Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘portrait’

Ne sois pas un seul jour loin de moi (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2018



Margarita Sikorskaia -  (32)

Ne sois pas un seul jour loin de moi, il est long
si long le jour, je n’arrive pas à le dire.
ou bien je t’attendrai comme on fait dans les gares
lorsque les trains se sont endormis quelque part.
Ne t’en va même pas pour une heure : en elle
alors s’unissent les gouttes de l’insomnie
et toute la fumée qui cherche une maison
pour tuer mon coeur perdu viendra peut-être encore.
Que ne se brise pas ton portrait sur le sable,
que ne s’envolent pas tes paupières sans moi :
ne t’en va pas une minute, bien-aimée,
un instant suffirait, tu t’en irais si loin
que je traverserais la terre en demandant
si tu vas revenir ou me laisser mourant.

***

No estés lejos de mí un solo día, porque cómo,
porque, no sé decirlo, es largo el día,
y te estaré esperando como en las estaciones
cuando en alguna parte se durmieron los trenes.
No te vayas por una hora porque entonces
en esa hora se juntan las gotas del desvelo
y tal vez todo el humo que anda buscando casa
venga a matar aún mi corazón perdido.
Ay que no se quebrante tu silueta en la arena,
ay que no vuelen tus párpados en la ausencia :
no te vayas por un minuto, bienamada,
porque en ese minuto te habrás ido tan lejos
que yo cruzaré toda la tierra preguntando
si volverás o si me dejarás muriendo.

(Pablo Neruda)

Illustration: Margarita Sikorskaia

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le Passé (Jules Lefèvre-Deumier)

Posted by arbrealettres sur 28 juillet 2018



 

Andrzej Malinowski    Midi Pile-650

Le Passé

On demande ce que deviennent les jours qui ne sont plus,
et si c’est le cœur de l’homme qui leur sert de tombeau.
Non, croyez-moi ; tout paraît mourir, mais rien ne meurt en effet ;
hier existe encore, quoique vous ne le voyiez plus.
Vos jours évanouis sont des absents qui ne reviennent pas,
mais qui ne sont pas perdus.
Ils ont, comme dans un sanctuaire, suspendu leurs images dans votre âme,
et quand vous dormez, quand vous rêvez,
ils viennent souvent s’y entretenir comme autrefois,
et déranger la poussière qui couvre leurs portraits.

Le passé vit toujours sous la neige des ans.
C’est l’eau vive qui court toujours sous la carapace de glace,
l’eau vive où serpentent, comme des flèches de pourpre et d’or,
comme des grappes de pierreries voyageuses,
comme des fleurs qui fuient et ne se fanent pas,
mille nageurs silencieux qui sont les souvenirs.

(Jules Lefèvre-Deumier)

Illustration: Andrzej Malinowski

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

PORTRAIT DE MA PETITE FILLE (Umberto Saba)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2018



 

Vladimir Volegov   petite fille ballon

PORTRAIT DE MA PETITE FILLE

Ma petite fille avec sa balle à la main,
avec ses grands yeux couleur du ciel
et de la petite robe d’été : « Papa
— me dit-elle — je veux sortir avec toi aujourd’hui. »
Et je pensais : de tant d’apparences
qu’on admire en ce monde, je sais bien auxquelles
je peux comparer ma petite fille.
Oui, c’est à l’écume, à l’écume marine
qui blanchit sur la vague, à ce sillage
qui monte bleu des toits et le vent le disperse ;
aux nuages aussi, nuages impalpables
qui se font et se défont dans un ciel clair ;
à d’autres choses légères et vagabondes.

(Umberto Saba)

Illustration: Vladimir Volegov 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | 9 Comments »

MAREE BASSE (Gérard Noiret)

Posted by arbrealettres sur 5 juin 2018




MAREE BASSE

Au pied des tours
qui deviendront peut-être des hauts-fonds,
relogée comme un bernard l’hermite
dans un coquillage de fortune,
elle a juste de quoi mettre ses portraits
de famille et le tiers de ses meubles.
Le reste moisit
pendant qu’à la fenêtre
elle réchauffe ses mains déformées.

(Gérard Noiret)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | 4 Comments »

PORTRAIT INTÉRIEUR (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018



PORTRAIT INTÉRIEUR

Ce ne sont pas des souvenirs
qui, en moi, t’entretiennent;
tu n’es pas non plus mienne
par la force d’un beau désir.

Ce qui te rend présente,
c’est le détour ardent
qu’une tendresse lente
décrit dans mon propre sang.

Je suis sans besoin
de te voir apparaître;
il m’a suffi de naître
pour te perdre un peu moins.

