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Posts Tagged ‘prétendre’

Il ne manque à l’amour que la durée (René de Chateaubriand)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2021



Illustration: Henri Matisse    
    

[…]
il ne manque à l’amour que la durée
pour être à la fois l’Éden avant la chute
et l’Hosanna sans fin.

Faites que la beauté reste,
que la jeunesse demeure,
que le cœur ne se puisse lasser,
et vous reproduirez le ciel.

L’amour est si bien la félicité souveraine
qu’il est poursuivi de la chimère d’être toujours ;
il ne veut prononcer que des serments irrévocables ;
au défaut de ses joies, il cherche à éterniser ses douleurs;

ange tombé, il parle encore le langage
qu’il parlait au séjour incorruptible;
son espérance est de ne cesser jamais;

dans sa double nature et dans sa double illusion ici-bas,
il prétend se perpétuer par d’immortelles pensées
et par des générations intarissables.
[…]
(René de Chateaubriand)

 

Recueil: Mémoires d’outre-tombe
Traduction:
Editions:

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Les serins et le chardonneret (Jean-Pierre Claris de Florian)

Posted by arbrealettres sur 18 décembre 2020




    
Les serins et le chardonneret

Un amateur d’oiseaux avait, en grand secret,
Parmi les œufs d’une serine
Glissé l’œuf d’un chardonneret.
La mère des serins, bien plus tendre que fine,
Ne s’en aperçut point, et couva comme sien
Cet œuf qui dans peu vint à bien.
Le petit étranger, sorti de sa coquille,
Des deux époux trompés reçoit les tendres soins,
Par eux traité ni plus ni moins
Que s’il était de la famille.
Couché dans le duvet, il dort le long du jour
À côté des serins dont il se croit le frère,
Reçoit la béquée à son tour,
Et repose la nuit sous l’aile de la mère.
Chaque oisillon grandit, et, devenant oiseau,
D’un brillant plumage s’habille ;
Le chardonneret seul ne devient point jonquille,
Et ne s’en croit pas moins des serins le plus beau.
Ses frères pensent tout de même :
Douce erreur qui toujours fait voir l’objet qu’on aime
Ressemblant à nous trait pour trait !
Jaloux de son bonheur, un vieux chardonneret
Vient lui dire : il est temps enfin de vous connaître ;
Ceux pour qui vous avez de si doux sentiments
Ne sont point du tout vos parents.
C’est d’un chardonneret que le sort vous fit naître.
Vous ne fûtes jamais serin : regardez-vous,
Vous avez le corps fauve et la tête écarlate,
Le bec… oui, dit l’oiseau, j’ai ce qu’il vous plaira,
Mais je n’ai point une âme ingrate,
Et mon cœur toujours chérira
Ceux qui soignèrent mon enfance.
Si mon plumage au leur ne ressemble pas bien,
J’en suis fâché, mais leur cœur et le mien
Ont une grande ressemblance.
Vous prétendez prouver que je ne leur suis rien,
Leurs soins me prouvent le contraire.
Rien n’est vrai comme ce qu’on sent.
Pour un oiseau reconnaissant
Un bienfaiteur est plus qu’un père.

(Jean-Pierre Claris de Florian)

 

Recueil: Fables
Traduction:
Editions:

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A LA RECHERCHE D’ESPACE (Zurinah Hassan)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2020



Illustration: Tineke Storteboom
    
A LA RECHERCHE D’ESPACE

Soudain il s’est levé
et a éteint les lumières.
Il a prétendu : « Cette chambre est plus grande dans l’obscurité
parce que nous ne pouvons pas voir les murs. »

J’ai rallumé la lumière,
en lui répondant : « A vrai dire c’est cette lumière qui est l’espace
et souvent nous sommes prisonniers
de murs que nous ne pouvons pas voir. »

***

LOOKING FOR SPACE

Suddenly he got up
And switched off the lights
Saying “This room is bigger in the dark
As we cannot see the walls”
I switched on the light again
Saying “This light is actually the space
And we are often imprisoned
by walls that we cannot see”.

