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Que de fois, amour, t’ai-je aimée sans te voir (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2019



Que de fois, amour, t’ai-je aimée sans te voir, sans souvenir même,
sans reconnaître ton regard, sans te regarder, centauresse,
en des régions hostiles, et sous la brûlure du midi :
tu étais seulement le parfum des céréales que j’aime.

Peut-être en passant t’ai-je vue, imaginée levant un verre
à Angol, dans la lumière de la lune au mois de juin,
ou bien peut-être étais-tu la ceinture de cette guitare
dont j’ai joué dans les ténèbres et qui sonna, mer furieuse.

Je t’ai aimée, je ne l’ai pas su et j’ai cherché ta mémoire.
Maisons vides : lampe en main j’y entrai pour voler ton portrait.
Mais moi je savais déjà comment tu étais. Et tout d’un coup

tu venais avec moi, je t’ai touchée et ma vie s’arrêta :
tu étais en face de moi, régnant en moi, et tu y règnes.
Comme un bûcher allumé dans les bois c’est le feu qui est ton royaume.

***

Cuántas veces, amor, te amé sin verte y tal vez sin recuerdo,
sin reconocer tu mirada, sin mirarte, centaura,
en regiones contrarias, en un mediodía quemante
era sólo el aroma de los cereales que amo.

Tal vez te vi, te supuse al pasar levantando una copa
en Angol, a la luz de la luna de junio,
o eras tú la cintura de aquella guitarra
que toqué en las tinieblas y sonó como el mar desmedido.

Te amé sin que yo lo supiera, y busqué tu memori
En las casas vacías entré con linterna a robar tu retrato.
Pero yo ya sabía cómo eras. De pronto

mientras ibas conmigo te toqué y se detuvo mi vida :
frente a mis ojos estabas, reinándome, y reinas.
Como hoguera en los bosques el fuego es tu reino.

(Pablo Neruda)

Illustration

 

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À l’instant où meurt un homme (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2019



À l’instant où meurt un homme,
Ses portraits se métamorphosent.
Les yeux regardent autrement, les lèvres
Sourient d’un autre sourire.
Je l’ai remarqué au retour
De l’enterrement d’un poète.
Et depuis, je l’ai vérifié souvent,
Et mon intuition est confirmée.

(Anna Akhmatova)

 

 

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Chanson de la gitane (Armand Lanoux)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2019



Chanson de la gitane

Mets sur ton coeur si tu vas à la guerre
mon portrait de San Feliu de Léon
vienne la balle meurtrière
ensemble nous mourrons.

(Armand Lanoux)


Illustration: Maurice Callewaert

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Le remords (Esther Granek)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2018



Atsushi Suwa 0111

Le remords

Vais-je traîner toute ma vie
en moi cette sorte de litanie
qui ne me laisse point de repos
et met ma conscience en morceaux ?

Car voyez-vous, quoi que je fasse,
toujours quelque chose me tracasse
et mes actes les plus louables
au fond de moi me crient : coupable !

Coupable je suis, sachez-le.
Comment, pourquoi importent peu
car mes réponses mille fois reprises
sans fin en moi se contredisent.

Coupable je suis de telle sorte
qu’à y penser toute chose me porte
et mes regrets sempiternels
me sont punition éternelle.

Ainsi donc, n’ayant nulle paix,
de moi-même faisant le portrait,
je rumine l’énumération
de mes actions et inactions…

J’adore me prélasser au lit,
lisant, me cultivant l’esprit.
Mais le remords, comme un démon,
sitôt m’insuffle son poison.

Alors je m’attèle à la tâche
et comme une brute, fais le ménage,
mais en même temps je me répète :
ma fille, tu seras toujours bête !

Je veux, ai-je raison ou tort ?
aussi m’occuper de mon corps
pour être épouse désirable
d’un effet quelque peu durable.

Mais dès qu’à mes soins je m’adonne,
une voix perfide me chantonne :
tu as raison, ne pense qu’à toi,
ils attendront pour le repas !

Alors, retrouvant mes casseroles,
échevelée et l’air d’une folle,
je me redis dans un sermon :
toujours seras-tu une souillon ?

Parfois, avide de détente,
je me complais à ce qui tente,
croyant voler quelques bonnes heures
au temps à consacrer ailleurs.

Mais au lieu de me réjouir,
je ne cherche qu’à troubler ma fête
car de mes cent tâches non faites,
je me punis comme à plaisir !

Ainsi donc, n’ayant nulle paix…
De moi-même faisant le procès…

(Esther Granek)

Illustration: Atsushi Suwa

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Le portrait (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 26 août 2018



Léon Cogniet   michallon

Le portrait

Riant portrait, tourment de mon désir,
Muet amour, si loin de ton modèle !
Ombre imparfaite du plaisir,
Tu seras pourtant plus fidèle.
De ta gaîté je me plains aujourd’hui ;
Mais si jamais il cesse de m’entendre,
À toi je me plaindrai de lui,
Et tu me paraîtras plus tendre.

