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Poésie

Posts Tagged ‘prier’

Depuis ce temps (Henri Gougaud)

Posted by arbrealettres sur 4 septembre 2017




    
Depuis ce temps l’homme et la femme
se joignent, s’accolent, s’éloignent,
se cherchent encore infiniment.

Ils souffrent d’une déchirure,
ne vivent que pour la guérir.
Ils font l’amour comme l’on prie.
Ils jouissent.

Leurs ventres savent
qu’ils ne sont qu’un être en esprit.

(Henri Gougaud)

 

Recueil: Le Livre des amours : Contes de l’envie d’elle et du désir de lui
Editions: Seuil

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Entre étoiles et destin inaccompli (Elizabeth Browning)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2017



J’ai souffert, Aimé, d’un coeur lourd d’année
En année avant de voir ton visage,
Et peine après peine prenaient la place de
Ces joies naturelles et légères portées
Comme des perles… soulevées tour à tour
Par un cœur battant à l’heure de la danse.
L’espoir changé en désespoir, la grâce
De Dieu même pouvait à peine soutenir mon
Cœur lourd. Alors tu me prias de le
Laisser choir en ton être calme et profond!
Aussitôt il coula, comme une chose
Dont la propre nature se précipite,
tandis que tu l’enclos, t’interposant
Entre étoiles et destin inaccompli.

(Elizabeth Browning)

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Tant que mes yeux pourront larmes épandre (Louise Labé)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017



Hendrick Terbrugghen - Joueuse de luth [800x600]

Tant que mes yeux pourront larmes épandre
A l’heur passé avec toi regretter,
Et qu’aux sanglots et soupirs résister
Pourra ma voix, et un peu faire entendre ;

Tant que ma main pourra les cordes tendre
Du mignard luth, pour tes grâces chanter ;
Tant que l’esprit se voudra contenter
De ne vouloir rien fors que toi comprendre,

Je ne souhaite encore point mourir.
Mais, quand mes yeux je sentirai tarir,
Ma voix cassée, et ma main impuissante,

Et mon esprit en ce mortel séjour
Ne pouvant plus montrer signe d’amante,
Prierai la mort noircir mon plus clair jour.

(Louise Labé)

Découvert ici: https://eleonoreb.wordpress.com/

Illustration: Hendrick Terbrugghen

 

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L’IMAGE DIVINE (William Blake)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2017




L’IMAGE DIVINE

Merci, Pitié, Paix et Amour,
Chacun les prie dans sa détresse,
Et c’est à ces vertus exquises
Qu’il retourne sa gratitude.

Car Merci, Pitié, Paix, Amour,
C’est Dieu, notre père chéri,
Et Merci, Pitié, Paix, Amour,
C’est l’homme, son fils et souci.

Car Merci a un coeur humain
Et Pitié un visage humain,
Amour, divine forme humaine,
Et Paix a vêtement humain.

Et donc, sous tous les cieux, chaque homme,
Lorsque dans sa détresse il prie,
Prie la divine forme humaine —
Amour, Pitié, Paix et Merci.

Aimons donc tous la forme humaine,
Chez le païen, le Turc, le Juif.
Où vit Amour, Pitié, Merci,
Habite Dieu aussi.

***
THE DIVINE IMAGE

To Mercy, Pity, Peace and Love
All pray in their distress;
And to these virtues of delight
Return their thankfulness.

For Mercy, Pity, Peace and Love
Is God our father dear;
And Mercy, Pity, Peace and Love
Is Man, his child and care.

For Mercy has a human heart;
Pity, a human face;
And Love, the human form divine;
And Peace, the human dress.

Then every man of every clime
That prays in his distress,
Prays to the human form divine—
Love, Mercy, Pity, Peace.

And all must love the human form
In heathen, Turk or Jew.
Where Mercy, Love and Pity dwell,
There God is dwelling too.

(William Blake)

 

 

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LA SOURIS MÉTAMORPHOSÉE EN FILLE (Jean de la Fontaine)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2017



 

