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Posts Tagged ‘préparer’

QUIA HORTULANUS ESSET (Marguerite Yourcenar)

Posted by arbrealettres sur 30 avril 2022



Illustration: Salvadore Dali    
    
QUIA HORTULANUS ESSET

Je suis l’ouvrier du silence,
L’au-delà des gestes humains,
L’obole qui contrebalance
L’or des Césars entre vos mains.

Je suis l’innocence de l’aube
Et l’oeuf fragile au fond du nid;
Les replis usés de ma robe
Ont la largeur de l’infini.

Je suis plus vendu qu’un esclave,
Et, plus qu’un pauvre, abandonné;
Je suis l’eau céleste qui lave
Le sang que pour vous j’ai donné.

Les lys et les agneaux, mes frères,
Sont comme moi sans défenseur;
Je revêts tous ceux qui pleurèrent
D’une cuirasse de douceur.

Peu m’importe que l’on me nie :
Je suis l’obscur et l’insulté
Semant sa sueur d’agonie
Aux sillons du futur été.

Je suis la neige qui prépare
La lente éclosion des fleurs;
Deux bras ouverts, vivante barre,
Diamètre de vos douleurs.

La rose à mes côtés relève
Son visage innocent et beau;
Le bois mort s’humecte de sève;
Et la Madeleine au tombeau,

Moite encor des larmes versées,
Reconnaît, dieu qui sanglota,
Le jardinier aux mains percées
Sous l’arbre noir du Golgotha.

(Marguerite Yourcenar)

 

Recueil: Les charités d’Alcippe
Traduction:
Editions: Gallimard

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POUR TOI (Touria Iqbal)

Posted by arbrealettres sur 17 mars 2022




    
POUR TOI

Pour un frisson d’eau
et un palmier qui s’étiole
Pour un souffle palpitant
aux brises d’automne
Pour la pluie dans mes tresses
de petite fille
Je prépare mon calame

Pour les orchidées de ces plaines
Pour l’instant où cesse l’orage
Pour cet invisible qui se donne à
la contemplation
Pour le bonheur de soulager
quelques souffrances
j’ouvre mon parchemin

Pour le désir et la connaissance
Pour l’accueil et la tendresse
Pour le trouble délicieux
qui s’empare de moi
et qui ressurgit sans cesse plus fort
à la méditation de tes tons
J’écris un poème

(Touria Iqbal)

 

Recueil: Anthologie des femmes poètes du monde arabe
Traduction: Maram al-Masri
Editions: Le Temps des Cerises

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A l’origine tout est naturel (Hyegún)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2022



Illustration: Bang Hai Ja Hymne à la lumière
    
A l’origine tout est naturel, nul artifice
Pourquoi chercher la profondeur
dans l’apparence ?
Une seule pensée: sérénité absolue
Si tu as soif, prépare ton thé
Si tu es fatigué, va dormir

(Hyegún)

Recueil: Les mille monts de lune Poèmes de Corée
Traduction: Sunmi Kim
Editions: Albin Michel

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DANS L’IMMOBILITÉ (António Ramos Rosa)

Posted by arbrealettres sur 28 octobre 2021



Illustration: Erich Heckel
    
DANS L’IMMOBILITÉ

Juste deux flancs nus et ailleurs une tête
ou un sein de pierre. Mais dans l’immobilité
le même souffle, le même corps, cet absolu
qui respire et prépare en des mains
pacifiques l’or et les fruits du feuillage.
On dirait que l’épars et le fugace
se réunissent dans ses bras lumineux.
Et il monte dans la lueur d’un songe, mais le songe
est la transpiration de la terre. Son regard
voit le soleil comme un bateau sous les arbres.

(António Ramos Rosa)

 

Recueil: Le cycle du cheval
Traduction: du portugais par Michel Chandeigne
Editions: Gallimard

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DANS L’IMMOBILITÉ (António Ramos Rosa)

Posted by arbrealettres sur 22 octobre 2021



Illustration: Vincent Van Gogh
    
DANS L’IMMOBILITÉ

Juste deux flancs nus et ailleurs une tête
ou un sein de pierre. Mais dans l’immobilité
le même souffle, le même corps, cet absolu
qui respire et prépare en des mains
pacifiques l’or et les fruits du feuillage.
On dirait que l’épars et le fugace
se réunissent dans ses bras lumineux.
Et il monte dans la lueur d’un songe, mais le songe
est la transpiration de la terre. Son regard
voit le soleil comme un bateau sous les arbres.

(António Ramos Rosa)

Recueil: Le cycle du cheval
Traduction: du portugais par Michel Chandeigne
Editions: Gallimard

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Premier sourire du printemps (Théophile Gautier)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2021



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Premier sourire du printemps

Tandis qu’à leurs oeuvres perverses
Les hommes courent haletants,
Mars qui rit, malgré les averses,
Prépare en secret le printemps.

Pour les petites pâquerettes,
Sournoisement lorsque tout dort,
Il repasse des collerettes
Et cisèle des boutons d’or.

