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Poésie

Posts Tagged ‘pressoir’

Sous les cieux (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 8 mai 2020


C’était la ferme au beau pressoir
aux coeurs les mieux placés
il en partait des voix chantantes
des lézards y venaient
toute une heure
qui durait comme un siècle d’homme.
Le bruit que fait
la chute d’une pomme
l’enfant l’entendait
en buvant le lait d’une femme
grave et marquée
sur sa peau hâlée
de grains et de lignes
d’une disposition unique
dans l’ordre des créatures.

(Jean Follain)

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Les Quatre saisons (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2020



Les Quatre saisons

I

Au printemps, c’est dans les bois nus
Qu’un jour nous nous sommes connus.

Les bourgeons poussaient, vapeur verte.
L’amour fut une découverte.

Grâce aux lilas, grâce aux muguets,
De rêveurs nous devînmes gais.

Sous la glycine et le cytise,
Tous deux seuls, que faut-il qu’on dise ?

Nous n’aurions rien dit, réséda,
Sans ton parfum qui nous aida.

II

En été les lis et les roses
Jalousaient ses tons et ses poses,

La nuit, par l’odeur des tilleuls
Nous nous en sommes allés seuls.

L’odeur de son corps, sur la mousse,
Est plus enivrante et plus douce.

En revenant le long des blés,
Nous étions tous deux bien troublés.

Comme les blés que le vent frôle,
Elle ployait sur mon épaule.

III

L’automne fait les bruits froissés
De nos tumultueux baisers.

Dans l’eau tombent les feuilles sèches
Et, sur ses yeux, les folles mèches.

Voici les pêches, les raisins,
J’aime mieux sa joue et ses seins.

Que me fait le soir triste et rouge,
Quand sa lèvre boudeuse bouge ?

Le vin qui coule des pressoirs
Est moins traître que ses yeux noirs.

IV

C’est l’hiver. Le charbon de terre
Flambe en ma chambre solitaire.

La neige tombe sur les toits,
Blanche ! Oh, ses beaux seins blancs et froids !

Même sillage aux cheminées
Qu’en ses tresses disséminées.

Au bal, chacun jette, poli,
Les mots féroces de l’oubli.

L’eau qui chantait s’est prise en glace.
Amour, quel ennui te remplace !

(Charles Cros)

Illustration: Sophie Vulliard

 

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TOUT ce qu’il saigne de vin (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2020



 

George Inness _-_overall_-_2

TOUT ce qu’il saigne de vin
Des pressoirs de l’aurore
Au gris flanc des amphores,
Le boirons-nous demain?

Et tout ce qu’il poudroie à l’occident,
D’or prodigué,
Quel geste fatigué
Doit l’amasser, ce soir, pour des luxes d’amant?

Printemps, tes beaux clairs milliers d’émeraudes,
Les foulerai-je, encor, vers l’autre été?
Sur nos cieux en grisaille un hiver rôde
Depuis l’Éternité?

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: George Inness

 

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LES BOEUFS (Pierre Dupont)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2020




    
LES BOEUFS

J’ai deux grands boeufs dans mon étable,
Deux grands boeufs blancs marqués de roux ;
La charrue est en bois d’érable,
L’aiguillon en branche de houx.
C’est par leur soin qu’on voit la plaine
Verte l’hiver, jaune l’été ;
Ils gagnent dans une semaine
Plus d’argent qu’ils n’en ont coûté.

S’il me fallait les vendre,
J’aimerais mieux me pendre ;
J’aime Jeanne ma femme, eh bien ! j’aimerais mieux
La voir mourir, que voir mourir mes boeufs.

Les voyez-vous, les belles bêtes,
Creuser profond et tracer droit,
Bravant la pluie et les tempêtes
Qu’il fasse chaud, qu’il fasse froid.
Lorsque je fais halte pour boire,
Un brouillard sort de leurs naseaux,
Et je vois sur leur corne noire
Se poser les petits oiseaux.

S’il me fallait les vendre,
J’aimerais mieux me pendre ;
J’aime Jeanne ma femme, eh bien ! j’aimerais mieux
La voir mourir, que voir mourir mes boeufs.

Ils sont forts comme un pressoir d’huile,
Ils sont doux comme des moutons ;
Tous les ans, on vient de la ville
Les marchander dans nos cantons,
Pour les mener aux Tuileries,
Au mardi gras devant le roi,
Et puis les vendre aux boucheries ;
Je ne veux pas, ils sont à moi.

S’il me fallait les vendre,
J’aimerais mieux me pendre ;
J’aime Jeanne ma femme, eh bien ! j’aimerais mieux
La voir mourir, que voir mourir mes boeufs.

Quand notre fille sera grande,
Si le fils de notre régent
En mariage la demande,
Je lui promets tout mon argent ;
Mais si pour dot il veut qu’on donne
Les grands boeufs blancs marqués de roux ;
Ma fille, laissons la couronne
Et ramenons les boeufs chez nous.

S’il me fallait les vendre,
J’aimerais mieux me pendre ;
J’aime Jeanne ma femme, eh bien ! j’aimerais mieux
La voir mourir, que voir mourir mes boeufs.

(Pierre Dupont)

 

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Les quatre saisons – L’automne (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2019



 

Mahira Ates (9)

Les quatre saisons – L’automne

L’automne fait les bruits froissés
De nos tumultueux baisers.

Dans l’eau tombent les feuilles sèches
Et sur ses yeux, les folles mèches.

Voici les pèches, les raisins,
J’aime mieux sa joue et ses seins.

Que me fait le soir triste et rouge,
Quand sa lèvre boudeuse bouge ?

Le vin qui coule des pressoirs
Est moins traître que ses yeux noirs.