LA SOURIS MÉTAMORPHOSÉE EN FILLE

Une Souris tomba du bec d’un Chat-Huant :
Je ne l’eusse pas ramassée ;
Mais un Bramin le fit ; je le crois aisément :
Chaque pays a sa pensée.
La Souris était fort froissée :
De cette sorte de prochain
Nous nous soucions peu : mais le peuple bramin
Le traite en frère ; ils ont en tête
Que notre âme au sortir d’un Roi,
Entre dans un ciron, ou dans telle autre bête
Qu’il plaît au Sort. C’est là l’un des points de leur loi.
Pythagore chez eux a puisé ce mystère.
Sur un tel fondement le Bramin crut bien faire
De prier un Sorcier qu’il logeât la Souris
Dans un corps qu’elle eût eu pour hôte au temps jadis.
Le sorcier en fit une fille
De l’âge de quinze ans, et telle, et si gentille,
Que le fils de Priam pour elle aurait tenté
Plus encor qu’il ne fit pour la grecque beauté.
Le Bramin fut surpris de chose si nouvelle.
Il dit à cet objet si doux :
« Vous n’avez qu’à choisir ; car chacun est jaloux
De l’honneur d’être votre époux.
– En ce cas je donne, dit-elle,
Ma voix au plus puissant de tous.
– Soleil, s’écria lors le Bramin à genoux,
C’est toi qui seras notre gendre.
– Non, dit-il, ce nuage épais
Est plus puissant que moi, puisqu’il cache mes traits ;
Je vous conseille de le prendre.
– Et bien, dit le Bramin au nuage volant,
Es-tu né pour ma fille ? – Hélas non ; car le vent
Me chasse à son plaisir de contrée en contrée ;
Je n’entreprendrai point sur les droits de Borée. »
Le Bramin fâché s’écria :
« Ô vent donc, puisque vent y a,
Viens dans les bras de notre belle! »
Il accourait : un mont en chemin l’arrêta.
L’éteuf passant à celui-là,
Il le renvoie, et dit : « J’aurais une querelle
Avec le Rat ; et l’offenser
Ce serait être fou, lui qui peut me percer. »
Au mot de Rat, la Damoiselle
Ouvrit l’oreille ; il fut l’époux.
Un Rat ! un Rat ; c’est de ces coups
Qu’Amour fait, témoin telle et telle :
Mais ceci soit dit entre nous.

On tient toujours du lieu dont on vient. Cette Fable
Prouve assez bien ce point : mais à la voir de près,
Quelque peu de sophisme entre parmi ses traits :
Car quel époux n’est point au Soleil préférable
En s’y prenant ainsi ? Dirai-je qu’un géant
Est moins fort qu’une puce ? elle le mord pourtant.
Le Rat devait aussi renvoyer, pour bien faire,
La belle au chat, le chat au chien,
Le chien au loup. Par le moyen
De cet argument circulaire,
Pilpay jusqu’au Soleil eût enfin remonté ;
Le Soleil eût joui de la jeune beauté.
Revenons, s’il se peut, à la métempsycose :
Le sorcier du Bramin fit sans doute une chose
Qui, loin de la prouver, fait voir sa fausseté.
Je prends droit là-dessus contre le Bramin même :
Car il faut, selon son système,
Que l’homme, la souris, le ver, enfin chacun
Aille puiser son âme en un trésor commun :
Toutes sont donc de même trempe ;
Mais agissant diversement
Selon l’organe seulement
L’une s’élève, et l’autre rampe.
D’où vient donc que ce corps si bien organisé
Ne put obliger son hôtesse
De s’unir au Soleil, un Rat eut sa tendresse ?
Tout débattu, tout bien pesé,
Les âmes des souris et les âmes des belles
Sont très différentes entre elles.
Il en faut revenir toujours à son destin,
C’est-à-dire, à la loi par le Ciel établie.
Parlez au diable, employez la magie,
Vous ne détournerez nul être de sa fin.

(Jean de la Fontaine)

Illustration: Marc Chagall

 

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L’homme qui prie (Tahar Ben Jelloun)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2017



Illustration: Annagol
    
L’homme qui prie n’attend rien de sa prière
Il lève les yeux au ciel
Des mots tombent comme neige
Jonchent le sol et mangent ses pieds
L’homme se consume
Jusqu’au dernier souffle de son illusion.

(Tahar Ben Jelloun)

 

Recueil: Que la Blessure se ferme
Editions: Gallimard

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Soudain, elle voit (Jean Aron)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



lourdesDans son cachot
elle prie comme elle peut
puis repense à sa journée:
elle espère qu’on la réveille,
elle erre
au milieu des brebis,
elle marche au bord de l’innocence,
son regard est vers là-bas;
elle cueille du bois mort
qu’elle met dans son panier,
elle enlève ses sabots,
l’eau glacée
comme un étau l’étreint.
Soudain,
elle voit la voix des branches
dégouliner le long des tiges
parmi les partitions endormies
de la prairie des gaves,
une gloire enluminée d’opale
flotte autour d’elle,
elle vit son extase
au gré tremblant du froid.

