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Poésie

Posts Tagged ‘pont’

Lenteur de l’immensité (Georges Bonnet)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2017



Lenteur de l’immensité
le geste large de l’horizon

Les flamboiements de l’eau
sous la torpeur des ponts

Le pommier derrière l’église
mémoire de la faute

La mort peut-être
la plus douce saison

(Georges Bonnet)

 

 

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Sur la robe elle a un corps (Blaise Cendrars)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2017



Sur la robe
elle a un corps

Le corps de la femme est aussi bosselé que mon crâne
Glorieuse
Si tu t’incarnes avec esprit
Les couturiers font un sot métier
Autant que la phrénologie
mes yeux sont des kilos qui pèsent la sensualité des femmes
Tout ce qui fuit, saille avance dans la profondeur
Les étoiles creusent le ciel
Les couleurs déshabillent
« Sur la robe elle a un corps »
Sous les bras des bruyères mains lunules et pistils quand les eaux se déversent
dans le dos avec les omoplates glauques
Le ventre un disque qui bouge
La double coque des seins passe sous le pont des arcs-en-ciel
Ventre
Disque
Soleil
Les cris perpendiculaires des couleurs tombent sur les cuisses

(Blaise Cendrars)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Illustration: Fabienne Contat

 

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SOMBRER (Hector de Saint-Denys Garneau)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2017



Titanic

SOMBRER

Ah! cette volupté sans bornes de périr
De sombrer dans la mer de la désespérance,
Dans un océan noir de morbide souffrance
Où la raison s’enlise et se comprend mourir!

Sentir, sentir, qu’on disparaît dans l’ombre immense
Et puis, sombrer toujours, ne pas se retenir,
Entendre au fond de soi quelque chose frémir,
Croire que c’est la mort peut-être qui commence…

Le navire a frappé quelqu’invisible écueil :
Penché dessus le gouffre noir comme un cercueil,
Il frémit dans la nuit qui l’environne : il sombre…

Le capitaine est là, superbe sur le pont :
Il n’a pas voulu fuir. Ivre, de son oeil sombre,
Il regarde monter les abîmes sans fond!

(Hector de Saint-Denys Garneau)

 

 

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La fenêtre est tendre comme un couteau (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2017



André Clouâtre homme-qui-dort1 [1280x768]

La Délivrance Attendue

La fenêtre est tendre comme un couteau
Le miroir est profond d’épaules noires
on voit des pieds nus sous le rideau
et la route est très loin dans le mur
la tête coupée
est sur le lit
Je me rappelle ou je rêve
que ton front est comme ces belles journées
où il n’y a pas un signe de mort
où la lumière se rassemble sur les sources
le pont monte de l’herbe
et fait une grande blessure au-dessus de l’eau
le dormeur est toujours couvert
de ses paupières collées
comme des fruits privés d’air
les ombres sortent et laissent longtemps
leurs tempes contre les murs.

(Lucien Becker)

Illustration: André Clouâtre

 

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TOUT LE LONG DE LA VIE (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2017



TOUT LE LONG DE LA VIE

Paysages de songe en des miroirs brisés,
Putains agglutinées comme boyaux de moules,
Soudain un grand cri vert a jailli de la foule
Le soleil se brossait sur les Champs-Élysées !

Sordides et mafflus et geindres et braillards
Vont à pas de fourmis tout le long de la vie,
Dans les bistrots poisseux où l’on boit sans envie,
Dans les trains surpeuplés d’aveugles babillards.

Mais le printemps sonore éclate à coups de fleurs
Délivre la fanfare timide des rainettes
Fait rutiler de ciel toutes ces marionnettes,
Hisse d’un bond les joies au pavois des couleurs.

L’ortie l’aride ortie s’éveille au fond des cours,
Éclate en rémouleur l’orgue de Barbarie.
Que des pantins barbus dégoisent des discours,
Que Brigadier sifflote en sa gendarmerie

Et le paon et le pont et le rampatapon,
Coccinelle égarée sur le sein blanc des filles,
Puis la valse où la cloche évoque le jupon,
Puis les tumultueux quadriges des quadrilles…

Sur cela sont levés les ciels lavés de lune
Et coule la fontaine au vent sous les tilleuls,
Pour y passer la vie chacun a sa chacune
Jusqu’au bout c’est fatal on se trouve enfin seul.

