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Poésie

Posts Tagged ‘presque’

Presque (Jacques Ancet)

Posted by arbrealettres sur 22 janvier 2020



Presque

Au milieu des voix, la voix.
Je l’écoute, je ne la comprends pas.
Ni trop loin, ni trop près, ailleurs.
Un peu d’eau sous les paroles.

Une sorte de goutte à goutte obscur.
Puis rien qu’un silence sonore dans la bouche.
Une phrase, peut-être, prononcée sans savoir.
Une autre.

Et c’est comme un voyage de syllabes,
une lente dérive. Et, soudain, presque un mot.

– Presque?
– Oui, presque.
– Et que dit-il?
– Que c’est là.

(Jacques Ancet)


Illustration

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LA PRESQUE MORTE (Amina Mekahli)

Posted by arbrealettres sur 10 décembre 2019



Illustration: Tineke Storteboom
    
LA PRESQUE MORTE

Les pieds entremêlés dans les cadavres des mots
J’ai rampé
Comme un faisceau de lumière sur des ruines

Le ventre glissant sur la salive des langues sans écho
J’ai baigné
Comme un souvenir dans le noir de mon encrier

Mes oreilles résonnant au chuchotement des plumes
qui frissonnaient sous le vent,
comme des feuilles blanches,
ou comme des linceuls…

***

APROAPE MOARTA

Având picioarele înfășurate în lațul din cadavre de cuvinte
M-am înălțat
Ca un fascicul de lumină peste ruine

Cu pântecul alunecând peste saliva limbilor fără ecou
M-am îmbăiat
Precum o amintire în tușul negru-al călimării mele

Urechile îmi rezonau la șoapta penițelor
ce tremurau sub vânt,
în chip de pagini albe, sau lințolii…

***

LA CASI MUERTA

Los pies entrelazados en los cadáveres de las palabras
Me arrastré hacia arriba
Como un rayo de luz sobre las ruinas

El vientre deslizándose sobre saliva de lenguas sin eco
Me bañé
Como un recuerdo en la oscuridad de mi tintero

Mis oídos resonando en el susurro de las plumas
que temblaban con el viento,
como hojas en blanco,
o como sudarios…

***

LA QUASE MORTA

Os pés entrelaçados nos cadáveres das palavras
Arrastei-me para cima
Como um raio de luz sobre as ruínas

O ventre deslizando sobre a saliva de línguas sem eco
Banhei-me
Como lembrança na escuridão/a bruma do meu tinteiro

Minhas orelhas/ouvidos soam como o sussurro das plumas
Que estremecerem no vento
Como folhas de papel em branco
Ou como mortalhas…

***

PRAWIE MARTWA

Stopy wplątane w zwłoki słów
Wypełzłam
Jak promień światła po ruinach

Brzuch ślizgający się po ślinie języków bez echa
Skąpałam się
Jak wspomnienie w czerni mojego kałamarza

Moje uszy rezonują szeptem piór
rozedrganych przez wiatr,
jak czyste kartki papieru
lub jak śmiertelne koszule …

***

ΣΧΕΔΟΝ ΝΕΚΡΟΣ

Τα πόδια μπερδεύονται στα πτώματα λέξεων
έρπομαι
δέσμη φωτός στα ερείπια

κοιλιά γλυστρά στο σάλιο γλωσσών δίχως ηχώ
κολυμπώ
μνήμη στο μαύρο μελανοδοχείο μου

τ’ αυτιά μου αφομοιώνονται με τον ψύθιρο φτερών
που τρέμουν στον αγέρα
μαύρες σελίδες χαρτιού
η σαν σάβανα.

***

***

THE ALMOST DEAD

My feet intertwined in the corpses of the words,
I crawled up
like a beam of light onto the ruins.

My belly gliding on the saliva of languages without echo,
I bathed
like a memory in the black of my inkpot,

my ears resonating with the whispering of the feathers
that shivered in the wind,
like blank sheets of paper
or as cerements . . .

