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L’aube paisible (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2017



Illustration: Caspar David Friedrich
    

L’aube paisible

L’harmonieux silence erre au fouillis des branches
Et dans l’immense paix d’un matin du dimanche,
Calme extatiquement,
Rien qu’un envol de cloche au fond du firmament.

L’aurore a suspendu sa luisante mantille
Sur le potager bleu où, traînant sa coquille,
S’attarde l’escargot
Zébrant d’argent mouillé les feuilles des pavots.

Les lierres enlacés aux murs qui les étayent,
Répandent leur parfum qu’exaspéra la nuit,
Et les pêchers s’éveillent
Déployant leur fraîcheur où l’abeille bruit.

Un chat muettement, plissant ses yeux de jade,
Glisse à travers les haricots et les salades.
Calme extatiquement,
Le vieux jardin repose au mol égouttement

Des cloches dans l’espace. Et parmi sa glycine,
La maison qu’un trait rose au bord du ciel dessine,
Sur le verger dormant
Ouvre, aux frais angélus, portes et contrevents.

(Marie Dauguet)

 

 

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Coin d’Ombre (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 22 septembre 2017



Coin d’Ombre

Le coin d’ombre et d’humidité dans le potager.
Du mur de pierre dégoutte le filet d’eau,
doucement, sur le vert moussu, éternellement.
Une goutte et une autre goutte, dans le silence
où seules les fourmis travaillent
et dort un chat et dort l’avenir des choses
qui me prendront au dépourvu et me feront mal.
Grandissent, rampantes, les plantes sans prétention
à l’utilité ou à la beauté.
Tout est simple. Anonyme.
Le soleil est un or bref. La paix existe
dans la boîte de conserve abandonnée
et dans le monde.

(Carlos Drummond de Andrade)


Illustration

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TABLEAU (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2017



 

Chris Ludlow  train à vapeur  url

TABLEAU

Enclavé dans les rails, engraissé de scories,
Leur petit potager plaît à mes rêveries.
Le père est aiguilleur à la gare de Lyon.
Il fait honnêtement et sans rébellion
Son dur métier. Sa femme, hélas ! qui serait blonde,
Sans le sombre glacis du charbon, le seconde.
Leur enfant, ange rose éclos dans cet enfer
Fait des petits châteaux avec du mâchefer.
À quinze ans il vendra des journaux, des cigares
Peut-être le bonheur n’est-il que dans les gares !

(Charles Cros)

Illustration: Chris Ludlow

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L’outil (Luc Dietrich)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2016




L’outil

L’outil, c’est la hache qui ruine l’arbre,
la charrue dont les deux bras et la force écartèlent le tronc de l’homme,
la pelle pour ameubler le potager, la brouette qui entraîne,
la fourche pour arracher le foin ou décrotter l’étable,
la faux qui craque dans le blé et souffle dans le foin.
Puis il y a la roue, la machine simple ; qui soutient les conquêtes et use les distances ;
la roue où la terre se colle à l’essieu et aux jantes quand les pluies
ont rendu les chemins tendres, la roue qui va s’appuyant partout ;
qui a rayé le monde d’autant de traces qu’il y a de lignes secrètes dans la main.

(Luc Dietrich)

Illustration: Harold Davis

 

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ÉLÉGIE (Eugenio Montale)

Posted by arbrealettres sur 29 mai 2015




ÉLÉGIE

Ne bouge pas.
Si tu bouges tu le brises.
Comme une grande bulle de cristal mince
ce soir, est le monde :
il gonfle il gonfle il monte.
Qui d’entre nous
croyait en épier le rythme et le souffle ?

Mieux vaut ne pas bouger.
C’est un bleu d’eau profonde
qui nous enveloppe,
en lui
pullulent formes images arabesques.
Ici pas de lune pour nous :
c’est plus loin qu’elle doit s’arrêter :
les confins du visible en écument.

Fleurs d’ombre
jamais vues, imaginées,
vergers emprisonnés
par deux murs,
parfums entre les doigts des potagers !
Nuit sombre, crées-tu des fantômes ou berces-tu
dans tes bras un monde ?

Ne bouge pas.
Comme une bulle immense,
tout gonfle, tout monte.
Et toute cette fausse réalité
explosera
peut-être.
Nous, nous resterons peut-être.
Nous peut-être.
Ne bouge pas.
Si tu bouges tu le brises.

Tu pleures ?

(Eugenio Montale)

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