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Poésie

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Ne plus jamais aimer d’amour (Charles d’Orléans)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2018




Ne plus jamais aimer d’amour,
J’en ai parfois la tentation,
À cause des douleurs pénibles
Qu’il me faut souvent accepter.
Mais enfin, pour être sincère,
Quel que soit le prix à payer,
Je vous l’assure, par ma foi :
Je ne saurais en empêcher
Mon coeur qui est maitre de moi.

J’ai beau avoir subi des tours
Inouïs, j’ai tout dédaigné
Pour croire au secours d’un espoir
Tendre ou de Consolation.
Hélas ! Si je pouvais trouver
Le moyen de m’en retirer,
Par mon serment envers Amour,
Je n’y laisserais pas rentrer
Mon coeur qui est maitre de moi.

J’ai conscience qu’en le flattant,
Amour sait si bien le gagner
Que mon coeur voudrait tous les jours
Rester ainsi sans en bouger.
Et il s’obstine à rester sourd
Au mal qu’il me fait endurer;
Plaisir lui a donné ce pli :
Il agit mal en confisquant
Mon coeur qui est maitre de moi.

Envoi

Je suis fâché d’en parler tant,
Mais, par le dieu auquel je crois,
C’est que j’ai le souhait de reprendre
Mon coeur qui est maître de moi.

***

De jamais n’amer par amours
J’ay aucune fois le vouloir
Pour les ennuieuses dolours
Qu’il me fault souvent recevoir.
Mais en la fin, pour dire voir,
Quelque mal que doye porter,
Je vous asseure, par ma foy,
Que je n’en sauroye garder
Mon cueur qui est maistre de moy.

Combien qu’ay eu d’estranges tours,
Mais j’ay tout mis a nonchaloir,
Pensant de recouvrer secours
De Confort ou d’un doulx espoir.
Helas ! se j’eusse le povoir
D’aucunement hors m ‘en bouter,
Par le ser(e)ment qu’a Amours doy,
Jamais n’y lairove rentrer
Mon cueur qui est maistre de moy.
Car je sçay bien que par doulçours
Amour le scet si bien avoir

Qu’il vouldroit ainsi tous les jours
Demourer sans ja s’en mouvoir.
N’il ne veult oïr ne savoir
Le mal qu’il me fait endurer;
Plaisance l’a mis en ce ploy
Elle fait mal de le m’oster,
Mon cueur qui est maistre de moy.

L’envoy

I1 me desplaist d’en tant parler
Mais, par le dieu en qui je croy,
Ce fait desir de recouvrer
Mon cueur etc.

(Charles d’Orléans)


Illustration

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LA RETRAITE (La Flûte de Jade)

Posted by arbrealettres sur 8 avril 2018



Shitao -autoportrait

 

LA RETRAITE

Comme je ne sors plus d’ici, le monde ne s’occupe plus de moi.
Je vis en paix. Depuis combien de temps, au juste?
Il doit y avoir deux ou trois ans,
puisque tant de feuilles noircies de mes poèmes encombrent ma table,
et puisque mon petit garçon parle déjà.

Je considère avec pitié mes semblables
qui se fatiguent à la recherche de la fortune ou de la gloire.
Je me demande ce qu’ils en auront, dans la tombe.

Le sourire de mon petit garçon a, pour moi,
plus de prix que tous les trésors du monde.
Et quand j’ai composé quelques bons vers,
j’éprouve une satisfaction
que n’a jamais connue l’Empereur des Cinq Fleuves.

(La Flûte de Jade)

 Illustration: Shitao

 

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PRIX DU SILENCE (Axel Toursky)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2018



 

Ai Xuan 3

PRIX DU SILENCE

Eté, je n’ai pour t’appeler
que des paroles imprécises.
Mon sang n’est pas dans les cerises,
ma voix ne lève pas le blé.

Mais quels arguments trouve-t-il,
ce patriarche de la boue,
pour ébranler la lourde roue
calée dans la neige d’avril ?

Tu viens par le sentier caché.
On oublie aux premières pommes
de chercher ce que le vieil homme
était venu te reprocher.

Impuni, peut-être, mais sûr
des retraites qu’il te ménage,
tu remplis de sang tes images
à nous faire oublier ce mur.

(Axel Toursky)

Illustration: Ai Xuan

 

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VOYAGEUSE (Philippe Delaveau)

Posted by arbrealettres sur 1 mars 2018



Illustration: John William Waterhouse
    
VOYAGEUSE

Nous sommes nés de la douceur. Notre pays
N’appelle pas la mort du chant de ses oiseaux.
Même le sable était tranquille sur les allées,
Comme nous parcourions les roseraies, le long de la rivière.
Le soleil caressait nos cheveux et les feuilles.
Quelle ombre a visité le jour du chêne, quel automne
A jeté sur le dallage ces chevauchées de feuilles cramoisies ?

Souviens-toi, semble dire
La source qui reproche faiblement. Souviens-toi, dit encore
Caché dans la nuit d’arbre, le rossignol de l’ancienne folie
Qui a brisé l’ordonnance du monde et divisé ton coeur.
Tu n’aimeras qu’au prix de douleurs infinies. Tes mains
Se fermeront vainement sur les objets du monde,
Sur l’eau qui t’abandonne, le jour qui t’aimait
Sera comme une nuit.

En vain l’enfant du square pousse un cerceau d’or,
Jason

(Philippe Delaveau)

 

Recueil: Le Veilleur amoureux précédé d’Eucharis
Traduction:
Editions: Gallimard

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LES CLÉMENTINES DE LA NUIT (François de Cornière)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2018




    
LES CLÉMENTINES DE LA NUIT

Fraîches dans la main
quand je vais les chercher
les clémentines de la nuit
j’en connais le goût.

