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Poésie

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Parfois tu regardes une pierre (Lionel Ray)

Posted by arbrealettres sur 12 janvier 2019




Illustration: ArbreaPhotos
    
Parfois tu regardes une pierre
— est-ce bien cela ? toucher
du regard une opaque surface
qui n’est rien que silence.

Le suave printemps peut
te réjouir ou t’affliger
à cause des fleurs nouvelles
ou des animaux distraits.

La pierre, elle, est toujours là :
semblable à elle-même,
si bien assurée dans son être,

Sa forme, sa densité, son poids,
si précise et si proche,
non changeante.

(Lionel Ray)

 

Recueil: Syllabes de sable Poèmes
Traduction:
Editions: Gallimard

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Non, la vérité n’est pas la musique (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 20 novembre 2018



Illustration: Drew Mcsherry
    
non, la vérité n’est pas la musique
moi, triste attente d’un mot
qui nommerait ce que je cherche
et qu’est-ce que je cherche ?
non le nom de la déité
non le nom des noms
mais les noms précis et précieux
de mes désirs dissimulés

quelque chose en moi m’a puni
toutes mes vies :
— Nous t’avons donné tout ce qu’il fallait pour que tu comprennes
et tu as préféré l’attente
comme si tout t’annonçait le poème
(celui que tu n’écriras jamais car c’est un jardin inaccessible

– — je suis seulement venue voir le jardin -)
(Alejandra Pizarnik)

 

Recueil: Approximations
Traduction: Etienne Dobenesque
Editions: Ypfilon

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OBSCURITÉ (Mourid Al-Barghouti)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2018




    
OBSCURITÉ

Quelle est donc la belle qui insiste pour voir nos visages
se pénétrer de nos traits
les cheveux, le front, les yeux, les lèvres
nos traits précis ?
Ne voyez-vous pas Madame que l’obscurité est profonde ?
Ne voyez-vous pas que nous donnons notre vie pour
un cierge
à la clarté duquel
nous espérons vous voir ?

(Mourid Al-Barghouti)

 

Recueil: Adbdellatif Laâbi La poésie palestinienne contemporaine anthologie
Traduction:
Editions: Messidor

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La souffrance (Baruch Spinoza)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2018



Illustration: Pascal Renoux
    
La souffrance cesse d’être souffrance
sitôt que l’on s’en forme
une représentation nette et précise.

(Baruch Spinoza)

 

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Allongé (Stéphane Korvin)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2018



Illustration: Lucie Llong
    
allongé sur les scènes de ton bras,
j’aurais aimé tromper la peur
avec une histoire précise de la douceur

[…]

ta voix s’y cache
ta voix et ses évocations de nu-possible

(Stéphane Korvin)

 

Recueil: percolamour
Traduction:
Editions: isabelle sauvage

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Et voici la muraille (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2018



    

Et voici la muraille, elle use le désir,
On ne sait où la prendre, elle est sans souvenirs,
Elle regarde ailleurs, et, lisse, sans pensées,
C’est un front sans visage, à l’écart des années.
Prisonniers de nos bras, de nos tristes genoux,
Et, le regard tondu, nous sommes devant nous
Comme l’eau d’un bidon qui coule dans le sable
Et qui dans un instant ne sera plus que sable.
Déjà nous ne pouvons regarder ni songer,
Tant notre âme est d’un poids qui nous est étranger.
Nos coeurs toujours visés par une carabine
Ne sauraient plus sans elle habiter nos poitrines.
Il leur faut ce trou noir, précis de plus en plus,
C’est l’oeil d’un domestique attentif, aux pieds nus.
Oeil plein de prévenance et profond, sans paupière.
A l’aise dans le noir et l’excès de lumière.

(Jules Supervielle)

 

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ENCORE UN PEU D’AMOUR QUI SE DÉROULE (François de Cornière)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2018




    
ENCORE UN PEU D’AMOUR QUI SE DÉROULE

J’ai noté
qui venait de la cuisine
le bruit d’un couteau sur une pomme.
Je l’entendais je l’ai marqué
avec d’autres mots
pour dire d’autres bruits
(comme celui d’un frigo
dans une maison vide
ou encore d’un râteau
sur des graviers l’été).

