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Posts Tagged ‘prisonnier’

Les Rois Mages (André Frénaud)

Posted by arbrealettres sur 9 octobre 2021



Leopold Kupelwieser _1796- rois mages_jpeg

Les Rois Mages

Avancerons-nous aussi vite que l’étoile
La randonnée n’a-t-elle pas assez duré
Réussirons-nous enfin à l’égarer
cette lueur au milieu de la lune et des bêtes
qui ne s’impatiente pas

La neige avait tissé les pays du retour
avec ses fleurs fondues où se perd la mémoire
De nouveaux compagnons se mêlaient à la troupe
qui sortaient des arbres comme les bûcherons
Le Juif errant peinait, aux blessures bafouées
Des fourrures couvraient le roi noir malade à mourir
Le pasteur de la faim est avec nous
Ses yeux bleus éclairent son manteau d’épluchures
et le troupeau rageur des enfants prisonniers

Nous allions voir la joie nous l’avons cru
la joie du monde née dans une maison par ici
C’était au commencement … Maintenant on ne parle pas
Nous allions délivrer un tombeau radieux
marqué d’une croix par les torches dans la forêt

Le pays n’est pas sűr les châteaux se glissent derrière nous
Pas de feu dans l’âtre des relais Les frontières
remuent à l’aube par les coups défendus
Nos paumes qui ont brisé les tempêtes de sable
sont trouées par la charançon et j’ai peur de la nuit

Ceux qui nous attendaient dans le vent de la route
se sont lassés le chœur se tourne contre nous
Par les banlieues fermées à l’aube les pays sans amour
nous avançons mêlés à tous et séparés
Sous les lourdes paupières de l’espérance
La peur haletait comme une haridelle

Nous arriverons trop tard le massacre est commencé
les innocents sont couchés dans l’herbe
Et chaque jour, nous remuons des flaques dans les contrées
Et la rumeur se creuse des morts non secourus
qui avaient espéré en notre diligence

Tout l’encens a pourri dans les boîtes en ivoire
et l’or a caillé nos cœurs comme du lait
La jeune fille s’est donnée aux soldats
que nous gardions dans l’arche pour le rayonnement
pour le sourire de sa face

Nous sommes perdus On nous a fait de faux rapports
C’est depuis le début du voyage
Il n’y avait pas de route il n’y a pas de lumière
Seul un épi d’or surgi du songe
que le poids de nos chutes n’a pas su gonfler
Et nous poursuivons en murmurant contre nous
tous le trois brouillés autant qu’un seul
peut l’être avec lui-même
Et le monde rêve à travers notre marche
dans l’herbe des bas-lieux
et ils espèrent
quand nous nous sommes trompés de chemin

Egarés dans les moires du temps – les durs méandres
qu’anime le sourire de l’Enfant –
chevaliers à la poursuite de la fuyante naissance
du futur qui nous guide comme un toucheur de bœufs
je maudis l’aventure je voudrais retourner
vers la maison et le platane
pour boire l’eau de mon puits que ne trouble pas la lune
et m’accomplir sur mes terrasses toujours égales
dans la fraîcheur immobile de mon ombre…

Mais je ne puis guérir d’un appel insensé.

(André Frénaud)

Illustration: Leopold Kupelwieser

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Dedans la haie broussailleuse (Leonardo Sinisgalli)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2021



 

Rose_morte

Dedans la haie broussailleuse
Ton tremblement
Me bouleverse si tu dis
Que le bien est cette obscurité
Qui nous blesse.
Avant qu’il ne fasse jour
Il nous est donné de toucher les épines,
De souffrir de la douce confusion ;
Prisonniers déçus, l’aube
Nous chasse parmi des roses putrides.

***

Entro la siepe irta
Il tuo tremore
Mi scuote se tu dici
Il bene questo buio
Che ci punge.
Prima che aggiorni
Ci è dato toccare le spine,
Soffrire la dolce confusione.
Prigionieri delusi ci caccia
L’alba tra putride rose.

(Leonardo Sinisgalli)

Illustration

 

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DE LA PRIÈRE (Czeslaw Milosz)

Posted by arbrealettres sur 28 mars 2021



DE LA PRIÈRE

Tu me demandes comment prier quelqu’un qui n’est pas.
Je sais que la prière construit un pont de velours
En le traversant on voltige comme sur un tremplin
Au-dessus de paysages couleur d’or mûr
Transfigurés par l’arrêt du soleil.
Ce pont conduit vers la rive du Retournement
Où tout est à rebours et la parole « est »
Découvre son sens à peine pressenti.
Tu remarqueras que je dis « on ». Chacun, séparément,
A pitié des autres, prisonniers du corps
Et sait que s’il n’y avait d’autre rivage

Il aurait pris ce pont au-dessus de la terre.

