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Lourde pend la goutte de pluie (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2017



Lourde pend la goutte de pluie
Au rameau chargé ;
Lourde s’amasse la brume
Au loin, sur les Hautes Terres ;

Lourd plane le ciel maussade.
Lourde déferle la mer —
Et lourd bat le jeune coeur
Sous l’arbre solitaire —

Jamais lueur bleue depuis l’aube
N’a fendu les nuages —
Jamais depuis sa naissance
N’a souri son sinistre Destin —

Menaçant pour le tout-petit,
Ternissant les joies de l’enfant
Il ignore, l’ange gardien,
Ce garçon mélancolique.

Le jour dépasse vite
Son printemps triste et sombre :
Bientôt la jeunesse déborde
Sur l’âge d’homme plus austère —

Il n’est pas de fleur qui ne prie
Le soleil avant de se fermer

***

Heavy hangs the raindrop
From the burdened spray ;
Heavy broods the damp mist
On Uplands far away ;

Heavy looms the dull sky.
Heavy rolls the sea —
And heavy beats the young heart
Beneath that lonely tree —

Never has a blue streak
Cleft the clouds since morn —
Never has his grim Fate
Smiled since he was born —

Frowning on the infant,
Shadowing childhood’s joy ;
Guardian angel knows not
That melancholy boy.

Day is passing swiftly
Its sad and sombre prime :
Youth is fast invading
Sterner manhood’s time —

All the flowers are praying
For sun before they close

(Emily Brontë)

 Illustration

 

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ROMANCE NOCTURNE (Georg Trakl)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2017



 

ROMANCE NOCTURNE

Un solitaire au clair d’étoiles
S’en va dans la calme minuit.
L’enfant s’éveille ivre de rêves,
Ses traits croulent gris dans la lune.

La folle geint cheveux au vent
A fa fenêtre grillagée.
Sur le lac vont en douce errance
Des amoureux, étrangement.

L’assassin blême rit au vin,
L’effroi de mort point les malades.
La nonne prie, meurtrie et nue,
Devant la croix de son Sauveur.

La mère chantonne en sommeil.
L’enfant regarde dans la nuit
De ses yeux vrais, paisiblement.
Dans le bordel sonnent les rires.

A la chandelle dans la cave
Le défunt peint d’une main blanche
Au mur un ricanant silence.
Le dormeur chuchote toujours.

(Georg Trakl)

Illustration

 

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Ce qui sera, quand ce sera, voilà dès lors ce qui est (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 3 mars 2017



Si je savais que demain je vais mourir
Et que le printemps est pour après-demain,
Je mourrais content, de ce qu’il soit pour après-demain.
Si tel est son temps, quand devrait-il venir sinon en son temps?
J’aime que tout soit réel et que tout soit exact;
Et j’aime ça parce qu’il en serait ainsi, même si je n’aimais pas ça.
C’est pourquoi, si je meurs à présent, je meurs content,
Parce que tout est réel, parce que tout est exact.

Vous pouvez prier en latin sur mon cercueil si ça vous chante.
Si ça vous chante, vous pouvez danser et chanter tout autour.
Je n’ai pas de préférences pour le moment
où je ne pourrai plus avoir de préférences.
Ce qui sera, quand ce sera, voilà dès lors ce qui est.

(Fernando Pessoa)

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N’entre pas sans violence dans cette bonne nuit (Dylan Thomas)

Posted by arbrealettres sur 27 février 2017



N’entre pas sans violence dans cette bonne nuit,
Le vieil âge devrait brûler et s’emporter à la chute du jour ;
Rager, s’enrager contre la mort de la lumière.

Bien que les hommes sages à leur fin sachent que l’obscur est mérité,
Parce que leurs paroles n’ont fourché nul éclair ils
N’entrent pas sans violence dans cette bonne nuit.

Les hommes bons, passée la dernière vague, criant combien clairs
Leurs actes frêles auraient pu danser en un verre baie
Ragent, s’enragent contre la mort de la lumière.

Les hommes violents qui prient et chantèrent le soleil en plein vol,
Et apprenant, trop tard, qu’ils l’ont affligé dans sa course,
N’entrent pas sans violence dans cette bonne nuit.

Les hommes graves, près de mourir, qui voient de vue aveuglante
Que leurs yeux aveugles pourraient briller comme météores et s’égayer,
Ragent, s’enragent contre la mort de la lumière.

