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Poésie

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Soudain, elle voit (Jean Aron)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



lourdesDans son cachot
elle prie comme elle peut
puis repense à sa journée:
elle espère qu’on la réveille,
elle erre
au milieu des brebis,
elle marche au bord de l’innocence,
son regard est vers là-bas;
elle cueille du bois mort
qu’elle met dans son panier,
elle enlève ses sabots,
l’eau glacée
comme un étau l’étreint.
Soudain,
elle voit la voix des branches
dégouliner le long des tiges
parmi les partitions endormies
de la prairie des gaves,
une gloire enluminée d’opale
flotte autour d’elle,
elle vit son extase
au gré tremblant du froid.

(Jean Aron)

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Au printemps (Jacques Brel)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2017



Au printemps au printemps
Et mon cœur et ton cœur
Sont repeints au vin blanc
Au printemps au printemps
Les amants vont prier
Notre-Dame du bon temps
Au printemps
Pour une fleur un sourire un serment
Pour l’ombre d’un regard en riant

Toutes les filles
Vous donneront leurs baisers
Puis tous leurs espoirs
Vois tous ces cœurs
Comme des artichauts
Qui s’effeuillent en battant
Pour s’offrir aux badauds
Vois tous ces cœurs
Comme de gentils mégots
Qui s’enflamment en riant
Pour les filles du métro

Au printemps au printemps
Et mon cœur et ton cœur
Sont repeints au vin blanc
Au printemps au printemps
Les amants vont prier
Notre-Dame du bon temps
Au printemps
Pour une fleur un sourire un serment
Pour l’ombre d’un regard en riant

Tout Paris
Se changera en baisers
Parfois même en grand soir
Vois tout Paris
Se change en pâturage
Pour troupeaux d’amoureux
Aux bergères peu sages
Vois tout Paris
Joue la fête au village
Pour bénir au soleil
Ces nouveaux mariages

Au printemps au printemps
Et mon cœur et ton cœur
Sont repeints au vin blanc
Au printemps au printemps
Les amants vont prier
Notre-Dame du bon temps
Au printemps
Pour une fleur un sourire un serment
Pour l’ombre d’un regard en riant

Toute la Terre
Se changera …

(Jacques Brel)

Illustration: Claude Monet

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Pour une belle (Hector Ganier)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2017



Illustration: Fabienne Contat

    
Pour une belle

A gente damoiselle
Toujours suis à rêver :
Quand l’étoile étincelle,
Le jour, dès mon lever.
Ah ! pour une belle
Qu’il fait bon rêver !

Mais la farouche belle
Ne veut pas me chérir ;
Pour fléchir la cruelle
Que lui faut-il offrir ?
Ah ! pour une belle
Qu’il fait bon souffrir !

Je donnerais pour elle
Mon pigeon messager,
Avec ma tourterelle,
Et mon chien de berger.
Ah ! pour une belle
Qu’il fait bon gager !

Pour un doux regard d’elle
Je deviendrais martyr,
Sans que jamais mon zèle
Puisse se ralentir.
Ah ! pour une belle
Qu’il fait bon pâtir !

Pour un sourire d’elle
Je me ferais damner,
Dût la joie éternelle
De moi se détourner.
Ah ! pour une belle
Qu’il fait bon donner !

Sur sa lèvre jumelle
Si j’arrive à quérir
Un brûlant baiser d’elle,
Je consens à périr.
Ah ! pour une belle
Qu’il fait bon mourir !

A la Sainte-Chapelle
Je veux m’agenouiller :
« Sainte Vierge immortelle,
« Daigne la conseiller ! »
Ah ! pour une belle
Qu’il fait bon prier !

(Hector Ganier)

 

Recueil: Anthologie universelle des baisers (III France)
Editions: H. Daragon

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GAILLARDISE (De La Ronce)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2017



 Illustration: Jean-Antoine Watteau
    
GAILLARDISE

Ni pour baiser ton bel œil
Que tu remplis trop d’orgueil.
Ni pour sucer à mon aise
La fraise de ton téton.
Tout cela, ma Jeannelon,
Ne peut éteindre ma braise.

Ainsi au lieu de l’étouffer
Je la sens plus s’échauffer
Après que je t’ai baisée :
L’haleine qui sort de toi
S’écoule au profond de moi,
Et la rend plus embrasée.

Mais aussi ne veux-tu point
Que je parvienne à ce point
Où chaque amoureux aspire?
Crois que si j’avais cet heur,
J’aurais plus de joie au cœur
Que si j’avais un empire.

Tu dis me vouloir du bien,
Mais pourtant je n’en crois rien;
J’ai beau te crier à l’aide,
Tu me vois bien consumer :
Vraiment ce n’est m’aimer
De ne m’offrir le remède.

C’est bien loin de me l’offrir
De me laisser là souffrir
Sans te chaloir de ma peine.
Que tu as peu d’amitié,
Pour t’émouvoir à pitié !
Toute ma prière est vaine.

Fais-moi, fais-moi ce plaisir
De contenter mon désir.
Et je prierai la déesse
Qui gouverne les amours.
Qu’elle bien-heure toujours
L’ébat de notre jeunesse.

(De La Ronce)

 

Recueil: Poètes du Baiser
Editions: Société des Éditions LOUIS-MICHAUD

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Souhaits (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2017




    
Souhaits

Je voudrais pour prier la très vieille chapelle
Au milieu des bois frais et des eaux murmurantes;
Je voudrais pour pasteur un vieil aumônier frêle
Qui bénit les enfants avec ses mains tremblantes.

