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LETTRE-OCÉAN (Michel Manoll)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2020



lentille d'eau

LETTRE-OCÉAN

0 mon ami, lentille d’eau incrustée sur l’étang,
Je te vois comme la flamme clignotante du premier matin blanc,
Qui suspend dans l’air le sillage empanaché
D’un train caboteur qui suit la côte à petite journée.
Tu es la jarre de lait répandue dans les pâturages du ciel
Et cette étoile impatiente qui lance ses graines hors de leur gousse,
L’arbre-chanteur et son ombre de mousse.
Mais tu es aussi et surtout le disparu du bord
Qui allume la mèche sous les barils de poudre,
Le passager que l’on attendra longtemps sur le port,
Je ne sais où, dans un pays fracassé par la foudre.

(Michel Manoll)

 

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Partir le coeur vide (Gérard Le Gouic)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2020



Partir
le coeur vide
la tête sans mémoire,

sur les paumes
le tracé des cols
la pente des fleuves,

dans le poing
l’emplacement des ports.

Partir
nu,
n’emporter que soi
sur les épaules.

(Gérard Le Gouic)

Illustration: Alberto Giacometti

 

 

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Fenêtres ouvertes Le matin – En dormant (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2020



Illustration: Mustapha Merchaoui
    
Fenêtres ouvertes
Le matin – En dormant

J’entends des voix. Lueurs à travers ma paupière.
Une cloche est en branle à l’église Saint-Pierre.
Cris des baigneurs. Plus près ! plus loin ! non, par ici !
Non, par là ! Les oiseaux gazouillent, Jeanne aussi.
Georges l’appelle. Chant des coqs. Une truelle
Racle un toit. Des chevaux passent dans la ruelle.
Grincement d’une faux qui coupe le gazon.
Chocs. Rumeurs. Des couvreurs marchent sur la maison.
Bruits du port. Sifflement des machines chauffées.
Musique militaire arrivant par bouffées.
Brouhaha sur le quai. Voix françaises. Merci.
Bonjour. Adieu. Sans doute il est tard, car voici
Que vient tout près de moi chanter mon rouge-gorge.
Vacarme de marteaux lointains dans une forge.
L’eau clapote. On entend haleter un steamer.
Une mouche entre. Souffle immense de la mer.

(Victor Hugo)

 

Recueil: Les rayons et les ombres
Traduction:
Editions: Bayard Jeunesse

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REPIT (Mihai Beniuc)

Posted by arbrealettres sur 9 juin 2020




    
REPIT

Nombreuses et grandes
Sont mes tentatives —
Dans les profondeurs et dans les hauteurs,
Entre les ténèbres et la lumière,
De l’atome aux galaxies,
Du premier baiser sur les lèvres
Au dernier baiser sur les paupières,
De la fleur au serpent,
Du pain au poison,
De la caresse au poignard,
Du rugissement du lion
Au chant de l’alouette,
De moi,
Saisi par les vrilles du temps,
A toi,
Qui laisses s’enrouler distraitement le temps
Dans ton giron, comme une pelote.
Du rivage de mes heures,
Je contemple les bords de tes éternités.
Mon compas
Elargit son angle
Jusqu’à 180°.
Je regarde,
Et les lointains que j’aperçois
Sont poussière de voie lactée.
Mes ères
Frappent avec des poings d’enfant
A ta porte d’azur
Cloutée d’étoiles.
Que faire ?
Je n’ai pas de bateau qui puisse
Me mener par-delà les frontières de mon être,
Et lorsque je reviens en moi-même, je vois toujours
Des immensités et des ports qui ne sont que rêves.
Ma halte
Est celle du vent
Que l’air délogera
D’entre deux branches frémissantes

(Mihai Beniuc)

 

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A MA MERE… (Jacqueline Commard)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2020



Illustration: Edvard Munch
    
A MA MERE…

On ne guérit jamais du départ de sa mère…
Partie tout doucement sur la pointe des pieds
Vers un étrange port qu’on voudrait oublier
Mais revenant sans cesse avec un goût amer.

Lorsque la nuit descend, à l’heure où tout repose
Devant le firmament ma plaie se cicatrise
Il me semble soudain qu’une ombre s’amenuise
Dans cet épais brouillard qui nimbe toute chose.

Absence insoutenable! …et silence trop lourd…
Mystérieux voyage d’aller sans retour…
Où vont nos pauvres coeurs, vers quelle apothéose ?…

Se rassembleront-ils en un sublime éther ?
Bouquets de chrysanthèmes ou bien gerbes de roses
S’endormiront aussi sur la dalle de pierre.

