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DANS LA FRAÎCHEUR DES FLEUVES OUI DORMENT (Salvatore Quasimodo)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2018



Illustration
    
DANS LA FRAÎCHEUR DES FLEUVES OUI DORMENT

Je te rencontre aux heureux pontons
de la nuit épouse
maintenant exhumée
presque tiède d’une joie nouvelle,
grâce amère d’une vie sans estuaire.

Oscillent des routes vierges
dans la fraîcheur des fleuves qui dorment:

Et je suis encore l’enfant prodigue qui écoute
son nom dans le silence
quand les morts appellent.

La mort
est un espace dans le coeur.

***

FRESCHE DI FIUMI.IN SONNO

Ti trovo nei felici approdi,
della notte consorte,
ara dissepolta
quasi tepore d’una nuovo gioia,
grazia amara del viver senza foce.

Vergini strade oscillano
fresche di fiumi in sonne:

E ancora sono il prodigo the ascolta
dal silenzio il sue nome
quando chiamano i morti.

Ed è morte
une spazio nel cuore.

(Salvatore Quasimodo)

 

Recueil: Et soudain c’est le soir
Traduction: Patrick Reumaux
Editions: Librairie Elisabeth Brunet

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La Voilure (Bernard de Louvencourt)

Posted by arbrealettres sur 10 février 2017



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La Voilure

Pleine mer : bague d’émeraude
Ayant le soleil en chaton,
Tu n’es rien sans un vieux ponton,
Avec une voile qui rôde !

Tu n’es que l’angoissant désert,
Si tu n’as une voile au large…
Un livre de maroquin vert
Ne montrant que son blanc de marge !

Ainsi tu ramènes tes flots,
Ainsi la voile au loin se cargue.
Je crains autant ton œil qui nargue
Que l’oubli lourd de tes yeux clos.

La nuit, souvent mon œil s’effare
A contempler tes noirs amas
Grouillant dans l’ombre… Mais des mâts
Servent à mon esprit de phare.

Quand le vent grince à plein tillac,
Que la mer, hideuse, vous lèche,
J’aime un mât pliant comme un arc
Et lançant sa vergue pour flèche !

Et j’aime vos tremblants ciseaux
Aux mats d’artimon, de misaine :
Vous suffisez d’une dizaine
Et la mer est pleine d’oiseaux !

Au port vous êtes l’hirondelle.
Exprimant de lointains regrets
Vous gémissez dans vos agrès…
La liberté n’est qu’un coup d’aile!

(Bernard de Louvencourt)

Illustration: Chris Halbeisen

 

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Dordrecht (Jean-Claude Demay)

Posted by arbrealettres sur 27 janvier 2017



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Dordrecht

Et les maisons s’inclinent
Et les pontons s’écroulent
Au ras de la marée
Aux rempart de Dordrecht

Et les âmes s’allument
Les vagabonds s’en viennent
Et les amants s’en vont
Dans les rues de Dordrecht

Et les navires filent
Et la marée gémit
Et les chiennes hurlent
Sous les lunes de Dordrecht

Se peut-il que les soirs
La bière se fasse amère
La bière se fasse amante
Que l’on veuill’ prendre l’air

Et qu’on ait l’œil au Nord
Et le cœur aux dérives
Qu’on regard’ l’autre rive
De l’autr’ côté d’la mer

Et les pontons s’inclinent
Et la mer se devine
Le regard aviné
De l’ivrogne qui passe

Il est déjà passé
Et seul le clapotis
Accompagne ses pas
Il ne reviendra pas

Il ne reviendra pas ah ! ah !
Non celui-là non ne reviendra pas
Je suis dans le troquet
Et la pluie dégouline
Le crachin sur la vitre
Il ne reviendra pas non
Il ne reviendra pas

J’ai entendu ses pas
Je connais la jetée
Encore un qui s’est j’té
Il s’en est tant jeté

Je le connaissais mais
Il ne reviendra pas

Serveuse
Un grand bock
Cette fois
La marée est trop haute
Et mon cœur est trop bas
Tu sais je te connais
Tu sais c’est moi
Ce soir
C’est ce soir moi que j’me jette
Des remparts de Dordrecht
Moi un ancien poète
J’ai quitté cette terre
Les dieux m’abandonnent
C’est ce soir que j’me donne

Et les pontons s’inclinent
La marée se devine
Des coups à rester raide
Sous les remparts
Y’en a qui partent
De Dordrecht.

(Jean-Claude Demay)

 

 

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Quand (Paol Keineg)

Posted by arbrealettres sur 28 novembre 2016



quand j’aurai paré tes poignets des mille cailloux du chemin
quand j’aurai plongé dans les spirales bleutées de l’escalier de tes yeux
quand j’aurai écarté les barreaux solides de nos cages thoraciques trop étroites
quand j’aurai transmuté en oiseaux de paradis les minéraux coupants de nos éclats de voix
quand j’aurai changé en rouge liberté les voyelles et les consonnes qui s’épanouissent en nous
quand j’aurai senti en nos ventres dilatés s’épaissir l’espoir capricieux comme un troupeau de chèvres
quand j’aurai vu s’éloigner de notre peuple les pontons de l’accoutumance pour gagner les mille langues de l’océan
quand j’aurai paré tes flancs des mille mousses d’un ciel de neige
alors je serai digne de toi
mon amour

(Paol Keineg)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

Illustration

 

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RÉPIT EN JUILLET (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 19 mai 2016



RÉPIT EN JUILLET

Il est couché sous les grands arbres
et là-haut lui aussi. Il se répand en milliers de rameaux,
se balance d’avant en arrière,
assis sur un siège éjectable qui se déclenche dans l’instant.

Il est là-bas près des pontons, cligne des yeux lorsqu’il regarde l’eau.
Les pontons vieillissent plus vite que les hommes.
Ils ont du bois argenté et des pierres dans le ventre.
La lumière aveuglante s’y enfonce pourtant.

Il vogue tout le jour dans un bateau ouvert
sur les baies étincelantes
finit par s’endormir dans une lampe bleue
tandis que les îles rampent sur le verre, comme de grands papillons.

(Tomas Tranströmer)

 

 

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FACE À FACE (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 6 avril 2016



FACE À FACE

En février, la vie était à l’arrêt.
Les oiseaux volaient à contre coeur et l’âme
raclait le paysage comme un bateau
se frotte au ponton où on l’a amarré.

Les arbres avaient tourné le dos de ce côté.
L’épaisseur de la neige se mesurait aux herbes mortes.
Les traces de pas vieillissaient sur les congères.
Et sous une bâche, le verbe s’étiolait.

Un jour, quelque chose s’approcha de la fenêtre.
Le travail s’arrêta, je levai le regard.
Les couleurs irradiaient. Tout se retournait.
Nous bondîmes l’un vers l’autre, le sol et moi.

(Tomas Tranströmer)

Illustration: Leonid Afremov

 

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