(Rainer Maria Rilke)

Illustration: Michael Cheval

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Le petit café-tabac (Jean Villard–Gilles)

Posted by arbrealettres sur 20 mai 2018



    

Le petit café-tabac

C’était un p’tit café tabac
Qu’avait eu des hauts et des bas
Marie la patronne était chouette
De grands yeux verts, de beaux ch’veux noirs
Ca s’passait près des abattoirs
De la Villette
Sur le zinc à l’heure d’l’apéro
Elle vous troublait de vrai Pernod
D’une main langoureuse et blanche
Son corps était si ravissant
Que tous les clients rêvaient d’s’en
Payer une tranche

Comme elle avait de la vertu
Elle nous disait : « Turlututu
Doucement les gars ! Bas les pattes ! »
Et nous pour pas rester en l’air
On s’en jetait vivement un der-
-rière la cravate
Y avait Eugène un grand costaud
Qu’avait des bras comme des marteaux
Qu’aurait p’têt’ pu, mais la finette
Pensait : »Si j’flanche les autres gars
Lâcheront tous mon café-tabac »
C’était pas bête

Au mur y avait l’portrait d’Jaurès
Qu’était l’épée de Damoclès
Sur les bourgeois et leurs délices
Ils l’ont tué mais Damoclès
A passé l’épée à Thorez
Le beau Maurice
C’était le temps des Partagas
Des Voltigeurs et des Niñas
Son café, j’en pleure quand j’y pense
Le vin, les croissants croustillants
Les propos légers, pétillants
C’était la France

Depuis lors, ça s’est bien gâté
Sont venus des reîtres bottés
Aux figures sans physionomie
C’était peut-être pire que le Blitz
D’avoir chez soi ces gueules de Fritz
Quelle cochonnerie
Alors au p’tit café-tabac
Plus de café ni de tabac,
Plus rien nulle part ni bidoche
Ni pain ni vin, l’horizon noir
Rien que la faim le désespoir
Rien que du Boche

Ces messieurs n’venaient pas beaucoup
Chez la Marie discuter l’coup
Ils ne s’y sentaient pas à l’aise
Eugène a dit : « Ces salopards
Faudrait s’en occuper dare-dare
A la française
Ils l’ont fait. C’était un sale truc
Ca a fini à Ravensbruck
Pas un n’a voulu s’mettre à table
Marie là-bas, elle a maigri
Ses ch’veux noirs sont dev’nus tout gris
Son teint de sable

Délivrée enfin des SS
Elle a r’trouvé son tiroir-caisse
Les gars ? Cinq disparus sans trace
Elle a fait recrépir les murs
Avec un p’tit filet d’azur
Autour des glaces
Eugène est rentré. Un coup d’vieux,
Lui aussi. Elle a dit : « Mon Dieu ! »
Puis il y eut un grand silence
Elle a fait un geste, il a ri :
« Ah non, maintenant c’est fini
La résistance »

Elle pleurait : « Mes cheveux sont gris ! »
Il a fait : « Bah, les miens aussi
Pour moi t’es belle ma p’tite Marie
Quand on s’aime, c’est toujours l’printemps
On les a conduits l’mois suivant
A la Mairie
A la noce il y eut du bonheur
Marie était belle comme une fleur
Tout fut exquis, le vin, la danse
L’amitié. Alors ce soir-là
J’ai r’trouvé au café-tabac
La douce France.

(Jean Villard–Gilles)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Quand la vie était forte (Guy Goffette)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2018




    
Quand la vie était forte et que nous marchions
comme en rêve, glissant du métro à l’enfer
de Dante sans changer de visage ni
d’allure; quand l’amour

comme une torche nous portait de cheveux
en chevelures, dispersant un feu de promesses
que le vent réduirait vite en cendres ; quand
la nuit restait blanche et

nous tournait contre le mur, déplaçant
de quart en quart sous nos paupières le reflet
de la lune, elle était là déjà dansante
et forte et blanche, cette ombre

qui brûle toutes les ombres et nous attend.

(Guy Goffette)

 

Recueil: Tombeau du Capricorne
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Là-haut, vers la bleuissante lumière (Johann Wolfgang Von Goethe)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2018




    
Là-haut, vers la bleuissante lumière,
Sur les nuages sombres, se révèle,
pareille au séraphin, pareille à Elle,
Une figure adorable et légère.
Ainsi régnait, dans la danse animée,
L’image aimée entre les plus aimées.

Mais tu ne peux l’aérien mirage
Longtemps tenir pour Son propre portrait.
Rentre en ton coeur ! Là tu vois mieux ses traits,
Là, elle bouge avec mille visages.
Là, de plusieurs l’Unique est composée,
Toujours, toujours plus chère à la pensée.

Telle elle était, à sa porte attendant,
Telle elle fut, par degrés m’exaltant,
Et telle, après l’avant-dernier baiser,
Vint sur ma bouche appuyer le dernier,
Telle, vivante, elle entra dans cette âme
Et dans ce coeur, écrite avec des flammes.

Ah ! Dans ce coeur, muraille crénelée
Qui, sûr rempart pour soi-même et pour Elle,
Pour Elle heureux de sa propre durée
Ne se connaît qu’autant qu’il la révèle
Et, par de tendres chaînes libéré,
Ne bat encor que pour remercier.

Le désir d’être aimé s’était éteint,
Évanoui, comme la faculté d’aimer,
Lorsque le goût d’espérer me revint
Et les projets joyeux et décidés.
Amour ! Si tu nous donnes la ferveur,
De tes présents j’ai reçu le meilleur.

