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Posts Tagged ‘pourri’

IL PLEUT (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2019



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IL PLEUT

Oui, il pleut comme jamais je n’ai vu…
Et cette lourde clarine assoupie,
Comme elle sonne en la grange pourrie !
Comme elle sonne en mon coeur qui s’est tu !

Oh ! les pleurs des clarines quand il pleut !

Et pour le cerveau quel agacement !
Jour primitif plein de boue et rigoles !
Une pauvre voisine, à demi folle,
Hurle contre la pluie en ricanant…

Oh ! les pleurs des clarines quand il pleut !

Oui, il pleut… Et cela sonne humblement
Comme tout ce qui est amour et haine…
Non loin un enfant, près d’une fontaine,
Joue à l’harmonica, très tristement.

Oh ! les pleurs des clarines quand il pleut !

Que de vains contes disent les clarines !
Quel monde vide de tout rêve ! Rien !
… Comment lors ne pas pleurer tel un chien,
Oui, comment ne pas mourir fou, pardine !

Oh ! les pleurs des clarines quand il pleut !

(George Bacovia)

 Illustration

 

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Quand sous un mur (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2018



Tombe-de-Blok  [800x600]

Quand sous un mur, dans les orties,
Mes pauvres os seront pourris,
Quelque tardif historien
Écrira une oeuvre importante.

Il martyrisera, le maudit,
Des écoliers innocents :
Dates de naissance et de mort,
Tas de citations mal choisies !

Triste sort qu’une vie si confuse,
Difficile ensemble, et oisive :
Devenir la chose d’un docteur,
Et grossir l’armée des critiques !

Ah, pouvoir se terrer sous les herbes,
S’endormir d’un sommeil éternel !
Taisez-vous donc, livres maudits :
Je ne vous ai jamais écrits !

(Alexandre Blok)

 Illustration

 

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Girouette (Norge)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2018


Girouette

Beaucoup d’amour, peu d’espoir,
Le vent tourne mal, Gustave.
Mieux vaut glisser dans ton noir,
Dans ta mine, dans ta cave.

Mieux vaut glisser dans ta mine,
La fille a le coeur pourri
Et l’espoir que tu rumines
S’enfuit comme une souris.

Mais le vent tourne, Gustave
Et ce bel épi fauché,
C’est la fille au coeur suave
Qui, près de toi, vient coucher.

— Trop tard ; le vent a viré,
L’amour est mort, dit Gustave,
Est mort de faim dans la cave !
I1 est mort et enterré.

(Norge)

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A L’ENTERREMENT D’UN AMI (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2018




    
A L’ENTERREMENT D’UN AMI

On l’enterra par une horrible après-midi
de juillet, sous un soleil de feu.

A un pas de la tombe ouverte
il y avait des roses aux pétales pourris,
entre des géraniums à l’âcre parfum
et aux fleurs rouges. Le ciel
pur et bleu. Il soufflait
un vent fort et sec.

Suspendu à de grosses cordes,
lourdement, le cercueil fut descendu
au fond de la fosse
par les deux croque-morts…

Quand il se posa, un grand bruit résonna,
solennellement, dans le silence.

Le bruit d’un cercueil sur la terre est quelque chose
de tout à fait sérieux.

Sur le noir cercueil se brisaient
les lourdes mottes poussiéreuses…

Le vent emportait
le souffle blanc de la fosse profonde.

.— Et toi, sans ombre désormais, dors et repose,
longue paix à tes ossements…

Définitivement,
dans un sommeil paisible et véritable.

(Antonio Machado)

 

Recueil: Champs de Castille précédé de Solitudes, Galeries et autres poèmes et suivi de Poésies de la guerre
Traduction: Sylvie Léger et Bernard Sesé
Editions: Gallimard

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A L’ENTERREMENT D’UN AMI (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 22 août 2018



A L’ENTERREMENT D’UN AMI

On l’enterra par une horrible après-midi
de juillet, sous un soleil de feu.

A un pas de la tombe ouverte
il y avait des roses aux pétales pourris,
entre des géraniums à l’âcre parfum
et aux fleurs rouges. Le ciel
pur et bleu. Il soufflait
un vent fort et sec.

Suspendu à de grosses cordes,
lourdement, le cercueil fut descendu
au fond de la fosse
par les deux croque-morts…

Quand il se posa, un grand bruit résonna,
solennellement, dans le silence.