Je voudrais pour aimer la hutte sous les aulnes
Et non la tour d’ivoire aux somptueux paliers;
Je voudrais à mon seuil de pâles anémones
Et le sanglotement d’un couple de ramiers.

Je voudrais dans mon coeur cette simplicité
Grâce à laquelle on croit et l’on accepte tout,
Qui fait de ce qu’on aime une divinité
Et noue jette en pleurant devant elle à genoux.

Je voudrais pour dormir la touffe de verveine
Que les sorciers chez nous posent sur les blessures;
Je voudrais pour dormir la douceur de la laine
D’un agneau nouveau-né dans une étable obscure.

Je voudrais pour mourir la résignation
De l’herbe qui pourrit, de la feuille qui tombe;
Je voudrais pour cercueil le repli d’un sillon
Et des blés fleurissant au printemps sur ma tombe.

*

Mais je voudrais pourtant qu’il restât quelque chose
De mon âme sonore et pleine de chansons:
Un refrain d’alouette envolé des blés roses
Ou la plainte du vent qui berce les moissons.

(Marie Dauguet)

 

 

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Lourde pend la goutte de pluie (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2017



Lourde pend la goutte de pluie
Au rameau chargé ;
Lourde s’amasse la brume
Au loin, sur les Hautes Terres ;

Lourd plane le ciel maussade.
Lourde déferle la mer —
Et lourd bat le jeune coeur
Sous l’arbre solitaire —

Jamais lueur bleue depuis l’aube
N’a fendu les nuages —
Jamais depuis sa naissance
N’a souri son sinistre Destin —

Menaçant pour le tout-petit,
Ternissant les joies de l’enfant
Il ignore, l’ange gardien,
Ce garçon mélancolique.

Le jour dépasse vite
Son printemps triste et sombre :
Bientôt la jeunesse déborde
Sur l’âge d’homme plus austère —

Il n’est pas de fleur qui ne prie
Le soleil avant de se fermer

***

Heavy hangs the raindrop
From the burdened spray ;
Heavy broods the damp mist
On Uplands far away ;

Heavy looms the dull sky.
Heavy rolls the sea —
And heavy beats the young heart
Beneath that lonely tree —

Never has a blue streak
Cleft the clouds since morn —
Never has his grim Fate
Smiled since he was born —

Frowning on the infant,
Shadowing childhood’s joy ;
Guardian angel knows not
That melancholy boy.

Day is passing swiftly
Its sad and sombre prime :
Youth is fast invading
Sterner manhood’s time —

All the flowers are praying
For sun before they close

(Emily Brontë)

 Illustration

 

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Assis le soir (Jacqueline Saint-Jean)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2017



Assis le soir
aux terrasses dévastées de l’histoire
dans le cercle affolé des hirondelles
saccades d’ailes dans le corps
les pieds dans les décombres
dénombrant ce qui tremble
portes qui battent tôles gouttières
feuilles roulées de ruelle en ruelle
vers ce cheval aveugle au milieu de la place
Assis le soir à l’ombre de la Tour
il nomme à voix basse ce qui reste de jour
priant pleurant peut-être
dans le rayonnement des pierres

(Jacqueline Saint-Jean)


Illustration: Odilon Redon

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Dans le rayon de mon amour (Rose Ausländer)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2017



    

Dans le rayon
de mon amour
pour l’univers
je prie

Je m’épanouis
et me fane
dans ma prière

***

Im Umkreis
meiner Liebe
zum All
bete ich

Ich gehe auf
und unter
im Gebet

(Rose Ausländer)

 

Recueil: Je compte les étoiles de mes mots
Traduction: Edmond Verroul
Editions: Héros-Limite

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Entends-tu la flûte (Rose Ausländer)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2017



 Illustration: Josephine Wall
    
Entends-tu
la flûte

Elle parle
un langage clair
la belle onde
d’une mélodie

Prêter oreille
c’est prier

***

Horst du
die Flöte

Sie spricht
eine helle Sprache
das schöne Nass
einer Melodie

lauschen heisst
beten

(Rose Ausländer)

 

Recueil: Je compte les étoiles de mes mots
Traduction: Edmond Verroul
Editions: Héros-Limite

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Sens dessus dessous (Maurice Fanon)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2017



Illustration: Emil Nolde
    
Sens dessus dessous

Bras dessus, bras dessous
On se « tu », on se « vous »
Bras dessus, bras dessous
Sens dessus dessous

Pour deux sous de fleurs
Pour dessus de lit
On se prend le cœur
Quand le cœur nous dit
Qu’on se couche ici
Qu’on se couche ailleurs
Tu es plus jolie
Sans papier à fleurs
Qu’on se touche ici
Qu’on se touche ailleurs
De la bouche au lit
On se sait par cœur

Bras dessus, bras dessous
On se « tu », on se « vous »
Bras dessus, bras dessous
Sens dessus dessous

Si tu étais fleur
Au jardin l’été
Je serais flâneur
Banc ou jardinier
Si tu étais sœur
Au cloître inconsolée

Je serais le Seigneur
Son fils ou un abbé
Si tu étais guillotine
À la Santé
Je prierais ces messieurs
De bien me condamner

Bras dessus, bras dessous
On se « tu », on se « vous »
Bras dessus, bras dessous
Sens dessus dessous

Et que vienne l’heure
De nous séparer
On se donne une heure
Tout est pardonné
Et que vienne l’heure
Pour moi de pleurer
Si je pleure pour toi
Je serai satisfait
Et que vienne l’heure
De ta tombe fleurie
À la première fleur
Je choisis de mourir

Bras dessus, bras dessous
On se « tu », on se « vous »
Bras dessus, bras dessous
Sens dessus dessous

(Maurice Fanon)

 

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