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Poésie

Posts Tagged ‘porte’

Orly (Jacques Brel)

Posted by arbrealettres sur 19 février 2017



Ils sont plus de deux mille
Et je ne vois qu’eux deux
La pluie les a soudés
Semble-t-il l’un à l’autre
Ils sont plus de deux mille
Et je ne vois qu’eux deux
Et je les sais qui parlent
Il doit lui dire: je t’aime
Elle doit lui dire: je t’aime
Je crois qu’ils sont en train
De ne rien se promettre
C’est deux-là sont trop maigres
Pour être malhonnêtes

Ils sont plus de deux mille
Et je ne vois qu’eux deux
Et brusquement ils pleurent
Ils pleurent à gros bouillons
Tout entourés qu’ils sont
D’adipeux en sueur
Et de bouffeurs d’espoir
Qui les montrent du nez
Mais ces deux déchirés
Superbes de chagrin
Abandonnent aux chiens
L’espoir de les juger

Mais la vie ne fait pas de cadeau!
Et nom de dieu!
C’est triste Orly le dimanche
Avec ou sans Bécaud

Et maintenant ils pleurent
Je veux dire tous les deux
Tout à l’heure c’était lui
Lorsque je disais il
Tout encastrés qu’ils sont
Ils n’entendent plus rien
Que les sanglots de l’autre
Et puis infiniment
Comme deux corps qui prient
Infiniment lentement ces deux corps
Se séparent et en se séparant
Ces deux corps se déchirent
Et je vous jure qu’ils crient
Et puis ils se reprennent
Redeviennent un seul
Redeviennent le feu
Et puis se redéchirent
Se tiennent par les yeux
Et puis en reculant
Comme la mer se retire
Ils consomment l’adieu
Ils bavent quelques mots
Agitent une vague main
Et brusquement ils fuient
Fuient sans se retourner
Et puis il disparaît
Bouffé par l’escalier

La vie ne fait pas de cadeau!
Et nom de dieu!
C’est triste Orly le dimanche
Avec ou sans Bécaud

Et puis il disparaît
Bouffé par l’escalier
Et elle elle reste là
Cœur en croix bouche ouverte
Sans un cri sans un mot
Elle connaît sa mort
Elle vient de la croiser
Voilà qu’elle se retourne
Et se retourne encore
Ses bras vont jusqu’a terre
Ça y est elle a mille ans
La porte est refermée
La voilà sans lumière
Elle tourne sur elle-même
Et déjà elle sait
Qu’elle tournera toujours
Elle a perdu des hommes
Mais là elle perd l’amour
L’amour le lui a dit
Revoilà l’inutile
Elle vivra ses projets
Qui ne feront qu’attendre
La revoilà fragile
Avant que d’être à vendre
Je suis là je le suis
Je n’ose rien pour elle
Que la foule grignote
Comme un quelconque fruit

(Jacques Brel)

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On Frappe (Jacques Prévert)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2017



On Frappe

Qui est là
Personne
C’est simplement mon coeur qui bat
Qui bat très fort
A cause de toi
Mais dehors
La petite main de bronze sur la porte de bois
Ne bouge pas
Ne remue pas
Ne remue pas seulement le petit bout du doigt.

(Jacques Prévert)


Illustration

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Le message (Jacques Prévert)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2017



La porte que quelqu’un a ouverte
La porte que quelqu’un a refermée
La chaise où quelqu’un s’est assis
Le chat que quelqu’un a caressé
Le fruit que quelqu’un a mordu
La lettre que quelqu’un a lue
La chaise que quelqu’un a renversée
La porte que quelqu’un a ouverte
La route où quelqu’un court encore
Le bois que quelqu’un traverse
La rivière où quelqu’un se jette
L’hôpital où quelqu’un est mort.

(Jacques Prévert)

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On entre toujours nu dans un miroir (Georges Bonnet)

Posted by arbrealettres sur 15 février 2017



On entre toujours nu dans un miroir
disaient-ils
Et encore
il est bon de garder en soi
une prairie restée en enfance
une porte basse où glissent les ombres
les tremblements d’une trémière
qu’on pourrait prendre pour une âme

(Georges Bonnet)

Illustration: Paul Delvaux

 

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SENS INTERDIT (André Lartigue)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2017



coeur

SENS INTERDIT

Défense de cueillir
Des mains évanouies

Le germe de vos vies
S’attarde pour mûrir

La sève de vos pas
Profite des chemins

Ne vous y trompez pas
Trouvez-y votre gloire

La terre a du soleil
Plein ses bras éclatés

Il ne faut-pas fermer
Les portes de vos villes

Vos voix y trouveront
D’autres voix étonnées

Il ne faut pas ternir
Le nom des capitales

Les fleuves vous diront
Ce qui vit sur leurs rives

N’oubliez pas vos mains
N’oubliez pas vos yeux

Le soir viendra trop tôt
Où vous ne pourrez plus

De visages connus
Sentir l’exactitude

Sous la poussée des doigts

(André Lartigue)

 

 

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Vous avanciez vers lui, femme des grandes plaines (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 8 février 2017



 

Vous avanciez vers lui, femme des grandes plaines,
Nœud sombre du désir, distances au soleil.