Un coup d’ongle ou de dents
et le jus sur les lèvres
mais nous n’en disons rien
ou simplement « c’est bon ».

Nous enlevons la peau
nous détachons les quartiers
nous partageons au bord de notre lit
ces minutes comme les fruits
sans les compter.

Mais quand je porte dans la cuisine
les pépins et les petites robes
sur le bord de l’évier
je vois tout le prix briller
des nuits de clémentines :
longtemps après la soif.

(François de Cornière)

 

Recueil: Ces moments-là
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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La sincère (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2018


 


 Connie Van Winssen (2)

La sincère

Veux-tu l’acheter ?
Mon coeur est à vendre.
Veux-tu l’acheter,
Sans nous disputer ?

Dieu l’a fait d’aimant ;
Tu le feras tendre ;
Dieu l’a fait d’aimant
Pour un seul amant !

Moi, j’en fais le prix ;
Veux-tu le connaître ?
Moi, j’en fais le prix ;
N’en sois pas surpris.

As-tu tout le tien ?
Donne ! et sois mon maître.
As-tu tout le tien,
Pour payer le mien ?

S’il n’est plus à toi,
Je n’ai qu’une envie ;
S’il n’est plus à toi,
Tout est dit pour moi.

Le mien glissera,
Fermé dans la vie ;
Le mien glissera,
Et Dieu seul l’aura !

Car, pour nos amours,
La vie est rapide ;
Car, pour nos amours,
Elle a peu de jours.

L’âme doit courir
Comme une eau limpide ;
L’âme doit courir,
Aimer ! et mourir.

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Connie Van Winssen

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Amour, je ne viens pas dénouer vos cheveux (Odilon-Jean Périer)

Posted by arbrealettres sur 15 février 2018



 

Illustration: Alex Alemany
    
Amour, je ne viens pas dénouer vos cheveux

Amour, je ne viens pas dénouer vos cheveux.
Déserte, toute armée, inutile étrangère,
Je vous laisse debout dans un peu de lumière
Et je garde ce corps pur et mystérieux.

Mais pardonnerez-vous ce merveilleux ouvrage ?
Vous perdez un trésor à suivre mon conseil.
– Comme une eau solitaire où descend le soleil
Renonce pour tant d’or aux plus beaux paysages,

Ainsi les mouvements, les ruses de la vie,
Ces faiblesses, ces jeux, cette douce agonie,
Vous n’en connaîtrez pas le redoutable prix.

Toute pure à jamais mais toute prisonnière,
Vous resterez debout comme un peu de lumière,
Sans vivre, sans mourir, dans les vers que j’écris.

(Odilon-Jean Périer)

 

 

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Cette humiliante servitude (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2018



Illustration: Anne-Marie Zilberman
    
Cette humiliante servitude,
Besoin d’user notre tendresse
Dans un être que nous créons
Avec notre pensée,
Qui vit de notre vie.

Lui, donne le prétexte ;
Tu l’as donné, toi qui existes
Comme l’ombre de quelque chose,
L’ombre parfaite
De ce désir, celui de l’amant, le mien.

Si je te disais
Comment l’amour donne
Sa raison à la vie, sa folie,
Tu ne comprendrais pas.
Aussi je ne dis rien.

La beauté, inconsciente
De son embuscade, ravit sa proie
Et passe. Ainsi, pour chaque instant
De joie, le prix est-il payé :
Enfer d’angoisse et de désir.

***

Esta humillante servidumbre,
Necesidad de gastar la ternura
En un ser que llenamos
Con nuestro pensamiento,
Vivo de nuestra vida.

El da el motivo,
Lo diste tú ; porque tú existes
Afuera como sombra de algo,
Una sombra perfecta
De aquel afán, que es del amante, mío

Si yo te hablase
Cómo el amor depara
Su razón al vivir y su locura,
Tú no comprenderias.
Por eso nada digo.

La hermosura, inconsciente
De su propia celada, cobró la presa
Y sigue. Así, por cada instante
De goce, el precio está pagado :
Este infierno de angustia y de deseo.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Poèmes pour un corps
Traduction: Bruno Roy
Editions: Fata Morgana

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Ma dame nue (Edward Estlin Cummings)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2018




    
ma dame nue sur fond
de crépuscule est un accident

dont l’agrément dépasse aisément l’intention
du génie—
toute peinture se sent honteuse
devant cette musique,et la poésie n’arrive
à s’en approcher tant elle est craintive.

et pourtant toutes deux la disent merveilleuse
Mais moi(dans mes bras ayant pris

le tableau)je le presse lentement

contre ma bouche,goûte le rythme précis
féroce
et sage d’une
impeccable
nonchalance. Savoure le prix

d’un geste inimaginable

chaud exact impie

***

my naked lady framed
in twilight is an accident

whose niceness betters easily the intent
of genius—
painting wholly feels ashamed
before this music,and poetry cannot
go near because perfectly fearful.

meanwhile these speak her wonderful
But i(having in my arms caught

the picture)hurry it slowly

to my mouth,taste the accurate demure
ferocious
rhythm of
precise
laziness. Eat the price

of an imaginable gesture

exact warm unholy

(Edward Estlin Cummings)

 

Recueil: Erotiques
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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La seule faveur que le monde ait jamais fait à Emily (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2018



La seule faveur que le monde ait jamais fait à Emily
a été de lui décerner en octobre 1856 un second prix
pour son pain de seigle, à la foire d’Amherst.

(Christian Bobin)

Poèmes d’Emily ici

 

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