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Posts Tagged ‘précieuse’

Ami, dresse-toi (Nezahualcoyotl)

Posted by arbrealettres sur 7 octobre 2018




Dresse-toi, frappe ton tambour,
Fais connaître l’union d’amitié !
Qu’ainsi se prenne leur coeur :
Nos cannes à tabac et nos fleurs,
Ici seulement, nous les avons apprêtées…

Ami, dresse-toi,
Prends tes fleurs et ton tambour,
Ne reste pas dans ta douleur,
Mais porte-la en parure:
Ici seulement sont les fleurs épandues,
Les fleurs d’or précieuses !

I1 chante bien,
L’oiseau de turquoise, le quetzal,
L’oiseau aux plumes de jais !
L’ara chante le premier :
Tambourins et tambours,
Tous lui font réponse.. .

Je bois le cacao,
Et ce m’est grande joie.
Mon coeur est heureux,
Mon coeur est satisfait…

Ainsi je pleure, ainsi je chante,
Dans l’intérieur de ma maison passe ma vie.

J’ai bu des fleurs de cacao et de maïs…
Pleure mon coeur, empli de tristesse:
Sur la terre seulement, naître à la douleur…

Tout ce dont je me souvienne:
Le malheur et l’angoisse:
Sur la terre seulement, naître à la douleur …

(Nezahualcoyotl)

 

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A la recherche du temps perdu (Marcel Proust)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2018



 

madeleine

Il y avait déjà bien des années que, de Combray, tout ce qui n’était pas le théâtre et le drame de mon coucher n’existait plus pour moi,
quand un jour d’hiver, comme je rentrais à la maison, ma mère, voyant que j’avais froid, me proposa de me faire prendre, contre mon habitude, un peu de thé.
Je refusai d’abord et, je ne sais pourquoi, me ravisai.

Elle envoya chercher un de ces gâteaux courts et dodus appelés Petites Madeleines qui semblaient avoir été moulées dans la valve rainurée d’une coquille de Saint-Jacques.
Et bientôt, machinalement, accablé par la morne journée et la perspective d’un triste lendemain, je portai à mes lèvres une cuillerée du thé
où j’avais laissé s’amollir un morceau de madeleine.

Mais à l’instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis,
attentif à ce qui se passait d’extraordinaire en moi.
Un plaisir délicieux m’avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause.
Il m’avait aussitôt rendu les vicissitudes de la vie indifférentes, ses désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire,
de la même façon qu’opère l’amour, en me remplissant d’une essence précieuse: ou plutôt cette essence n’était pas en moi, elle était moi.

J’avais cessé de me sentir médiocre, contingent, mortel.
D’où avait pu me venir cette puissante joie ?

Je sentais qu’elle était liée au goût du thé et du gâteau, mais qu’elle le dépassait infiniment, ne devait pas être de même nature.
D’où venait-elle ? Que signifiait-elle ? Où l’appréhender ?

Je bois une seconde gorgée où je ne trouve rien de plus que dans la première, une troisième qui m’apporte un peu moins que la seconde.
Il est temps que je m’arrête, la vertu du breuvage semble diminuer.
Il est clair que la vérité que je cherche n’est pas en lui, mais en moi.

Il l’y a éveillée, mais ne la connaît pas, et ne peut que répéter indéfiniment,
avec de moins en moins de force, ce même témoignage que je ne sais pas interpréter
et que je veux au moins pouvoir lui redemander et retrouver intact, à ma disposition, tout à l’heure, pour un éclaircissement décisif.

Je pose la tasse et me tourne vers mon esprit. C’est à lui de trouver la vérité.
Mais comment ? Grave incertitude, toutes les fois que l’esprit se sent dépassé par lui-même ;
quand lui, le chercheur, est tout ensemble le pays obscur où il doit chercher et où tout son bagage ne lui sera de rien.

Chercher ? pas seulement : créer.
Il est en face de quelque chose qui n’est pas encore et que seul il peut réaliser, puis faire entrer dans sa lumière.

(Marcel Proust)

 

 

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Quelle impérissable étoile perdue (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 28 mai 2018




Quelle chose infiniment précieuse
Cherchions-nous sur la grève?
Quelle signature,
Promesse en un coquillage nacré, sagesse en un galet?
De quel roi mort la couronne d’or, polie par la marée,
Quelle impérissable étoile perdue?

***

What infinitely precious thing
Did we seek along the shore?
What signature,
Promise in pearly shell, wisdom in stone?
What dead king’s golden crown, tide-worn,
What lost imperishable star?

(Kathleen Raine)

Illustration: George Hunter

 

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Sonnet de Porcelaine (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 28 août 2017



Sonnet de Porcelaine

LE soir, ouvrant au vent ses ailes de phalène,
Evoque un souvenir fragilement rosé,
Le souvenir, touchant comme un Saxe brisé,
De ta naïveté fraîche de porcelaine.

