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Poésie

Posts Tagged ‘poumon’

Le Principal (Norge)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2018



Le Principal

Je me rappelle très bien que Platon l’avait dit
et que moi je me plaisais à le penser aussi.
Tralala! Mais je ne retrouve pas cette idée-là.
J’ai encore son odeur dans la narine
et sa chaleur dans les poumons.

(Norge)

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Petites leçons d’érotisme (Giaconda Belli)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2018



 

Illustration: François Joxe
    
Petites leçons d’érotisme

1
Parcourir un corps dans son extension de voile
C’est s’ouvrir sur le monde
Traverser sans boussole la rose des vents
Îles golfes péninsules digues battues par des vagues furieuses
Pour être plaisante, ce n’est point tâche facile
Ne pense pas y parvenir en un jour ou une nuit de draps en bataille
Il est des secrets dans les pores pour combler tant de lunes

2
Le corps est une carte astrale en langage chiffré
Découvres-tu un astre, peut-être te faudra-t-il alors
Changer de cap lorsque nuée ouragan ou hurlement profond
Te feront tressaillir
Conque de la main que tu ne soupçonnais pas

3
Parcours plusieurs fois telle étendue
Découvre le lac aux nénuphars
Caresse de ton ancre le centre du lys
Plonge suffoque distends-toi
Ne te refuse point l’odeur le sel le sucre
Les vents profonds cumulus rhumbs des poumons
Brume dans le cerveau
Tremblement des jambes
Raz-de-marée assoupi des baisers

4
Attends pied dans l’humus sans peur de la fatigue sans hâte
Ne prétends pas atteindre le terme
Retarde l’entrée au paradis
Place ton ange retombé ébouriffe sa dense chevelure
De l’épée de feu usurpée
Croque la pomme

5
Sens
Ressens
Échange des regards salive imprègne-toi
Tourne et retourne imprime des sanglots peau qui s’éclipse
Pied découverte à l’extrémité de la jambe
Suis cherche secret du pas forme du talon
Courbure de la démarche baies croquant une allure cambrée
Savoure…

6
Écoute conque de l’oreille
Comme gémit l’humidité
Lobe qui s’approche de la lèvre rumeur de la respiration
Pores qui se dressent formant de minuscules montagnes
Sensation frémissante de peau insurgée au toucher
Pont suave nuque descends à la houle poitrine
Marée du coeur susurre à ton oreille
Découvre la grotte de l’eau

7
Franchis la terre de feu la bonne espérance
Navigue fou là où se rejoignent les océans
Traverse les algues arme-toi de coraux hulule gémis
Émerge avec le rameau d’olivier pleure fouissant des tendresses
occultes
Dé‚nude des regards stupéfaits
Éveille le sextant depuis le haut des cils
Hausse les sourcils dilate les narines

8
Aspire soupire
Meurs un peu
Doucement lentement meurs
Agonise contre la pupille accrois la jouissance
Plie le mât gonfle les voiles
Navigue cingle vers Vénus
Étoile du matin
— la mer comme un vaste cristal étamé —
endors-toi naufragé‚.

(Giaconda Belli)

 

Recueil: L’Ardeur ABC poétique du vivre plus
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Inventaire (Jacques Prévert)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2018



inventaire-prevert

Inventaire

Une pierre
deux maisons
trois ruines
quatre fossoyeurs
un jardin
des fleurs

un raton laveur

une douzaine d’huîtres un citron un pain
un rayon de soleil
une lame de fond
six musiciens
une porte avec son paillasson
un monsieur décoré de la légion d’honneur

un autre raton laveur
un sculpteur qui sculpte des Napoléon
la fleur qu’on appelle souci
deux amoureux sur un grand lit
un receveur des contributions une chaise trois dindons
un ecclésiastique un furoncle
une guêpe
un rein flottant
une écurie de courses
un fils indigne deux frères dominicains trois sauterelles un strapontin
deux filles de joie un oncle Cyprien
une Mater dolorosa trois papas gâteau deux chèvres de Monsieur Seguin
un talon Louis XV
un fauteuil Louis XVI
un buffet Henri II deux buffets Henri III trois buffets Henri IV
un tiroir dépareillé
une pelote de ficelle deux épingles de sûreté un monsieur âgé
une Victoire de Samothrace un comptable deux aides-comptables
un homme du monde deux chirurgiens trois végétariens
un cannibale
une expédition coloniale un cheval entier une demi-pinte de bon
sang une mouche tsé-tsé
un homard à l’américaine un jardin à la française
deux pommes à l’anglaise
un face-à-main un valet de pied un orphelin un poumon d’acier
un jour de gloire
une semaine de bonté
un mois de Marie
une année terrible
une minute de silence
une seconde d’inattention
et …
cinq ou six ratons laveurs