(Charles Cros)

Illustration: Mahira Ates

 

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SUR LE PRESSOIR (Gaston Couté)

Posted by arbrealettres sur 18 juillet 2018



    

SUR LE PRESSOIR

Sous les étoiles de septembre
Notre cour a l’air d’une chambre
Et le pressoir d’un lit ancien;
Grisé par l’odeur des vendanges
Je suis pris d’un désir étrange
Né du souvenir des païens.

Couchons ce soir
Tous les deux, sur le pressoir !
Dis, faisons cette folie ?…
Couchons ce soir
Tous les deux sur le pressoir,
Margot, Margot, ma jolie !

Parmi les grappes qui s’étalent
Comme une jonchée de pétales,
O ma bacchante ! roulons-nous
J’aurai l’étreinte rude et franche
Et les tressauts de ta chair blanche
Ecraseront les raisins doux.

Sous les baisers et les morsures,
Nos bouches et les grappes mûres
Mêleront leur sang généreux ;
Et le vin nouveau de l’Automne
Ruissellera jusqu’en la tonne,
D’autant plus qu’on s’aimera mieux !

Au petit jour, dans la cour close,
Nous boirons la part de vin rose
Œuvrée de nuit par notre amour ;
Et, dans ce cas, tu peux m’en croire,
Nous aurons pleine tonne à boire
Lorsque viendra le petit jour !

(Gaston Couté)

 

 

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ON VEUT, O MA DOULEUR… (José Marti)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2018



 

Emma Blackwood 12

On veut, ô ma douleur, qu’à ta beauté
J’enlève sa parure naturelle,
Que j’émonde l’arbre, que j’effeuille la fleur,
Que je mette broche et ceinture au manteau viril.

On veut enchaîner mon vers impétueux
Dans un cachot cruel, étroit et sonore,
Comme l’épi vanné dans la haute grange
Ou le raisin mûr dans le pressoir rustique.

C’est impossible : la comédienne servile
Calcule sa démarche et son sanglot lorsque,
Couverte de fards, elle feint de supplier :

La grande douleur, l’âme désolée,
Ne peut ni cacher sa pâleur avec du carmin,
Ni tresser ses cheveux quand elle pleure.

(José Marti)

Illustration: Emma Blackwood

 

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Je suis la Vendangeuse d’Yeux (Saint-Pol Roux)

Posted by arbrealettres sur 14 mai 2017



 

Zdzislaw Beksinski  26

Depuis l’aube des temps je plane sur la Vie
Tel un oiseau de proie aux serres de démon
[…]
Il me faut chaque jour d’énormes hécatombes
Je mange tous les soirs un morceau d’univers…
[…]
Je suis la Vendangeuse
d’Yeux
[…]
Je suis l’acerbe Vendangeuse aux doigts d’octobre
(dansant dans un pressoir imaginaire)
Contemple
Mes talons d’orgie…

Contemple
Le pressoir à forme de cercueil déborde !
Et jusqu’à ma gorge déferle
Un fouillis d’yeux d’où gicle un reste de regards…

Vois
Ces yeux passionnés pour les joujoux
Ces yeux enthousiastes des bijoux
Ces yeux de peuples ayant faim
Ces yeux de rois le ventre plein…
Ces yeux de marins sur la mer
Ces yeux d’astrologues dans l’air
Ces yeux d’époux qui sont un quoique deux
Ces yeux de monastère en extase de Dieu…

(Saint-Pol Roux)

Illustration: Zdzislaw Beksinski

 

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Le lichen de ton nom (Werner Lambersy)

Posted by arbrealettres sur 18 septembre 2016



salives aux pressoirs paresseux
des vignes mauves de ton corps

le lichen de ton nom
partout sur la pierre
où ma nuque abandonne

(Werner Lambersy)

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Nocturne (Gabriela Mistral)

Posted by arbrealettres sur 25 septembre 2015



Nocturne

Notre Père qui es aux cieux,
pourquoi m’as-tu donc oubliée ?
Tu t’es souvenu du fruit de l’été
quand tu as blessé sa chair de rubis.
Moi je porte aussi blessure à mon flanc,
mais tu ne veux pas regarder vers moi !

Tu t’es souvenu de la grappe noire
et tu l’as donnée au pressoir carmin ;
du peuplier as dispersé les feuilles
avec ton haleine, dans l’air subtil.
Mais dans le vaste pressoir de la mort
tu ne veux encor fouler ma poitrine !

En marchant, j’ai vu s’ouvrir les violettes
mes lèvres ont bu du vent le falerne
et j’ai abaissé, jaunes, mes paupières,
ne voulant plus voir Janvier ni Avril.
J’ai crispé la bouche et j’ai refoulé
la strophe et son flux qui ne doit couler.
Tu as blessé le nuage de l’Automne,
mais tu ne veux pas te tourner vers moi !

Celui qui baisa ma joue m’a trahie ;
i1 m’a reniée pour ma robe de pauvre.
Mon visage en sang lui avais offert
dans ma poésie, comme Toi au linge.
Pour ma nuit au Jardin des Oliviers
Jean a été lâche et l’Ange, ennemi.

L’infinie fatigue est venue enfin,
jusque dans mes yeux elle s’est fichée :
fatigue du jour en train de mourir
et de l’aube qui doit lui succéder ;
fatigue du ciel quand il est étain
et fatigue aussi du ciel indigo !

Je délace ma sandale martyre
et, tresses dénouées, demande à dormir.
Perdue dans la nuit, j’élève vers Toi
cette clameur-1à que tu m’as apprise :
Notre Père qui es aux cieux,
pourquoi m’as-tu donc oubliée !

(Gabriela Mistral)

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