Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘poumon’

Les mots que j’écris (Yves Mabin Chennevière)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2018



Illustration

    

— Les mots que j’écris
sont l’air que je respire,
sans eux mes poumons s’étiolent,
sans eux mon sang s’épaissit,
sans eux, je ne peux vivre,

Asthmatique du verbe,
je m’efforce d’aspirer
les mots qui me manquent,
dont je me nourris,

Si je les trouve,
mes poumons s’emplissent
mes côtes se détendent,
mon sang se liquéfie,
mon angoisse s’éteint.

Les mots que j’écris
sont l’air qui me fait vivre ;

(Yves Mabin Chennevière)

Recueil: Variations du sensible
Traduction:
Editions: De la Différence

Publicités

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Tu rêves toi (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2018



Illustration: Gao Xingjian
    
Tu rêves toi

Tu rêves toi d’être un peu tous les autres.
Pour te traduire il te faut cent langages.
Rien n’y suffit, pas même la nature
avec les voix de son choeur innombrable.

Petit maillon fragile dans la chaîne,
poumon léger du grand souffle cosmique,
aurais-tu peur de rester seul au monde
quand la seconde assassine le siècle ?

Tu es issu d’un poème sans fin
et tu le lis comme on soulève un roc
pour établir le socle millénaire
de l’inconnu qui dirige ta quête.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Albin Michel

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

31 JANVIER 1940 (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2017



 

Anita Burnaz 87648 [1280x768]

31 JANVIER 1940

Je te regarde
Ma mémoire est pleine de lézardes
Et je confonds les jours
Ta main repousse au loin la fièvre
Et mon amour

Tout entier ton corps tremble
Je tremble moi aussi
Ah comme on se ressemble
Mon père
La douleur a coulé nos fronts
Dans le même air

Sur moi
Tes yeux se baissent
J’entends ton coeur qui tire encore sur sa laisse
Tes poumons s’envoler
Mon Dieu si tu allais tout à coup
T’en aller.

(René Guy Cadou)

Illustration: Anita Burnaz

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

AVANT-SOMMEIL (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 10 décembre 2017



Helen Masacz  200

AVANT-SOMMEIL

Attendez je ne suis pas prêt
La lampe lentement vrille dans ma poitrine
Mon sang fait battre au loin le poumon des collines
Voici l’ombre et les fleurs berceuses de mes pas

Quelques instants encore dans l’ouate des mensonges
Les derniers frets du soir pour les ruelles du songe
Une étoile allumée portée à bout de bras
Le vent frais musicien dans les orgues du soir
La bouche enfin tarie
Bon voyage en enfer sous la tapisserie

Dix heures dans les feuillages têtus de mon enfance
Dix heures
Et le manteau troué de la souffrance
Pour poser mon regard pas un coin de ciel bleu
Chacun de mes retours plus triste qu’un adieu
Tous ces demi-silences

Vous êtes là je sais
Au plus clair de moi-même
Penchés sur mon remords et sur mes lendemains
Puisque vous revenez dans cette chambre noire
Ô mon père et ma mère
Partagez-vous mes mains

(René Guy Cadou)

Illustration: Helen Masacz

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

Aime-moi (Dylan Thomas)

Posted by arbrealettres sur 24 octobre 2017



 

Aime-moi, non comme les nourrices rêveuses
Mes poumons tombants, ni comme le cyprès
Dans son âge l’argile de la jeune fille,
Aime-moi et soulève ton masque.

Aime-moi non comme les filles du paradis
Leurs amants aériens, ni comme la sirène
Ses amants de sel dans l’océan.
Aime-moi et soulève ton masque.

Aime-moi, non comme le pigeon ébouriffé
Les cimes des arbres, ni comme la légion
Des mouettes la lèvre des vagues.
Aime-moi et soulève ton masque.

Aime-moi comme la taupe aime son obscurité
Et la tigresse le cerf craintif;
Amour et peur soient tes deux amours!
Aime-moi et soulève ton masque!

(Dylan Thomas)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

QUEL SECOURS FAUT-IL QUE J’ATENDE (Didier Le Blanc)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2017



    

Illustration: Edmund Blair Leighton

QUEL SECOURS FAUT-IL QUE J’ATENDE

Quel secours faut-il plus que j’atende à ma peine,
Si ce n’est par la mort qui m’est toute certaine,
Puis que mes longs soupirs, ma foy, mon amitié
Le brasier de mon cœur, l’éfroy de mon visage,
Ne peuvent esmouvoir vostre obstiné courage
A se laisser toucher d’un seul trait de pitié.