Dans le verger et dans la vigne,
Il s’en va, furtif perruquier,
Avec une houppe de cygne,
Poudrer à frimas l’amandier.

La nature au lit se repose ;
Lui descend au jardin désert,
Et lace les boutons de rose
Dans leur corset de velours vert.

Tout en composant des solfèges,
Qu’aux merles il siffle à mi-voix,
Il sème aux prés les perce-neiges
Et les violettes aux bois.

Sur le cresson de la fontaine
Où le cerf boit, l’oreille au guet,
De sa main cachée il égrène
Les grelots d’argent du muguet.

Sous l’herbe, pour que tu la cueilles,
Il met la fraise au teint vermeil,
Et te tresse un chapeau de feuilles
Pour te garantir du soleil.

Puis, lorsque sa besogne est faite,
Et que son règne va finir,
Au seuil d’avril tournant la tête,
Il dit :  » Printemps, tu peux venir !  »

(Théophile Gautier)

Illustration

 

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PHOTOGRAPHIE (extérieur) (Nuno Jùdice)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2021




    
PHOTOGRAPHIE (extérieur)

Auparavant la vérité
descendait la colline sur les paroles du berger ;
et les brebis n’étaient pas seules à les saisir. Je me
souviens
de ces collines vertes
sous les pluies du printemps, glaciales par vent
d’avril et lumineuses comme le soleil du nord. C’était
un matin. Les femmes préparaient encore le
four à pain — et déjà un rythme obscur annonçait
la naissance des fruits, c’est-à-dire,
l’équivoque de la faux au moment
de la récolte.
C’étaient bien ses paroles. Un
mouvement qui parcourait la surface
des rizières, qui ridait l’échine
des dunes, qui repoussait les mouettes vers
l’estuaire. Cependant, les vieux
le comprenaient; et quelques innocents, dont
l’esprit se confondait à la transparence
de l’eau, répétaient ce qu’il disait en un murmure
de ruisseau. Mais ce n’était pas à eux qu’il
s’adressait.
Il évita l’ambiguïté, les sens complexes
de la philosophie, le fond noir
du poème. De fait, il n’allait jamais jusqu’au bout
de ses histoires — comme s’il ne pouvait pas
les terminer.. ou qu’il ne savait plus rien, au-delà
de ce que nous savons, maintenant que nous sommes peu
à se souvenir de lui. Moi, pourtant, je l’ai revu —
assis sur ce banc de gare, feuilletant un vieux
journal et suçant un vieux mégot —
avec le souffle avide d’un apprenti
en hésitations.

(Nuno Jùdice)

 

Recueil: Un chant dans l’épaisseur du temps suivi de méditation sur des ruines
Traduction: Michel Chandeigne
Editions: Gallimard

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COUPLETS DE LA FILEUSE (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2020



Illustration: William Bouguereau
    
COUPLETS DE LA FILEUSE

Je file les rayons de lune
le vent qui souffle et la fumée
je file des lambeaux de brume
les cheveux d’ange et les reflets
Je choisis les parfums très doux
les lueurs de l’aube et les soucis
pour ma quenouille de cristal
et mes rêves les plus secrets

Quand le soir tombe je file encore
pour que passent le temps et la vie
Je prépare mon crépuscule
mon agonie et mon décès
Tous les fils de ma vie s’emmêlent
et je me perds dans mes regrets
dans l’écheveau de mes remords
en attendant l’heure de la mort

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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La poésie circulaire (Benjamin Péret)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2020




L’homme découvre la poésie circulaire
il s’aperçoit qu’elle roule et tangue
comme les flots de la botanique
et prépare périodiquement son flux et son reflux

(Benjamin Péret)

Illustration

 

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LE PETIT JOUR (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 7 février 2020



Illustration
    
LE PETIT JOUR

Le petit jour bat la semelle.
Il guette pour voir si j’allume.

Il fait craquer la gelée blanche,
s’amuse à souffler sur la lune.

Son haleine fait de la buée.
Le petit jour a froid aux pieds.

Je me réveille dans mon chaud.
J’aimerais bien prendre mon temps,

n’ouvrir les yeux que s’il fait beau.
Hélas le petit jour m’attend.

—Petit jour qui deviendra grand
pourquoi frappes-tu à ma porte ?

—Je m’ennuie tout seul dans le noir.
Prépare-nous un bon café.

Petit jour qu’est-ce que tu apportes ?
Va au moins me chercher du bois.

Je t’apporte le rouge-gorge,
l’odeur du brouillard dans les bois.

Je me lève donc avec le jour.
Il entre. Il fait entrer le froid.

Petit jour qu’est-ce que tu apportes ?
Va au moins me chercher du bois.

Je t’apporte le rouge-gorge,
l’odeur du brouillard dans les bois.

Je me lève donc avec le jour.
Il entre. Il fait entrer le froid.

(Claude Roy)

 

Recueil: Claude Roy un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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