(Zurinah Hassan)

Recueil: ITHACA 596
Traduction: Français Germain Droogenbroodt et Elisabeth Gerlache
Editions: POINT

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JOURNAL PAGE 80 (Reiner Kunze)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2020


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Illustration: Tineke Storteboom
    
JOURNAL PAGE 80

Les rosiers grimpants fleurissent,
comme si le paysage se vidait de son sang
comme s’il s’était ouvert les veines
comme s’il savait ce qui vient
Ils prétendront que le paysage ne peut pas
rester ainsi plus longtemps, que lui aussi
doit être pour ou contre.

***

TAGEBUCHBLATT 80

Die kletterrosen blühn, als verblute die
landschaft
Als habe sie sich die adern geöffnet
Als wisse sie, was kommt
Auch die landschaft, werden sie behaupten,
dürfe
nicht mehr nur sein, auch sie
müsse dafür sein oder dagegen.

***

DIARY PAGE 80

The climbing roses bloom,
as if the landscape bleeding to death.
As if it has opened its veins.
As if it knows what is to come.
Also, the landscape, they will claim,
may not anymore just be—
it, too, must be for or against.

***

DAGBOEKBLAD 80

De klimrozen bloeien, als bloedt het landschap leeg
Alsof het zijn aders geopend heeft
Alsof het weet, wat komt
Ook het landschap, zullen ze beweren, mag
niet langer zomaar zijn, ook het landschap
moet vóór of tegen zijn.

***

DIARIO PÁGINA 80

Florecen las rosas trepadoras,
como si se desangrase el paisaje.
Como si se hubiera abierto sus
Como si supiese lo que ha de venir.
También al paisaje,
exigirán que se le permita
no únicamente llegar a ser
sino, además, también
tener que estar a favor o en contra.

***

DIÁRIO PÁGINA 80

Florescem as rosas trepadeiras
como se a paisagem se dessangrasse.
Como se tivesse aberto dela
como se soubesse o que iria acontecer.
Também à paisagem
exigirão que se permita
não unicamente chegar a ser
mas, além disso, também
ter que estar favorável ou do contra.

***

JURNAL, PAGINA 80

Năpraznic trandafirii înfloresc, însângerând tot
câmpul
de parcă-ntreaga fire venele și le-ar tăia
presimțind ce-o să vină.
Desigur, veți spune, e-ndreptățit peisajul
să-și spună cuvântul și el, și poate să fie
pentru sau împotrivă.

***

PAGINA 80 DEL DIARIO

Le rose rampicanti fioriscono,
come se il paesaggio sanguinasse a morte.
Come avesse le vene aperte.
Come sapesse cosa deve accadere.
Anche il paesaggio, affermano,
potrebbe non essere più
anch’esso dovrebbe essere a favore o contro.

***

ΣΕΛ. ΗΜΕΡΟΛΟΓΙΟΥ `80

Τ’ αναρριχώμενα ρόδα ανθίζουν
καθώς το τοπίο αιμορραγεί
σαν να `χουν κοπεί οι φλέβες του
σαν να γνωρίζει τί επέρχεται
θα ονομάσουν το τοπίο δικό τους
δεν μπορεί πια απλά να υπάρχει
πρέπει να πάρει το μέρος του ενός
ή του άλλου.

***

***

DZIENNIK, STRONA 80

Pnące róże kwitną,
jakby krajobraz wykrwawiał się na śmierć.
Jakby otworzył sobie żyły.
Jakby wiedział, co nadciąga.
Również krajobraz, jak będą twierdzili,
nie powinien już tylko być —
on też musi być za albo przeciw.