un petit garçon qui entre à l’école en pleurant
un petit garçon qui sort de l’école en riant
une fourmi
deux pierres à briquet
dix-sept éléphants un juge d’instruction en vacances assis sur un pliant
un paysage avec beaucoup d’herbe verte dedans
une vache
un taureau
deux belles amours trois grandes orgues un veau marengo
un soleil d’Austerlitz
un siphon d’eau de Seltz
un vin blanc citron
un Petit Poucet un grand pardon un calvaire de pierre une échelle de corde
deux soeurs latines trois dimensions douze apôtres mille et une nuits
trente-deux positions six parties du monde cinq points cardinaux
dix ans de bons et loyaux services sept péchés capitaux deux doigts
de la main dix gouttes avant chaque repas trente jours de prison
dont quinze de cellule cinq minutes d’entr’acte

et …

plusieurs ratons laveurs.

(Jacques Prévert)

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La poésie meurt. L’époque est muette… (Mihály Babits)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2018



La poésie meurt. Nos mains trop hardies
Ont déchiré le cœur de violon
De cette enfant frêle et l’ont tourmenté
Pour en tirer des sons trop violents;
Elle ne peut plus que geindre, aujourd’hui,
Comme un moribond… Plus de rythme, dans
Son cri de douleur! Ni mots! Ni syllabes!
L’esprit clair, le cœur musical se taisent.
On n’entend que les poumons qui halètent,
La gorge qui crie, l’estomac qui rêve.
La poésie meurt. L’époque est muette…

(Mihály Babits)


Illustration

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Beaucoup de fièvre (Norge)

Posted by arbrealettres sur 29 juillet 2018


Beaucoup de fièvre

Maman, maman, je vois des diables
Qui dansent sur le paravent.
— Chut, c’est une bergère aimable
Qui paît ses agneaux simplement.

Maman, maman, quelle tempête !
Le vent retourne ma barquette.
— Mais non, bébé, c’est ton berceau
Qui tremble tant tu fais de sauts !

0, maman, de méchants garçons
Viennent s’asseoir sur mes poumons.
— Dodo, chéri, c’est ton délire.
Le docteur dit qu’il faut dormir

Maman, je suis au bout du monde ;
Si tu lâches ma main, je tombe.
— Meurs, mon petit, meurs gentiment,
Mon ventre est lourd d’un autre enfant.

(Norge)

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Et pourtant les murs ne tombent pas (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 8 juillet 2018



Les murs ne tombent pas
[43]

Et pourtant les murs ne tombent pas,
je ne sais pas pourquoi ;

un sifflement : zrr,
éclair dans une dimension

in-connue, non-déclarée ;
nous sommes impuissants,

poussière et poudre emplissent nos poumons
nos corps butent en passant

des portes tordues sur leurs gonds,
et les linteaux penchent

en diagonale ;
nous ne cessons de marcher

dans un air raréfié
qui s’épaissit en brouillard aveugle,

puis un pas rapide de côté,
car même l’air

est peu fiable,
épais quand il devrait être fin

et ténu
quand les ailes se séparent et s’ouvrent,

et l’éther
est plus lourd que le plancher,

et le plancher s’affaisse
tel un navire en détresse ;

nous ne connaissons aucune règle
de procédure,

nous sommes des voyageurs, qui découvrent
l’in-connu,

le non marqué ;
nous n’avons pas de carte;

peut-être atteindrons-nous le port,
la porte du paradis.

***

Still the walls do not fall,
I do not know why;

there is zrr-hiss,
lightning in a not-known,

unregistered dimension;
we are powerless,

dust and powder fill our lungs
our bodies blunder

through doors twisted on hinges,
and the lintels slant

cross-wise;
we walk continually

on thin air
that thickens to a blind fog,

then step swiftly aside,
for even the air

is independable,
thick where it should be fine

and tenuous
where wings separate and open,

and the ether
is heavier than the floor,

and the floor sags
like a ship floundering ;

we know no rule
of procedure,

we are voyagers, discoverers
of the not-known,

the unrecorded;
we have no map;

possibly we will reach haven,
heaven.

(Hilda Doolittle)

 

 

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FAIM (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2018



Illustration
    
FAIM

La machine débraye. Une poussière lourde
En sort comme un brouillard d’automne qui s’attarde.
Tous ces hommes courbés dont les nuques se tordent
Ils mangent maintenant. Poisseux, fleurant la merde,
Leur linge refroidit, la sueur l’entrelarde.
Midi. Bâfrez du pain, allons passez la gourde !
Pas de mie et pas de minute qui se perde,
Et pas plutôt mordu, la faim veut qu’on remorde.
On ne sait déjà plus rien du temps qui passe outre,
Chaque morsure n’attend pas et mord sur l’autre,
Mais ils mâchent à fond chaque morceau. Leurs rouges
Poumons de paysans boivent, encore valides,
Les miasmes noirs. Mâchant tout ce charbon malade,
Ils mangent. Ces mangeurs ne parlent pas. Ils mangent.