Et c’est par Elle ! — A mon corps anxieux,
À mon esprit par un poids oppressé
Rien ne s’offrait que spectres pour les yeux
Et le désert pour le coeur désolé.
Mais maintenant, sur un seuil que je sais
Elle se montre, et le soleil paraît.

La Paix de Dieu, dit-on, rend l’âme heureuse,
Mieux que Raison donnant félicité.
Je la compare à la Paix Amoureuse
Quand près de nous se tient l’être adoré.
Le coeur repose et rien ne peut ternir
Le sentiment de lui appartenir.

L’effort du coeur qui s’élève, s’élance,
Vers l’Inconnu et cherche à se donner,
pur, au Plus Pur avec reconnaissance,
Trouvant en soi le sens de l’Innomé.
Ainsi les coeurs pieux ! — Ainsi s’éveille,
Près d’Elle, en moi, félicité pareille.

A son regard, comme au feu du soleil,
Comme au vent printanier, à son haleine,
La glace fond, de l’amour de soi-même,
Qui résistait, aux longs hivers pareil.
Et l’égoïsme, autant que l’intérêt.
Lorsqu’Elle vient, frissonne et disparaît.

***

Wie leicht und zierlich, klar und zart gewoben
Schwebt, seraphgleich, aus ernster Wolken Chor,
Als glich’ es ihr, am blauen Äther droben
Ein schlank Gebild aus lichtem Duft empor!
So sahst du sie in frohem Tanze walten,
Die lieblichste der lieblichsten Gestalten.

Doch nur Momente darfst dich unterwinden,
Ein Luftgebild statt ihrer festzuhalten;
Ins Herz zurück ! dort wirst du’s besser finden,
Dort regt sie sich in wechselnden Gestalten :
Zu Vielen bildet Eine sich hinüber,
So tausendfach, und immer, immer lieber.

Wie zum Empfang sie an den Pforten weilte
Und mich von dannauf stufen weis beglückte,
Selbst nach dem letzten Kuß mich noch ereilte,
Den letztesten mir auf die Lippen drückte :
So klar beweglich bleibt das Bild der Lieben,
Mit Flammenschrift, ins treue Herz geschrieben.

Ins Herz, das fest, wie zinnenhohe Mauer,
Sich ihr bewahrt und sie in sich bewahret,
Für sie sich freut an seiner eignen Dauer,
Nur weiß von sich, wenn sie sich offenbaret,
Sich freier fühlt in so geliebten Schranken
Und nur noch schlägt, für alles ihr zu danken.

War Fähigkeit, zu lieben, war Bedürfen
Von Gegenliebe weggelöscht, verschwunden,
1st Hoffnungslust zu freudigen Entwürfen,
Entschlüssen, rascher Tat sogleich gefunden !
Wenn Liebe je den Liebenden begeistet;
Ward es an mir aufs lieblichste geleistet;

Und zwar durch sie I— Wie lag ein inures Bangen
Auf Geist und Körper, unwillkommner Schwere :
Von Schauerbildern rings der Blick umfangen
1m wüsten Raum beklommner Herzensleere ;
Nun dämmert Hoffnung von bekannter Schwelle,
Sie selbst erscheint in milder Sonnenhelle.

Dem Frieden Gottes, welcher euch hienieden
Mehr als Vernunft beseliget— wir lesens
Vergleich ich wohl der Liebe heitern Frieden
In Gegenwart des allgeliebten Wesens;
Da ruht das Herz, und nichts vermag zu stören
Den tiefsten Sinn, den Sinn : ihr zu gehören.

In unsers Busens Reine wogt ein Streben,
Sich einem Höhern, Reinern, Unbekannten
Aus Dankbarkeit freiwillig hinzugeben,
Enträtselnd sich den ewig Ungenannten ;
Wir heißens : fromm sein !— Solcher seligen Höhe
Fühl ich mich teilhaft, wenn ich vor ihr stehe.

Vor ihrem Blick, wie vor der Sonne Walten,
Vor ihrem Atem, wie vor Frühlingslüften,
Zerschmilzt, so längst sich eisig starr gehalten,
Der Selbstsinn tief in winterlichen Grüften;
Kein Eigennutz, kein Eigenwille dauert,
Vor ihrem Kommen sind sie weggeschauert.

(Johann Wolfgang Von Goethe)

 

Recueil: Elégie de Marienbad
Traduction: Jean Tardieu
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’homme de trois ans (Carlos Larronde)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2018



L’homme de trois ans
M’a donné
Une leçon de poésie.
D’une clé de boîte à sardines,
Il a tiré:
Un violon,
Un marteau,
Le portrait de son grand-père,
L’hélice d’un aéroplane,
Des lunettes
Et une fleur.

(Carlos Larronde)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Chaque soir (Chantal Dupuy-Dunier)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2018




    
Chaque soir,
je croque mon portrait à traits rapides
puis gomme la partie malade…
Je magie noire.

(Chantal Dupuy-Dunier)

 

Recueil: Mille grues de papier
Traduction:
Editions: Flammarion

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :