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Dans les pharmacies (Charles Trenet)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2018



 

IF

Dans les pharmacies

Dans les pharmacies,
Dans les pharmacies…

On veut du nougat et du chocolat,
Des bonbons au citron, des stylos,
Des poupées gentilles
Pour les petites filles
Et, pour les garçons
Des lapins qui sont
Sauteurs et polissons.
On vend de tout :
Des toutous blancs
Qui se tiennent debout,
Tout tremblants,
Des arlequins, des cailles qui rient
Et tout un lot de quincaillerie.
Dans les pharmacies,
Dans les pharmacies,
On entend parfois cet ordre sec :
« Garçon! Des petits pois ou un bifteck
Ou des choux farcis. »
Dans les pharmacies.

Ces pharmacies-là
Sont celles du Canada
Où l´on prend ses repas, parfois, par-ci, par-là.
On y vend aussi des pilules, mais sachez
Que la vente des cachets est un peu cachée,
Car ici, ce n´est pas un crime
De commander un ice-cream
Où l´on ajoute un peu de soda,
Mais des remèdes, on n´en voit pas.
Dans les pharmacies,
Dans les pharmacies,
J´entre par hasard et, le plus bizarre,
Je n´en sors qu´après deux heures et quart,
Les poches gonflées
De pommes soufflées,
De rasoirs à main
En duralumin,
De mille produits humains.
Un phonographe immense et lourd
Y joue des chansons d´amour
Et pour vingt cents, on peut entendre
Un baryton à voix tendre.

Les oiseaux sont couchés dans leur nid
Et moi, je suis couché dans mon lit.
Il fait froid ce soir, il fait nuit,
Alors tendrement, je dis :
« Bonne nuit, bonne nuit, Suzy.
Bonne nuit, bonne nuit, Suzy,
Suzy, oh oui, bien sûr.
Certainement, oui, bonne nuit,
Bonne nuit, Suzy jolie… euh…
Bonne nuit. »

{Off: C´est une chanson qui s´appelle « Bonne nuit Suzy »}

Dans les pharmacies,
Dans les pharmacies,
Je suis très heureux
Car j´y viens joyeux parler français
pt ce plaisir-là est unique là-bas,
Dans les pharmacies
Si, si, si bémol…
Du Canada.

(Charles Trenet)

 

 

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Paméla (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2018



 

Illustration: Yann Rivron
    
Paméla
Tango chanté

1
À Séville,
Belle ville,
Plus tranquille
Qu’à Bell’ ville
L’ beau Dédé fait travailler sa belle.
Aux «Señors» amoureux qui l’appellent
Elle vend
Pour de l’argent
Son beau corps ardent;
Plus félin’ qu’une Espagnole
Ell’ les affole,
Si bien qu’un jour,
Pâmé d’amour,
Don Pedro creva comme un tambour!

Refrain
Paméla, poupée d’amour
Née dans nos faubourgs,
Tu es le plus beau bijou
De l’Andalou,
Et tes soeurs
Dans leurs ardeurs
Les plus grisantes
A leurs possesseurs
Paraissent languissantes;

2
Paméla, tes yeux vainqueurs
Percent tous les coeurs
Paméla, ton corps pervers
Est comme un enfer!
Paméla, poupée d’amour
Née dans nos faubourgs,
Tu es le plus beau bijou
De l’Andalou
Un Alcade
De Grenade
En balade,
Par bravade,
Voulut voir la fameuse hétaïre
Se vantant qu’ell’ ne pourrait l’ séduire,
Mais devant
Ce corps troublant
Il tomba dément,
Et depuis ce jour fatal
D’vint radical
Si bien qu’un jour,
Grisé d’amour,
Il creva Alphons’ comme un tambour!

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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Papier buvard (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2018




    
Papier buvard

1

La vie est un’ bobin’ de fil
J’ai eu treize ans au mois d’avril
Et je me sens vieillir très vite
Mais on m’appelle ma petite,
Une petite ?
On me donne encore des bonbons
Et je peux entrer au salon
Mais j’ai gardé mes habitudes,
Je n’aime pas la solitude
Car je voudrais rester toujours
Petite fille.
Jouer à la corde dans la cour,
Ou bien aux billes.
C’est si bon de désobéir.
Ah! cela m’ennuie de vieillir !

