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Poésie

Posts Tagged ‘prise’

Cet instant où je me suis éveillé (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2018




    
cet instant
où je me suis éveillé
au coeur de la nuit

tout reposait
n’était que silence
et la vie ne m’effrayait plus

l’esprit serein

la lueur survenue
suggérait que la traque
avait pris fin

ne plus s’épuiser
à chercher
ne plus quémander
ne plus vouloir
coûte que coûte
faire main basse
sur ce qui toujours
échappe à ta prise

l’esprit serein

apaisé par cette lumière
qui avait éclos
à cet instant
au coeur de la nuit

(Charles Juliet)

 

Recueil: L’Opulence de la nuit
Traduction:
Editions: P.O.L.
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LA ROUE DANS LA ROUE (Seamus Heaney)

Posted by arbrealettres sur 1 juin 2018



    

LA ROUE DANS LA ROUE

Première prise sur le monde :
L’art de faire tourner à la main
Les pédales d’un vélo renversé, imprimant
À la roue arrière une vitesse surnaturelle.
J’aimais en voir disparaître les rayons,
Et le bourdon translucide de l’espace
Entre la jante et le moyeu. Quand on y lançait
Une pomme de terre, le tournoiement de l’air
Vous renvoyait au visage une purée vaporeuse ;
Quand on la frôlait avec une paille,
La paille se mettait à vibrer.
Les pédales avaient une manière de résister
D’abord de façon très tangible
Avant d’entraîner la main
Dans un nouvel élan — et je m’en absorbais
Comme d’un pouvoir soudain absolu: la certitude
Avait rattrapé, relancé l’objet de ma certitude
Dans l’orbite même où tournait le désir.

***

WHEELS WITHIN WHEELS

The first real grip I ever got on things
Was when I learned the art of pedalling
(By hand) a bike turned upside down, and drove
Its back wheel preternaturally fast.
I loved the disappearance of the spokes,
The way the space between the hub and rim
Hummed with transparency. If you threw
A potato into it, the hooped air
Spun mush and drizzle back into your face;
If you touched it with a straw, the straw frittered.
Something about the way those pedal treads
Worked very palpably at first against you
And then began to sweep your hand ahead
Into a new momentum — that all entered me
Like an access of free power, as if belief
Caught up and spun the objects of belief
In an orbit coterminous with longing.

(Seamus Heaney)

 

Recueil: La lucarne
Traduction: Patrick Hersant
Editions: Gallimard

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L’HOMME EST ENCORE DEBOUT (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 29 mai 2018



 

Olivier Valsecchi i4

L’HOMME EST ENCORE DEBOUT

Rivé à l’impossible
Pilonné de terre
Lardé par les brouillards
le soleil et les cris

Avec son recel d’âme
qu’il irrigue
ou qu’il brûle

L’homme est encore debout !

L’usure n’a pas de prise
sur l’espoir qui s’élance
hors de la moelle des âges
hors des dalles éclatées.

(Andrée Chedid)

Illustration: Olivier Valsecchi

 

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Pure fantaisie (Marc Dugardin)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2018



Illustration: Tomas Januska
    
pure fantaisie
(avec Rimbaud)

dans le grand vide
lâcher prise
être le danseur
mot à mot

à chaque pas se jouer
se déjouer
pour la première
et la dernière fois

danser

littéralement

(Marc Dugardin)

 

Recueil: Quelqu’un a déjà creusé le puits
Traduction:
Editions: Rougerie

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Les rides font gaffe (Séverine Daucourt-Fridriksson)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2018




    

les rides font gaffe à pas trop
malheurer le visage la peau
sans âge se laisse
dépeupler
sans réchapper de la dernière
prise

(Séverine Daucourt-Fridriksson)

 

Recueil: A trois que le qui-vive
Traduction:
Editions: La lettre volée

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Et je t’aurai goûtée si violemment (Georges-Emmanuel Clancier)

Posted by arbrealettres sur 23 janvier 2018



Illustration: Pascal Renoux
    
Et je t’aurai goûtée si violemment de feu rosée
En quelle demeure où tu menais ta splendeur crue!
À toute force il eût fallu sa juste faiblesse
Pour donner prise aux cris de la bête empiégée
Que dessinaient somptueux tes reins et leur douce fureur.

