

Il a venté sur ma joie en poussière
Et j’attends de l’univers un nouveau dialogue
J’ai l’amour en cascade le bon Dieu au rancart
M’occupant à jeter un pont sur le matin
Demain les herbes rouges

J’abhorre les esprits les magies les phantasmes
Mon regard famélique n’est plus à la table des astres
Contre la moire des sources vertigineuses
Je veux mordre mon pain d’écorce et de terreau
Demain les herbes rouges

J’offre mes larmes ténébreuses à dévorer par le feu
Que le jour engouffre mes neiges et mes nuits
Mon coeur n’est plus gisant sous la cognée du soleil
Qui entre blondir le pays que j’habite
Demain les herbes rouges.

(Jean-Paul Filion)

Illustration: Caroline Besse

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

DU CYCLE DES NUITS (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2017



DU CYCLE DES NUITS

Les astres de la nuit que j’aperçois à mon réveil
surplombent-ils seulement mon visage, celui d’aujourd’hui,
ou bien en même temps le visage tout entier de mes années,
eux, ces ponts qui reposent sur leurs piliers de lumière ?

Qui là-bas veut poursuivre sa route ? Pour qui suis-je
abîme, lit de rivière,
lui qui passe au-dessus de moi ainsi, décrivant le plus vaste des cercles —,
qui saute au-dessus de moi et me prend, comme sur
l’échiquier le fou,
et marque avec insistance sa victoire ?

***

AUS DEM UMKREIS: NACHTE

Gestirne der Nacht, die ich erwachter gewahre,
überspannen sie nur das heutige, meine Gesicht,
oder zugleich das ganze Gesicht meiner Jahre,
diese Brücken, die ruhen auf Pfeilern von Licht?

Wer will dort wandeln? Für wen bin ich Abgrund und
Bachbett,
daß er mich so im weitesten Kreis übergeht —,
mich überspringt und mich nimmt wie den Làufer im
Schachbrett
und auf seinem Siege besteht?

(Rainer Maria Rilke)

Illustration: Patrick Rogelet

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’oeil (Rose Ausländer)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017



    

L’oeil

Émail de l’iris
le liquide lacrymal
verse du brillant
dans la courbe
où repose le noyau
caressé par l’eau

prédestiné
à l’aveuglement

Le spectre
tourne
autour de son axe
par le pont de lumière
toute apparition
pénètre la lentille

Monde jamais las
d’entrer

(Rose Ausländer)

 

Recueil: Sans visa
Traduction: Eva Antonnikov
Editions: Héros-Limite

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Tu (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 14 mai 2017



Tu fus la flamme qui s’éteint
à force de brûler dans l’âtre
Tu fus l’oiseau du matin
dans un ciel d’une teinte bleuâtre
qui s’envole du toit de la maison
vers la ligne de l’horizon

Tu fus la fleur dans le parterre
qui fleurit pour un jour
et s’incline vers la terre
à la fin d’un amour

Tu fus la rivière
qui coulait vers la mer
passant sous un grand pont de fer
ou un petit pont de pierre

Tu fus cette larme
au coin de l’oeil
qui fascine et charme
même après un deuil

Tu es l’infime goutte de rosée
sur la corolle de la fleur posée
qui capte tout le soleil
et devient un bijou vermeil

Tu es la vague marine
qui vient enlacer le récif
dans un mouvement lascif
et embrasser l’île mutine

Tu es l’étoile unique
d’un ciel de nuit
qui brillamment luit
au col de sa tunique

Tu es le feuillage
d’une forêt d’outremer
sous le bruyant passage
d’un groupe d’oiseaux de mer

Tu es le bateau dans la brume
qui soulève l’écume

Tu es le corps de la déesse
que je découvre en rêvant
nue dans le souffle du vent
qui voluptueusement te caresse

Tu es ce regard de luxure
qui m’enivre et me torture

Tu es cet oiseau de volupté
venu nicher dans ton corsage
où se blottit un sein sage
qui veut prendre sa liberté

Tu es ce sable de la plage
sur laquelle je vagabondais
et qui de jolies filles abondait
mais je ne voyais que ton visage

Tu es la branche
à laquelle s’accroche le rameau
sur lequel se pose l’oiseau
quand tu tortilles de la hanche
dans les rues du hameau

Tu es cet épi de blé
qui donnera cette moisson fertile
dans un champ qui n’est qu’une île
au milieu de ce pays troublé
par ta présence voluptueuse
dans ta robe vaporeuse

(Jean-Baptiste Besnard)

son site ici: Jean-Baptiste Besnard

Illustration: Ekaterina Panikanova

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Poème sur mes pensées (Antoni Lange)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2017



 

pont en feu

Poème sur mes pensées

Où que tu sois, tu as toujours envie de partir,
Tu voudrais être à un autre endroit, en ce moment,
Tu t’es mis en tête que ton sort peut changer et devenir
Comme l’étoile qui brille, ailleurs… Tu y penses chaque jour !

