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Posts Tagged ‘privilège’

Comme Feuilles – Il Se déplie – Et puis – Il se referme – (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2017



Comme Feuilles – Il Se déplie –
Et puis – Il se referme –
Puis se perche sur la Capeline
De Quelque Bouton d’Or –

Puis dans sa course Il heurte
Et renverse une Rose –
Et puis il ne fait Rien –
Puis plus loin sur un Foc – Se pose –

Et balance, Grain de Poussière
Dans Midi suspendu –
Entre – revenir Ici-bas –
Ou migrer vers la Lune –

De Lui qu’adviendra-t-il la Nuit –
L’Ignorance borne
Le privilège de le dire –
De Lui qu’adviendra-t-il – Le Jour –

Où le Gel – étreindra le Monde –
Des Vitrines – le montrent –
Un Sépulcre en curieuse Soie floche –
Une Abbaye – un Cocon –

***

He parts Himself- like Leaves –
And then – He closes up –
Then stands opon the Bonnet
Of Any Buttercup –

And then He runs against
And oversets a Rose –
And then does Nothing –
Then away opon a Jib – He goes –

And dangles like a Mote
Suspended in the Noon –
Uncertain – to return Below –
Or settle in the Moon –

What come of Him at Night –
The privilege to say
Be limited by Ignorance –
What come of Him – That Day

The Frost – possess the World –
In Cabinets – be shown –
A Sepulchre of quaintest Floss –
An Abbey – a Cocoon –

(Emily Dickinson)

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Le privilège de savoir qu’elles sont Belles (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2017


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Combien de Fleurs s’étiolent dans le Bois –
Ou périssent sur la Colline –
Sans avoir le privilège de savoir
Qu’elles sont Belles –

Combien lancent une Gousse anonyme
Sur la plus proche Brise –
Inconscientes du Fret Ecarlate –
Offert à d’Autres Yeux –

(Emily Dickinson)

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Zoologie: le Chat (Nuno Judice)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2017



Zoologie: le Chat

Un chat, à la maison, seul, monte
sur le rebord de la fenêtre pour, de la rue,
être vu.

Le soleil frappe les vitres et
réchauffe le chat qui, immobile,
semble un objet.

Il reste ainsi pour susciter
l’envie – indifférent
même si on l’appelle.

Par je ne sais quel privilège,
les chats connaissent
l’éternité.

(Nuno Judice)

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J’ai vu ton visage brûler d’amour pour moi (Stephen Crane)

Posted by arbrealettres sur 25 janvier 2017


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J’ai vu ton visage brûler
D’amour pour moi,
Tes beaux bras devenir fous,
Tes bras devenir fous,
Tes lèvres trembler, et murmurer, et délirer.
Et – certes –
Cela ne devrait-il pas rendre un homme heureux?
Tu ne m’aimes plus,
Mais tu m’aimais alors, Et en m’aimant,
Tu m’as donné l’éternel privilège
De me souvenir de toi.

(Stephen Crane)

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Coeur brisé (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2016



coeur_brisé

Que vers un coeur brisé
Nul autre ne se dirige
Sans le haut privilège
D’avoir lui-même aussi souffert.

***

Unto a broken heart
No other one may go
Without the high prerogative
Itself hath suffered too.

(Emily Dickinson)

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La Feuille (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2016




La Feuille

La nature, il y en a deux.
L’une,
telle qu’elle se sait elle-même.
L’autre, celle que nous voyons. Mais voyons-nous?
Ou bien n’est-ce que l’illusion des choses?

Qui suis-je pour éprouver
l’éventail d’un palmier?
Qui suis-je, pour être seigneur
d’une arche fermée, sacrée,
de vies autonomes?

La prétention d’être homme
et non chose ou limace
m’écrase face à la feuille
Qui tombe, après avoir vécu
intensément, silencieusement,
et qui, par ordre du Maire,
va disparaître sous un balai,
mais continue dans une autre feuille
étrangère à mon privilège
d’être plus fort que les feuilles.

