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Poésie

Posts Tagged ‘prendre’

Ombres (Guillaume Apollinaire)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2019




    
Ombres

Vous voilà de nouveau près de moi
Souvenirs de mes compagnons morts à la guerre
L’olive du temps
Souvenirs qui n’en faites plus qu’un
Comme cent fourrures ne font qu’un manteau
Comme ces milliers de blessures ne font qu’un article de journal
Apparence impalpable et sombre qui avez pris
La forme changeante de mon ombre
Un Indien à l’affût pendant l’éternité
Ombre vous rampez près de moi
Mais vous ne m’entendez plus
Vous ne connaîtrez plus les poèmes divins que je chante
Tandis que moi je vous entends je vous vois encore
Destinées
Ombre multiple que le soleil vous garde
Vous qui m’aimez assez pour ne jamais me quitter
Et qui dansez au soleil sans faire de poussière
Ombre encre du soleil
Écriture de ma lumière
Caisson de regrets
Un dieu qui s’humilie

(Guillaume Apollinaire)

 

Recueil: Bris de vers Les émeutiers du XXè siècle
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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La Bastille prise ? (Max Olivier Bizeau)

Posted by arbrealettres sur 25 novembre 2019




    
La Bastille prise ?
Succèdent airs d’Opéra
À des «ça ira» !

(Max Olivier Bizeau)

 

Recueil: Paris … en haïku et en brèves
Traduction:
Editions: La Simarre

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HIRONDELLE (Max Olivier Bizeau)

Posted by arbrealettres sur 24 novembre 2019



Illustration: Christophe Monnin  
    
HIRONDELLE

Ta mère, quand elle t’écrivait
T’appelait hirondelle
Tu étais bonheur en l’espace
Délivrée d’elle, et pourtant
Comme prise dans ses cheveux
Unie au vent
Tes ailes coupant la lumière
Tu te cognais parfois à la vitre du ciel
Décourageant tes rêves
Ton vol de soie froissée
Annonçait la joie
Hirondelle, l’as-tu jamais su
Seule, tu faisais le printemps…

(Max Olivier Bizeau)

 

Recueil: Paris … en haïku et en brèves
Traduction:
Editions: La Simarre

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CE QUE DIT L’OUVRIER (Zalman Shneour)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2019




    
CE QUE DIT L’OUVRIER

De petits hommes capturent les baleines géantes
Pour transformer leurs fanons en corsets ;
Ils prennent à la queue du casoar deux ou trois plumes,
Au tigre, son pelage bigarré
Pour faire une carpette au pied d’un lit bourgeois.
Moi, la ville m’a capturé
Pour coudre sans fin des boutons.
Fil par-ci, aiguille par-là…
Tant de sensations et de chants nostalgiques
Tant de rêves et tant d’humaines passions
Et tout cela ne donne que boutons,
Fil par-ci, aiguille par-là,
Et reboutonne et déboutonne
La joie de créer, la pensée,
Ainsi jour et nuit jusqu’à l’heure
Où l’on entre dans la mort.
Il me semble déjà moi-même être un bouton.
Je me couds, je me couds à la vie
Sans pouvoir m’attacher,
Bouton dessus, forces perdues,
Je ne puis, bouton, me coudre moi-même.

(Zalman Shneour)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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Soir ivre (Ingerborg Bachmann)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2019



Illustration: Edward Hopper
    
Soir ivre

Soir ivre empli d’une clarté bleutée
titube à la fenêtre et désire chanter.
Les vitres peureusement se rassemblent et se pressent
dans lesquelles ses ombres se sont prises au filet.

Il obscurcit et tangue autour des maisons,
tombe sur un enfant et le chasse en criant,
poursuit tout en haletant et chuchotant
de sombres et inquiétantes déclarations.

Dans la cour humide, à la lisière sombre du mur,
il s’ébat avec les rats dans les coins.
Une femme dans sa robe grise râpée de bure
s’enfuit devant lui pour se cacher plus loin.

A la fontaine un filet mince encore coule,
une goutte s’empresse de saisir l’autre au vol ;
là, il boit sans ambages au trou encrassé de rouille
et aide à laver les noirs caniveaux et rigoles.

Soir ivre empli d’une clarté bleutée
titube par la fenêtre et commence à chanter.
Les vitres se brisent. Le visage ensanglanté,
il entre pour lutter avec ma terreur.

***

Betrunkner Abend

Betrunkner Abend, voll vom blauen Licht,
taumelt ans Fenster und begehrt zu singen.
Die Scheiben drängen furchtsam sich und dicht,
in denen seine Schatten sich verfingen.

Er schwankt verdunkelnd um das Häusermeer,
trifft auf ein Kind, es schreiend zu verjagen,
und atmet keuchend pinter allem her,
Beängstigendes flüsternd auszusagen.