Notre chambre d’hier, où meurt la marjolaine,
N’aura plus ton regard plein de ciel ardoisé,
Ni ton étonnement puéril et rusé…
O frissons de ta nuque où brûlait mon haleine !

Et mon coeur, dont la paix ne craint plus ton retour,
Ne sanglotera plus son misérable amour,
Frêle apparition que le silence éveille !

Loin du sincère avril de venins et de miels,
Tu souris, m’apportant les fleurs de ta corbeille,
Fleurs précieuses des champs artificiels

(Renée Vivien)

Illustration

 

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Chagrins et Joies (Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 26 janvier 2017



Ô vous, comme un qui boite au loin, Chagrins et Joies,
Toi, cœur saignant d’hier qui flambes aujourd’hui,
C’est vrai pourtant que c’est fini, que tout a fui
De nos sens, aussi bien les ombres que les proies.

Vieux bonheurs, vieux malheurs, comme une file d’oies
Sur la route en poussière où tous les pieds ont lui,
Bon voyage! Et le Rire, et, plus vieille que lui,
Toi, Tristesse, noyée au vieux noir que tu broies!

Et le reste! — Un doux vide, un grand renoncement
Quelqu’un en nous qui sent la paix immensément,
Une candeur d’une fraîcheur délicieuse…

Et voyez! notre cœur qui saignait sous l’orgueil,
Il flambe dans l’amour, et s’en va faire accueil
À la vie, en faveur d’une mort précieuse !

(Verlaine)


Illustration

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LES VIPÈRES PRE…CIEUSES… (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 27 août 2016



LES VIPÈRES PRE…CIEUSES…

Les vipères précieuses
Qui vont boire
Glissent sous les paupières
Du grès.

La perdrix dans les prêles
Chantera jusqu’à la nuit.

Les peupliers, ruisselants
De bonnes nouvelles,
Tremblent sous les pieds légers
Du soleil.

Je suis l’homme
Aux durs talons,
Aux mains d’écorce.
Les couteaux rouges du pré
Traversent mes cheveux
Et mon souffle au tien
Se mêle,
Bonne chair aventureuse
De la terre.

(Jean Rousselot)

Illustration: Alberto Giacometti

 

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Précieuse (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2016



Précieuse

Loin de mes yeux mais si près de mes lèvres
Voici Précieuse et le chant de son corps
Fleur après fleur, c’est un dieu qui l’habille
Dans son regard jette des rayons d’or
Elle s’éveille et la forêt scintille.

Un okapi s’échappe et c’est la terre
Qui dicte aux fleurs un éclatant pardon
L’arbre s’incline et la voix d’une vierge
Vient l’effleurer pour murmurer le nom
De quelque oiseau délivré de ses pièges.

Je dis Précieuse et les arbres s’écartent
Le vent se couche et le torrent s’endort
Les écureuils, les renards se regardent
Et c’est la paix pour le peuple de l’aube
Pour tous les faons que le soleil poignarde.

Présent du coeur, il existe Précieuse
Et la nommer fait oublier le sang
Clair paysage où les oiseaux s’émeuvent
Où tout paraît plus simple dans le temps
La nuit se penche et murmure : Précieuse…

(Robert Sabatier)

 

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Quant à toi (Hector de Saint-Denys Garneau)

Posted by arbrealettres sur 26 juillet 2016




Quant à toi

Quant à toi dépasse la tour,
Allonge la main au faîte de la tour
Et fais signe à ceux qui n’ont pas de vue au-dedans.
Fais ce silence et parle ces signes
Afin qu’on sache qu’il est des choses dans la tour
Que là-dedans vit quelque chose qu’on ne voit pas
Mais existe, une perle précieuse.

(Hector de Saint-Denys Garneau)

Illustration: Michael Whelan

 

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PLUS LOIN ENCORE (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 20 mai 2016



PLUS LOIN ENCORE

À la grande entrée de la ville
quand le soleil est bas.
La circulation se traîne, épaissit.
Tel un dragon paresseux, étincelant.
Je suis une des écailles du dragon.
Soudain, le soleil incandescent
est au milieu du pare-brise
et me submerge.
Je suis translucide
et une écriture inscrit
en moi
des mots tracés à l’encre sympathique
qui surgissent
lorsqu’on tient le papier au-dessus de la flamme !
Je sais qu’il me faut partir très loin
traverser la ville et aller plus
loin encore, jusqu’à ce que vienne l’heure de sortir
et de marcher longuement en forêt.
De suivre les traces du blaireau.
L’obscurité se fait, difficile d’y voir.
Mais là, sur la mousse, il y a des pierres.
L’une d’elles est précieuse.
Elle peut tout convertir :
elle sait faire briller l’obscurité.
C’est un commutateur pour le pays entier.
Tout y est raccordé.
La regarder, l’effleurer…

(Tomas Tranströmer)

Illustration

 

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Ces feuilles brunes (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 20 mai 2016




Ces feuilles brunes
sont aussi précieuses que les
manuscrits de la mer Morte.

(Tomas Tranströmer)

 

 

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