O que le feu d’Amour est d’estrange nature !
Mon cœur sans defaillir luy sert de nourriture.
Je n’ay sang ny poulmon qui n’en soit consommé,
Mais differant et tout de la commune flame,
Encor que je vous touche il n’émeut point vostre ame,
Et rien qui soit en vous n’en peut être allumé.

***

What further help must I await for my suffering,
If it is not by death that is quite certain for me,
Since my long sighs, my faith, my friendship
My heart ablaze, the fright of my face
Cannot move your obstinate spirit
To let itself be touched by a single act of pity.

O how strange is the fre of Love!
Without flinching, my heart serves as sustenance.
I have neither blood nor lung that not be consumed by it,
But different and all of the common flame,
Even though I touch you, it does not move your soul,
And nothing in you can be lit.

***

Welch‘ Hilfe muss ich noch erwarten meiner Pein,
Wenn nicht durch den Tod, der mir ist gewiss.
Da doch meine langen Seufzer, meine Treue‘ und meine Freundschaft,
Die Glut mein‘s Herzens, die Furcht auf meinem Antlitz
Nicht erweichen können Euer störrisch‘ Herz,
Sich von auch nur einer Gest‘ des Mitleids rühren zu lassen?

Oh, wie das Liebesfeuer seltsam ist!
Mein Herze dient ihm voll & ganz als Speise.
Blut und Lunge all werden so verzehrt.
Aber anders ist‘s als die gemeine Flamme,
Auch wenn mein Berühren Euch nicht die Seele rührt,
Und nichts in Euch sich dadurch kann entzünden.

(Didier Le Blanc)

0:00:00 – Hélas Que Me Faut-il Faire?
0:02:36 – Passepieds De Bretagne
0:05:19 – Que Feray-Je?
0:11:36 – Allons Vielle Imperfaite
0:15:18 – Bien Qu’un Cruel Martire
0:21:51 – Spagnolette
0:25:26 – Sus! Mon Lut D’un Accord Pitoyable
0:28:45 – Les Mariniers Adorent Un Beau Jour
0:33:25 – Quel Secours Faut-Il Que J’Atende
0:38:34 – Tant Et Tant Il M’Ennuye Tant
0:42:24 – Mai Voyez Mon Cher Esmoy
0:46:43 – Fantaisie
0:49:53 – J’Ayme Trop Mieux Souffrir La Mort
0:52:04 – Ô Combien Est Heureuse
0:59:06 – Belle Qui M’Avez Blessé

Cœur – Airs De Cour Français De La Fin Du XVIe Siècle
Vincent Dumestre, Le Poème Harmonique

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Les promesses du feu (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 15 septembre 2017



Illustration: Jean-Marie Reynaud
    
Les promesses du feu

Ce fer amour que je forge deux fois,
Va le jeter dans l’extase liquide.
Entends siffler le métal rouge orange
Devenu bleu par morsure de l’eau.

Comme un poumon ce soufflet qui s’anime
Et porte l’air au coeur du brasier.
Un autre fer pour un même cheval
Qui tirera le soc sur les labours.

Un autre, un autre encore pour l’image
De quatre fers, quatre points cardinaux
Qui jailliront comme des étincelles
Pour situer ta présence en ces lieux.

Coups sur l’enclume, un village s’éveille.
Coups sur le fer, une forme apparaît.
Le forgeron sous son cuir a des ailes
Et sur son front des perles de rosée.

Qui les dira ses prouesses cosmiques
Mariant l’air et la terre et le feu ?
Le bras se lève et retombe en cadence
Et le fer chante et chante le marteau.

L’adolescent qui regarde la flamme
Forge sa vie et contemple ce bras
Si musculeux, si noueux qu’il évoque
De vieux exploits enfouis dans l’Histoire.

Et cette odeur de charbon, de matière,
De fer à blanc, de sueur sur la chair
Grise l’instant. Des chapelets de fers
Sur le mur noir attendent leur voyage.

Frères du jour revenons à ces forges
Où fut un homme au visage de feu
Que je revois, présence salvatrice,
Quand le présent m’assaille de sa nuit

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Editions: Albin Michel

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LE DÉSIR N’A PAS DE LÉGENDE (XX) (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 3 septembre 2017




    
LE DÉSIR N’A PAS DE LÉGENDE (XX)

Le toit des villages est posé sur la terre
et les prés fuient de toutes parts
autour des murs blancs
qui avancent d’une maison par siècle.

