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Poésie

Posts Tagged ‘prétexte’

Le Bonheur (Albert Camus)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2019



L’erreur est de croire qu’il faut choisir,
qu’il faut faire ce qu’on veut,
qu’il y a des conditions du bonheur.

Le Bonheur est ou il n’est pas.

C’est la volonté du bonheur qui compte,
une sorte d’énorme conscience toujours présente.
Le reste, femmes, oeuvre d’art, succès mondains,
ne sont que prétextes.

Un canevas qui attend nos broderies.

(Albert Camus)

 

 

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CHOSE PAUVRE (Georges Themelis)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2018



 

Salvador Dali __ solitude-anthropomorphe

CHOSE PAUVRE

Si je n’avais ce prétexte
Couverture qui couvre en dissimulant le fantôme
Cet habit sépulcral et mortuaire
Je pourrais traverser le filet, me transpercer moi-même,
passer dans un autre corps, dans un autre prétexte.
Nuage indéchirable, corps resplendissant.

Si je n’avais un vêtement lourd comme une armure

Lambeaux par lambeaux j’enlèverais la peau
Morceau par morceau je déc ouvrirais la poitrine,
le corps,
Pour dévoiler mon être, pour te contenir dans mon âme

Je me suis dénudé jusqu’au fond jusqu’à mes
ossements ultimes, je suis resté exténué et sans force.

Tu peux maintenant, si tu le veux, me briser
Comme un vase de terre vide
Faire de moi une chose pauvre, une poignée de terre.

(Georges Themelis)

Illustration: Salvador Dali

 

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La poésie est-elle un prétexte de la folie (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 10 juin 2018



Illustration: Odilon Redon
    
La poésie est-elle un prétexte de la folie
ou la folie un prétexte de la poésie?

Ou toutes deux sont-elles prétexte d’autre chose,
d’une autre chose excessivement juste
et qui ne peut parler?

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Poésie et Réalité
Traduction: Jean-Claude Masson
Editions: Lettres Vives

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LA FORGE (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 30 avril 2018



Illustration
    
LA FORGE

Le peintre installé
dans la forge des champs
abandonnée enfin
dessine les courbes
de ses figurations
devant la silencieuse fille
dont le corps prétexte à des couleurs
mains aux hanches se tient
sur la flaque de soleil.
Sa gorge s’enfle avivée
prés du soufflet vétuste
vert comme l’étang tiède
où parfois elle se baigne
entendant dans le lointain les voix
des charretiers invisibles et bons.

(Jean Follain)

 

Recueil: Des Heures
Traduction:
Editions: Gallimard

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CHANSON D’AUTOMNE AU PRINTEMPS (Rubén Darío)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2018



Illustration: J.C. Fresnais
    
CHANSON D’AUTOMNE AU PRINTEMPS
A Martínez Sierra

Jeunesse, trésor divin et précieux,
tu pars déjà pour un lointain ailleurs !
Quand je veux pleurer, je ne peux…
et parfois, ne m’en déplaise, je pleure…

Au pluriel s’est jouée dans les cieux
la longue histoire de mon coeur.
C’était une enfant douce, en ce
monde de souffrances et de pleurs.

Elle mirait comme l’aube pure ;
souriait comme sourient les fleurs.
Noire était sa chevelure,
comme la nuit et les douleurs.

Ma pudeur était enfantine.
Elle, naturellement, a été,
pour mon amour fait d’hermine,
Hérodias et Salomé…

Jeunesse, trésor divin et précieux,
tu pars déjà pour un lointain ailleurs… !
Quand je veux pleurer, je ne peux,
et parfois, ne m’en déplaise, je pleure…

La seconde était plus sensitive,
plus consolatrice, et plus
cajoleuse, plus expressive,
que jamais je ne l’aurais attendu.