(Maurice Fombeure)

Illustration: Félix Vallotton

 

 

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La transparence (Octavio Paz)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2016



Je n’écris pas pour tuer le temps
ni pour le revivre
j’écris pour qu’il me vive et me revive

Cet après-midi sur un pont
je vis le soleil entrer dans le fleuve
Tout était en flammes
brûlaient les statues les maisons les portiques
Dans les jardins des grappes de femmes
lingots de lumière liquide
fraîcheur de vaisselles solaires
L’allée de peupliers un feuillage d’étincelles
l’eau horizontale immobile
sous les cieux et les mondes incendiés
Chaque goutte d’eau
un oeil fixe
le poids de l’énorme beauté
sur chaque pupille ouverte
Réalité suspendue
la tige du temps
la beauté ne pèse pas
Paisible reflet
temps et beauté sont identiques
eau et lumière

Regard qui soutient la beauté
temps ravi dans le regard
monde sans poids
si l’homme pèse
la beauté ne suffit-elle?
Je ne sais rien
Je sais ce qui est superflu
non ce qui suffit
L’ignorance est ardue comme la beauté
un jour je saurai moins et j’ouvrirai les yeux
Peut-être le temps ne passe-t-il pas
mais des images de temps
Si ne reviennent pas les heures reviennent les présences
En cette vie i1 est une autre vie
ce figuier-là reviendra cette nuit
cette nuit refluent d’autres nuits

Tandis que j’écris j’entends passer le fleuve
non celui-ci
celui-là qui est celui-ci
Va-et-vient de moments et de visions
le merle sur la pierre grise
dans une clairière de mars
noir
centre de clartés
Non le merveilleux pressenti
le présent senti
la présence sans plus
rien de plus comblé
Ce n’est pas la mémoire
rien de pensé ni de voulu
Ce ne sont pas les mêmes heures
mais d’autres
toujours elles sont autres et c’est la même
elles entrent et nous expulsent de nous
voient avec nos yeux ce que ne voient pas les yeux
Dans le temps il est un autre temps
immobile
sans heures ni ombre ni poids
sans passé ni futur
seulement vivant
comme le vieux du banc
unique identique perpétuel
Jamais nous ne le voyons

C’est la transparence

***

Yo no escribo para matar al tiempo
ni para revivirlo
escribo para que me viva y reviva

Hoy en la tarde desde un puente
vi al sol entrar en las aguas del río
Todo estaba en llamas
ardían las estatuas las casas los pórticos
En los jardines racimos femeninos
lingotes de luz líquida
frescura de vasijas solares
Un follaje de chispas la alameda
el agua horizontal inmóvil
bajo los cielos y los mundos incendiados
Cada gota de agua
un ojo fijo
el peso de la enorme hermosura
sobre cada pupila abierta
Realidad suspendida
en el tallo del tiempo
la belleza no pesa
Reflejo sosegado
tiempo y belleza son lo mismo
luz y agua

Mirada que sostiene a la hermosura
tiempo que se embelesa en la mirada
mundo sin peso
si el hombre pesa
¿no basta la hermosura?
No sé nada
Sé lo que sobra
no to que basta
La ignorancia es ardua como la belleza
un día sabré menos y abriré los ojos
Tal vez no pasa el tiempo
pasan imágenes de tiempo
si no vuelven las horas vuelven las presencias
En esta vida hay otra vida
la higuera aquella volverá esta noche
esta noche regresan ocras noches

Mientras escribo oigo pasar el río
no éste
aquel que es éste
Vaivén de momentos y visiones
el mirlo está sobre la piedra gris
en un claro de marzo
negro
centro de claridades
No to maravilloso presentido
to presence sentido
la presencia sin más
nada más pleno colmado
No es la memoria
nada pensado ni querido
No son las mismas horas
otras
son otras siempre y son la misma
entran y nos expulsan de nosotros
con nuestros ojos yen to que no ven los ojos
Dentro del tiempo hay otro tiempo
quieto
sin horas ni peso ni sombra
sin pasado o futuro
sólo vivo
como el viejo del banco
unimismado idéntico perpetuo
Nunca lo vemos

