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Poésie

Posts Tagged ‘préférer’

Profession de foi (Ingerborg Bachmann)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2019



Illustration: Nathalie Mounier
    
Profession de foi

Je ne peux vivre sans ressentir la présence toujours
D’une étincelle de feu clair.
Mon coeur préfère errer éternellement
Que se rafraîchir dans le courant du jour.

Je cherche l’amour aux ultimes confins
Et brûle de me dissoudre enfin,
Quand bien même tous les appuis me lâchent,
Me jouant aux mains du Malin.

Je me tiens rayonnante devant les plus profonds abîmes,
afin de connaître leur sens ultime
Et il m’est permis aux heures magiques
D’aller à l’origine, au fond des énigmes.

***

Bekenntnis

Ich kann nicht leben ohne einen Funken
Von hellem Feuer stets zu fühlen.
Mein Herz wird lieber ewig wandern,
Als sich im Strom des Tages kühlen.

Ich suche Liebe an den letzten Grenzen
Und gliihe mich einmal zu lösen,
Selbst wenn mich aile Pfeiler lassen,
Mich spielend in die Hand des Bösen.

Ich stehe strahlend vor den tiefsten Gründen,
Um ihren letzten Sinn zu sehen
Und darf in zauberhaften Stunden
Bis an der Rätsel Urgrund gehen.

(Ingerborg Bachmann)

 

Recueil: Toute personne qui tombe a des ailes
Traduction: Françoise Rétif
Editions: Gallimard

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Vous parler ? (Sabine Sicaud)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2019



Alex Colville 6

Vous parler ? Non. Je ne peux pas.
Je préfère souffrir comme une plante,
Comme l’oiseau qui ne dit rien sur le tilleul.
Ils attendent. C’est bien. Puisqu’ils ne sont pas las
D’attendre, j’attendrai, de cette même attente.

Ils souffrent seuls. On doit apprendre à souffrir seul.
Je ne veux pas d’indifférents prêts à sourire
Ni d’amis gémissants. Que nul ne vienne.

La plante ne dit rien. L’oiseau se tait. Que dire ?
Cette douleur est seule au monde, quoi qu’on veuille.
Elle n’est pas celle des autres, c’est la mienne.

Une feuille a son mal qu’ignore l’autre feuille,
Et le mal de l’oiseau, l’autre oiseau n’en sait rien.

On ne sait pas. On ne sait pas. Qui se ressemble ?
Et se ressemblât-on, qu’importe. Il me convient
De n’entendre ce soir nulle parole vaine.

J’attends, comme le font derrière la fenêtre
le vieil arbre sans geste et le pinson muet…
Une goutte d’eau pure, un peu de vent, qui sait ?
Qu’attendent-ils ? Nous l’attendrons ensemble.
Le soleil leur a dit qu’il reviendrait, peut-être…

(Sabine Sicaud)

Illustration: Alex Colville

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Ô conscience (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2019




    
Ô conscience, à laquelle il faut toujours et toujours, des événements !
Il suffit que tu sois, et sois éveillée pour être remplie
Toujours tu préfères le hasard au vide et le chaos au zéro.

Tu es faite pour toute chose,
et tu fais n’importe quelle chose pour subsister.
Et quel monstre que tu fasses, tu veux lui donner une signification, ne pas l’avoir vu en vain…

Et invinciblement aussi, tu te divises,
tu préfères quelqu’une de tes parties.
Tel fantôme sera le roi des autres.
Telle parole sera plus puissante.
Telle idée plus étendue,
plus maîtresse que son instant.

— Adieu

(Paul Valéry)

 

Recueil: Poésie perdue
Traduction:
Editions: Gallimard

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CONDOLÉANCES (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 1 septembre 2019



 

CONDOLÉANCES

Surtout ne pas revenir en arrière
les regrets sont des anémones
qui n’attendent que le remords
Je préfère les étoiles fidèles
et silencieuses et souveraines
qui sont les regards de la nuit
et les fleurs de mes meilleurs rêves

Doucement comme les loups
j’explore le domaine de chaque jour
et je découvre l’inconnu
je suis sans pitié
pour ce qui est identique
le pas à pas et le pas dans les pas
mais quelqu’un chante une rengaine
toujours plus loin de moi-même
toujours le même

(Philippe Soupault)

Illustration: Audrey Kawasaki

 

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L’expérience que la vie dément (René Char)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2019



 

Talon Abraxas 1980 - British Surrealist painter - Tutt'Art@ (34) [1280x768]

L’expérience que la vie dément,
celle que le poète préfère.