(Jacqueline Commard)

 

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A un ami qui part pour le Wu (Du Xun-he)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2020




    
A un ami qui part pour le Wu

Au sud du fleuve, dans la ville de Gu-su
Les maisons, toutes, sont bordées d’eau
Près de l’ancien palais, peu de lieux délaissés
Dans le quartier du port, que de ponts minuscules…

Au marché de nuit on vend fruits et racines de lotus
Les barques de printemps transportent soies et satins
Loin de toi, sous la même lune qui veille
Je te rejoindrai dans le chant d’un pêcheur

(Du Xun-he)

 

Recueil: L’Ecriture poétique chinoise
Traduction: François Cheng
Editions: du Seuil

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… Et voilà (Jacques Prévert)

Posted by arbrealettres sur 15 février 2020



Illustration: Fabienne Contat
    
Un marin a quitté la mer
son bateau a quitté le port
et le roi a quitté la reine
un avare a quitté son or
… et voilà

Une veuve a quitté le deuil
une folle a quitté l’asile
et ton sourire a quitté mes lèvres
… et voilà

Tu me quitteras
tu me quitteras
Tu me quitteras
tu me reviendras
tu m’épouseras
tu m’épouseras

Le couteau épouse la plaie
rarc-en-ciel épouse la pluie
le sourire épouse les larmes
les caresses épousent les menaces
… et voilà

Et le feu épouse la glace
et la mort épouse la vie
comme la vie épouse l’amour

Tu m’épouseras
Tu m’épouseras
Tu m’épouseras.

(Jacques Prévert)

 

Recueil: Embrasse-moi
Traduction:
Editions: Gallimard

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Nous nous aimions (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2020



Nous nous aimions

Nous nous aimions sur ce rivage
Quand le phare perçait la brume
Qui tombait sur la mer sauvage
Dont le flot se couvrait d’écume.

Nous nous aimions dans ce vieux port,
En regardant les vieux bateaux
Ancrés au pied du vieux château
Que survolait l’oiseau de mort.

Nous nous aimions sur cette plage,
Près d’un tapis de coquillages,
D’une passion impérissable
Comme tous les châteaux de sable.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration

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CHERCHE L’AMOUR (Anie Shamri)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2019



Illustration: Monique Levallois

    
CHERCHE L’AMOUR

Cherche l’amour, mais n’en demande point mesure,
De lui n’exige point exactitude et loi.
La vague vient portant une averse d’écume
Elle te lave avec les astres et l’azur.

Cherche l’amour, mais ne rappelle point son nom
Au port dans le tumulte des navires,
Se gonflent les courants, flammes et tourbillons,
Mais dans les profondeurs les perles se retirent.

Cherche l’amour à la margelle des étoiles,
Au loin, là-bas où se nouent tant de voiles,
Où la mer sur le ciel déverse tout son sable
Et le tamise avec le tamis de la lune.

Cherche l’amour, mais ne l’attache point à l’ancre,
Prends à la mer un seul instant de bleu lustral
Et quand s’enfuit la vague – alors remercie-la
Et que la suive ton regard : deux calmes voiles.

(Anie Shamri)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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Vision (Ingerborg Bachmann)

Posted by arbrealettres sur 17 novembre 2019




    
Vision

Un coup de tonnerre, pour la troisième fois déjà !
Lentement de la mer surgissent vaisseau après vaisseau.
Des vaisseaux engloutis au mât carbonisé,
des vaisseaux engloutis à la poitrine défoncée,
au corps à demi en lambeaux.

Et ils voguent muets,
inaudibles à travers la nuit.
Et nulle vague ne se referme derrière eux.

Ils n’ont pas de route, ils n’en trouveront pas,
nul vent n’osera s’en saisir fermement,
nul port ne s’ouvrira pour eux.
Le phare peut faire semblant de dormir !

Si ces vaisseaux atteignent le rivage…
Non, pas le rivage !
Nous mourrons comme les bans de poissons ballottés
autour d’eux au gré des vastes flots,
cadavres par milliers !

***

Vision

Jetzt schon zum dritten Mal der Donnerschlag!
Und aus dem Meer taucht langsam Schiff auf Schiff
Versunkne Schiffe mit verkohltem Mast,
versunkne Schiffe mit zerschossner Brust,
mit halbzerfetztem Leib.

Und schwimmen stumm,
unhörbar durch die Nacht.
Und keine Welle schlißt sich hinter ihnen.

Sie haben keinen Weg, sie werden keinen finden,
kein Wind wird wagen, fest in sie zu greifen,
kein Hafen wird sich öffnen,
Der Leuchtturm kann sich schlafend stellen!

Wenn diese Schiffe bis ans Ufer kommen…
Nein, nicht ans Ufer!
Wir werden sterben wie die Fischzüge,
die rund um sie auf breiten Wogen wiegen
zu abertausend Leichen!

(Ingerborg Bachmann)

 

Recueil: Toute personne qui tombe a des ailes
Traduction: Françoise Rétif
Editions: Gallimard

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