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TRIOMPHALE ENTREE DE LA MORT (Hubert Juin)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2021



 

Alberto Pancorbo n55

TRIOMPHALE ENTREE DE LA MORT

Voici la plus belle, la pure, celle qui vient avec le vent, avec
l’ami, et portée par les routes géantes de la mer, la toute
ouverte, la tant couverte par les anges et les capitaines qui
furent grands aux temps anciens, la trop parée, et qui va nue,

voici son front qui est de braise, voici son sein bleu comme
le ciel après l’orage,

voici sa main qui a pitié,

voici sa main qui est guerrière,

une courtisane,

une paysanne qui va très loin dans sa campagne redresser l’épi
courbé, et des jachères l’accompagnent jusqu’au porche de
la nuit,

une paysanne qui va de saison en saison, qui sarcle et brûle
le chiendent, qui fait sillon après sillon, le dos courbé, proche
la glèbe,

une paysanne de fenaison,

une courtisane,

une reine étendue sous les dais du désert, avec des gazelles
pour compagnes, et au loin, très loin, voici venir le cri roux
des buccins de la nuit,

une reine dressée au seuil de son empire, sous l’arbre qui est
rouge, une reine qui fait justice et injustice dans son coeur noir,

une courtisane,

qui entre, les lèvres peintes et drapée de tissus étranges où des
oiseaux sont imprimés, oui,

qui triomphe.

(Hubert Juin)

Illustration: Alberto Pancorbo

 

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Le jardin musical (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2021



Le jardin musical

Qui entend bien l’amour
Plante fleurs en l’oreille.
Et chante l’alouette
Au plus haut de l’été.

Ce sont là semaisons
De notes de musique
Sur l’étrange portée
Des bordures de thym.

Romarin des abeilles,
Calices des bourdons,
Herbes des sauterelles,
Palais d’ambre et de sucre.

Des couleurs symphoniques,
Des caresses qui voient.
Jusqu’au sommeil des rêves
Qui refuse la nuit.

Je dirai l’odyssée
D’une chaste pervenche,
Je conterai l’histoire
De ce brin d’herbe jaune.

Muguet, mon clavecin.
Lavandin, mon pipeau.
Orange, ma guitare.
Chêne, ma contrebasse.

Je m’enivre des mots
Qui chantent les parfums
Dans ce jardin si jeune
Qu’il est d’éternité.

Ainsi tout un orchestre
Pour éblouir le jour.
Qui entend bien la terre
Ne connaît pas le froid.

(Robert Sabatier)

Illustration: Josephine Wall

 

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SALLES D’ATTENTE (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2020




    
SALLES D’ATTENTE

Solitude ce n’est pas la pitié
morose ou la grandeur sans nom
une guirlande qui promet
et ne tient pas

Solitude sans joie ni délices
promenade qui n’aboutit pas
on tourne en rond
et l’on attend ce qu’on attend

Solitude preuves à l’appui
qu’on cherche en vain dans un miroir
poussière qui tombe comme neige
et qui descend comme la nuit

J’attends la solitude c’est la mort
elle est à portée de mes mains
je n’ose les fermer j’ai peur
et j’attends il faut attendre

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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Des étoiles vides (Josée Tripodi)

Posted by arbrealettres sur 12 mai 2019



    

Des étoiles vides
L’horizon à portée de main

Une brume d’argent s’interpose

Sous mon drap léger
Comme un papier à cigarette
J’écoute

Les battements du coeur sec
D’une pendule

(Josée Tripodi)

 

Recueil: Le temps court plus vite que moi
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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Les branches ont le secret (Richard Rognet)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2019




    
Les branches ont le secret
d’une écriture aussi
vivante que celle qui rythma

mon enfance. L’école était
mon château, mon refuge,
ma patrie. Sur le tableau,
se déroulaient, comme

des portées radieuses,
les modèles que je devais
suivre pour conquérir
le coeur du temps et

comprendre qu’il me
faudrait grande prudence
pour ne jamais trahir
l’écriture des branches.

(Richard Rognet)

 

Recueil: Un peu d’ombre sera la réponse
Traduction:
Editions: Gallimard

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Le bois les cordes (Hélène Dorion)

Posted by arbrealettres sur 17 mars 2018




    
Le bois
les cordes
les clés
de métal
— la forme sinueuse
de l’instrument posé entre ses jambes
la Harpiste sème des sons, secoue la tête :

ainsi le corps, croit-elle
embrasse les notes, ainsi l’âme s’allonge
et respire sur les portées, compte le temps
puis son visage pâlit
ses mains blanches, sa peau fine
plus fine encore.

(Hélène Dorion)

 

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Ne plus penser à rien (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 6 février 2018




    
Ne plus penser à rien
N’être là pour personne
Des fleurs sur le chemin
Une cloche qui sonne
Ce visage qui brille à portée de la main

Et si tu veux mourir
Il fera jour demain

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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Bleus de la profondeur (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 15 juillet 2017




    
Bleus de la profondeur,
Nous n’en finirons pas
d’interroger votre mystère.

L’illimité n’étant
Point à notre portée,
il nous reste à creuser, ô bleus

Du ciel et de la mer,
Votre mystère qui n’est autre
que nos propres bleus à l’âme.

(François Cheng)

 

Recueil: La vraie gloire est ici
Editions: Gallimard

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Penser est habiter (Jean-Paul Michel)

Posted by arbrealettres sur 17 mars 2017



 

Eugène Carrière Moonlight

Penser est habiter

Des oliviers plantés avec soin devant nos yeux couvrent
comme une mer la sèche
montagne. Les hommes, ainsi, habitent,
de leur talent l’espace entier du vivable ils
façonnent un visage tenable devant
le chaos des monts : c’est
la torche qu’ils allument leur
poème – devant le tout de l’être, avec modestie,
ferveur. Cette poursuite de travaux salubres est
leur marque. Une cloche soudain taille dans le silence un
ordre On remercie, reconnaissant, de
ce qu’une musique humaine puisse
borner le silence donné – ce don
d’un monde plus grand et
meilleur

Ces signes ne sont pas sans portée. Puisses-tu
carillon matinal valoir métaphore pour
un signe vers
le tout de l’être en sa beauté terrible – d’un coup surgi depuis
attisant nos désirs ! Puisses-tu
poème comme un cri scander
à l’égal de ces notes dans l’aube – et, comme elles, d’assez de portée un chant
pur
À cette condition, la parole n’aurait pas été
chose vaine

Penser est habiter Il n’y a d’autre mesure que la parole
L’Être n’a pas de plein La vérité est son voile Chaque
possibilité nouvelle de la parole, de ce voile, un pli
nouveau. Chacun de ces plis porte
le chiffre d’un poète.

(Jean-Paul Michel)

Illustration: Eugène Carrière

 

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Je te cherche (Heather Dohollau)

Posted by arbrealettres sur 10 décembre 2016



Je te cherche
Es-tu ma mère, ma fille ?
Laquelle est la porte de l’autre
La terre est là
Au niveau de nos songes
Faut-il descendre et monter
Pour y être
A portée de tes bras ?

(Heather Dohollau)

Illustration: Victoria Denim

 

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