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APRÈS LA TRISTESSE (Umberto Saba)

Posted by arbrealettres sur 25 avril 2018



 

APRÈS LA TRISTESSE

Ce pain a goût de souvenir,
que j’ai mangé dans cette pauvre auberge,
au point le plus perdu, le plus encombré du port.

J’aime le goût amer de cette bière,
assis à mi-chemin du retour,
face aux montagnes ennuagées et au phare.

Mon âme venue à bout de l’une de ses peines
avec des yeux nouveaux dans le soir ancien
regarde un pilote avec sa femme enceinte ;

puis un bâtiment dont la vieille coque
luit au soleil, et dont la cheminée
longue comme ses deux mâts est un dessin
d’enfant que j’ai fait il y a bien vingt ans.
Et qui m’aurait prédit ma vie
aussi belle, avec tant de doux tourments,
et tant de béatitude solitaire !

(Umberto Saba)

Illustration

 

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Une chanson (William Butler Yeats)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2018



 

Une chanson

Je pensais qu’il ne fallait rien
Pour prolonger la jeunesse
De plus qu’haltères et fleuret
Qui conservent jeune le corps.
Oh, qui aurait pu prédire
Que le coeur vieillirait aussi ?

Pour plaire j’ai certes des mots,
Mais quelle femme s’en contente
Si je ne perds plus mon sang-froid
Du seul fait d’être à côté d’elle ?
Oh, qui aurait pu prédire
Que le coeur vieillirait aussi ?

Je n’ai pas perdu le désir,
Mais bien mon coeur d’autrefois ;
Je croyais bien qu’il brûlerait
Mon corps jusqu’à son lit de mort,
Car qui aurait pu prédire
Que le coeur vieillirait aussi ?

***

A song

I thought no more was needed
Youth to prolong
Than dumb-bell and foil
To keep the body young.
O who could have foretold
That the heart grows old ?

Though I have many words,
What woman’s satisfied,
I am no longer faint
Because at her side?
O who could have foretold
That the heart grows old ?

I have not lost desire
But the heart that I had ;
I thought ‘twould burn my body
Laid on the death-bed,
For who could have foretold
That the heart grows old ?

(William Butler Yeats)

Illustration: Edward Hopper

 

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Donjons de Dieu! Poètes ! (Rubén Darío)

Posted by arbrealettres sur 24 février 2018




    
Donjons de Dieu! Poètes !
Paratonnerres célestes,
qui résistez aux plus violents des orages,
tels des crêtes muettes,
tels des cimes agrestes,
des éternités vous êtes le barrage !

Une Espérance magique le jour nous prédit
au cours duquel, sur le rocher d’harmonie
périra la sirène aux perfides atours.
Espérez donc, espérons donc toujours !

Espérez donc toujours.
L’élément bestial se divertit
dans la haine de la poésie
et les races s’offensent tour à tour.

L’insurrection d’en bas
s’étend aux Excellents.
Le cannibale convoite sa proie,
le rouge aux gencives et l’écume aux dents.

Donjons, mettez un sourire au pavillon.
Opposez aux craintes et aux manifestations malignes
d’une brise la superbe inspiration,
brise d’une tranquillité céleste et marine…

(Rubén Darío)

 

Recueil: Chants de vie et d’espérance
Traduction: Lionel Igersheim
Editions: Sillage

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Entourée d’une nuée d’or (Hölderlin)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2018


nuée d'or

 

Les pleurs des retrouvailles, les étreintes
des retrouvailles, ton regard dans le sien:
je pourrai tout prédire et pour toi chanter
le destin du philtre d’amour

Mais maintenant aussi, jeune Fée, tu as la beauté,
même si tu es seule; et la fille des Muses se réjouit
et se nourrit de ton esprit
et du tendre chant de ton coeur.

Mais tout sera bien différent en son heureuse présence:
ton âme se reconnaîtra dans son regard immédiatement
Tu seras sereine, de ses yeux contemplée,
tu marcheras de nouveau entourée d’une nuée d’or

(Hölderlin)

 

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Et si ces flèches qui nous percent (Jean-Louis Chrétien)

Posted by arbrealettres sur 12 janvier 2018



    

et si ces flèches qui nous percent
prédisaient plus déserte brûlure
où les noms même s’évaporent
quand viendras-tu péninsule
aventurée d’haleines et d’oiseaux
ces récifs nous voulons que les vaisseaux s’y brisent
et nous y perdre corps et biens
cherchant au fond de la mer la lueur
d’une étoile à jamais future

(Jean-Louis Chrétien)

 

Recueil: Entre Flèche et Cri
Traduction:
Editions: Obsidiane

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Regarde moi bien ma petite fill (Abdelmajid Benjelloun)

Posted by arbrealettres sur 28 août 2017



 

Regarde moi bien ma petite fille,
ma petite Houda
regarde tous les êtres humains
tous envoyés de la lumière
mais se bousculant tous autant qu’ils sont
dans une impasse organisée savamment en la vie.
Ils se prédisent tous une mort qui n’est pas la mort.
Mais savent-ils que l’éternité a commencé à sentir l’homme
avant le premier homme sur terre?