(Jean Aron)

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Au printemps (Jacques Brel)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2017



Au printemps au printemps
Et mon cœur et ton cœur
Sont repeints au vin blanc
Au printemps au printemps
Les amants vont prier
Notre-Dame du bon temps
Au printemps
Pour une fleur un sourire un serment
Pour l’ombre d’un regard en riant

Toutes les filles
Vous donneront leurs baisers
Puis tous leurs espoirs
Vois tous ces cœurs
Comme des artichauts
Qui s’effeuillent en battant
Pour s’offrir aux badauds
Vois tous ces cœurs
Comme de gentils mégots
Qui s’enflamment en riant
Pour les filles du métro

Au printemps au printemps
Et mon cœur et ton cœur
Sont repeints au vin blanc
Au printemps au printemps
Les amants vont prier
Notre-Dame du bon temps
Au printemps
Pour une fleur un sourire un serment
Pour l’ombre d’un regard en riant

Tout Paris
Se changera en baisers
Parfois même en grand soir
Vois tout Paris
Se change en pâturage
Pour troupeaux d’amoureux
Aux bergères peu sages
Vois tout Paris
Joue la fête au village
Pour bénir au soleil
Ces nouveaux mariages

Au printemps au printemps
Et mon cœur et ton cœur
Sont repeints au vin blanc
Au printemps au printemps
Les amants vont prier
Notre-Dame du bon temps
Au printemps
Pour une fleur un sourire un serment
Pour l’ombre d’un regard en riant

Toute la Terre
Se changera …

(Jacques Brel)

Illustration: Claude Monet

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Pour une belle (Hector Ganier)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2017



Illustration: Fabienne Contat

    
Pour une belle

A gente damoiselle
Toujours suis à rêver :
Quand l’étoile étincelle,
Le jour, dès mon lever.
Ah ! pour une belle
Qu’il fait bon rêver !

Mais la farouche belle
Ne veut pas me chérir ;
Pour fléchir la cruelle
Que lui faut-il offrir ?
Ah ! pour une belle
Qu’il fait bon souffrir !

Je donnerais pour elle
Mon pigeon messager,
Avec ma tourterelle,
Et mon chien de berger.
Ah ! pour une belle
Qu’il fait bon gager !

Pour un doux regard d’elle
Je deviendrais martyr,
Sans que jamais mon zèle
Puisse se ralentir.
Ah ! pour une belle
Qu’il fait bon pâtir !

Pour un sourire d’elle
Je me ferais damner,
Dût la joie éternelle
De moi se détourner.
Ah ! pour une belle
Qu’il fait bon donner !

Sur sa lèvre jumelle
Si j’arrive à quérir
Un brûlant baiser d’elle,
Je consens à périr.
Ah ! pour une belle
Qu’il fait bon mourir !

A la Sainte-Chapelle
Je veux m’agenouiller :
« Sainte Vierge immortelle,
« Daigne la conseiller ! »
Ah ! pour une belle
Qu’il fait bon prier !

(Hector Ganier)

 

Recueil: Anthologie universelle des baisers (III France)
Editions: H. Daragon

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GAILLARDISE (De La Ronce)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2017



 Illustration: Jean-Antoine Watteau
    
GAILLARDISE

Ni pour baiser ton bel œil
Que tu remplis trop d’orgueil.
Ni pour sucer à mon aise
La fraise de ton téton.
Tout cela, ma Jeannelon,
Ne peut éteindre ma braise.

Ainsi au lieu de l’étouffer
Je la sens plus s’échauffer
Après que je t’ai baisée :
L’haleine qui sort de toi
S’écoule au profond de moi,
Et la rend plus embrasée.

Mais aussi ne veux-tu point
Que je parvienne à ce point
Où chaque amoureux aspire?
Crois que si j’avais cet heur,
J’aurais plus de joie au cœur
Que si j’avais un empire.

Tu dis me vouloir du bien,
Mais pourtant je n’en crois rien;
J’ai beau te crier à l’aide,
Tu me vois bien consumer :
Vraiment ce n’est m’aimer
De ne m’offrir le remède.

C’est bien loin de me l’offrir
De me laisser là souffrir
Sans te chaloir de ma peine.
Que tu as peu d’amitié,
Pour t’émouvoir à pitié !
Toute ma prière est vaine.

Fais-moi, fais-moi ce plaisir
De contenter mon désir.
Et je prierai la déesse
Qui gouverne les amours.
Qu’elle bien-heure toujours
L’ébat de notre jeunesse.

(De La Ronce)

 

Recueil: Poètes du Baiser
Editions: Société des Éditions LOUIS-MICHAUD

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