(Georges-Emmanuel Clancier)

 

Recueil: Le Poème Hanté
Traduction:
Editions: Gallimard

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La porte est ouverte (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2017



Illustration: Renaud Baltzinger
    
La porte est ouverte entre les murs du soir,
les trappes cèdent sous mes pas haletants.
Au vent sans effort, souffle ta main légère,
suicide simple comme le regard de l’eau.

Le dernier matin de ta vie passe auprès de toi,
écoute battre le dernier jour de la terre,
happe au passage la dernière tige de vent.
Le ciel n’est plus sur tes yeux qu’un peu de buée.

N’appelle personne parmi les hommes :
on ne meurt bien que dans la solitude.
La lumière n’a plus de prises sur ton corps.
Sous ton corps, la terre monte à coups d’épaule.

Pas un mort ne te voit, pas un mort ne te cherche.
L’univers est seul comme une main coupée.
L’éternité s’affole, s’écarte de ta route,
mesure d’étoile en étoile ce qui la sépare de toi.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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FRÊLE COMME L’OMBRE D’UNE FEUILLE (Tennessee Williams)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2017



;
Illustration: ArbreaPhotos
   

FRÊLE COMME L’OMBRE D’UNE FEUILLE

Frêle comme l’ombre d’une feuille il s’estompe
et tu t’estompes quand tu le touches.
Et comme tu t’estompes, l’après-midi
s’estompe avec toi, fraîche et trouble.

Un mur se dresse entre aucun espace,
division aussi mince que l’ombre,
ses paupières se ferment sur tes yeux
d’un vif-argent qui le décontenance.

Puis doucement tu dis son nom
comme si son nom sur ta langue
pouvait dresser un mur contre l’ombre
s’amoncelant où il s’estompe.

Parfois ces frontières entre les deux
peuvent sembler ne plus exister,
mais pourquoi, alors, le souffle court
et le corps d’argent de se tortiller,

pourquoi un nom qu’on murmure
comme pour demander : Est-ce vrai ?
reste sans réponse tant que le sommeil
ne te libère de sa prise cruelle.

***

FAINT AS LEAF SHADOW

Faint as leaf shadow does he fade
and do you fade in touching him.
And as you fade, the afternoon
fades with you and is cool and dim.

A wall that rises through no space,
division which is shadow-thin,
his eyelids close upon your eyes’
quicksilver which bewilders him.

And then you softly say his name
as though his name upon your tongue
a wall could lift against the drift
of shadow that he fades among.

Sometimes those frontiers of the twain
may seem no longer to exist,
but why, then, is the breath disturbed,
and does the silver body twist,

and why the whisper of a name
as though enquiring, Is it true?
which goes unanswered until sleep
has loosened his fierce hold of you.

(Tennessee Williams)

 

Recueil: Dans l’hiver des villes
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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Même si la neige (Max Alhau)

Posted by arbrealettres sur 12 mai 2017



    

Même si la neige annule toute trace
sur la pelouse où l’hiver n’a pas prise,
les mots sont encore témoins
de ces passages sans mesure.
A travers la forêt qui s’éclaircit,
un voyageur s’obstine à chercher un chemin
perdu d’avance pour lui.
Rien ne saurait le conduire à bon port.

(Max Alhau)

Recueil: Présence de la Poésie
Editions: Editions des Vanneaux

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Matière de lumière (Heather Dohollau)

Posted by arbrealettres sur 8 décembre 2016



Matière de lumière les murs
Dans le retournement du soleil
Comme la mer éclate ses limites en écume
La clarté presse la clarté
Au bruit d’une main
La fleur s’ouvre en elle-même
Sans faille l’épaisseur est de surface
Les pierres saignent l’or du soleil
La contre lumière recèle le jour
Hors de toute prise
Intact dans les ténèbres claires
De sa finalité

(Heather Dohollau)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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