Où que tu sois, tu souhaites seulement partir au loin,
Car ta place, tu le sais, ne se trouve nulle part, ici-bas —
Et tu vogues, toujours déchiré dans tes pensées profondes,
Et dans l’erreur, tu suis sans cesse des vagues qui te repoussent.

Où que tu sois, tu cherches seulement à fuir, fuir au loin,
Peu importe où, là où tu n’existes, car partout où tu n’es pas,
Tes chagrins non plus n’y sont pas — et ce désespoir sans voix
Ne t’effraie plus, là-bas… Pousse au loin ta barque, et rame !

Où que tu sois, tu es toujours porté vers cet ailleurs,
Où tu cesses à jamais d’être dans l’espace et le temps,
Pour toujours — là-bas — où que tu sois, jusques
Aux portes de l’éternité — cette demeure est la tienne.

***

J’ai construit un pont —
J’ai relié les bords des deux rives, de façon
À pouvoir, sur-le-champ, quitter
La première rive, pour rejoindre l’avenir des féeries…
Derrière moi, des lignées sombres sont restées,
Emplies de rêves et de baisers,
Et de désillusions…
Et, bien que je regrette de les laisser,
Il me faut pourtant partir au loin —
Je dois aller vers ces pays impossibles à mesurer…
Quand bien même je souhaiterais revenir sur mes pas,
Une voix m’appelle et crie : Brûle tes souvenirs !
Oh, je voudrais tellement revenir en arrière —
Rejoindre le soleil d’or de ma jeunesse…
Mais, cette voix m’a dit :
Oublie ce que tu sais et avance au loin,
Avance tout droit
Vers l’autre rive !…
… J’ai traversé la rive et rejoint l’autre bord —
Alors, j’ai mis le feu au pont…

(Antoni Lange)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’été entre par la fenêtre (Pierre Albert-Birot)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2017




    

l’été entre par la fenêtre et met la chambre dehors
parce que l’été n’aime pas les maisons

et puis les yeux qui regardent font de beaux dessins géométriques
comme on en voit représentés sur les tableaux d’optique

mais les yeux qui regardent ne pensent pas aux dessins qu’ils font
et les choses aiment à être regardées par des yeux
qui les voient pour la première fois

un oeil a bien plus vite jeté un pont qu’un ingénieur
que de charges de joie peuvent passer sur ces ponts

il y avait des jardins des toits et bien d’autres choses encore
mais le regard est venu et a remporté tout ce qu’il a pu

Je me demande où les regards peuvent mettre tout ce qu’ils emportent

(Pierre Albert-Birot)

 

Recueil: Poèmes à l’autre moi précédé de La Joie des sept couleurs et suivi de Ma morte et de La Panthère noire
Editions: Gallimard

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Hohé (Pierre Albert-Birot)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2017



Illustration: Edvard Munch

    
Hohé les cris sont des ponts que l’on jette
Et sur lesquels on ne passe pas toujours
Les cloches aussi jettent des ponts
Pour faire le chemin plus court à ceux qui vont prier

(Pierre Albert-Birot)

 

Recueil: Poèmes à l’autre moi précédé de La Joie des sept couleurs et suivi de Ma morte et de La Panthère noire
Editions: Gallimard

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le pont (Laurent Albarracin)

Posted by arbrealettres sur 30 avril 2017



Illustration

    

Le pont ne passe pas sur la rivière
ni la rivière sous le pont

mais la rivière tend
le pont comme un arc
et décoche la rivière
dans la demi-cible du pont

et la rivière sort de la rivière
passe le pont
et accède à la rivière

et le pont descend du pont
passe dans la rivière
et enjambe le pont.

(Laurent Albarracin)

 

Recueil: Le Secret secret
Editions: Flammarion

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Encore un toast (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 27 avril 2017



 

Encore un toast

Buvons à ta confiance, et à ma fidélité,
À nos présences dans ce même pays,
À jamais envoûtés, soit,
Mais nul hiver ne fut jamais plus beau,
Et jamais sur le ciel on ne vit croix plus fines…
Chaînes plus aériennes, ponts plus grands…
Buvons à tout ce qui sans bruit a fui,
Buvons à notre impossible rencontre,
À tout ce dont je rêve encore
Malgré la porte verrouillée.

(Anna Akhmatova)

 

Titre: L’églantier fleurit et autres poèmes
Traduction: Marion Graf et José-Flore Tappy
Editions: La Dogana

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Se réveiller à l’aurore parce que la joie est trop forte (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2017




Se réveiller à l’aurore
Parce que la joie est trop forte,
Regarder par le hublot
Comme l’eau est verte,
Monter sur le pont — le temps est gris —
Enveloppée de fourrures duveteuses,
Écouter le bruit de la machine,
Et ne penser à rien,
Mais, sachant que je vais revoir
Celui qui est devenu mon étoile,
Me retrouver, dans la brise et les embruns,
À chaque instant plus jeune.

(Anna Akhmatova)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :