Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘privé’

Au sommeil (Goethe)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2018



Toi qui, de tes pavots, enchaînes
Les yeux mêmes des Dieux et mênes
Souvent des mendiants au trône
Et des bergers près d’une belle,
Ecoute: Je ne te demande
Rien de chimérique aujourd’hui;
C’est le plus grand de tes services,
Bien-aimé, qu’il te faut me rendre.

Assis aux côtés de ma belle,
Je lis dans ses yeux du désir
Et je peux, sous la soie jalouse,
Voir se soulever sa poitrine;
Souvent l’Amour l’avait livrée
à mes baisers? mais il me faut
Etre privé de ce bonheur;
Inflexible, sa mère veille.

Ce soir, tu me retrouveras
Chez elle. Oh! entre, et, de tes plumes,
Répands l’odeur de tes pavots,
Dans le sommeil plonge sa mère!
Aux lueurs pâles des bougies
Qu’Annette, brûlante d’amour,
Comme sa mère dans les tiens,
S’abatte dans mes bras avides!

***

An den Schlaf

Der du mit deinem Mohne
Selbst Götteraugen zwingst
Und Bettler oft zum Throne,
Zum Mädchen Schäfer bringst,
Vernimm: Kein Traumgespinste
Verlang ich heut von dir.
Den größten deiner Dienste,
Geliebter, leiste mir.

An meines Mädchens Seite
Sitz ich, ihr Aug spricht Lust,
Und unter neid’scher Seide
Steigt fühlbar ihre Brust;
Oft hatte meinen Küssen
Sie Amor zugebracht,
Dies Glück muß ich vermissen,
Die strenge Mutter wacht.

Am Abend triffst du wieder
Mich dort, o tritt herein,
Sprüh Mohn von dem Gefieder,
Da schlaf die Mutter ein:
Bei blassem Lichterscheinen,
Von Lieb Annette warm
Sink, wie Mama in deinen,
In meinen giergen Arm!

(Goethe)

Illustration: Pierre-Narcisse Guérin

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La feuille d’un palmier (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2018



Illustration: Andrey Bobir
    
La feuille d’un palmier privé de ses racines,
Murmure à mon oreille une chanson sans suite.
Le ciel tout près de moi me tourmente et me ment,
Il m’a pris mes deux chiens gelés restés derrière,
Et j’entends leur exsangue, immobile aboiement,
Les étoiles se groupent et me tendent des chaînes.
Faudra-t-il humblement leur offrir mes poignets ?
Une voix qui voudrait faire croire à l’été
Décrit un banc de parc à ma fatigue humaine.
Le ciel est toujours là qui creuse son chemin,
Voici l’écho des coups de pic dans ma poitrine.
Ô ciel, ciel abaissé, je te touche des mains
Et m’enfonce voûté dans la céleste mine.

(Jules Supervielle)

 

Recueil: Le forçat innocent suivi de Les amis inconnus
Traduction:
Editions: Gallimard

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Eblouir la raison devenue orchidée (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017



    

éblouir la raison devenue orchidée
abstraits comme océans qui dorment
concrets comme la transparence
privée de ses deux ailes
notre absolu formé d’oranges trop boudeuses
notre ferveur plus exigeante
que l’antilope nourrie de poèmes
être d’être en sursis comme un mot murmuré
qui n’ose devenir diamant pur
être d’être la chair caressée de l’absence

(Joë Bousquet)

 

Recueil: Poèmes, un
Traduction:
Editions: Gallimard

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La pluie (Karen Blixen)

Posted by arbrealettres sur 23 novembre 2017




    
Quand le souffle passait en sifflant au-dessus de ma tête,
c’était le vent dans les grands arbres de la forêt, et non la pluie.
Quand il rasait le sol,
c’était le vent dans les buissons et les hautes herbes,
mais ce n’était pas la pluie.

Quand il bruissait et chuintait à hauteur d’homme,
c’était le vent dans les champs de maïs.
Il possédait si bien les sonorités de la pluie
que l’on se faisait abuser sans cesse,
cependant, on l’écoutait avec un plaisir certain,
comme si un spectacle tant attendu apparaissait enfin sur la scène.
Et ce n’était toujours pas la pluie.