Si tu n’as pas, pour aller à mon coeur,
Son oeil brûlant et son parler de flamme,
Par un accent doux et trompeur
Tu n’égareras pas mon âme.
Sans trouble, à toi je livre mon secret.
S’il était là, je fuirais vite, vite.
Je suis seule… ah ! Riant portrait,
Que n’es-tu celui que j’évite !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Léon Cogniet

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Ne sois pas un seul jour loin de moi (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2018



Margarita Sikorskaia -  (32)

Ne sois pas un seul jour loin de moi, il est long
si long le jour, je n’arrive pas à le dire.
ou bien je t’attendrai comme on fait dans les gares
lorsque les trains se sont endormis quelque part.
Ne t’en va même pas pour une heure : en elle
alors s’unissent les gouttes de l’insomnie
et toute la fumée qui cherche une maison
pour tuer mon coeur perdu viendra peut-être encore.
Que ne se brise pas ton portrait sur le sable,
que ne s’envolent pas tes paupières sans moi :
ne t’en va pas une minute, bien-aimée,
un instant suffirait, tu t’en irais si loin
que je traverserais la terre en demandant
si tu vas revenir ou me laisser mourant.

***

No estés lejos de mí un solo día, porque cómo,
porque, no sé decirlo, es largo el día,
y te estaré esperando como en las estaciones
cuando en alguna parte se durmieron los trenes.
No te vayas por una hora porque entonces
en esa hora se juntan las gotas del desvelo
y tal vez todo el humo que anda buscando casa
venga a matar aún mi corazón perdido.
Ay que no se quebrante tu silueta en la arena,
ay que no vuelen tus párpados en la ausencia :
no te vayas por un minuto, bienamada,
porque en ese minuto te habrás ido tan lejos
que yo cruzaré toda la tierra preguntando
si volverás o si me dejarás muriendo.

(Pablo Neruda)

Illustration: Margarita Sikorskaia

 

 

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Le Passé (Jules Lefèvre-Deumier)

Posted by arbrealettres sur 28 juillet 2018



 

Andrzej Malinowski    Midi Pile-650

Le Passé

On demande ce que deviennent les jours qui ne sont plus,
et si c’est le cœur de l’homme qui leur sert de tombeau.
Non, croyez-moi ; tout paraît mourir, mais rien ne meurt en effet ;
hier existe encore, quoique vous ne le voyiez plus.
Vos jours évanouis sont des absents qui ne reviennent pas,
mais qui ne sont pas perdus.
Ils ont, comme dans un sanctuaire, suspendu leurs images dans votre âme,
et quand vous dormez, quand vous rêvez,
ils viennent souvent s’y entretenir comme autrefois,
et déranger la poussière qui couvre leurs portraits.

Le passé vit toujours sous la neige des ans.
C’est l’eau vive qui court toujours sous la carapace de glace,
l’eau vive où serpentent, comme des flèches de pourpre et d’or,
comme des grappes de pierreries voyageuses,
comme des fleurs qui fuient et ne se fanent pas,
mille nageurs silencieux qui sont les souvenirs.

(Jules Lefèvre-Deumier)

Illustration: Andrzej Malinowski

 

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PORTRAIT DE MA PETITE FILLE (Umberto Saba)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2018



 

Vladimir Volegov   petite fille ballon

PORTRAIT DE MA PETITE FILLE

Ma petite fille avec sa balle à la main,
avec ses grands yeux couleur du ciel
et de la petite robe d’été : « Papa
— me dit-elle — je veux sortir avec toi aujourd’hui. »
Et je pensais : de tant d’apparences
qu’on admire en ce monde, je sais bien auxquelles
je peux comparer ma petite fille.
Oui, c’est à l’écume, à l’écume marine
qui blanchit sur la vague, à ce sillage
qui monte bleu des toits et le vent le disperse ;
aux nuages aussi, nuages impalpables
qui se font et se défont dans un ciel clair ;
à d’autres choses légères et vagabondes.

(Umberto Saba)

Illustration: Vladimir Volegov 

 

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MAREE BASSE (Gérard Noiret)

Posted by arbrealettres sur 5 juin 2018




MAREE BASSE

Au pied des tours
qui deviendront peut-être des hauts-fonds,
relogée comme un bernard l’hermite
dans un coquillage de fortune,
elle a juste de quoi mettre ses portraits
de famille et le tiers de ses meubles.
Le reste moisit
pendant qu’à la fenêtre
elle réchauffe ses mains déformées.

(Gérard Noiret)

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PORTRAIT INTÉRIEUR (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018



PORTRAIT INTÉRIEUR

Ce ne sont pas des souvenirs
qui, en moi, t’entretiennent;
tu n’es pas non plus mienne
par la force d’un beau désir.

Ce qui te rend présente,
c’est le détour ardent
qu’une tendresse lente
décrit dans mon propre sang.

Je suis sans besoin
de te voir apparaître;
il m’a suffi de naître
pour te perdre un peu moins.

(Rainer Maria Rilke)

Illustration: Michael Cheval

 

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