(Carlos Drummond de Andrade)

 
Illustration: ArbreaPhotos
 

 

 

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Pantin disloqué (Henri Michaux)

Posted by arbrealettres sur 10 juin 2016



Pantin disloqué

Pantin disloqué, tu t’agites, maintenant,
tu t’agites dans le lit du malheur, imbécile imprudent. –

Le privilège de vivre
inouï dilaté
vacant suspendu dans le temps

Plus de demain
Plus de missions
Je n’ai pas d’origine
Je ne me rappelle plus mes épaules
Où donc le dispositif pour vouloir ?
Rien
Seulement
Rien
(Vers la complétude)

Puis du temps.
Rien que du temps.
Du temps coulait, du temps sans aucun accompagnement.
Puis un vent léger, le vent qui a passé sur des ruines.
C’était fini.
(situations étranges)

(Henri Michaux)

Découvert ici: http://revuedepoesie.blog.lemonde.fr/

Illustration: Eve Carton

 

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Le rêve nous crée (Jean-Pierre Begot)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2016



Sans logique, défaisant les calculs,
les définitions des cultures admises,
le rêve n’est pas seulement illusion.
Il fait participer aux sables inconnus,
aux villes mystérieuses,
l’enfant des faubourgs.

Par lui, le regard dépasse le fini de nos murs.
Il est invention de la liberté
– ses incohérences même nous enseignent –
et s’il peut se faire refuge, ou piège,
il peut surtout devenir jardin secret.

En lui se sont fourbies
les armes de toutes nos révoltes,
la mise en place de toutes les révolutions.

Rêve de l’autre
dont les images les plus familières
sont celles du feu, du vent, de l’eau, des nuages, de l’étoile –
de ce qui purifie,
de ce qui éloigne et resserre en même temps
dans une condition commune.

Le rêve nous crée et nous créons nos rêves.
Privilège qui nous distingue des dieux

(Jean-Pierre Begot)

Illustration

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PRIVILÈGE (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 1 décembre 2015




PRIVILÈGE

I
Maintenant perdu le nom qui m’appelait,
son visage roule sur moi
comme la nuit le son de l’eau,
de l’eau tombant dans l’eau.
Et son sourire est le dernier survivant
et non mon souvenir.

II
Le plus beau
dans la nuit de ceux qui s’en vont,
ô désiré,
c’est à jamais ton non-revenir,
fantôme toi jusqu’au grand jour.

(Alejandra Pizarnik)

Illustration: Paul Lorenzi

 

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Déclaration (Georges Moustaki)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2015



 

Didier Delamonica - French Mystical Fantasy painter -    (37) [1280x768]

Déclaration

Je déclare l´état de bonheur permanent
Et le droit de chacun à tous les privilèges.
Je dis que la souffrance est chose sacrilège
Quand il y a pour tous des roses et du pain blanc.
Je conteste la légitimité des guerres,
La justice qui tue et la mort qui punit,
Les consciences qui dorment au fond de leur lit,
La civilisation au bras des mercenaires.
Je regarde mourir ce siècle vieillissant.
Un monde différent renaîtra de ses cendres
Mais il ne suffit plus simplement de l´attendre :
Je l´ai trop attendu. Je le veux à présent.
Que ma femme soit belle à chaque heure du jour
Sans avoir à se dissimuler sous le fard
Et qu´il ne soit plus dit de remettre à plus tard
L´envie que j´ai d´elle et de lui faire l´amour.
Que nos fils soient des hommes, non pas des adultes
Et qu´ils soient ce que nous voulions être jadis.
Que nous soyons frères camarades et complices
Au lieu d´être deux générations qui s´insultent.
Que nos pères puissent enfin s´émanciper
Et qu´ils prennent le temps de caresser leur femme
Après toute une vie de sueur et de larmes
Et des entre-deux-guerres qui n´étaient pas la paix.

Je déclare l´état de bonheur permanent
Sans que ce soit des mots avec de la musique,
Sans attendre que viennent les temps messianiques,
Sans que ce soit voté dans aucun parlement.

Je dis que, désormais, nous serons responsables.
Nous ne rendrons de compte à personne et à rien
Et nous transformerons le hasard en destin,
Seuls à bord et sans maître et sans dieu et sans diable.

Et si tu veux venir, passe la passerelle.
Il y a de la place pour tous et pour chacun
Mais il nous reste à faire encore du chemin
Pour aller voir briller une étoile nouvelle.

Je déclare l´état de bonheur permanent.

(Georges Moustaki)

Illustration: Didier Delamonica

 

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