Mais lorsque la terre répondait à l’unisson
d’un rugissement profond, luxuriant et croissant,
lorsque le monde entier chantait autour de moi
dans toutes les directions, au-dessus et au-dessous de moi,
alors c’était bien la pluie.

C’était comme de retrouver la mer
après en avoir été longtemps privé,
comme l’étreinte d’un amant.

(Karen Blixen)

 

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La ville en moi (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 6 novembre 2017




    
La ville en moi fermée, en moi dormant
s’ouvre à la marche. Et les bras vont devant
comme les arbres nus privés de vent.
Mille volets obscurs s’animent du dedans
et le ciel que l’on ne voit pas bouge pourtant.
Quelque chose à travers tout dure longtemps
mais se tait. Serait-il temps, serait-il temps?

(Jean Tardieu)

 

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Il y avait dans le monde (Pier Paolo Pasolini)

Posted by arbrealettres sur 3 octobre 2017



 

Bao Zhen 3

Il y avait dans le monde — personne ne le savait —
quelque chose qui n’avait pas de prix,
et qui était unique : aucun code ni Église ne pouvait
le classifier. Il était sur le chemin de la vie

en plein milieu, et ne pouvait être comparé
qu’à lui-même. Longtemps il a été
privé de sens. Puis il a rempli
toute ma réalité. C’était ta gaieté.

Ce bien tu l’as détruit de ta propre volonté;
en douceur, avec tes mains ;
gaiement; tu en as conservé

un fonds inaliénable; le pourquoi de cette violence dans ton âme
contre notre amour si chaste
m’échappe.

(Pier Paolo Pasolini)

Illustration: Bao Zhen

 

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Les solitaires disent (Avraham Ben-Yitzhak)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2017



Illustration: Egon Schiele

    
Les solitaires disent

Le jour lègue au jour un soleil déclinant
Et la nuit se lamente sur la nuit
Un été après l’autre s’achève dans l’effeuillement
Et le monde chante du fond de son chagrin.

Nous viendrons demain à mourir, privés de toute parole,
Et le jour du départ nous trouvera devant la porte à la clôture
Si le coeur se réjouit que Dieu nous ait rapprochés
Il se repentira et tremblera — craignant la traîtrise.

Le jour porte au jour un soleil ardent
Et une nuit après l’autre verse ses étoiles
Sur les lèvres des solitaires le chant s’interrompt :
Nous divergeons par sept chemins mais par un seul nous revenons.

(Avraham Ben-Yitzhak)

 

Recueil: Anthologie de la poésie en hébreu moderne
Traduction: E. Moses
Editions: Gallimard

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Puisque tout ce qui est de vie se relie (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 25 juillet 2017



    

Puisque tout ce qui est de vie
Se relie,
Nous nous soumettrons
À la marée qui emporte la lune,
A la lune qui ramène la marée,
Aux disparus sans qui nous ne serions pas,
Aux survivants sans qui nous ne serions pas,
Aux appels répétés qui diminuent,
Aux cris muets qui continuent,
Aux regards figés par les frayeurs
Au bout desquelles un chant d’enfant revient,
A ce qui revient et ne s’en va plus,
À ce qui revient et se fond dans le noir,
À chaque étoile perdue dans la nuit,
À chaque larme séchée dans la nuit,
À chaque nuit d’une vie,
À chaque minute
D’une unique nuit,
Où se réunit
Tout ce qui se relie
À la vie privée d’oubli,
À la mort abolie.

(François Cheng)

 

Recueil: La vraie gloire est ici
Editions: Gallimard

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Un jour si je me perds en toi (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2017




    
Un jour si je me perds en toi
me rappelleras-tu mon nom
Un jour en toi si tu me retrouves
me révéleras-tu ton nom

Si de ma main je te heurte
m’ouvriras-tu ta paume
Si de ma main je te blesse
me donneras-tu ton sang

Jour après jour si je te harcèle
m’épargneras-tu la peur
Nuit après nuit si je t’épuise
me passeras-tu ton feu

Privé d’air, d’eau si je t’oublie
m’accueilleras-tu néanmoins
Coquille éclatée si je m’oublie
m’habiteras-tu enfin

(François Cheng)

 

Recueil: A l’orient de tout
Editions: Gallimard

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Un chou-fleur (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2017


 

Un chou-fleur
Dans son privé.

(Guillevic)

 

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