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Poésie

Posts Tagged ‘prêtresse’

HYMNE (Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2019



HYMNE

Une âme nouvelle m’entraîne
Dans les antres sacrés, dans l’épaisseur des bois;
Et les monts entendront ma voix,
Les vents l’emporteront vers l’étoile prochaine.

Évan ! ta prêtresse au réveil
Imprime ses pieds nus dans la neige éternelle.
Évan ! j’aime les monts comme elle,
Et les halliers divins ignorés du soleil.

Dieu des Naïades, des Bacchantes,
Qui brises en riant les frênes élevés,
Loin de moi les chants énervés!
Les coeurs forts sont à toi, Dieu couronné d’acanthes!

Évohé I noirs soucis, adieu!
Que votre écume d’or, bons vins, neuf fois ruisselle!
Et le monde enivré chancelle,
Et je grandis, sentant que je deviens un Dieu !

(Leconte de Lisle)

Illustration: Paul Emile Chabas

 

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Verveine (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2019



Verveine

En France nous possédons une fleur nationale
dont personne ne peut contester les droits;
son origine se perd dans la nuit des temps.
Cette fleur, c’est la verveine.

Elle me rappelle Velléda, la pâle et touchante prêtresse,
les mystérieuses profondeurs des forêts où vivaient nos pères.
Je vois la druidesse danser autour de la plante magique,
puis se baisser et la couper avec une faucille d’or
qui brille aux rayons de la lune,
j’entends les champs des Eubages se mêlant au bruit du vent dans les bois.

Qui dirait, à voir cette petite plante
si simple, si gracieuse, si timide aujourd’hui,
qu’elle a joué autrefois un rôle si terrible, si important?

(J.J. Grandville)

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Les timides (Jacques Brel)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018



Les timides
Ça s’tortille
Ça s’entortille
Ça sautille
Ça s’met en vrille
Ça s’recroqueville
Ça rêve d’être un lapin
Peu importe
D’où ils sortent
Mais feuilles mortes
Quand le vent les porte
Devant nos portes
On dirait qu’ils portent
Une valise dans chaque main

Les timides
Suivent l’ombre
L’ombre sombre
De leur ombre
Seule la pénombre
Sait le nombre
De leurs pudeurs de Levantin
Ils se plissent
Ils pâlissent
Ils jaunissent
Ils rosissent
Ils rougissent
S’écrevissent
Une valise dans chaque main

Mais les timides
Un soir d’audace
Devant leur glace
Rêvant d’espace
Mettent leur cuirasse
Et alors place !
Allons, Paris
Tiens-toi bien !
Et vive la gare
Saint-Lazare
Mais on s’égare
On s’effare
On s’désempare
Et on repart
Une valise dans chaque main

Les timides
Quand ils chavirent
Pour une Elvire
Ont des soupirs
Ont des désirs
Qu’ils désirent dire
Mais ils n’osent pas bien
Et leur maîtresse
Plus prêtresse
En ivresse
Qu’en tendresse
Un soir les laisse
Du bout des fesses
Une valise dans chaque main

Les timides
Alors vieillissent
Alors finissent
Se rapetissent
Et quand ils glissent
Dans les abysses
Je veux dire
Quand ils meurent
N’osent rien dire
Rien maudire
N’osent frémir
N’osent sourire
Juste un soupir
Et ils meurent
Une valise sur le cœur

(Jacques Brel)

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O lune fais surgir… (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2017




    
Ô lune fais surgir…

Ô lune, fais surgir, lune aux odeurs suaves,
Des marais langoureux où traîne ta clarté,
Des écluses filtrant une écumeuse bave,
Des ruisseaux étalant leur blême nudité,

Lune, fais s’élever, langage intelligible,
Ces parfums sensuels dont j’aime à m’enivrer,
Révélateurs lointains d’un monde inaccessible
Où nous pouvons par eux un instant pénétrer.

O lune qui promets des délices perverses,
Répands tes lents reflets sur les genêts fumeux;
Leurs groupes inccertains que ta pâleur traverse
Ont des enlacements de couples amoureux:

Corps blancs, corps enivrés! – O lune aromatique,
Tels les rameaux des houx, mon coeur est saturé
De ton baume fluide et, prêtresse extatique
Que sourdement possède un délire sacré,

Je me tiens dans la nuit où coule ton haleine,
Pressentant épuisée au souffle qui m’atteint
Et qui monte vers toi des prés et des fontaines,
Les voluptés sans borne et dont mon âme a faim.

(Marie Dauguet)

 

 

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Cérès Eleusin (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2017



Cérès Eleusin

LA nuit des vergers bleus d’acanthes,
Des jardins pourpres d’aloès,
Attend l’Evohé des Bacchantes
Et les mystères de Cérès

Dans le temple aux flammes païennes,
Le soir, accroupi comme un sphinx,
Contemple les Musiciennes,
Evocatrices de Syrinx.

Une étrange et pâle prêtresse,
Délaissant l’autel de Vénus,
Apporte à la Bonne Déesse
Les daturas et les lotus.

Car la blonde enlace la brune,
Et les servantes d’Ashtaroth,
Aux vêtements de clair de lune,
Te narguent, Deus Sabaoth.

Les nonnes et les courtisanes,
Mêlant la belladone au lys,
Chantent les Te Deum profanes
Et les joyeux De profundis.