Et toi, mon père, ici sur la triste élévation
Maudis, bénis-moi à présent avec tes larmes violentes, je t’en prie.
N’entre pas sans violence dans cette bonne nuit.
Rage, enrage contre la mort de la lumière.

***

DO NOT GO GENTLE INTO THAT GOOD NIGHT

Do not go gentle into that good night,
Old age should burn and rage at close of day;
Rage, rage against the dying of the light.

Though wise men at their end know dark is right,
Because their words had forked no lightning they
Do not go gentle into that good night.

Good men, the last wave by, crying how bright
Their frail deeds might have danced in a green bay,
Rage, rage against the dying of the light.

Wild men who caught and sang the sun in flight,
And learn, too late, they grieved it on its way,
Do not go gentle into that good night.

Grave men, near death, who see with blinding sight
Blind eyes could blaze like meteors and be gay,
Rage, rage against the dying of the light.

And you, my father, there on the sad height,
Curse, bless me now with your fierce tears, I pray.
Do not go gentle into that good night.
Rage, rage against the dying of the light.

(Dylan Thomas)

 

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Chanson de la plus haute tour (Arthur Rimbaud)

Posted by arbrealettres sur 15 février 2017



 

Ernest Pignon-Ernest  Rimbaud  42

Chanson de la plus haute tour

Oisive jeunesse
A tout asservie
Par délicatesse
J’ai perdu ma vie.
Ah ! Que le temps vienne
Où les cœurs s’éprennent.

Je me suis dit : laisse,
Et qu’on ne te voie :
Et sans la promesse
De plus hautes joies.
Que rien ne t’arrête
Auguste retraite.

J’ai tant fait patience
Qu’à jamais j’oublie ;
Craintes et souffrances
Aux cieux sont parties.
Et la soif malsaine
Obscurcit mes veines.

Ainsi la Prairie
A l’oubli livrée,
Grandie et fleurie
D’encens et d’ivraies
Au bourdon farouche
De cent sales mouches.

Ah ! Mille veuvages
De la si pauvre âme
Qui n’a que l’image
De la Notre-Dame !
Est-ce que l’on prie
La Vierge Marie ?

Oisive jeunesse
A tout asservie
Par délicatesse
J’ai perdu ma vie.
Ah ! Que le temps vienne
Où les cœurs s’éprennent !

(Arthur Rimbaud)

Illustration: Ernest Pignon-Ernest

 

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Chanson de la plus haute tour (Arthur Rimbaud)

Posted by arbrealettres sur 15 février 2017




Chanson de la plus haute tour

Oisive jeunesse
A tout asservie,
Par délicatesse
J’ai perdu ma vie.
Ah ! Que le temps vienne
Où les coeurs s’éprennent.

Je me suis dit : laisse,
Et qu’on ne te voie :
Et sans la promesse
De plus hautes joies.
Que rien ne t’arrête,
Auguste retraite.

J’ai tant fait patience
Qu’à jamais j’oublie ;
Craintes et souffrances
Aux cieux sont parties.
Et la soif malsaine
Obscurcit mes veines.

Ainsi la prairie
A l’oubli livrée,
Grandie, et fleurie
D’encens et d’ivraies
Au bourdon farouche
De cent sales mouches.

Ah ! Mille veuvages
De la si pauvre âme
Qui n’a que l’image
De la Notre-Dame !
Est-ce que l’on prie
La Vierge Marie ?

Oisive jeunesse
A tout asservie,
Par délicatesse
J’ai perdu ma vie.
Ah ! Que le temps vienne
Où les coeurs s’éprennent !

(Arthur Rimbaud)

Illustration: Rafal Olbinski

 

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Gaspard Hauser chante (Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 9 février 2017



Je suis venu, calme orphelin
Riche de mes seuls yeux tranquilles,
Vers les hommes des grandes villes:
Ils ne m’ont pas trouvé malin.

A vingt ans un trouble nouveau,
Sous le nom d’amoureuses flammes,
M’a fait trouver belles les femmes:
Elles ne m’ont pas trouvé beau.

Bien que sans patrie et sans roi
Et très brave ne l’étant guère,
J’ai voulu mourir à la guerre:
La mort n’a pas voulu de moi.

Suis-je né trop tôt ou trop tard?
Qu’est-ce que je fais en ce monde?
Ô vous tous, ma peine est profonde:
Priez pour le pauvre Gaspard.

(Verlaine)

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Pensée d’amour (Albert Lozeau)

Posted by arbrealettres sur 8 février 2017



Pensée d’amour

Je pense à ton âme aussi pure qu’elle,
Quand je vois la neige au soleil briller, –
Candeur où la grâce ardente étincelle…
Et j’aime à prier.

