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Posts Tagged ‘priver’

L’union parfaite (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 5 mai 2019



    

L’union parfaite

Jour et nuit, je pleure après une union, mon Amour,
Union semblable à une mort affamée.
Viens me ligoter, viens me cueillir,
Dénude-moi de ma pudeur, de mes habits, de mon voile.
Viens et maraude parmi mon corps juvénile,
Prive mes yeux de sommeil, du rêve même de dormir.
Dévalise cet univers vaste et réveille
Ma vie et ma mort, pour toute éternité.
Au bûcher de l’union dans un monde solitaire
Là où la création s’est évanouie à l’extinction du soleil,
Sans pudeur et dévêtus en deux coeurs nus
Que toi et moi devenions beauté infinie.
Quel est ce rêve audacieux, Seigneur,
Où réside cette union sans Toi?

***

Total union

Night and day, I weep, O Love, for a union,
Union resembling a hungry death.
Come and bind me, pluck me away,
Strip me of modesty, of raiment, of screen.
Come and steal this juvenile body,
Bereave my eyes of sleep, of dream of sleeping.
Rob this universe vast an d awake,
My life and my death, for an eternity.
At the crematorium of union amid a solitary world
Where the creation has fainted with the extinction of the sun,
Shameless unclothed in two naked hearts
Let you and me become beauty infinite.
What an audacious dream, O Lord,
Where lies this union without You?

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: Tantôt Dièse, Tantôt Bémol
Traduction: Prithwindra Mukherjee
Editions: Shahitya Prakash

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Les mains n’ont pas une place (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2019



Illustration
    
Les mains n’ont pas une place.
Le corps n’en a pas non plus
et même la pensée en est peut-être privée.

Mais les mains s’avancent
et cherchent à trouver la pensée
afin d’installer ensemble
l’espace d’une nouvelle conjonction.

Les mains alors cessent
de remuer le monde
et trouvent le lieu de l’attente.

Chaque chose ne peut attendre
que d’un unique lieu.

***

Las manon no tienen un lugar.
Tampoco lo tien el cuerpo
y quizá ni el pensamiento lo tien.

Pero las manos se adelantan
y van a buscar al pensamiento
para instalar juntos
el espacio de una nueva conjunción.

Las manon dejan entonces
de revolver el mundo
y hallan el sitio de la espera.

Cada cosa sólo puede esperar
desde un único sitio.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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L’amour est une sorte d’aporie (Miriam Silesu)

Posted by arbrealettres sur 3 mars 2019



Illustration: Edvard Munch
    
L’amour est une sorte d’aporie,
car soit on aime absolument
et l’amour privant d’être on est plus là pour aimer,
soit on a un être et c’est que l’on n’aime pas vraiment.

L’amour est donc ce qu’on appelle une idée, ou un miracle,
une union dans l’impossibilité…
et c’est une prière.

Les amants sont les fantômes de l’amour
sans être qui à travers eux désire.

(Miriam Silesu)

 

Recueil: Cinéraire
Traduction:
Editions: Lettres vives

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Vos yeux (Albert Lozeau)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2018




    
Vos yeux… Je baiserai vos beaux yeux réservés ;
Fort d’un pareil amour, on ose tout braver.

Vos mains… Je presserai vos mains musiciennes,
Et vous ne pourrez pas les retirer des miennes.

Vos lèvres… À mon goût j’en boirai le bon vin,
Et votre effort à les détourner sera vain.

Vous me privez souvent du doux plaisir que j’aime :
Ah ! vous me l’offrirez maintenant de vous-même !

Tout ce que je voudrai, désormais je l’aurai.
Ce n’est pas moi toujours qui vous obéirai.

Vous souriez… Laissez, mon amour, que j’achève :
Dites, que pouvez-vous faire contre mon rêve ? …

(Albert Lozeau)

 

 

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Ce feu qui te privait (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 21 juin 2018



Illustration
    
ce feu qui te privait
de l’eau qu’exigeait
ta soif
il t’a laissé
ces braises
qui t’accordent
chaleur et lumière

(Charles Juliet)

 

Recueil: L’Opulence de la nuit
Traduction:
Editions: P.O.L.

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Dans l’arbre (Eugène Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 1 juin 2018



Illustration
    
Dans l’arbre privé de fruits et de feuilles
Qui déjà se lasse

Des rameaux jouant pour ne pas trop voir
Le soleil couchant,

Une pomme est restée
Au milieu des branches

Et rouge à crier
Crie au bord du temps.