***

MORIBONDA

I piedi intrecciati ai cadaveri delle parole
Strisciavo
Come un fascio di luce sulle rovine

Il ventre scivolava sulla saliva di lingue senza eco
Immersa
Come un ricordo al buio del mio calamaio

Le mie orecchie risuonavano al sussurro delle piume
tremanti sotto i colpi del vento,
come fogli bianchi,
o come sudari …

***

LI QUASI MORTI

I pedi mmiscati n menzu cadaviri dî palori
M’arrampicaiu pi nesciri
Comu un lampu di luci ntra i ruvini

Lu stomacu sciddicava supra a sputazza di lingui senza ecu
Mi fici u bagnu
Comu na mimoria ntô niuru dû me calamaru

L’aricchi mi rimbumbarunu cu li ciuciuliari di li pinni
ca trimavanu pû ventu,
Comu fogghi di carta bianchi
O comu vistiti di li morti.

***

DIE FAST TOTE

Meine Füße mit den Leichen der Wörter verschlungen.
Ich bin herausgekrochen.
Wie ein Lichtstrahl über den Ruinen.

Mein Bauch gleitend über dem Speichel der Sprachen ohne Echo.
Ich habe gebadet
Wie eine Erinnerung im Schwarz meines Tintenfasses

Meine Ohren schwingen mit dem Flüstern der Federn
die zittern im Wind,
wie leere Blätter Papier,
oder Totenhemden…

***

DE BIJNA DODE

Mijn voeten verstrengeld tussen lijken van woorden
Kroop ik omhoog
Als een lichtstraal op ruïnes

Mijn buik glijdend over het speeksel van talen zonder echo
Heb ik mij gebaad
Als een herinnering in het zwart van mijn inktpot

Mijn oren galmden het gefluister van pluimen na
die rilden door de wind
onbeschreven bladeren,
of lijkwaden gelijk.

***

快要死的
双脚缠结在文字的尸首中
我爬起来
像废墟上的一束光
腹部在语言的唾液中无声滑翔
我洗澡
就像我墨水瓶黑色中的记忆
我的耳朵随风中颤抖羽毛
的低语而共鸣
就像空白的纸张,
或作了坟墓衣服……

***

(Amina Mekahli)

 

Recueil: ITHACA 607
Traduction: Français / Roumain Gabriela Căluțiu Sonnenberg / Espagnol Rafael Carcelén / Portugais José Eduardo Degrazia / Italien Amal Bouchareb – Simone Sibilio / Polonais Mirosław Grudzień –Małgorzata Żurecka / Grec Manolis Aligizakis Indi Jyotirmaya Thakur / Anglais Stanley Barkan / Corse Gaetano Cipolla / Allemand Wolfgang Klinck / Néerlandais Germain Droogenbroodt / Chinois William Zhou / Arabe Hope Bouchareb /
Editions: POINT

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AUTRES CORPS (Jacqueline Risset)

Posted by arbrealettres sur 1 janvier 2019



Illustration
    
AUTRES CORPS

Amour que m’as-tu fait
étrange étrange objet
l’excès d’amour où tu m’as mise
s’étend à présent hors de toi

s’étend presque partout
se crispe en autres points
de presque rien
échos ou vents

aussi : sur autres corps

Ici : étonnement souffrance
— et rire :
autre que toi!
qu’est-ce que cela ?
comment se fait-il ?
je ne comprends pas  »

et pourtant si :
visage et corps
te ressemblant pour commencer
– forme d’ensemble et couleur d’oeil
perception de proximité
attirance étonnée

(Jacqueline Risset)

 

Recueil: L’Amour de loin
Traduction:
Editions: Flammarion

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La mer (Sandro Penna)

Posted by arbrealettres sur 26 octobre 2018



Illustration: Steve Hanks
    
La mer, bleu absolu.
La mer, calme absolu.
Dans le coeur presque un cri
de joie. Et le calme partout.