Im feuchten Hof am dunklen Mauerrand
tummelt mit Ratten er sich in den Ecken.
Ein Weib, in grau verschlissenem Gewand,
weicht vor ihm weg, sich tiefer zu verstecken.

Am Brunnen rinnt ein dünner Faden noch,
ein Tropfen läuft, den andern zu erhaschen;
dort trinkt er jäh aus rostverschleimtem Loch
und hait, die schwarzen Gossen mitzuwaschen.

Betrunkner Abend, voll vom blauen Licht,
taumelt ins Fenster und beginnt zu singen.
Die Scheiben brechen. Blutend im Gesicht
dringt er herein, mit meinem Graun zu ringen.

(Ingerborg Bachmann)

 

Recueil: Toute personne qui tombe a des ailes
Traduction: Françoise Rétif
Editions: Gallimard

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NOTRE VILLE FLAMBE (Mordehaï Gebirtig)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2019




    
NOTRE VILLE FLAMBE

Ça flambe, mes frères, ça flambe,
C’est notre ville, hélas, qui flambe,
Des vents cruels, des vents de haine
Soufflent, déchirent, se déchaînent
Les flammes sauvages s’étendent
Aux environs déjà tout flambe.

Et vous, vous êtes là, vous regardez
Les mains immobiles,
Et vous, vous êtes là, vous regardez
Brûler notre ville…

Ça flambe, mes frères, ça flambe
C’est notre ville, hélas, qui flambe
Et les flammes carnassières
Dévorent notre ville entière
Et les vents de colère hurlent
Notre ville brûle.

Et vous, vous êtes là, vous regardez,
Les mains immobiles,
Et vous, vous êtes là, vous regardez,
Brûler notre ville…

Ça flambe, mes frères, ça flambe,
Oh l’heure peut venir, hélas
Où notre ville et nous ensemble
Ne serons plus rien que des cendres,
Seuls resteront, comme après une guerre,
Des murs noircis, des murs déserts.

Et vous, vous êtes là, vous regardez,
Les mains immobiles,
Et vous, vous êtes là, vous regardez
Brûler notre ville…

Ça flambe, mes frères, ça flambe,
Il n’est de salut qu’en vous-mêmes,
Prenez les outils, éteignez le feu,
Éteignez-le de votre propre sang.
Vous le pouvez, alors prouvez-le !

Ne restez pas ainsi, frères, à regarder,
Les mains immobiles,
Frères, n’attendez pas, éteignez l’incendie
Qui brûle notre ville.

(Mordehaï Gebirtig)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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Prends garde au soleil (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2019




    
Prends garde au soleil ouvre-lui ta poitrine
ô poète.

(Adonis)

 

Recueil: Lexique amoureux
Traduction: Vénus Khoury-Ghata Issa Makhlouf Houria Abdelouahed
Editions: Gallimard

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Tous ces signes (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2019



Illustration: Adolphe Jourdan
    
Tous ces signes habitent le paradis de la promesse,
et mon illusion féminine. Je m’agite
entre ses bras créateurs –
Où es-tu ? Puise-moi
Prête-moi l’eau de ton coeur. Prends-moi vers toi,
vers les flammes de ton désir merveilleux.

(Adonis)

 

Recueil: Lexique amoureux
Traduction: Vénus Khoury-Ghata Issa Makhlouf Houria Abdelouahed
Editions: Gallimard

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Millepertuis (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2019



Millepertuis

Le temps a dissipé la blonde silhouette
De mes châteaux de sable aux créneaux sans danger.
De ces châteaux d’enfant j’étais la girouette
Quand je ne savais pas que le temps peut changer.

Mais s’il peut te changer, me changer et me prendre
Ma jeunesse d’hier et notre heure aujourd’hui,
Il n’empêchera pas les saisons de nous rendre
L’iris et l’anémone et le millepertuis.

La jonquille au printemps, l’automne en chrysanthème,
La rose de toujours, la tubéreuse blême,
La sauge en plein été, l’ellébore en hiver,
L’étoile clématite en la nuit qui se sauve,
La glycine de mai dont les larmes sont mauves
Et ce qui se défeuille et ce qui reste vert.

(Louise de Vilmorin)

Illustration

 

 

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De mes noms multiples (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 25 octobre 2019



Illustration: Salvador Dali
    
De mes noms multiples naissent des humains
qui s’amoncellent et s’entretuent.
Prenez-les, guidez-les, enlacez-les!
Soyez pour eux chemins et conquêtes, ô mes noms!
Moi, je suis le vagabond éternel,
hors de mes noms,
et éternellement
je déclare la loi de la flamme,
le ravissement amoureux,
le rêve, les choses.

(Adonis)

 

Recueil: Toucher la lumière
Traduction: Anne Wade Minkowski
Editions: Imprimerie Nationale

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