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Ce qu’on ne peut pas dire (Jacques Ancet)

Posted by arbrealettres sur 13 février 2018



Ce qu’on ne peut pas dire

Entre oui ce qu’on ne peut pas dire
le chat la gouttière l’escalier
une sorte de souffle immobile
de lueur arrêtée quelque chose
qui fait tenir ensemble ce qui
s’oppose se heurte se confond
le même infini au fond des yeux
si c’était la poubelle l’étoile
ou la main ça ne changerait rien

(Jacques Ancet)

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LES BOUEUX SONT EN GRÈVE (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2017



 


    
 
LES BOUEUX SONT EN GRÈVE

C’est jour de grève des boueux
on a la chance de pouvoir ce jour-là
jouer au chiffonnier au chineur
au brocanteur qui sait même à l’antiquaire
il y a un peu de tout
le choix est difficile
entre la poupée sans yeux sans bras sans nez
la boîte de sardines qui a perdu en chemin toutes ses sardines
la boîte de petits pois qui a perdu en chemin tous ses petits pois
le devoir déchiré qui a décroché non sans mal un zéro
le tube de pâte dentifrice qui a passé sous plusieurs compresseurs rouleaux
l’os l’arête le coton hydrophile
oui le choix est difficile

les poubelles bâillent au soleil de midi
toutes pleines de choses bonnes à cueillir
pour celui qui sait

tout à coup on aperçoit là… là… là…
une oeuvre d’art… d’art.. d’art…
abandonnée là… là… là…
par un philistin ignare
et sur laquelle on saute dare-dare
parfois c’est la Joconde que l’on retrouve ainsi
parfois c’est la Ronde de Nuit
parfois la Vénus de Milo
parfois le Radeau de la Méduse de Théodore Géricault

mais ce n’est pas tous les jours grève
jour de grève des boueux

(Raymond Queneau)

 

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Un poil dans l’âme (Jean-Michel Robert)

Posted by arbrealettres sur 5 septembre 2017



Un poil dans l’âme

Il s’est souvent demandé
si sa fatigue

liberté ceci
volonté cela

et maladie
et patata

il n’a toujours pas
trouvé de réponse

trop fatigué

*

Depuis le big-bang
ce long chemin étoilé
vers la conscience humaine

Tout ça m’a épuisé

se dit-il en tapotant
l’édredon

*

Son cauchemar
bien sûr
escalader l’Everest

Son rêve
tomber infiniment
dans la facilité

Entre les deux
la vaisselle sale s’entasse

*

Pour trouver
la sérénité
le fainéant ne fouille pas les poubelles
de ces philosophies
plus ou moins exotiques

Un bon canapé lui suffit
il reste ainsi des heures
vautré
dans son plus beau sourire

tandis que son esprit essaye
un un
tous les coussins de l’absolu

*

Si vraiment l’avenir
appartient à ceux
qui se lèvent tôt

le reste
appartient aux autres

Franchement
l’affaire
le fainéant la trouve
plutôt bonne

*

Des rêves de grandeur
il n’en nourrit
que pour son lit

Pour le reste
il veut bien
vivre en chien de fusil

*

Pour la beauté
c’est différent
Il n’a qu’à se laisser
transporter

*

De la fenêtre de sa chambre
des heures durant
il admire
l’élévation patiente
l’orgueil
la noblesse des arbres

Les arbres

la seule élite
respectable

*

Rien ne sert de courir

Nul besoin de fable
pour en persuader le fainéant

qui ajoute volontiers
rien ne sert de partir
rien ne sert d’arriver
ce pâté de lièvre est excellent

*

Évidemment
il grossit

rajoute chaque jour
un peu de gras

entre le monde et lui

*

Il n’est pas pour autant
pressé de mourir

Le sommeil
à de telles profondeurs
ne le tente pas encore

Nul n’est parfait

*

Faire son marché
suffit à épuiser
son besoin d’aventure

Dans le cabas
son odyssée
pèse moins que la laitue

D’ailleurs sa Pénélope
supporte mal
les attentes prolongées

*

Sa ligne de conduite
n’exige
qu’une géométrie minimale

Pourquoi perdre son temps
le long des droites
des courbes ou des brisées ?

Dormir
est le plus court chemin
d’un point au même point

*

Il s’affale
dans son fauteuil
gauloise
dans une main
verre
dans l’autre

Vingt heures
la télé
l’informe
de la santé
du monde

Écoutez
dans le whisky
le bonheur
fait craquer
les glaçons

(Jean-Michel Robert)

 

 

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L’Heure tourne (Balbino)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2017



 

L’Heure tourne

L’heure tourne
avant le quatre-heures
il est déjà 15 heures
et je suis
fou à lier.
Je vois
mes yeux las.
Le miroir
végète.
La population
sécrète
ses enzymes
d’exclusion.
Un Tsigane d’Ukraine me dira :
«Au moins ici
vos poubelles
sont pleines !»

