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Poésie

Posts Tagged ‘prix’

La sincère (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2018


 


 Connie Van Winssen (2)

La sincère

Veux-tu l’acheter ?
Mon coeur est à vendre.
Veux-tu l’acheter,
Sans nous disputer ?

Dieu l’a fait d’aimant ;
Tu le feras tendre ;
Dieu l’a fait d’aimant
Pour un seul amant !

Moi, j’en fais le prix ;
Veux-tu le connaître ?
Moi, j’en fais le prix ;
N’en sois pas surpris.

As-tu tout le tien ?
Donne ! et sois mon maître.
As-tu tout le tien,
Pour payer le mien ?

S’il n’est plus à toi,
Je n’ai qu’une envie ;
S’il n’est plus à toi,
Tout est dit pour moi.

Le mien glissera,
Fermé dans la vie ;
Le mien glissera,
Et Dieu seul l’aura !

Car, pour nos amours,
La vie est rapide ;
Car, pour nos amours,
Elle a peu de jours.

L’âme doit courir
Comme une eau limpide ;
L’âme doit courir,
Aimer ! et mourir.

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Connie Van Winssen

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Amour, je ne viens pas dénouer vos cheveux (Odilon-Jean Périer)

Posted by arbrealettres sur 15 février 2018



 

Illustration: Alex Alemany
    
Amour, je ne viens pas dénouer vos cheveux

Amour, je ne viens pas dénouer vos cheveux.
Déserte, toute armée, inutile étrangère,
Je vous laisse debout dans un peu de lumière
Et je garde ce corps pur et mystérieux.

Mais pardonnerez-vous ce merveilleux ouvrage ?
Vous perdez un trésor à suivre mon conseil.
– Comme une eau solitaire où descend le soleil
Renonce pour tant d’or aux plus beaux paysages,

Ainsi les mouvements, les ruses de la vie,
Ces faiblesses, ces jeux, cette douce agonie,
Vous n’en connaîtrez pas le redoutable prix.

Toute pure à jamais mais toute prisonnière,
Vous resterez debout comme un peu de lumière,
Sans vivre, sans mourir, dans les vers que j’écris.

(Odilon-Jean Périer)

 

 

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Cette humiliante servitude (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2018



Illustration: Anne-Marie Zilberman
    
Cette humiliante servitude,
Besoin d’user notre tendresse
Dans un être que nous créons
Avec notre pensée,
Qui vit de notre vie.

Lui, donne le prétexte ;
Tu l’as donné, toi qui existes
Comme l’ombre de quelque chose,
L’ombre parfaite
De ce désir, celui de l’amant, le mien.

Si je te disais
Comment l’amour donne
Sa raison à la vie, sa folie,
Tu ne comprendrais pas.
Aussi je ne dis rien.

La beauté, inconsciente
De son embuscade, ravit sa proie
Et passe. Ainsi, pour chaque instant
De joie, le prix est-il payé :
Enfer d’angoisse et de désir.

***

Esta humillante servidumbre,
Necesidad de gastar la ternura
En un ser que llenamos
Con nuestro pensamiento,
Vivo de nuestra vida.

El da el motivo,
Lo diste tú ; porque tú existes
Afuera como sombra de algo,
Una sombra perfecta
De aquel afán, que es del amante, mío

Si yo te hablase
Cómo el amor depara
Su razón al vivir y su locura,
Tú no comprenderias.
Por eso nada digo.

La hermosura, inconsciente
De su propia celada, cobró la presa
Y sigue. Así, por cada instante
De goce, el precio está pagado :
Este infierno de angustia y de deseo.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Poèmes pour un corps
Traduction: Bruno Roy
Editions: Fata Morgana

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Ma dame nue (Edward Estlin Cummings)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2018




    
ma dame nue sur fond
de crépuscule est un accident

dont l’agrément dépasse aisément l’intention
du génie—
toute peinture se sent honteuse
devant cette musique,et la poésie n’arrive
à s’en approcher tant elle est craintive.