(Czeslaw Milosz)


Illustration: Mejdaben

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La Dame de Syros (Vénus Khoury-Ghata)

Posted by arbrealettres sur 12 mars 2021



    
La Dame de Syros

Bras croisés sur moi-même
je suis ma propre cage
à la fois prison et prisonnière

Visage absent du visage
nez repérant les morts serrés dans leurs bandelettes
ma silhouette silencieuse régnait
sur toute une nécropole

Le sculpteur de Syros le voulait il
m’avait élaguée tel un arbre malade
tailié le superflu à ma survie
effacé l’excédent à ma
temporalité gardé le cri invisible
le regard gelé tourné vers l’intérieur

Le sculpteur de Syros m’a voulue longiligne
comme un pieu
muette comme l’argile
immobile dans mon ossature
bras croisés au seuil de l’infini

(Vénus Khoury-Ghata)

 

Recueil: La Dame de Syros
Traduction:
Editions: Ekphrasis

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QUELQUE CHOSE ET MOI (Pierre Delanoë)

Posted by arbrealettres sur 3 mars 2021



 

Rockwell Kent 32 [1280x768]

QUELQUE CHOSE ET MOI

Il était un soir
Il était une fois
Quelque chose et Moi
Quelque chose et Moi (bis)
Un signe un espoir
Une image une voix
Quelque chose et Moi
Quelque chose et Moi

Et je n’étais plus seul au monde
Et je n’avais plus peur ni froid
Et je vivais chaque seconde
Et j’étais partout à la fois
Et une araignée de légende
Tisse le ciel de ma nuit
Comm’ je suis heureux dans ma chambre
Je ne sais pourquoi ni pour qui

Je vais et je viens
Mal et bien sous mon toit
Quelque chose et Moi
Quelque chose et Moi
Et je n’attends rien
Ni des Dieux, ni des rois
Quelque chose et Moi
Quelque chose et Moi

Comm’ un prisonnier s’émerveille
A regarder vivre une fourmi
J’ai reçu de bonnes nouvelles
Il paraît que ça va bien la vie
J’ai envie d’ouvrir la fenêtre
Pour me voir passer dans la rue
Savoir si j’ai changé de tête
Revoir ce que je ne suis plus

Et je n’étais plus seul au monde
Et je n’ai plus peur ni froid
La nuit ne sera plus très longue
Oui, je sais que tu existeras

Il était un soir,
Il était une fois.

(Pierre Delanoë)

Illustration: William Blake

 

 

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Prisonnier d’un bureau (François Coppée)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2021



François Coppée    
    
Prisonnier d’un bureau, je connais le plaisir
De goûter, tous les soirs, un moment de loisir.
Je rentre lentement chez moi, je me délasse
Aux cris des écoliers qui sortent de la classe ;
Je traverse un jardin, où j’écoute, en marchant,
Les adieux que les nids font au soleil couchant,
Bruit pareil à celui d’une immense friture.
Content comme un enfant qu’on promène en voiture,
Je regarde, j’admire, et sens avec bonheur
Que j’ai toujours la foi naïve du flâneur.

(François Coppée)

Recueil: Promenades et interieurs
Traduction:
Editions:

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GRILLE (Michel Butor)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2020



GRILLE

Derrière les barreaux
on entrevoit
une figure en attente
Une jeune fille
un écolier
un prisonnier

Subrepticement
à la nuit tombante
lui faire passer

Une lettre
une plume de geai
la clef des champs

(Michel Butor)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

 

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L’AMOUR TOUJOURS ATTEND (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2020



L’AMOUR TOUJOURS ATTEND

L’amour toujours attend et même la présence
N’a pour lui que l’éclat de ce qui va finir.
Fiancée à tes bras j’épouse la distance.
L’enfant portant ma traîne est né de mes soupirs.

Délaissant le présent aux mains de ton amante,
Oubliant la chaleur qui te fit accourir,
Sur ta paume tu suis le chemin qui l’enchante,
Tu chasses le mirage au bord de l’avenir.

Ne suis-je pas mirage et n’ai-je plus d’emblèmes,
Plus de lac en mes yeux où ton rêve baignait,
Ne suis-je pas des nuits l’aube en chemise blême ?
L’aube que tu poursuis est liée à mon poignet.

Rapporte-moi la fleur qui guérit de l’absence,
Les seuls anneaux forgés au feu des préférences
Et prisonnier le temps qui te rendit chasseur,

Reviens à mon amour dans les eaux de la vie.
Reviens-moi, c’est notre heure et la chasse est finie.
Mais notre heure à la porte est pendue et se meurt.

(Louise de Vilmorin)

Illustration: Audrey Kawasaki

 

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La nuit (Paul Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2020



 

Victor Hugo  Le Pendu b384 [1280x768]

La nuit. La pluie. Un ciel blafard que déchiquette
De flèches et de tours à jour la silhouette
D’une ville gothique éteinte au lointain gris.
La plaine. Un gibet plein de pendus rabougris
Secoués par le bec avide des corneilles
Et dansant dans l’air noir des gigues non-pareilles,
Tandis que leurs pieds sont la pâture des loups.
Quelques buissons d’épine épars, et quelques houx
Dressant l’horreur de leur feuillage à droite, à gauche,
Sur le fuligineux fouillis d’un fond d’ébauche.
Et puis, autour de trois livides prisonniers
Qui vont pieds nus, un gros de hauts pertuisaniers
En marche, et leurs fers droits, comme des fers de herse,
Luisent à contresens des lances de l’averse.