(René Char)

Illustration: Talon Abraxas

 

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Printemps (Francis Carco)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2019



Printemps

Je te donne ce coin fleuri,
Ces arbres légers, cette brume
Et Paris au loin, qui s’allume
Sous ces nuages blancs et gris.

mais tu t’en moques. Tu préfères,
À ce soyeux et lent décor,
La bouche avide qui te mord
Et l’étreinte qui t’exaspère.

Cette nuit, l’odeur des lilas
Charge la brise et ta jeunesse
S’épanouit sous la caresse
De ma bouche experte et des doigts

(Francis Carco)

Illustration: Joseph Matar

 

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RETENUE (Paul de Roux)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2019



Illustration
    
RETENUE

Peut-être y a-t-il des choses
que tu ne voudrais pas dire pour ne pas les épuiser,
pour les retrouver encore une fois
dans cette lumière et dans cette fraîcheur, t’exclamant :

Comment pourrais-je avec des mots rivaliser
avec ces arbres, ces tuiles, ces pierres, les gestes de cette main ? »

tu préfères rester sur ta faim,
tu préfères garder l’amour intact
et toujours un peu souffrant.

(Paul de Roux)

 

Recueil: Paysage en cours
Traduction:
Editions: Atelier La Feugraie

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Non, la vérité n’est pas la musique (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 20 novembre 2018



Illustration: Drew Mcsherry
    
non, la vérité n’est pas la musique
moi, triste attente d’un mot
qui nommerait ce que je cherche
et qu’est-ce que je cherche ?
non le nom de la déité
non le nom des noms
mais les noms précis et précieux
de mes désirs dissimulés

quelque chose en moi m’a puni
toutes mes vies :
— Nous t’avons donné tout ce qu’il fallait pour que tu comprennes
et tu as préféré l’attente
comme si tout t’annonçait le poème
(celui que tu n’écriras jamais car c’est un jardin inaccessible

– — je suis seulement venue voir le jardin -)
(Alejandra Pizarnik)

 

Recueil: Approximations
Traduction: Etienne Dobenesque
Editions: Ypfilon

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Ivresse rimbaldienne (Nimrod)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2018




    
Ivresse rimbaldienne

Un bleu outremer guette au fond de mon oeil son écho.
Toujours je le préférai aux joies réverbérantes.
Il m’offre à toute heure du jour l’ivresse des solitudes.
je suis l’empailleur de l’espoir ici-bas, son tombeau incomparable !

L’enfance est un passeport égaré le long des routes
Indélicates. Elles desservent des foules des forêts
Abruptes et bourrues, insensibles à la patience des nuages.

Où s’en sont allées mes jeunes années ? Le temps les frictionne
De son amour universel. J’en appelle à l’ordre luciférien
Sans perdre de vue ni la douceur des nuées
Ni la beauté des ombres dociles errantes

Il ne tient qu’à moi de leur tourner le dos.
De chiffrer leurs mêlées leurs aises sur le plancher des vaches.
Le bonheur un brin paresseux suit sa pente.

(Nimrod)

 

Recueil: L’Ardeur ABC poétique du vivre plus
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Vous m’avez tiré du néant (Marie Noël)

Posted by arbrealettres sur 7 septembre 2018



Illustration
    
C’est étrange que, toute jeune et petite, à l’âge de ma plus grande foi
et de mon plus ardent amour pour l’Amour invisible,
j’aie toujours eu dans l’ombre du sang ce grand cri sombre de naissance
que même Dieu n’a jamais complètement apaisé.

(…)
Mais quand le prêtre commençait la seconde oraison:

« Que vous rendrais-je, ô mon Dieu,
pour tous les biens que j’ai reçus de Vous ?

(…)
Vous m’avez tiré du néant… »

brusquement mon coeur s’arrêtait de prier.
(…)
Je ne pouvais pas, non !

Je ne pouvais pas le remercier de m’avoir tirée du néant,
et encore aujourd’hui je ne le peux guère.

J’eusse préféré qu’il m’y laissât à l’abri
de ce grand trouble de vivre et de mourir.

(Marie Noël)

 

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