et pourtant toutes deux la disent merveilleuse
Mais moi(dans mes bras ayant pris

le tableau)je le presse lentement

contre ma bouche,goûte le rythme précis
féroce
et sage d’une
impeccable
nonchalance. Savoure le prix

d’un geste inimaginable

chaud exact impie

***

my naked lady framed
in twilight is an accident

whose niceness betters easily the intent
of genius—
painting wholly feels ashamed
before this music,and poetry cannot
go near because perfectly fearful.

meanwhile these speak her wonderful
But i(having in my arms caught

the picture)hurry it slowly

to my mouth,taste the accurate demure
ferocious
rhythm of
precise
laziness. Eat the price

of an imaginable gesture

exact warm unholy

(Edward Estlin Cummings)

 

Recueil: Erotiques
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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La seule faveur que le monde ait jamais fait à Emily (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2018



La seule faveur que le monde ait jamais fait à Emily
a été de lui décerner en octobre 1856 un second prix
pour son pain de seigle, à la foire d’Amherst.

(Christian Bobin)

Poèmes d’Emily ici

 

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N’a de prix n’a de poids (Gilles Baudry)

Posted by arbrealettres sur 14 janvier 2018



 

N’a de prix n’a de poids
que ces mains plus légères que l’air
et qui jouent
les variations sur la jeune lumière

sur fond d’éternité
la musique n’est rien
que ce frisson
qui nous dépasse d’une épaule

où l’on pressent l’illimité intime
dès que l’un
touche l’autre
du bord de son silence.

(Gilles Baudry)

Illustration: Alexandru Darida

 

 

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RENDRE GRÂCES (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 3 janvier 2018




    
RENDRE GRÂCES

Je rends grâce
Pour chaque afflux d’aube
Pour chaque festin du coeur
Pour le grain d’une parole
Pour les silences inouïs

Je rends grâce
A ce séjour sans prix
A nos corps d’argile
Au souffle qui rejaillit.

(Andrée Chedid)

 

Recueil: Par-delà les mots
Traduction:
Editions: Flammarion

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Vous voici au seuil de ma mort (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2017



Illustration
    
Vous voici au seuil de ma mort
plus blanche que le rêve d’un rêve
l’odeur de l’unique rose rouge de votre corsage
pose sa griffe sur mon coeur.

On dirait qu’il vient au lac
tout-à-coup une vague de cygnes.

J’avais oublié que vos yeux
étaient comme l’essence des plus beaux yeux
pressés au moulin le plus pur
éclatant l’alambic des créations ratées.

J’avais oublié que tout n’était
qu’une feuille déjà mâchée par l’automne
au prix de l’arbre immense et clair tonnant d’avril
de votre visage.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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UNE HISTOIRE FABULEUSE (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2017



&
 


nbsp;   
UNE HISTOIRE FABULEUSE

La moissonneuse-batteuse-lieuse
s’en va par monts et par vaux
elle n’est point paresseuse
c’est une bonne travailleuse

et vaut bien le prix qu’elle vaut
le taureau roulant ses gros yeux
se dit : oh la belle bête
Pasiphaë pesait bien peu
à côté de cette conquête

il la séduit aussitôt
elle en tombe amoureuse
il me fera un petit veau
songe-t-elle toute rêveuse

elle devint mère effectivement
d’une égraineuse-écosseuse-dénoyauteuse
et le taureau fut bien content
car il approuvait les mutants
et les histoires fabuleuses

(Raymond Queneau)

 

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SAN FRANCISCO NIGHT (Paul Gilson)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2017



 

Leroy Neiman San Francisco by Night [1280x768]

SAN FRANCISCO NIGHT

JE crois qu’il n’a jamais fait plus noir que ce soir
où la sirène pleure au bord du monde en ruines
mais la merveille vaut le prix du désespoir
Aussi profil perdu d’amour je te dessine

en aveugle et j’attends nocturne de l’enfance
que l’enchanteur ranime un oiseau mort de froid
sans avoir révélé le secret de la chance
Amour amour toujours dans mon rêve à l’étroit

(Paul Gilson)

Illustration: Leroy Neiman

 

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