(Abdelmajid Benjelloun)

 

 

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POÈMES, UN PREMIER TESTAMENT (Alain Bosquet)

Posted by arbrealettres sur 5 novembre 2016



 

POÈMES, UN PREMIER TESTAMENT

J’ai dit «pomme» à la pomme ; elle m’a dit « mensonge» ;
Et « vautour » au vautour qui n’a pas répondu.
Dans mon livre, le soir, la comète s’allonge,
Et l’amour n’est amour que douze fois relu.

Mon corps est, lui aussi, un livre qu’il faut lire,
Puisqu’on lit un genou comme on lit l’horizon.
Vivre ou écrire, écrire ou vivre ? Je soupire :
Dans le verbe ma chair a trouvé sa raison.

Il est si roux, le mois d’octobre entre les pages ;
Il est si vert, le mois d’avril, à peine âgé
D’un mot qui dit l’amour, d’un mot qui fait l’image ;
Il est si gris, le mois qu’il me faut corriger.

Un agneau tout à l’heure est sorti de mon verbe ;
Il a fait quelques pas dans le ciel de l’été.
Mon agneau si verbal, vas-tu brouter mon herbe,
Verbale comme toi : je viens de l’inventer ?

Qui parle à mon poème ? Il est triste et fragile.
Quand je lui dis bonjour, il se croit supplicié,
Congédie son aurore et déchire ses îles
Pour vivre de silence ; il est mon seul sorcier.

Qui parle à mon amour ? Il se veut impudique.
Le vice est beau, mon livre, et c’est moi qui te mords !
Où commence la chair ? Où finit la musique ?
Je sais que la parole est toujours un remords.

S’il faut que le poème écrive son poète,
Dis-moi, mon livre, est-ce de toi que je suis né ?
Quelle page a prévu ma naissance indiscrète
Et prédit mille fois : « Tu seras condamné » ?

(Alain Bosquet)

Illustration: Silvia Vassileva

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De travers (Céline Escouteloup)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2016



De travers

Je suis tombée en pleine rue
Sous le poids d’un moineau
Tombée en pleine rue
Sous le poids
D’une fleur cassée

De la lumière a giclé
Et puis du sang
Et puis : effondrement de confettis

Personne ne l’avait prédit.

Cette seconde où la musique est de travers.
Tout l’univers a trébuché.
Basculé.

On sent la mort et le rire aller
Main dans la main d’un seul mouvement

Et voilà une robe qui se met à tourner
À l’envers

(Céline Escouteloup)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Jean-Luc Ollivier

 

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JE POURSUIS UNE FORME… (Ruben Dario)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2016



 

Patricia Blondel  cygne 758

JE POURSUIS UNE FORME…
(Yo persigo una forma…)

Je poursuis une forme rebelle à mon style,
bouton de pensée qui voudrait être rose;
Y prélude un baiser qui sur mes lèvres se pose
à l’étreinte impossible de la Vénus de Milo.

De vertes palmes adornent le vert péristyle ;
les astres m’ont prédit l’apparition de la déesse;
et en mon âme la lumière repose
tel l’oiseau de la lune sur un lac tranquille.

Et je ne trouve que le mot qui se dérobe,
la mélodique initiation qui de la flûte coule
et la barque du rêve qui dans l’espace vogue;

et sous la croisée de ma Belle-Dormante,
le sanglot continu du jet de la fontaine
et le cou du grand cygne blanc qui m’interroge.

(Ruben Dario)

Illustration: Patricia Blondel

 

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Je ne connais ni les oiseaux ni les fleurs ni les arbres (Jean-Claude Pirotte)

Posted by arbrealettres sur 13 janvier 2016



je ne connais ni les oiseaux
ni les fleurs ni les arbres
je me connais encore moins
je me cherche dans les décombres

et je me perds dans les chemins
où je ne croise que des ombres
je ne suis qu’un drôle d’oiseau
c’était l’opinion de ma mère

qui connaissait tous les oiseaux
toutes les fleurs et tous les arbres
et qui prédisait les désastres
elle me conduisait au zoo

afin de me montrer les cages
où vivent les enfants sages

(Jean-Claude Pirotte)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

 

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