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Poésie

Posts Tagged ‘pourriture’

Tout est histoire de passages (Jean-Louis Giovannoni)

Posted by arbrealettres sur 23 octobre 2022



Illustration: Ron Mueck
    
Tout est histoire de passages d’un réceptacle à un autre , et cela sans fin.
Même la mort glisse de pourriture en particules…
et la course continue dans le vent.

(Jean-Louis Giovannoni)

Recueil: Nous, avec le poème comme seul courage
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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La saloperie des autres est aussi en nous (Etty Hillesum)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2022



La saloperie des autres est aussi en nous.
Et je ne vois pas d’autre solution que de rentrer en soi-même
et d’extirper de son âme toute cette pourriture.
Je ne crois pas que nous puissions corriger quoi que ce soit dans le monde extérieur,
que nous n’ayons d’abord corrigé en nous.
Et cela me paraît l’unique leçon de cette guerre :
de nous avoir appris à chercher en nous-mêmes et pas ailleurs.

(Etty Hillesum)

Illustration: Henri Rousseau

 

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J’AIME TA LETTRE (Léopold Sédar Senghor)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2021




    
J’AIME TA LETTRE

J’aime ta lettre, plus douce que l’après-midi du Samedi
Et les vacances, ta parole de songe bleu.

La fragrance des mangues me monte à la nuque
Et comme un vin de palme un soir d’orage, l’arôme féminin des goyaves.

Les tempêtes suscitent les humeurs, le palais blanc s’ébranle dans ses assises de basalte
L’on est long à dormir, allongé sous la lampe sous la violette du Cap.
La saison s’est annoncée sur les toits aux vents violents du Sud-Ouest
Tendue de tornades, pétrie de passions.

Les roses altières les lauriers-roses délacent leurs derniers parfums
Signares à la fin du bal
Les fleurs se fanent délicates des bauhinias tigrées
Quand les tamariniers aux senteurs de citron allument leurs étoiles d’or.
Du ravin monte, assaillant mes narines, l’odeur des serpents noirs
Qui intronise l’hivernage.

Dans le parc les paons pavoisent, en la saison des amours.
Rutilent dessus les pelouses, pourpres princiers, les flamboyants
Aux coeurs splendides, et les grands canas d’écarlate et d’or.
M’assaillent toutes les odeurs de l’humidité primor-diale, et les pourritures opimes.
Ce sont noces de la chair et du sang — si seulement noces de l’âme, quand dans mes bras
Tu serais, mangue mûre et goyave ouverte, souffle inspirant ah ! haleine fraîche fervente…

J’aime ta lettre bleue, plus douce que l’hysope
Et sa tendresse, qui me dit que tu es m’amie.

(Léopold Sédar Senghor)

 

Recueil: Anthologie Poésie africaine six poètes d Afrique francophone
Traduction:
Editions: Points

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MARÉE BASSE (José Emilio Pacheco)

Posted by arbrealettres sur 29 février 2020




MARÉE BASSE

Comme les poissons morts que la marée abandonne
le reflux
de la mémoire extirpe de la pourriture
des lieux des visages des dates des voix des parfums

Son éclat devient opacité
Le passé
est un aquarium
une prison pleine de fantômes

***

MAREA BAJA

Comoslos peces muertos que la marea abandona
el reflujo
de la memoria saca a la podredumbre
lugares rostros fechas voces aromas

Su resplandor se vuelve opacidad
El pasado
es un acuario
una prisión de fantasmas

(José Emilio Pacheco)

Illustration: ArbreaPhotos

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Nous nous retrouverons (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 27 septembre 2019



Odd Nerdrum__o [800x600]

Nous nous retrouverons. Tous.
Mais nous n’aurons rien fait pour vaincre ces distances.
Ce sera le triomphe de la seule matière.
Nous nous effondrerons. Les uns sur les autres.
Les uns dans les autres. Au mieux, j’aurai ta cuisse blanche sur mon coeur.
Ou bien la main de mon ennemi dans la mienne.
Mais je n’en saurai rien.
Et quand bien même ?
Qu’est-ce que ça change à ce qui est,
ce peu d’espoir qui tremble comme un linge au bord des pourritures,
ce peu d’espoir qu’ici nous n’aurons pas payé,
nous ici plus morts que morts ?