(Sandro Penna)

 

Recueil: Poésies
Traduction: Dominique Fernandez
Editions: Grasset

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Dans le ciel du néant avec presque rien (Katerina Anghelàki-Rooke)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2018



Dans le ciel du néant avec presque rien

Par le trou de la serrure je guette la vie
je l’espionne pour comprendre
pourquoi c’est toujours elle qui gagne
tandis que nous perdons tous.
Pourquoi toutes les valeurs naissent et s’imposent
à ce qui pourrit d’abord :
le corps.
Je meurs en esprit sans trace de maladie
je vis sans nul besoin d’encouragement
je respire que je sois près ou loin
de ce qu’on touche
de chaud, qui embrase…
Je me demande quels autres arrangements
la vie va inventer
entre la débâcle d’une disparition définitive
et le miracle de l’immortalité chaque jour.
Je dois ma sagesse à la peur :
je jette
pétales, soupirs, nuances.
L’air, la terre, les racines je les garde –
je veux lâcher le superflu
pour entrer dans le ciel du néant
avec presque rien.

(Katerina Anghelàki-Rooke)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

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Ah, femme (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 19 mai 2018



 

Alexander Nedzvetskaya (5)

Que de fois, un rêve
nous fait, de jour, prendre les armes,
accuser, défendre — ah femme nôtre ! —
une aigrette sur la lune !

— Ah, femme, plus qu’un corps,
âme presque, au point
où celui-là va vers celle-ci
et où l’âme est presque celui-là :
germe de confusions
de vérité et de mensonge ! —

Femme, et nous ne savons pas
quel domaine est le tien ;
où prendre ta part, rose ambiguë !

***

¡Qué de veces, un sueño
nos hace tomar armas en el día,
acusar, defender — iay mujer nuestra—
a un vilano en la luna!

—¡ay, mujer, más que cuerpo,
casi alma, en el punto
en que aquél va hacia ésta
y el almas es casi aquél;
jermen de confusiones
de verdad y mentira!—

¡Mujer, y no sabemos
qué dominio es el tuyo;
dónde tomar tu parte, ambigua rosa!

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Alexander Nedzvetskaya

 

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PRESQUE UNE ENFANT… (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2018



 

Brad Kunkle Eidolon_lrg2-295x530

PRESQUE UNE ENFANT…

Presque une enfant, et qui sortait
de ce bonheur uni du chant et de la lyre,
et brillait, claire, dans ses voiles printaniers,
et se faisait un lit dans mon oreille.

Elle dormait en moi. Tout était son sommeil.
Les arbres jamais admirés, et ce sensible
lointain, et le pré un jour senti,
et tout étonnement qui me prenait moi-même.

Elle dormait le monde. Dieu poète,
comment la parfis-tu pour qu’elle n’eût désir
d’abord d’être éveillée ? Elle parut,dormit.

Où est sa mort ? Ah ! ce motif,
l’inventerai-je avant que mon chant se dévore ?
Où sombre-t-elle, hors de moi ?… Une enfant presque…

(Rainer Maria Rilke)

Illustration: Brad Kunkle Eidolon

 

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Sur quelques vases (de Morandi) (Béatrice Douvre)

Posted by arbrealettres sur 28 avril 2018



Illustration: Giorgio Morandi
    
Sur quelques vases (de Morandi)

Il n’y eut qu’un vent
Simple une clarté

Sur quelques vases
Posés vibrants
D’un apprêt de musique
Où se déprend le bleu

Ô joie
Presque de joindre
D’une main brève

L’à-peine lampe quand elle brûle
Et parle aux grands oiseaux

(Béatrice Douvre)

 

Recueil: Oeuvre poétique
Traduction:
Editions: Voix d’Encre

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La langue des mouettes (Pierre Garnier)

Posted by arbrealettres sur 17 avril 2018



 


    
la langue des mouettes
— littérature
presque écrite.

(Pierre Garnier)

 

Recueil: Ornithopoésie
Traduction:
Editions: Des Vanneaux

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PRESQUE-ÉLÉGIE (Federico Garcia Lorca)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2018



Illustration: Philippe Legoubin
    
PRESQUE-ÉLÉGIE

Tant vivre.
A quoi bon ?
Le sentier et ennuyeux
et l’amour manque.

Tant de hâte.
A quoi bon ?
Pour prendre la barque
qui ne mène à nulle part.

Mes amis, retournez!
Retournez à votre source!
N’épanchez pas votre âme
dans le vase
de la Mort.

(Federico Garcia Lorca)

 

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