REFRAIN :

J’aime boire de l’encre
Et manger du papier buvard
C’est bon, c’est doux,
C’est rose et mou.
J’aime boire de l’encre
Et manger du papier buvard.
Cela sèche toute la bouche
Et ça agace les dents
Ça fait rêver d’un rêve ardent
Et farouche !
On oublie tout, on est heureuse
La vie est merveilleuse
Et droite comme un boulevard
En mangeant du papier buvard.

2

Adieu poupée, adieu leçons
Il va falloir fair’ des façons.
Le mois prochain je serai vieille
On m’appell’ra Mademoiselle,
Mademoiselle ?
On m’emmèn’ra danser au bal
Je pourrai sans faire de mal
Mettre du rouge et fair’ des choses,
On me donn’ra des bouquets d’ roses.
Ça m’ennuiera j’aim’ pas les fleurs
Ni le rouge à lèvres.
J’ai mal aux dents, j’ai mal au cœur
Et j’ai la fièvre.
Cette vie est triste à mourir
Ah ! cela m’ennuie de vieillir.

REFRAIN

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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Poupée Mécanique (Dahlia Ravikovitch)

Posted by arbrealettres sur 13 février 2018



Poupée Mécanique

Cette nuit-là, j’étais une poupée mécanique,
je me tournais à droite, à gauche, et en tous sens.
Je tombai face contre terre et fus réduite en mille morceaux.
Et l’on tenta, d’une main experte, de rassembler mes débris.

Alors, je redevins une poupée en état.
Je fus posée, je fus soumise,
mais n’étais déjà plus qu’une poupée de second ordre,
comme un sarment blessé s’accrochant à ses vrilles.

Puis je m’en fus au bal, à la ronde des danses,
mais on me délaissa, avec pour compagnons des chiens et des chats,
et cependant mes pas avaient rythme et mesure.

J’avais des cheveux d’or, et j’avais des yeux bleus,
ma robe était couleur des fleurs du jardin,
et mon chapeau de paille arborait des cerises.

(Dahlia Ravikovitch)


Illustration

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Ô ma vraiment peu sage et catégorique dame (Edward Estlin Cummings)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2018



Illustration
    
ô ma vraiment peu sage et catégorique
dame aux mains de poupée mélancolique

(dont la nudité est pressée d’entourer
son dernier geste exquisément lubrique
d’un certain décorum acceptable et
petit)ô ma dame entièrement faite
pour l’amour
(et ce qui de moi subsiste
tes seins m’embrassant timidement le compliquent)

seul ton baiser toujours me saisira vraiment.

Toujours mes bras ne serrent complètement
dans la nuit effrayante et radieuse
que ta passionnante nudité affolée

—toujours je ressors seulement de quelque chose

de toi négligé magnifique et sans geste

***

o my wholly unwise and definite
lady of the wistful dollish hands

(whose nudity hurriedly extends
its final gesture lewd and exquisite,
with a certain agreeable and wee
decorum)o my wholly made for loving
lady
(and what is left of me
your kissing breasts timidly complicate)

only always your kiss will grasp me quite.

Always only my arms completely press
through the hideous and bright night
your crazed and interesting nakedness

—from you always i only rise from something

slovenly beautiful gestureless

(Edward Estlin Cummings)

 

Recueil: Erotiques
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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Ce sera l’Été — tôt ou tard (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2018



Ce sera l’Été — tôt ou tard.
Des Dames — avec ombrelles —
Des Messieurs flânant — avec Cannes —
Des Fillettes — avec Poupées —

Coloreront le paysage blême —
Comme un éclatant Bouquet –
Bien que le Bourg, sous du Paros –
En ce jour — soit enseveli —

Les Lilas — ployant depuis mainte année —
Balanceront leur fardeau pourpre –
Les Abeilles — ne bouderont pas le chant –
Qu’ont bourdonné — leurs Ancêtres —

L’Églantine — rougira au Marais —
L’Aster — sur la Colline
Lancera — sa mode éternelle —
La Gentiane — ses plissés —

Puis l’Été repliera son miracle —
Comme les Femmes — plient — leur Robe –
Ou les Prêtres — rangent les Symboles —
Le Sacrement — administré —

***

It will be Summer — eventually.
Ladies —- with parasols —
Sauntering Gentlemen — with Canes —
And little Girls — with Dolls —

Will tint the pallid landscape –
As ’twere a bright Boquet —
Th0’ drifted deep, in Parian —
The Village lies — today —

The Lilacs — bending many a year —
Will sway with purple load —
The Bees — will not despise the tune —
Their Forefathers — have hummed —