Je pense à l’étoile aussi claire qu’elles,
Quand, de leur regard trop longtemps privé,
J’évoque, le soir, tes chères prunelles…
Et j’aime à rêver.

Je pense à la rose aussi douce qu’elle,
Quand un tendre mot, d’amour velouté,
Passe sur ta lèvre et la fait plus belle…
Et j’aime à chanter !

(Albert Lozeau)

 

 

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LES SOMNAMBULES (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2017



somnambules

LES SOMNAMBULES

Quand on est amoureux, on vit
A la façon des somnambules
Qui vont, plus légers que des bulles,
Sur le bord des toits, l’œil ravi.

Le bord glissant comme de l’huile
Est sûr et ferme sous leurs pas.
Le gouffre est là, qu’ils ne voient pas,
Au bout de la dernière tuile.

Ils marchent les bras en avant
Comme s’ils priaient leurs étoiles,
Et ne sentent pas dans leurs moelles
Monter le vertige énervant.

Débarrassés des lois physiques,
Un aveugle instinct les conduit.
Les précipices de la nuit
Ont pour eux de douces musiques.

La brise qui leur parle bas
A n’avoir pas peur les engage.
L’infini leur tient un langage
Que le monde ne comprend pas.

Soutenus par un souffle étrange
Ils cheminent, silencieux,
Gomme s’il allaient dans les cieux
Partir avec des ailes d’ange.

Ils vont ainsi jusqu’au moment
Où, d’un cri perçant leur oreille,
Quelqu’un qui les voit les réveille,
Et rompt le charme brusquement.

L’ange s’enfuit! Reste la bête,
Qui, soûle encor d’avoir rêvé,
Chancelle, et va sur le pavé,
Sanglante, se casser la tète.

(Jean Richepin)

 

 

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Elle viendra à moi (Jean-Claude Demay)

Posted by arbrealettres sur 27 janvier 2017



Elle viendra à moi
Elle a mon âme entre ses lèvres
Et mon cœur entre ses paupières
De ses seins jaillit la lumière
De ses hanches l’enfant à naître
Je l’entrevois la très divine
La présence très féminine
Et mes rêves s’entr’illuminent
Aux étoiles des sources fines

Refrain
Elle viendra à moi
Du fond de l’univers
Du bout de l’océan
De l’aut’ côté d’la mer
Des rives du néant
Au soleil de la joie
Elle viendra à moi
La femme de ma vie

Nous boirons aux fontaines vertes
Qui se penchent aux amoureux
Les lacs profonds des mers offertes
Qui viennent battre au fond des yeux
Tu seras pour moi la déesse
Que j’attendais dès ma jeunesse
Celle que j’aimerai sans cesse
Ma fée ma femm’ ma prophétesse

Refrain

Du bout de l’océan
De l’aut’ côté d’la mer
Des rives du néant
Au soleil de la joie
Elle viendra à moi
La femme de ma vie

Nous boirons aux fontaines vertes
Qui se penchent aux amoureux
Les lacs profonds des mers offertes
Qui viennent battre au fond des yeux
Tu seras pour moi la déesse
Que j’attendais dès ma jeunesse
Celle que j’aimerai sans cesse
Ma fée ma femm’ ma prophétesse

Refrain

Tu sais j’aimerai ton visage
Et la pluie le long de ta joue
Comme un enfant je serai sage
Mon front posé sur tes genoux
Je crois ce sera le bonheur
L’infinie tendresse douceur
Ô mon amie petite sœur
Je te donnerai ma chaleur

Refrain

Nous traverserons les forêts
Peuplées de bêtes inouïes
Peut-être c’est vrai je serai
Pour toi le chevalier qui prie
Lentement passeront les jours
Comme les nuits du temps trop lourd
Tu seras la dame à la tour
Du céleste château d’Amour

Refrain

De ce monde nous partirons
L’un à l’autre unis à jamais
Longtemps nos âmes tournoieront
Tu m’aimeras comm’ je t’aimais
Ton âme épousera mon âme
Flotteront fols les oriflammes
Toute la lumière et la flamme
Immense de l’Amour ma femme

Elle est venue à moi
Du fond de l’univers
Du bout de l’océan
D’ l’aut’ côté d’la Terre
Des rives du néant
Au soleil de la joie
Elle est venue à moi
La femme de ma vie
Je suis venu aussi
À elle pour la vie.

(Jean-Claude Demay)

 

 

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