Car à sa douceur infinie
elle joignait une passion violente.
Dans une toge de blanche soierie,
s’enveloppait une bacchante…

Elle prit mon rêve dans ses bras,
comme un poupon, le berça contre soi…
et l’étouffa, petit et las,
faute de jour, faute de foi…

Jeunesse, trésor divin et précieux,
tu es partie pour un lointain ailleurs !
Quand je veux pleurer, je ne peux,
et parfois, ne m’en déplaise, je pleure…

une autre jugea que ma bouche
était un écrin pour sa flamme,
Apt qu’elle rongerait, farouche,
de ses dents avides, mon âme,

faisant d’un amour dévorant
l’ambition de sa volonté,
étreintes et baisers cependant
résumaient seuls l’éternité ;

dans la légèreté de nos chairs
imaginer toujours un Éden
sans penser que d’égale manière,
le Printemps et la chair s’éteignent…

Jeunesse, trésor divin et précieux,
tu pars déjà pour un lointain ailleurs !
Quand je veux pleurer, je ne peux,
et parfois, ne m’en déplaise, je pleure !

Et les autres ! Sous des climats divers,
dans tant de pays, elles demeurent
si ce n’est prétexte à mes vers,
du moins des fantômes en mon coeur.

En vain, je cherchai une princesse
triste d’attendre et d’espérer.
La vie est dure. Elle aigrit et blesse.
Il n’y a plus de princesse à chanter !

En dépit du temps obstiné,
ma soif d’amour n’a pas de fin ;
Je m’approche, les cheveux argentés,
des buissons de roses du jardin…

Jeunesse, trésor divin et précieux,
tu pars déjà pour un lointain ailleurs…
Quand je veux pleurer, je ne peux,
et parfois, ne m’en déplaise, je pleure…

L’Aube d’or est mienne, pourtant !

(Rubén Darío)

 

Recueil: Chants de vie et d’espérance
Traduction: Lionel Igersheim
Editions: Sillage

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Cette humiliante servitude (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2018



Illustration: Anne-Marie Zilberman
    
Cette humiliante servitude,
Besoin d’user notre tendresse
Dans un être que nous créons
Avec notre pensée,
Qui vit de notre vie.

Lui, donne le prétexte ;
Tu l’as donné, toi qui existes
Comme l’ombre de quelque chose,
L’ombre parfaite
De ce désir, celui de l’amant, le mien.

Si je te disais
Comment l’amour donne
Sa raison à la vie, sa folie,
Tu ne comprendrais pas.
Aussi je ne dis rien.

La beauté, inconsciente
De son embuscade, ravit sa proie
Et passe. Ainsi, pour chaque instant
De joie, le prix est-il payé :
Enfer d’angoisse et de désir.

***

Esta humillante servidumbre,
Necesidad de gastar la ternura
En un ser que llenamos
Con nuestro pensamiento,
Vivo de nuestra vida.

El da el motivo,
Lo diste tú ; porque tú existes
Afuera como sombra de algo,
Una sombra perfecta
De aquel afán, que es del amante, mío

Si yo te hablase
Cómo el amor depara
Su razón al vivir y su locura,
Tú no comprenderias.
Por eso nada digo.

La hermosura, inconsciente
De su propia celada, cobró la presa
Y sigue. Así, por cada instante
De goce, el precio está pagado :
Este infierno de angustia y de deseo.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Poèmes pour un corps
Traduction: Bruno Roy
Editions: Fata Morgana

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Tenir l’âme en état de marche (Jean-Pierre Rosnay)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2018




    
Tenir l’âme en état de marche

Tenir le contingent à distance
Tenir l’âme au-dessus de la mêlée
Tenir Dieu pour une idée comme une autre
un support, une éventualité,
une contrée sauvage de l’univers poétique
Tenir les promesses de son enfance
Tenir tête à l’adversité
Ne pas épargner l’adversaire
Tenir parole ouverte
Tenir la dragée haute à ses faiblesses
Ne pas se laisser emporter par le courant
Tenir son rang dans le rang de ceux qui sont décidés
à tenir l’homme en position estimable
Ne pas se laisser séduire par la facilité
sous le prétexte que les pires
se haussent commodément au plus haut niveau
et que les meilleurs ont peine à tenir la route
Etre digne du privilège d’être
sous la forme la plus réussie: l’homme.
Ou mieux encore, la femme.

