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Elle parlait autrement que nous tous (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2019



 

Charles Edward Perugini  f3_b

Elle parlait autrement que nous tous,
d’autres choses d’ici, mais jamais dites
avant qu’elle ne les eût dites. Elle était tout :
Nature, amour et livre.

Comme l’aurore, toujours,
elle commençait de façon imprévue,
si loin de tout ce que l’on rêve !
Toujours, comme midi,
elle arrivait à son zénith, d’une manière
insoupçonnée,
si loin de tout ce que l’on raconte !
Comme le crépuscule, toujours,
elle se taisait d’une façon inconcevable,
si loin de tout ce que l’on pense !

Si loin, si près
de moi son corps ! Son âme,
si loin, si près
de moi!
… Nature, amour et livre.

***

Hablaba de otro modo que nosotros todos,
de otras cosas de aquí, mas nunca dichas
antes que las dijera. Lo era todo:
Naturaleza, amor y libro.

Como la aurora, siempre,
comenzaba de un modo no previsto
¡tan distante de todo lo soñado!
Siempre, como las doce,
llegaba a su cenit, de una manera
no sospechada,
¡tan distante de todo lo contado!
Como el ocaso, siempre,
se callaba de un modo inesperable,
¡tan distante de todo lo pensado!

¡Qué lejos y qué cerca
de mí su cuerpo! Su alma,
¡qué lejos y qué cerca
de mí!
… Naturaleza, amor y libro.

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Charles Edward Perugini

 

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La nudité, l’appel, le corps qui cherche (Miriam Silesu)

Posted by arbrealettres sur 2 mars 2019



Illustration: Lucie Llong   
    
La nudité, l’appel,
le corps qui cherche son unité à travers d’autres corps,
sa présence.

Le désir dans le crâne percé,
le sang qui cherche furieusement
à se brancher sur le nerf magique d’un destin
qui lui donnerait l’immortalité d’un sens.

Un baiser referme le monde dans sa nuit.
Un baiser plus profond que la tombe,
et le corps aimé n’est plus corps,
mais oubli, éternité.

Les corps s’aiment
parce qu’ils sont perdus,
pour se retrouver.

Nous avons tous un coeur
proche de se déchirer et prendre feu.
Un corps désiré ranime le goût blessé du vide…

Tomber dans un cri inconnu à travers le corps
qu’on sent à tel point qu’on ne le sent plus.

Le désir cherche à toucher,
mais le contact attendu
est celui de l’essence de la présence.

Aimer voudrait n’avoir pas de corps
pour aller au plus près.

(Miriam Silesu)

 

Recueil: Cinéraire
Traduction:
Editions: Lettres vives

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LA GROTTE (Annie Salager)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2019




    
LA GROTTE

Plus près, bien plus près, mais encore
dans un autre temps que le nôtre
l’instant aux traces demeurées
depuis 35.000 ans de la grotte Chauvet,
période glaciaire, près du 45e parallèle,
homo spiritualis petits groupes humains
plongés dans l’immédiateté animale
portés par sa vigueur herbivore, carnivore
confondus aux puissances animales
à leur explosion leur présent
mammouths aurochs lions chevaux
saisis en pleine course en piétinements
leur énergie leurs crinières leurs yeux,
concision du trait, implosion de l’humain,
plaquée sur le silence rupestre
une main qui dessine y invente le souffle

(Annie Salager)

 

Recueil: La Mémoire et l’Archet
Traduction:
Editions: La rumeur libre

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Si j’étais … (Anna Keiko)

Posted by arbrealettres sur 3 février 2019



 

Illustration
    
Si j’étais …

Si j’étais une étoile
je t’attendrais la nuit à ta fenêtre.

Si j’étais un nuage l’été
j’adoucirais le soleil au-dessus de toi.

Si j’étais le vent
je soufflerais doucement sur ton visage quand tu transpires.

Si j’étais un oiseau
je chanterais pour toi jour et nuit.

Mais je ne suis qu’une fourmi
qui voudrait voler tel un aigle
pour te voir du ciel et me poser près de toi.

Si j’étais…

***

IF I were …

If I were a star
I would wait for you at your window at night

If I were a cloud in summer
I would soften the sun above you.

If I were the wind,
I would gently blow your face when you sweat.