(Renée Vivien)

Illustration: Joseph-Marie Vien

 

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Créoles (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2017



Illustration: Louise Breslau

    

Créoles

Le soir frémit encor de nos anciens aveux
Sur les pics foudroyés que l’ouragan ravage…
Laisse-moi respirer l’odeur de tes cheveux.

Sous tes pas de créole enfant, traîne un sillage
D’échos et de reflets, d’angoisses et de voeux ;
Tes seins ont la fraîcheur d’une rose sauvage.

Une vapeur légère estompe le contour
Des montagnes d’azur, et l’eau semble se taire
Pour recueillir le souffle agonisant du jour.

Mon être émerveillé contemple ce mystère,
Ce miracle : t’avoir inspiré de l’amour !
Et je plains le néant de l’être solitaire.

Dans le soir où languit un rêve oriental,
Tes paupières de pourpre ont de lourdes paresses :
L’air est chargé de nard, de myrrhe et de santal.

Et, comme un défilé de funèbres prêtresses,
Baissant leurs fronts gemmés d’argent et de cristal,
Les étoiles du Sud consacrent nos ivresses.

Les longs pressentiments, les lueurs et les voeux
T’auréolent ainsi qu’une rouge couronne :
Sous tes pas se déroule un sillage d’aveux.

Vois flamber le minuit que la fièvre aiguillonne :
Laisse-moi respirer l’odeur de tes cheveux
Et te soumettre enfin à mes ruts de lionne.

(Renée Vivien)

 

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Couchant sur l’Hellas (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2017



Illustration: Emile-Antoine Bourdelle
    
Couchant sur l’Hellas

Tes pas mystérieux d’amante virginale
Erraient près de l’étang que l’Artémis créa.
Le couchant, glorieux comme un cri de cymbale,
Ensanglantait les flots où dort le nymphéa.

Mon rêve rayonna d’une extase inconnue,
Autour de toi rôda mon désir obstiné…
Tu souriais debout et divinement nue,
Plus blanche que Léda, plus blonde que Daphné.

Le soleil, rougissant les cheveux des prêtresses,
Exaspérait l’ardeur de leur corps irrité…
Au lointain hennissaient les noires Centauresses
Dont le rut saccageait les herbes de l’été.

(Renée Vivien)

 

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Le Vent passe (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2017




    
Le Vent passe

HARRICIA, PATRICIA

HARRICIA
Vois la jeune lune endormie
Sur un lit d’azur nuptial.
Viens, ma blonde et divine Amie,
Sur les prés d’or et de cristal !
Nous cueillerons la scabieuse
Et l’iris qu’un souffle détruit.

PATRICIA
Je crains l’ombre silencieuse
Et les feux follets dans la nuit.

HARRICIA
Nous tresserons, comme des roses,
La floraison des astres roux,
Clartés divinement décloses…

PATRICIA
Je crains le sanglot des hiboux.

HARRICIA
Nous serons les pâles prêtresses
De l’amertume et du désir.

PATRICIA
Je crains les terribles caresses
Et les baisers qui font mourir.

(Renée Vivien)

 

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TECTONIQUE DE LA FEMME (Marcel Moreau)

Posted by arbrealettres sur 16 avril 2017



TECTONIQUE DE LA FEMME
(extraits)

Femme, soeur, amie,
J’ai tourné autour de ton ventre plus de fois que je n’ai couru les bals.

Femme, soeur, amie, amante,
j’ai contemplé ton ventre plus souvent que les arts d’ici-bas, que les constellations là-haut.

Femme, soeur, amie, amante, prêtresse,
j’ai écouté ton ventre avec tant de croyance que ne m’en restait plus pour la croyance en l’homme.

Femme, soeur, amie, amante, prêtresse,
pécheresse, j’ai appris de ton ventre plus que ne m’enseignèrent les livres.

Femme, soeur, amie, amante, prêtresse, pécheresse,
agnelle, louve, succube, garce, grâce, FOLLE, j’ai noyé dans ton ventre plus de raison que ne s’en vidait mon esprit.

Mais, Femme unique,
jamais, au grand jamais, je ne pourrai jurer, sur ton ventre, à sa source, que je sais où je vais lorsque je vais en lui.

(Marcel Moreau)

 

 

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Dahlia (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2017



Dahlia

Vous voyez en moi, une ex-bouquetière.
Lier des fleurs entre elles,
les vendre à des gens qui marchandaient toujours,
les faire porter à leur adresse,
voilà quelles étaient mes occupations.

Je sais que les hommes ont fait beaucoup de poésie
à propos des bouquetières.
J’ai lu des nouvelles, des romans
où elles jouent un rôle charmant.
Elles favorisent les amours sincères,
elles font échouer les fats,
elles sont au courant de toutes les intrigues.

Hélas! que ces fictions sont loin de la réalité!
Je ne connais pas d’industrie plus triste,
plus remplie de désillusions,
pour me servir d’un mot maintenant fort à la mode sur la terre.
Lasse de voir les femmes recevoir des bouquets de toutes les mains,
et les hommes les plus amoureux descendre des hauteurs de la passion
pour rogner ma note de quelques centimes;
fatiguée d’être poursuivie par de vieux célibataires,
qui m’appelaient prêtresse de Flore
en essayant de me prendre la taille,
j’ai pris le parti de fuir les hommes
et de revenir à mon ancienne condition de simple fleur.

(J.J. Grandville)

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