(Jean-Pierre Rosnay)

Découvert ici: https://desmotsetdesnotes.wordpress.com/

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Lanterne rouge (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2017




    

Lanterne rouge

Auberge obscure avec mendiants de nuit
Etreignant des lambeaux de froid,
Tandis que les groupes inertes, pareils à une fleur de pluie,
Contemplent le passage d’un sourire.

Ces corps misérables possèdent
Des formes aux yeux sans lumière ou au sable tombé ;
Là chante une voix, et la vie, si les mains n’échouent pas,
Est gaie comme l’amour emprisonné.

Ces mendiants sont les rois sans couronne
En quête du bonheur au-delà de la vie,
En quête de la fleur jamais ouverte,
En quête de désirs achevés en nuages.

Les corps pâlissent comme des vagues,
La lumière est un prétexte de l’ombre,
Le rire meurt très lentement,
Et avec lui s’en va aussi ma vie.

Or les ombres ne sont ni mendiants ni couronnes,
Mais les années d’ennui et leur vie cette nuit ;
Et ma vie n’est plus qu’un homme mélancolique
Qui ne connaît rien d’autre que ses larmes.

***

Linterna roja

Albergue oscuro con mendigos de noche
Abrazando jirones de frío,
Mientras que los grupos inertes, iguales a una flor de lluvia,
Contemplan cómo pasa una sonrisa.

Poseen estos cuerpos miserables
Formas de ojos sin luz o de arena caída;
Vivir, allí canta una voz, si las manos no fallan,
Es alegre como un amor aprisionado.

Esos mendigos son los reyes sin corona
Que buscaron la dicha más allá de la vida,
Que buscaron la flor jamás abierta,
Que buscaron deseos terminados en nubes.

Los cuerpos palidecen como olas,
La luz es un pretexto de la sombra,
La risa va muriendo lentamente,
Y mi vida también se va con ella.

Mas las sombras no son mendigos o coronas,
Son los años de hastío esta noche con vida;
Y mi vida es ahora un hombre melancólico
Sin saber otra cosa que su llanto.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Un fleuve, un amour
Traduction: Jacques Ancet
Editions: Fata Morgana

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Les chevaux de l’amour (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 9 décembre 2017



Illustration: Jeanne Saint Chéron
    
Les chevaux de l’amour me parlent de rencontres
Qu’ils font en revenant par des chemins déserts
Une femme inconnue les arrête et les baigne
D’un regard douloureux tout chargé de forêts

Méfie-toi disent-ils sa tristesse est la nôtre
Et pour avoir aimé une telle douleur
Tu ne marcheras plus tête nue sous les branches
Sans savoir que le poids de la vie est sur toi

Mais je marche et je sais que tes mains me répondent
Ô femme dans le clair prétexte des bourgeons
Et que tu n’attends pas que les fibres se soudent
Pour amoureusement y graver nos prénoms

Tu roules sous tes doigts comme des pommes vertes
De soleil en soleil les joues grises du temps
Et poses sur les yeux fatigués des villages
La bonne taie d’un long sommeil de bois dormant

Montre tes seins que je voie vivre en pleine neige
La bête des glaciers qui porte sur le front
Le double anneau du jour et la douceur de n’être
Qu’une bête aux yeux doux dont on touche le fond

Telle tu m’apparais que mon amour figure
Un arbre descendu dans le chaud de l’été
Comme une tentation adorable qui dure
Le temps d’une seconde et d’une éternité.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Comme un oiseau dans la tête
Traduction:
Editions: Points

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Nuages (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2017



Aux nuages
Tous les prétextes sont bons
Pour s’accumuler.

(Guillevic)

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