Aujourd’hui je les retrouve
— mots et bruits —
au milieu d’un carnet
qui me parlent toujours
me renvoient à des lieux
à des jours très précis.

Et si par la fenêtre ouverte
j’écoute vos rires et vos cris
dans un jardin vibrer
c’est dans le jet d’eau qui vous vise
encore un peu d’amour qui se déroule
et qui retombe dans mon poème
maintenant retrouvé.

(François de Cornière)

 

Recueil: Ces moments-là
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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L’ASILE (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2018




    
L’ASILE

Celui-là que trahit les rages de son ventre
Et que tel pâle éclair de ses nuits a, souvent,
Humilié, s’humilie. Il se soumet, il entre
À l’asile de fous comme on entre au couvent.

Puissé-je rester libre et garder ma raison
Comme un sextant précis à travers les tempêtes,
Lieux d’asile mon coeur, ma tête et ma maison
Et le droit de fixer en face hommes et bêtes.

Vertu tu n’es qu’un mot, mais le seul mot de passe
Qui m’ouvre l’horizon, déchire le décor
Et soumet à mes voeux l’espéré Val-de-Grâce

Où le sage s’éveille, où le héros s’endort.
Que le rêve de l’un et la réalité
De l’autre soient présents bientôt dans la cité.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Contrée suivi de Calixto
Traduction:
Editions: Gallimard

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Ma dame nue (Edward Estlin Cummings)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2018




    
ma dame nue sur fond
de crépuscule est un accident

dont l’agrément dépasse aisément l’intention
du génie—
toute peinture se sent honteuse
devant cette musique,et la poésie n’arrive
à s’en approcher tant elle est craintive.

et pourtant toutes deux la disent merveilleuse
Mais moi(dans mes bras ayant pris

le tableau)je le presse lentement

contre ma bouche,goûte le rythme précis
féroce
et sage d’une
impeccable
nonchalance. Savoure le prix

d’un geste inimaginable

chaud exact impie

***

my naked lady framed
in twilight is an accident

whose niceness betters easily the intent
of genius—
painting wholly feels ashamed
before this music,and poetry cannot
go near because perfectly fearful.

meanwhile these speak her wonderful
But i(having in my arms caught

the picture)hurry it slowly

to my mouth,taste the accurate demure
ferocious
rhythm of
precise
laziness. Eat the price

of an imaginable gesture

exact warm unholy

(Edward Estlin Cummings)

 

Recueil: Erotiques
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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Je vais proférer un arbre (Edward Estlin Cummings)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2018



Illustration: Lionel Valot
    
je vais proférer un arbre,Personne
ne m’arrêtera

mais d’abord
la terre,l’insouciante orale obscurité
se déchaînant en de fines impulsions

je ferai

un
rêve
je
pense qu’il sera de roses et
le printemps lui apportera
des vers se ruant dans le terreau.

(ensuite je
monterai
avec de longs muscles attentifs

dans un silence nerveux précis… Mais d’abord

tu)

presseras doucement
d’abord,ce sera les feuilles
et un peu plus fort

pour les roses
juste un peu plus fort

à la fin nous
dans le feu gémissant d’un net énorme
pataugeant baiser montant humide hideusement avec
de larges
minuscules
hanches,Oh

.presse

les vers se ruant lentement dans le terreau

***

i am going to utter a tree,Nobody
shall stop me

but first
earth ,the reckless oral darkness
raging with thin impulse

i will have

into nervous and accurate silence….But first
a
dream
i
think it shall be roses and
spring will bring her
worms rushing through loam.

(afterward i’ll
climb
by tall careful muscles

into nervous and accurate silence….But first

you)

press easily
at first,it will be leaves
and a little harder

for roses
only a little harder

last we
on the groaning flame of neat huge
trudging kiss moistly climbing hideously with
large
minute
hips,O

.press

worms rushing slowly through loam

(Edward Estlin Cummings)

 

Recueil: Erotiques
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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