The Wild Rose — redden in the Bog —
The Aster — on the Hill
Her everlasting fashion — set —
And Covenant Gentians — frill —

Till Summer folds her miracle —
As Women — do — their Gown —
Or Priests — adjust the Symhols —
When Sacrement — is done —

(Emily Dickinson)


Illustration: Claude Monet

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LES BOUEUX SONT EN GRÈVE (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2017



 


    
 
LES BOUEUX SONT EN GRÈVE

C’est jour de grève des boueux
on a la chance de pouvoir ce jour-là
jouer au chiffonnier au chineur
au brocanteur qui sait même à l’antiquaire
il y a un peu de tout
le choix est difficile
entre la poupée sans yeux sans bras sans nez
la boîte de sardines qui a perdu en chemin toutes ses sardines
la boîte de petits pois qui a perdu en chemin tous ses petits pois
le devoir déchiré qui a décroché non sans mal un zéro
le tube de pâte dentifrice qui a passé sous plusieurs compresseurs rouleaux
l’os l’arête le coton hydrophile
oui le choix est difficile

les poubelles bâillent au soleil de midi
toutes pleines de choses bonnes à cueillir
pour celui qui sait

tout à coup on aperçoit là… là… là…
une oeuvre d’art… d’art.. d’art…
abandonnée là… là… là…
par un philistin ignare
et sur laquelle on saute dare-dare
parfois c’est la Joconde que l’on retrouve ainsi
parfois c’est la Ronde de Nuit
parfois la Vénus de Milo
parfois le Radeau de la Méduse de Théodore Géricault

mais ce n’est pas tous les jours grève
jour de grève des boueux

(Raymond Queneau)

 

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Automne (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2017




    
Automne

Il y eut donc le printemps et son fleuve de fleurs
— Avec ses mains de feuilles fermées sur l’ombre en fruit
oh ! cet automne, là, qui dure sur nos vies
et ferme l’horizon du long cri de son sang. —

Il y eut donc l’été lourd comme l’angélus de midi
où nos mains en prison glissaient le long des livres
— oh ! Nos corps roués d’ombre, roués d’eau, de soleil —
où le sommeil
veillait sur l’ivresse des mouches et des pensées.

C’est l’automne, va, c’est l’automne, paix des forêts,
tu n’as pas reconnu la grive immortelle et gavée
grise, grise, que ne fleurira plus son sang dernier
car il y a chasse aux hommes cette année.

Les vieux fusils sommeillent près des vieilles poupées
le plomb de nos soldats d’enfants coule en sang sur la terre
les abeilles d’acier essaiment vers nos coeurs
nouvelles fleurs d’où coulera le miel chaud de la mort.

De mes songes tristes a surgi ton visage, ma mort,
soudain le nuage de ton visage pâle de vie.
Plaisir, désir, ton sourire
éclairait de neige l’au-delà
et je comptais mes pas sous ta lumière
dévalant vers l’hiver.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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Pourquoi l’âme tellement chante-t-elle (Ossip Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 31 octobre 2017



Pourquoi l’âme tellement chante-t-elle,
Et pourquoi si peu de noms bien-aimés ?
Pourquoi le rythme momentané
N’est que hasard et brusque Aquilon ?

il lève un nuage de poussière,
Bruit avec les feuilles de papier,
Pour ne plus revenir, ou
Revenir tout à fait autre.

O, large vent d’Orphée,
Tu t’en allais vers les pays marins
Et chérissant un monde incréé,
J’oubliais l’inutile « moi ».

J’errais dans une forêt de poupée,
Découvris une grotte d’azur…
Est-il possible que ce soit vrai,
Que réellement vienne la mort ?

(Ossip Mandelstam)


Illustration: Alexandre Séon

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Nous sommes restés assis sur la margelle du puits abandonné (Henri Michaux)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2017



Nous sommes restés assis sur la margelle du puits abandonné.
Tout avait couleur de ferraille et de poutre enfumée et couleur de fatigue profonde.
Des triangles d’oiseaux rigides parcouraient le ciel à grand bruit.
Désespoir comme la pluie, et jusques à quand tombera-t-elle ?
Petit vieux vaniteux, voulant régner, laissant tuer, battu content, tenait une poupée.
Le temps s’écoulait, réponse évasive, les années en lanière,
entre les doigts des traîtres.
Nous nous sommes regardés en silence.
Nous nous sommes regardés avec le sérieux précoce des enfants d’aveugle.

(Henri Michaux)

 

 

 

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