(Jean Rousselot)

Illustration: Odd Nerdrum

 

 

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Tant de travail (Paul-Jean Toulet)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2019



Illustration: Josephine Wall
    
Tant de travail, docteur, pour découvrir enfin
Que l’Être se nourrit, et meurt de pourriture ?
Ah! cesse, à tes fourneaux, d’avilir la nature :
Ce n’est que songe et fleurs dont nos âmes ont faim.

(Paul-Jean Toulet)

 

Recueil: Les contrerimes
Traduction:
Editions: Gallimard

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ÉTERNEL AUTOMNE (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2019




    
ÉTERNEL AUTOMNE

Ecraser les souvenirs comme les feuilles mortes
feuilles mortes couleur de crépuscule
déjà pourritures multicolores et nécessaires
au pied des arbres dépouillés
et qui doivent refleurir après un long silence
le long silence de l’espoir après le désespoir
toujours la même chanson la même saison
celle où l’on brûle les fleurs les fruits les feuilles
toutes les branches qu’il faudra couper
et les scier pour qu’on n’en parle plus jamais
plus jamais comme si rien n’avait été
et qui ne sera jamais plus enfin
enfin jamais plus puisqu’il faut finir
et qu’ainsi tout est pour le mieux
qu’on n’est plus obligé de choisir
Choisir les fumées que dévorera le vent

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et Poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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LE CAVEAU DE LA MÉMOIRE (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2019



LE CAVEAU DE LA MÉMOIRE

Qui dit que je vis tristement s’égare.
Ne crois pas que les souvenirs me rongent.
Je rends peu de visites à ma mémoire,
D’autant qu’elle dit beaucoup de mensonges.

Quand, lampe en main, au caveau je descends,
A chaque fois l’avalanche, il me semble,
Dans l’escalier étroit sourdement gronde.
La lampe fume, il n’y a point de retour,
Je descends chez l’ennemi de toujours ;
Alors, comme une grâce je demande…

Mais là — finie la fête. Tout est éteint.
Les dames sont rentrées il y a trente ans,
De vieillesse est mort le boute-en-train…
Malheur à moi — je suis venue trop tard.
Vrai, je ne peux me montrer nulle part.

Mais j’effleure les ornements du mur,
Je me chauffe à l’âtre. Et, enchantement! —
Dans le moisi, les miasmes, la pourriture
Deux émeraudes vont étincelant
Et un chat miaule. À la maison, rentrons!
Mais où est ma maison ? et ma raison ?

(Anna Akhmatova)

Illustration

 

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ÉTERNEL AUTOMNE (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 22 octobre 2018



 

ÉTERNEL AUTOMNE

Écraser les souvenirs comme les feuilles mortes
feuilles mortes couleur de crépuscule
déjà pourritures multicolores et nécessaires
au pied des arbres dépouillés
et qui doivent refleurir après un long silence
le long silence de l’espoir après le désespoir
toujours la même chanson la même saison
celle où l’on brûle les fleurs les fruits les feuilles
toutes les branches qu’il faudra couper
et les scier pour qu’on n’en parle plus jamais
plus jamais comme si rien n’avait été
et qui ne sera jamais plus enfin
enfin jamais plus puisqu’il faut finir
et qu’ainsi tout est pour le mieux
qu’on n’est plus obligé de choisir
Choisir les fumées que dévorera le vent

(Philippe Soupault)

 

 

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Dans le fruit, le ver (Gérard Macé)

Posted by arbrealettres sur 28 août 2018



    

Dans le fruit, le ver

depuis toujours, et cette odeur de pourriture
à laquelle nous tenons si fort :
la moisissure et les oeufs centenaires,
l’amour et la venaison des corps.

Mais le pied parfumé du dieu
qu’on lave de son vivant. Le pied nu
de la femme qu’on caresse en s’endormant.

(Gérard Macé)

 

Recueil: Filles de la mémoire
Traduction:
Editions: Gallimard

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