Es la transparencia

(Octavio Paz)

Illustration: ArbreaPhotos

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Bergère ô tour Eiffel (Guillaume Apollinaire)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2016



Bergère ô tour Eiffel
le troupeau des ponts
bêle ce matin

(Guillaume Apollinaire)

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IL Y A (Guillaume Apollinaire)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2016



 

IL Y A

Il y a des petits ponts épatants
Il y a mon cœur qui bat pour toi
Il y a une femme triste sur la route
Il y a un beau petit cottage dans un jardin
Il y a six soldats qui s’amusent comme des fous
Il y a mes yeux qui cherchent ton image
Il y a un petit bois charmant sur la colline
Et un vieux territorial pisse quand nous passons
Il y a un poète qui rêve au ptit Lou
Il y a un ptit Lou exquis dans ce grand Paris
Il y a une batterie dans une forêt
Il y a un berger qui paît ses moutons
Il y a ma vie qui t’appartient
Il y a mon porte-plume réservoir qui court, qui court
Il y a un rideau de peupliers délicat, délicat
Il y a toute ma vie passée qui est bien passée
Il y a des rues étroites à Menton où nous nous sommes aimés
Il y a une petite fille de Sospel qui fouette ses camarades
Il y a mon fouet de conducteur dans mon sac à avoine
Il y a des wagons belges sur la voie
Il y a mon amour
Il y a toute la vie
Je t’adore

(Guillaume Apollinaire)

Illustration: Claude Monet

 

 

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Mémoire (Alex Abouladzé)

Posted by arbrealettres sur 23 novembre 2016



 

Kris Galli 256

Mémoire

Quelqu’un qui pleure et se lamente
de fontaine en fontaine

vient s’asseoir à ma porte
chaque fois que je pense
aux cloches de midi qui sonnaient sur Sochaux

aux cloches de midi qui sonnaient sur Sochaux

Je passais ce jour-là dans la ville
et mon ombre parlait

parlait parlait de l’ombre et parlait
d’autre chose qui n’avait pas de nom
mais semblait ressemblait à moi-même
passant toujours parlant

en proie à la clameur des cloches de midi
qui sonnaient sur Sochaux

Les cloches de midi résonnent sur Sochaux

Quelqu’un qui va cherchant son nom
par les quais par les ponts

passe le pas de ma porte
chaque fois que je pense
aux ruelles égarées sous le ciel de Romans

aux ruelles égarées sous le ciel de Romans

Je m’arrêtais alors au delta des ruelles
au-delà des ruelles de Romans et j’écoutais
mon ombre

on venait en silence dans l’ombre quelqu’un
venait venait venait sans dire une parole
il parlait dans moi-même arrêté me taisant

en proie au soleil noir des ruelles égarées
sous le ciel de Romans

Les ruelles s’égarent sous le ciel de Romans

Quelqu’un qui vient pour demander parole
au temps présent

prend ma place où je suis
chaque fois que je pense
au passage impossible sur la rive de ce temps

au passage impossible sur la troisième rive

Je demeure maintenant à mi-chemin de tout
disant toujours vivant l’ombre qui me dévore

ne laissant que ma voix pour dire
qu’elle me dévore

me dévore et pour dire son nom
et son nom c’est moi-même quelqu’un
qui va cherchant son nom
son nom son nom sans nom

en proie à la clameur des cloches de midi
en proie au soleil noir des ruelles égarées
à Sochaux à Romans et dans cette ville-ci

Passer est impossible sur la rive de ce temps
parler est-il possible

(Alex Abouladzé)

Illustration: Kris Galli

 

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Aurore printanière (Su Shih)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2016



Eclairant la campagne la lune caresse les vaguelettes.
Traversant le firmament les couches de nuages s’estompent.
Sous son garde-boue, mon cheval trotte encore, allure fière;
Moi ivre, je désire céder au sommeil sur l’herbe parfumée.
Miracle de l’instant: tout un ruisseau de vent et de lune:
Que point ne soit piétiné ce jade parfait!
Je défais la selle, m’adosse au saule près du pont.
Au premier cri du coucou, aurore printanière.

(Su Shih)

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