If I were a bird
I would sing for you by day and by night

But I am but an ant
longing to fly like an eagle
seeing you from the sky and settle close to you

If I were…

***

倘若我是星星
在黑夜守候您窗前。

倘若我是一片云,夏日
遮挡你头顶上的阳光。

倘若我是阳光
愿在寒冬温暧你。

倘若我是一阵风,
愿在你流汗时轻轻吹拂你的脸。

倘若

我是一只鸟
日夜为你歌唱

可我,只是一只蚂蚁,

我渴望像雄鹰展翅高飞,
翱翔蓝天,凝望你,靠近你

倘若我是…

(Anna Keiko)

 

Recueil:
Traduction: Elisabeth Gerlache
Editions:

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Je me suis approché au plus près de l’arbre (Jean Lavoué)

Posted by arbrealettres sur 31 janvier 2019



    

Je me suis approché
Au plus près de l’arbre
Jusqu’à entendre souffler
Dans les veines du bois
Le vent de l’allégresse

Peut-être un jour sera
Frémissement de feuilles
Le poème de ta joie

(Jean Lavoué)

 

Recueil: Levain de ma joie
Traduction:
Editions: L’enfance des arbres

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Ma morte vivante (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2019



Ma morte vivante

Dans mon chagrin, rien n’est en mouvement
J’attends, personne ne viendra
Ni de jour, ni de nuit
Ni jamais plus de ce qui fut moi-même

Mes yeux se sont séparés de tes yeux
Ils perdent leur confiance, ils perdent leur lumière
Ma bouche s’est séparée de ta bouche
Ma bouche s’est séparée du plaisir
Et du sens de l’amour, et du sens de la vie
Mes mains se sont séparées de tes mains
Mes mains laissent tout échapper
Mes pieds se sont séparés de tes pieds
Ils n’avanceront plus, il n’y a plus de route
Ils ne connaîtront plus mon poids, ni le repos

Il m’est donné de voir ma vie finir
Avec la tienne
Ma vie en ton pouvoir
Que j’ai crue infinie

Et l’avenir mon seul espoir c’est mon tombeau
Pareil au tien cerné d’un monde indifférent
J’étais si près de toi que j’ai froid près des autres.

(Paul Eluard)

Illustration: Ernest Biéler

 

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À QUOI JOUE-T-ON ? (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2018



 

Misha Gordin crowd55

À QUOI JOUE-T-ON ?

Que faisons-nous d’autre
que jardiner nos ombres,
Tandis qu’au loin
crépite et s’évade l’univers ?

Que faisons-nous d’autre
que visiter le temps,
Tandis qu’au près
s’architecture notre mort ?

Que faisons-nous d’autre
que rogner l’horizon,
Tandis qu’au loin
qu’au près —-
le grand heurt.

(Andrée Chedid)

Illustration: Misha Gordin

 

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Au plus près du plus près (Jean Pérol)

Posted by arbrealettres sur 28 octobre 2018



Illustration: Robert Auer
    
Au plus près du plus près
de nos yeux à vos yeux
de nos peaux à vos peaux

au plus près du plus près
de vos langues dans nos bouches
de vos seins dans nos mains

au plus près du plus près
de satin à satin
de nos sexes dans le vôtre

comme on est encore loin !

Loin

(Jean Pérol)

 

Recueil: À part et passager
Traduction:
Editions: De la Différence

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Unis (Robert Mallet)

Posted by arbrealettres sur 26 août 2018



Illustration
    
Unis
par la voyance
en nous
d’un chemin
l’un vers l’autre

Séparés
par le regard
sur nous
des autres

Toi de moi
si loin
dans le plus sûr instant
si près
dans l’incertain des ans

Si loin
dans le temps
riverain
si près
dans le temps
des devins

(Robert Mallet)

 

Recueil: Presqu’îles presqu’amours
Traduction:
Editions: Gallimard

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Chaque poème (Anise Koltz)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2018



Illustration: Odilon Redon

    
Chaque poème s’écrit
pour revenir au silence

Il est ultime —

S’aventurant trop près de la mort
il perd son chemin de retour

(Anise Koltz)

 

Recueil: Somnambule du jour Poèmes choisis
Traduction:
Editions: Gallimard

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