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Poésie

Posts Tagged ‘présumer’

MADRIGAL (Jean de la Ville de Mirmont)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2018



MADRIGAL

Je crois trouver en vous, Madame, l’étrangère
Qu’il nous faut éviter selon les livres saints,
Et dans vos yeux trop grands que leur cerne exagère
Je n’ose présumer que de vénals desseins.

Mais depuis si longtemps parmi les foules j’erre
Sans rencontrer un frère et pas même un cousin,
Qu’en tout bien tout honneur je ne saurais moins faire
Que de vous proposer un verre sur le zinc.

Acceptez sans façons ! Nous nous connaissons d’Eve
Et d’Adam. Il suffit. Chère amante, je lève
Ma coupe en bénissant le soir qui nous unit.

A défaut de l’amour et de la foi qui sauve
Je vous offre ce coeur, bon compagnon d’alcôve
Et complice discret dans le désert d’un lit.

(Jean de la Ville de Mirmont)

Illustration: Marc Chagall

 

 

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L’interrogateur (Julio Cortázar)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2018




    
L’interrogateur

Je ne questionne pas sur les gloires ni les neiges,
je veux savoir où se retrouvent les hirondelles
mortes,
où vont les boîtes d’allumettes usées.
Aussi grand que soit le monde
il y a les ongles à couper, les effiloches,
les enveloppes fatiguées, les cils qui tombent.
Où vont les brumes, le dépôt du café,
les almanachs d’un autre temps ?

Je questionne sur le vide qui nous anime ;
je présume que dans ces cimetières
la peur pousse peu à peu
et que c’est là où couve le Rokh.

(Julio Cortázar)

 

Recueil: Crépuscule d’automne
Traduction: Silvia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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L’amour ressemble un champ (Marguerite de France)

Posted by arbrealettres sur 17 septembre 2017



    
L’amour ressemble un champ, le laboureur l’amant;
L’un et l’autre présume, à la fin de l’année,
Selon qu’elle sera mauvaise ou fortunée,
Moissonner le chardon, la paille ou le froment.

La paille est la douceur d’un vain contentement,
Mais le vent la dérobe aussitôt qu’elle est née;
Le chardon la rigueur d’une Dame obstinée;
Et la grâce est le grain qu’on recueille en l’aimant.

L’amant ne peut gagner, pour service qu’il fasse,
Un point d’honneur plus haut qu’être en la bonne grâce
D’une Dame accomplie, objet de sa langueur.

La grâce vient du coeur, et toute autre espérance
S’éloigne du devoir d’honnête récompense.
Que désire-t-on plus en amour que le coeur?

(Marguerite de France)

 

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