L’heure tourne
tu vas bientôt rentrer.
Nous t’attendons
moi
et les murs
humides.

(Balbino)

 

 

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Jetant mes notes et brouillons (Marie-Claire Bancquart)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017



    

Jetant mes notes et brouillons
je mets du temps à la poubelle.

Évocations en strates :
telle année fut écrit tel livre

je parlais
en telle ville
à des inconnus, d’un sujet oublié depuis.

Des heures, des jours de moi ont perdu tout à fait leur trace

je suis habitée
par une route à grande vitesse, à sens unique,
au terminus inconnu mais certain.

Me voici maintenant, vieil animal qui flaire l’horizon
s’interrogeant sur la nécessité de durer encore

mais toi présent, je n’ai plus débat avec la mémoire
ton corps a la même odeur qu’il y a cinquante ans
ce morceau-là du temps n’est pas jetable.

Ah, que la route aille
en avant encore,

encore un peu
en avant!

(Marie-Claire Bancquart)

 

Recueil: Terre Energumène
Editions: Le Castor Astral

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JE NE CROIS PAS… (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 6 janvier 2017



 

charbon

JE NE CROIS PAS…

Je ne crois pas aux étoiles
Qui jaillissent sous mes doigts
A la poussière de miracles
Qui me fait tousser parfois

Je dis honnêtement que je m’ennuie
Dans cette vie
Où chaque matin je dois réinventer
Que c’est la rose qui sent bon
Non le charbon
Que c’est la femme qui est belle
Non la poubelle

Où ma propre évidence
La seule en vérité
Ne me reste évidente
Qu’au prix de mouvements élémentaires
Et toujours à refaire
Qui me salissent et m’humilient.

(Jean Rousselot)

 

 

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Jetant mes notes et brouillons (Marie-Claire Bancquart)

Posted by arbrealettres sur 6 novembre 2016



 

Jetant mes notes et brouillons
je mets du temps à la poubelle.

Évocations en strates :
telle année fut écrit tel livre

Je parlais
en telle ville
à des inconnus, d’un sujet oublié depuis.

Des heures, des jours de moi ont tout à fait perdu leur trace

Je suis habitée
par une route à grande vitesse, à sens unique,
au terminus inconnu mais certain.

Me voici maintenant, vieil animal qui flaire l’horizon
s’interrogeant sur la nécessité de durer encore

Mais toi présent, je n’ai plus débat avec la mémoire
ton corps a la même odeur qu’il y a cinquante ans
ce morceau-là du temps n’est pas jetable.

Ah, que la route aille
en avant encore,

encore un peu
en avant !

(Marie-Claire Bancquart)

 

 

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Il ne souffrira plus (Alain Bosquet)

Posted by arbrealettres sur 5 novembre 2016




Il s’arrache un index:
la pierre pleure.
Il se coupe le bras:
la colline frémit.
Il se démet l’épaule:
la cascade s’arrête.
Il s’enlève un genou:
la comète se pend.
Il met son coeur à la poubelle:
l’océan cesse de chanter.
Il ne souffrira plus:
c’est eux qui souffrent.

(Alain Bosquet)

Illustration: Guillaume Poupard

 

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On cherche (Abdellatif Laâbi)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2016



Ici
on cherche toujours quelque chose
dans les cafés, les églises, les places
et jusque dans les poubelles
on cherche en l’autre, en soi
dans la cohue des trottoirs
l’accalmie des ponts
dans l’eau stagnante des fontaines
et sur les bancs indiscrets
on cherche en bas, en haut, devant soi
un ticket de métro
une terre ou une femme perdus
un livre qu’on lira
sur un lit d’hôpital ou en prison
une chanson sans titre
un ouvre-boîtes solide
un oiseau qui ne chante que de nuit
On cherche
un regard qui fera basculer votre vie
un graffiti à vous seul adressé
un heurtoir arabe sur une porte italienne
une carte postale que vous avez envoyée il y a vingt ans
et que le destinataire a revendue
votre date de mort inscrite

(Abdellatif Laâbi)

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Sur la Beauté (Charles Chaplin)

Posted by arbrealettres sur 2 janvier 2016



Sur la Beauté

C’est une omniprésence de la mort et du charme,
une tristesse souriante qu’on discerne
dans la nature et en toutes choses,
une communion mystique qu’éprouve le poète:
elle peut s’exprimer par une poubelle
sur laquelle tombe un rayon de soleil,
ou ce peut être une rose dans un ruisseau.

(Charles Chaplin)


Illustration: Île Nancy

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