Et vos lèvres soudain furent prises de givre
Quand son visage lent s’est approché de vous.

Vous parliez, vous parliez, des mots blafards et nus
S’en venaient jusqu’à lui, mille mots de statue.

Vous fîtes de cet homme une maison de pierre,
Une lisse façade aveugle nuit et jour.

Ne peut-il dans ses murs creuser une fenêtre,
Une porte laissant faire six pas dehors ?

(Jules Supervielle)

Illustration: Philippe Loubat

 

 

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Les maisons pénètrent dans les eaux (Eugénio de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 6 février 2017



Les maisons pénètrent dans les eaux,
la porte de la cour ouverte sur l’étoile
matinale, les aubépines
en fleur,

sur les fenêtres le pur scintillement
toujours jeune de la mer ancienne,
celle qui se souvient encore
du plus errant de tous ces marins

qui avaient perdu le nord et la raison
à contempler le reflet de l’étoile
du matin :

seulement dans la mort nous ne sommes pas étrangers.

(Eugénio de Andrade)

 Illustration

 

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Dormir (Amado Nervo)

Posted by arbrealettres sur 6 février 2017



Dormir

Ce que j’ai, ami, c’est un profond
désir de dormir …
Sais-tu ? Le Sommeil
est un état de divinité.
Celui qui dort est un Dieu…

Ce que j’ai,
mon ami, c’est un grand désir de dormir
Le Sommeil est dans la vie le seul monde
à nous, car la veille nous plonge
dans l’illusion commune, dans l’océan
de ce qu’on nomme RÉALITÉ, Éveillés,
nous voyons la terre, l’eau, l’air, le feu,
les créatures éphémères… Endormis,
chacun est dans son monde ;
hermétique, fermé aux yeux étrangers,
aux étrangères âmes ; chaque esprit file
son propre rêve (ou sa vérité : qui sait !)

même l’être le plus adoré
ne peut entrer avec nous par la porte
de notre sommeil. L’épouse même,
qui partage ton lit
et l’entend dialoguer avec les fantômes
qui creusent leurs sillons dans ton esprit
tandis que tu dors, ne pourrait,
quelle que fût ton angoisse,
franchir le seuil de ce monde,
de TON MONDE merveilles des ombres.

Oh, bienheureux ceux qui dorment !
Pour eux s’éteint chaque nuit,
avec toute leur douleur, l’univers
quotidien que crée notre esprit.
Comme ils éteignent leur lumière s’éteint le COSMOS.

Le pire châtiment est la veille :
l’insomnie est exil
du meilleur paradis …

Ne trouble donne pas ma paix par tes discours,
ami : tu es savant,
mais mon sommeil l’est davantage… Éloigne-toi !
Je ne veux nulle gloire, nul héritage :
ce que j’ai, ami, c’est un profond
désir de dormir…

(Amado Nervo)

 

 

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L’UNE OU L’AUTRE (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 5 février 2017



L’UNE OU L’AUTRE

La lampe de la chambre à travers les vitres de la porte
avait regardé tout le soir la triste lampe de tous les
vents
Une voix voulait atteindre on ne sait quoi en
elle-même et soudain hors de toutes paroles
Domine son amour comme s’il n’y avait autour d’elle
qu’un ciel vivant où le moindre geste tirerait des larmes
de tout
Mais où donc est l’espace qui lirait l’exil dans les
larmes

Une eau chuchote La dernière parole raisonnable est
pour dire qu’on a fait mourir la raison
S’ouvrant à travers toi un regard pénètre tes yeux
déshabille ta chair de celui que tu es
Ta bouche dans la nuit blanche d’un sourire ta face
tous les gages de ta pensée
Visage descellé aux mains de tes secrets pluie d’argent
où boire au silence

Un frère pâle à travers le bonheur regardait tristement la route du bonheur
Ton coeur a pris toute sa peine
ses yeux prendront toute sa vie
Qu’auras-tu fait toi qui voulus à ton innocence
d’avant les jours ouvrir avec tes mains toute l’étendue du désir

(Joë Bousquet)

Illustration: Alex Alemany

 

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Voyez-vous le matin (Jean-Baptiste Elissamburu)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2017



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Voyez-vous le matin
Lorsque pointe la lumière
Au sommet d’une colline
Une maisonnette à façade blanche
Au milieu de quatre grands chênes ?
Une petite fontaine à côté,
Un chien blanc devant la porte,
C’est là que je vis en paix.

(Jean-Baptiste Elissamburu)

 

 

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