(Eugène Guillevic)

 

Recueil: Terraqué suivi de Exécutoire
Traduction:
Editions: Gallimard

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Je voudrais vous donner quelque chose (Herman Gorter)

Posted by arbrealettres sur 3 mai 2018



Illustration: Alexander Sigov
    
Je voudrais vous donner quelque chose,
qui vous réconforte vraiment,
mais je n’ai que des mots,
des noms, des choses non.

Mais ô lumière bienfaisante,
superbe lumière blanche, diffuse,
descendez sur elle et ne la privez
plus de votre céleste rayon.

Elle est si calme, si douce
comme vous et bien sûr
vous êtes pour elle — comme
l’eau pour un poisson.

Je ne sais si vous venez d’elle
lumière, lorsque sa bouche
reprend son souffle, ou si
de vous elle est venue
et hors de vous s’est figée.

Elle est comme le soleil doré du jour,
la dernière prière automnale
des arbres et des herbes
jusqu’au soleil, tout là-haut.

Elle flotte argentée
délicate lumière rougissante
lumière, haut dans le ciel,
dorée à l’automne.

Ses yeux grands-ouverts voient
au-delà de mon regard fixe,
elle éclaire d’or et d’argent
les visages des gens.

Elle ne connaît pas sa lumière,
elle est toute de tristesse,
je voudrais pouvoir lui donner quelque chose
éclairer l’obscurité de la vie.

(Herman Gorter)

 

Recueil: Ce que tu es
Traduction: Saskia Deluy et Henri Deluy
Editions: Al Dante

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Rappelez-vous (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2018



Rappelez-vous :
s’il peut être une foudre lente
et tendre à en mourir,
irradiant le corps,
c’est cela dont mourir vous privera.

(Philippe Jaccottet)

Illustration: Koji Wakamatsu

 

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Les fenêtres (Alexàndra Galanou)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2018



Illustration: René Magritte
    
Les fenêtres

Ce matin il écrit un poème.
Le fait sécher
à la fenêtre,
mais pas au soleil,
voulant qu’il garde
quelques gouttes du songe
d’une nuit qui fut aventureuse.

Tandis qu’avance la journée
des pigeons de passage
picorent le poème.
Le privent de ses voyelles
de tous ses points d’exclamation.
Parenthèses et guillemets
Sont épargnés.

Le soir il revient chez lui,
ramasse le poème
et ferme la fenêtre.
Il le récrira peut-être demain…

Elle a tant de fenêtres, la Poésie.

***

(Alexàndra Galanou)

 

Recueil: Dans les recoins des mots
Traduction:
Editions: Circé

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Du calme, vieux fou (William Faulkner)

Posted by arbrealettres sur 5 avril 2018



    

Du calme, vieux fou: ce n’est pas pour toi.
Quelque part c’est le printemps avec du vert et de l’or pur
Et cruel avril ensemencé par une vallée encaissée,
Quelque part l’amère lune décroissante pâlit
Et le jour de colline en colline s’éveille dans un froid féroce.

Sur la terre déjà alerte et pleine de vent et de soleil
Où les printemps refécondent leur mouvement vernal,
Où je dors maintenant, je gis et m’accroche,
Mais sauvage la terre qui m’abrita à mes vingt et un ans.

Quelque part une lune croissante qui ne me trouvait pas
Priva ensuite du bleu les jardins sans vent,
Quelque part une verte blessure perdue (mais c’est mieux
Qu’un accablement totalement oublié)
Quelque part une jeunesse, une bouche charmante à embrasser…

***

Somewhere is spring with green and simple gold
And cruel April spawned by loined vale,
Somewhere the dying bitter moon grows pale
And day from hill to hill wakes fie ry-cold.

In earth yet quicked and filled by wind and sun
Where springs rewomb their vernal gesturing,
Where I now sleep, I closer lie and cling,
But wild were earth housed me at twenty-one.

Somewhere a moon that waxed and found me not
Then waned the windless gardens of the blue,
Somewhere a lost green hurt (but better this
Than in rich desolation long forgot)
Somewhere is youth, a grave sweet mouth to kiss —
Still, you fool, lie still: that’s not for you.

(William Faulkner)

 

Recueil: Hélène: ma cour
Traduction: Michèle Plâa et Philippe Blanchon
Editions: La Nerthe

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