***

日记第 80 页
攀援的玫瑰盛开,
仿佛这风景流血至死。
好像它打开了自己的血管。
好像它知道要发生什么。
而且, 这风景,它们会说,
不可能再只是生存——
它, 还,必须为了或反对什么

(Reiner Kunze)

 

Recueil: ITHACA 605
Traduction: Français Germain Droogenbroodt Elisabeth Gerlache / Allemand / Anglais Stanley Barkan / Néerlandais Germain Droogenbroodt / Espagnol Rafael Carcelén / Portugais José Eduardo Degrazia / Roumain Gabriela Căluțiu Sonnenberg / Italien Luca Benassi / Grec Manolis Aligizakis / Indi Jyotirmaya Thakur / Polonais Mirosław Grudzień Małgorzata Żurecka / Chinois William Zhou /
Editions: POINT

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Qui pour prétendre (Werner Lambersy)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2020



Qui pour
Prétendre avoir un jour
Fait l’amour
S’il ne sent pas
Le vent dans l’herbe
Qui respire
L’azur
Comme un plongeur
Livré
A l’ivresse des hauts
Fonds

L’eau de pluie
A cloche-pied dans
La marelle d’une flaque
La source
Qui éveille la montagne
Où dort le magma
Paresseux
Sous
La moustiquaire légère
Des galaxies

Qui pour prétendre
A l’amour s’il n’est pas
Le dernier arbre

Avant la porte du désert

(Werner Lambersy)

Illustration: Mathieu Levis

 

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Un monsieur passe (Pierre Albert-Birot)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2020



 

Un monsieur passe
Il sort de lui
Lui court après le monsieur
Mais le monsieur
Prétend que ce n’est pas lui

(Pierre Albert-Birot)

 

 

 

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Ma main et la pierre (Kettly Mars)

Posted by arbrealettres sur 6 avril 2019



pierre dans la main 

Ma main et la pierre,
sage rébellion de particules
tenant dans ma paume.
J’ai fait mienne sa réalité
grise, lourde et ovale.
Pierre millénaire
jusqu’en son cri
elle ne se prétend autre chose
qu’un défi à l’oubli.

(Kettly Mars)

Illustration

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A UNE DEMOISELLE (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2019



A UNE DEMOISELLE

A toute heure la demoiselle lit,
Elle pianote, aime la peinture,
Et veille la nuit, sans en avoir cure,
Et c’est pourquoi, sans doute, elle maigrit.

On croit savoir, et même l’on prétend —
Mais cela reste une chose secrète —
La demoiselle rêve à un poète,
Fort bizarre, solitaire, et dément.

(George Bacovia)

Illustration: Delphin Enjolras

 

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BERGERIE (Armand Robin)

Posted by arbrealettres sur 21 février 2019




    
BERGERIE

Avec une lenteur où bouge un paysage,
Les clochettes à brebis du songe
Prétendent descendre des montagnes

Et l’âme, animale et sereine,
Sous les cyprès que la brume amenuise,
Rumine une voix dans sa laine,

Une voix d’eau blessée pour épines,
Une voix de fruits pour l’eau des plaines
Une voix d’eau tendre pour Beethoven.

Même si j’étais mort
La voix serait toujours
En tout bosquet bienfaitrice mutine.

Je me suis depuis lors
Fait mendiant d’images.
Nul noisetier, nul trèfle ne me refuse.

(Armand Robin)

 

Recueil: Ma vie sans moi suivi de Le monde d’une voix
Traduction:
Editions: Gallimard

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Ni vent perdu ni ruisseau effondré (Lionel Ray)

Posted by arbrealettres sur 9 janvier 2019



    

Ni vent perdu ni ruisseau effondré
ne prétendent à l’amour.
Mais toi dans l’unique voisinage

De cette mort dont tu rêves,
pareille aux passions cachées,

Mort secrète et qui s’ouvre comme
une trappe,
tu as le corps empli de voix,
sa musique est sans mémoire
et ne s’achève pas.

(Lionel Ray)

 

Recueil: Comme un château défait suivi de Syllabes de sable
Traduction:
Editions: Gallimard

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