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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Le printemps est là, superbe! (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2018



Le printemps est là, superbe!

Il est là, le printemps, le superbe printemps!
De longs bateaux légers, le vieux Danube rêve.
Il est là, le printemps, le printemps plein de sève!
Entends…
Et vois le vent d’avril qui roule et qui soulève
Les senteurs de nos prés. Avec elles, joyeux,
Le vent joue au cerceau. Sens-tu son allégresse?
Dis-le! Sais-tu ce que je veux?
Il me faudrait une maîtresse
Sous le venteux éveil,
Une maîtresse au souffle frais, vermeil,
A la carnation de perce-neige.
« Etreins-moi, Belle Biche! Encore! » lui dirai-je.
Chaque enfant est un rire au savoureux solfège.
II est là, le printemps,
Le joyeux cri du ciel! Entends!
II est venu, dis-tu, plus tôt que de coutume?
L’hiver aurait-il existé?
Il n’a jamais été!
Avant de naître, il fut posthume!
Eclose ton grand cœur! Jaillissent les bourgeons
Issus de nos poumons!
Monte le vent d’avril plus léger que la plume!

(Attila Jozsef)


Illustration: François-Joseph Durand

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La parole est aux arbres (Christian Da Silva)

Posted by arbrealettres sur 31 mai 2018



La parole est aux arbres,
ils sont encore nos poumons
et partagent l’espace
où jardine l’oiseau.

La parole est aux sources,
elles sont encore notre peau,
un peu de ce murmure
où navigue l’enfance.

Et parole à la pierre
qui fut notre maison,
apprivoisant l’été
pour réchauffer sa nuit.

Ces trois nous gardent vie
et nous donnent pouvoir
de sauver nos racines.

(Christian Da Silva)


Illustration

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QUEL SECOURS FAUT-IL QUE J’ATENDE (Didier Le Blanc)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2018



    

Illustration: Edmund Blair Leighton

QUEL SECOURS FAUT-IL QUE J’ATENDE

Quel secours faut-il plus que j’atende à ma peine,
Si ce n’est par la mort qui m’est toute certaine,
Puis que mes longs soupirs, ma foy, mon amitié
Le brasier de mon cœur, l’éfroy de mon visage,
Ne peuvent esmouvoir vostre obstiné courage
A se laisser toucher d’un seul trait de pitié.

O que le feu d’Amour est d’estrange nature !
Mon cœur sans defaillir luy sert de nourriture.
Je n’ay sang ny poulmon qui n’en soit consommé,
Mais differant et tout de la commune flame,
Encor que je vous touche il n’émeut point vostre ame,
Et rien qui soit en vous n’en peut être allumé.

***

What further help must I await for my suffering,
If it is not by death that is quite certain for me,
Since my long sighs, my faith, my friendship
My heart ablaze, the fright of my face
Cannot move your obstinate spirit
To let itself be touched by a single act of pity.

O how strange is the fre of Love!
Without flinching, my heart serves as sustenance.
I have neither blood nor lung that not be consumed by it,
But different and all of the common flame,
Even though I touch you, it does not move your soul,
And nothing in you can be lit.

***

Welch‘ Hilfe muss ich noch erwarten meiner Pein,
Wenn nicht durch den Tod, der mir ist gewiss.
Da doch meine langen Seufzer, meine Treue‘ und meine Freundschaft,
Die Glut mein‘s Herzens, die Furcht auf meinem Antlitz
Nicht erweichen können Euer störrisch‘ Herz,
Sich von auch nur einer Gest‘ des Mitleids rühren zu lassen?

Oh, wie das Liebesfeuer seltsam ist!
Mein Herze dient ihm voll & ganz als Speise.
Blut und Lunge all werden so verzehrt.
Aber anders ist‘s als die gemeine Flamme,
Auch wenn mein Berühren Euch nicht die Seele rührt,
Und nichts in Euch sich dadurch kann entzünden.

(Didier Le Blanc)

0:00:00 – Hélas Que Me Faut-il Faire?
0:02:36 – Passepieds De Bretagne
0:05:19 – Que Feray-Je?
0:11:36 – Allons Vielle Imperfaite
0:15:18 – Bien Qu’un Cruel Martire
0:21:51 – Spagnolette
0:25:26 – Sus! Mon Lut D’un Accord Pitoyable
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0:33:25 – Quel Secours Faut-Il Que J’Atende
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0:46:43 – Fantaisie
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0:52:04 – Ô Combien Est Heureuse
0:59:06 – Belle Qui M’Avez Blessé

Cœur – Airs De Cour Français De La Fin Du XVIe Siècle
Vincent Dumestre, Le Poème Harmonique

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