(Paul Verlaine)

Illustration: Victor Hugo

 

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LE CŒUR (Alaida Foppa)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2020



Illustration: Barbaras Bilder Kunst
    
LE CŒUR

On dit qu’il est aussi grand
que mon poing serré.
Petit donc,
mais suffisant
pour mettre en mouvement
tout ceci

C’est un ouvrier
qui travaille bien
quoiqu’il aspire au repos,
c’est un prisonnier
qui espère vaguement
s’échapper.

***

EL CORAZÓN

Dicen que es del tamaño
de mi puño cerrado.
Pequeño, entonces,
pero basta
para poner en marcha
todo esto.

Es un obrero
que trabaja bien
aunque anhele el descanso,
y es un prisionero
que espera vagamente
escaparse.

***

IL CUORE

Dicono che abbia la dimensione
del mio pungo chiuso.
piccolo, dunque,
ma sufficiente
per tenere in movimento
tutto questo.

È un lavoratore,
che lavora bene,
sebbene desideri una pausa;
è un prigionero
che sommessamente spera
di fuggire.

***

THE HEART

They say it’s the size
of my clenched fist.
Small, then,
but that’s enough
to set in motion
all of this.

It’s a laborer,
who works well,
though he longs for a break;
it’s a prisoner
who dimly hopes
to escape.

***

HET HART

Men zegt dat het zo groot is
als mijn gebalde vuist.
Klein, dus,
maar voldoende
om dit allemaal
in beweging te brengen

Het is een arbeider
die goed werkt
alhoewel hij verlangt naar rust,
het is een gevangene
die vaag hoopt
te ontsnappen.

***

INIMA

Se spune că ar fi
cât pumnul.
Foarte mică,
însă neobosită
pune-n mișcare toate
lucrurile.

Ea este truditoarea
ce impecabil bate
tânjind după odihnă,
și prizonieră este
nedeslușit visând
la evadare.

***

LU CORI

Diciunu ca è granni
comu lu pugnu dâ me manu.
Picciriddu, allura,
ma è capaci
di smoviri
tuttu chistu.

È un travagghiaturi
ca travagghia forti
puru ca sogna di na pausa;
È un priggiuneru
ca spera vanamenti
di evadiri.

***

O CORAÇÃO

Dizem que é do tamanho
do meu punho fechado.
Pequeno, pois não,
mas basta
para por em movimento
tudo isso.

É um trabalhador
que trabalha bem
embora sonhe com o descanso,
é um prisioneiro
que espera vagamente
a fuga.

***

DAS HERZ

Man sagt, es hätte die Größe
meiner geschlossenen Faust.
Also klein,
aber das genügt
um alles
in Gang zu setzen.

Es ist ein Arbeiter
der fleißig schafft
obwohl es sich nach Ruhe sehnt,
es ist ein Gefangener
der vage hofft
auszubrechen.

***

ΚΑΡΔΙΑ

Λένε έχει το μέγεθος μια γροθιάς.
Είναι μικρή τότε
μα μεγάλη αρκετά για
να βάλει τα πάντα σε κίνηση.

Εργάτης
που δουλεύει καλά
παρ’ όλο που αποζητά μιαν ανάπαυλα.
Φυλακισμένος που ποθεί
να δραπετεύσει.

***

SERCE

Mówią, że jest rozmiaru
mojej zaciśniętej pięści.
Małe,
ale wystarczająco duże,
by wprawiać w ruch
to wszystko.

To robotnik,
który pracuje dobrze,
choć pragnie odpoczynku;
to więzień,
który ma nikłą nadzieję
na ucieczkę.

***

***

心 脏

他们说心脏是
我紧握拳头的尺寸。
小,那么,
但这已足够
带动
所有器官。

它是个劳工,
工作得很好,
尽管他渴望休息;
它是个囚犯
渺茫地希望
逃走。

***

قلب

میگویند به سایز
مشت گره کرده من است.
کوچک، همزمان،
اما کافی است
تا به كار بیاندازد
تمام بدن را.

کارگری ست،
که خوب کار می کند،
گرچه آرزوی استراحت دارد؛
زندانیى است
که کم سو امیدی دارد
به فرار.

(Alaida Foppa)

 

Recueil: ITHACA 619
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Espagnol / Italien Luca Benassi / Anglais Stanley Barkan / Néerlandais Germain Droogenbroodt / Roumain Gabriela Căluțiu Sonnenberg / Corse Gaetano Cipolla / Portugais José Eduardo Degrazia / Allemand Wolfgang Klinck / Grec Manolis Aligizakis / Polonais Mirosław Grudzień – Małgorzata Żurecka / Indi Jyotirmaya Thakur / Chinois William Zhou / Persan Sepideh Zamani /Editions: POINT
Site: http://www.point-editions.com/en/

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