Le bruit d’un cercueil sur la terre est quelque chose
de tout à fait sérieux.

Sur le noir cercueil se brisaient
les lourdes mottes poussiéreuses…

Le vent emportait
le souffle blanc de la fosse profonde.

— Et toi, sans ombre désormais, dors et repose,
longue paix à tes ossements…

Définitivement,
dans un sommeil paisible et véritable.

(Antonio Machado)

 

 

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Le saule royal (Tshanyang Gyatsho)

Posted by arbrealettres sur 26 juillet 2018



Avant d’avoir palpé le tronc du saule royal
plutôt que des cent autres arbres alentour,
le jeune homme ne savait pas
que son cœur était pourri !

(Tshanyang Gyatsho)


Illustration

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UN RAVISSANT CIMETIÈRE (Sakutarô Hagiwara)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2018



Cimetière-du-Tera-mochi [800x600]

UN RAVISSANT CIMETIÈRE
NAMAMEK ASHII HAKABA

Le vent souffle dans les saules
Où y a-t-il un cimetière si sombre ?
Une limace grimpe sur la haie
Et du paysage vient l’odeur tiède de la mer
Pourquoi êtes-vous ici ?
Ombre douce, pile, étrange comme l’herbe !
Vous, ni coquillage ni faisan ni chat
Juste un fantôme à l’air triste !
De l’ombre errante de votre corps
Comme dans la ruelle d’un pauvre village de pêcheurs on sent une odeur de poisson pourri
Dont fondus au soleil les viscères poisseusement puent
Tristes, accablants, c’est l’odeur d’une mélancolie vraiment insupportable.
Ah, moite comme ce soir de printemps
Errant dans son élégant kimono carmin, c’est elle !
Ni la lune sur le cimetière ni le phosphore ni l’ombre ni la vérité
Et quelle tristesse !
Ainsi ma vie et mon corps s’en vont pourrissant
Et dans le paysage vague du Néant
Ravissants visqueusement penchent !

(Sakutarô Hagiwara)

Illustration

 

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Enterrez-moi (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2018



Enterrez-moi

Enterrez-moi dans le sable et que passent
Des légions de fourmis dans mon crâne.
Je serai l’homme à la tête de mort,
Des enfants nus regarderont mes dents,
Et je serai terreur avec ce crâne
Où des oiseaux qu’on nommera pensées
Viendront nicher. Plus jamais de miroirs,
De mots pourris, de lèvres jamais plus
Et le soleil léchera mes os blancs.

(Robert Sabatier)

Illustration: Zdzislaw Beksinski

 

 

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Port (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2017



Port

Le mur qui s’allonge
Et le toit qui plonge
Les bois tout pourris
Ne sont plus ici.
La grue très oblique
Les porcs les barriques
Bien que disparus
Sont rien moins que vus.
Ce bateau sans grâce
Près du ciel s’efface
Laissant le jour gris
S’enfuir avec lui.

(Raymond Queneau)

Illustration

 

 

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Miroir (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2017




    
Miroir

Me voici, obstacle, me voici ; je ne m’attendais plus
mes yeux sont devenus comme une double nuit
je n’ose illuminer ce spectre, je n’ose
effacer le sourire de ces lèvres pâlies
que l’amour las ne pavoise plus.

Me voici ombre qui ai vécu
sous l’ombre de la main aux os poussiéreux d’astres
me voici devant le juge sans pardon

Le vent connaît mon crime, qui visite la bouche des morts
dont l’amour clair ceint chaque doigt
de la fille vendeuse de chair
et de la vierge aux yeux de soie.

Je ne sais plus rien et je suis las d’étreintes
j’ai tué tous mes rêves qui m’empêchaient de vivre
j’ai dû nourrir mon corps du sang frais des colombes
et j’ai tari les sources jusqu’au tréfond du sable.

Je n’ai plus rien que moi, je me salue enfin
gorgé de chairs étrangères, d’innocences et de vices
mains humides de science veule
coeur pourri de trop de proies.

C’est ainsi, c’est donc ainsi que se peint le visage
de l’homme qui efface la boue par de la boue
rien ne reste des gestes trop souvent accomplis
qu’un pli mystérieux soulignant le sourire.

Je te salue visage mensonge de silence
héritier impassible des instants de ma vie
où la rage native faiblit en violences
pour mon portrait de mort la pose est deja prise

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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