Je pense à l’étonnement de ton ventre
qui regarde toujours mon désir pour la première fois.
Je pense aux forêts que nous faisons tomber
quand ma chair mûrit dans la tienne.

Je pense à la hauteur de l’été
sur la poussière des routes,
au ruisseau qui s’arrête un instant de couler
pour mieux s’éblouir de la nudité de la lumière.

A rester debout dans ce pays démesuré de clarté,
je sens que je n’ai pas assez de poumons
pour retenir la vie qui vient vers moi
à la façon dont ton corps vient vers le mien.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LE DÉSIR N’A PAS DE LÉGENDE (X) (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 1 septembre 2017



    

LE DÉSIR N’A PAS DE LÉGENDE (X)

Derrière tes dents, ta chair commence
avec ses aubépines de fièvre et de sang.
Tu sais qu’elle est une prison
dont mon désir te délivre.

La caresse fait son bruit de poumon
en cherchant dans tes cuisses
le papillon qui s’y est posé,
presque fermé en toi de ses ailes.

Avec l’aveuglement d’une taupe,
tu creuses l’air de tes seins.
Autour d’eux mes mains s’élèvent
comme une montagne coupée en deux.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Dans la bouche d’une étoile (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2017



    

dans la bouche d’une étoile
je me suis égaré
là où les morts n’ont plus prise
j’ai trouvé la pierre d’angle
pour avancer parmi les grands vivants
pour avancer parmi les grands gisants

dans la bouche d’une étoile
entre l’ébloui et l’englouti
la vie veut sa rosée de nuit
une porte ouverte sur le ciel
où je reviens sans être allé
où je reviens sans être né

dans la bouche d’une étoile
j’écoute mes propres signes
comme la lente infusion
d’une parole jamais dite
d’une parole sourde infiniment
fille de la voix et du vivant

dans la bouche d’une étoile
dis-moi ce que je porte d’ombre
dis-moi la toute-lumière
le sanctuaire laissé en blanc
dis-moi le plus profond de l’aube
ce qui ne cesse de naître et de mourir

dans la bouche d’une étoile
ton jour et ma nuit se croisent
vie et mort c’est tout un
vie et mort c’est sans fin
tu tends des comètes
sur le soir de ma terre

dans la bouche d’une étoile
un gisement de silence
la dent du feu s’est absentée
les bourreaux perdent leur visage
je pressens ton horizon
j’attends ta voie lactée

dans la bouche d’une étoile
dans la chair de l’illimité
j’accueille ta fièvre
au nom de lune
la souffrance en sommeil
le sang tourné vers l’infini

dans la bouche d’une étoile
laisse frémir l’innocence
jusqu’à la fin des mondes
jusqu’au bleu de l’esprit
la forêt des poumons
traversée par le vent

dans la bouche d’une étoile
j’écoute trembler l’arrière-ciel
sur le grain de la peau
sur le grain de la pierre
descente à pic dans la vie
descente à pic dans la nuit

dans la bouche d’une étoile
mille mains offertes
mille plaies ouvertes
le ciel marche en moi
le bleu est une tête brandie
l’éternité nous donne ses doigts

dans la bouche d’une étoile
ta voix chante dans la voix
elle chante un oeil-ciel foudroyant
le vrai nom de l’oubli
le souffle d’un dieu meurtri
dévasté épanoui

dans la bouche d’une étoile
dis-moi le vrai nom
qui brûle tous les noms
dis-moi les voyelles de Dieu
je veux dormir dans ta parole
aspirer ton arc-en-ciel

dans la bouche d’une étoile
pour agrandir la vie
pour prendre corps
pour prendre coeur
jusqu’au linceul de miel
vers le centre des cendres

dans la bouche d’une étoile
au risque de chaque instant
humble et démesuré
vif et insondable
le premier mot du ciel
dans un jour sans limites

dans la bouche d’une étoile
la salive d’un trou noir
le rouge à lèvres des anges
sur le miroir des sans feu ni lieu
pour une vie dans la vie
pour une voix dans la voix

dans la bouche d’une étoile
le ciel entier de tes yeux
le temps dévêtu
la toupie du monde
j’écris un seul et même livre
pour ta nuit écorchée vive

(Zéno Bianu)

 

Recueil: Infiniment proche
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :