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Poésie

Posts Tagged ‘prix’

L’abeille (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2018




L’abeille qui, toute à son vol, tremble aux abords
De la fleur colorée, puis se pose, quasi
Confondue avec elle
Pour l’oeil qui regarde sans voir,

N’a pas changé depuis Cécrops. Celui-là seul
Dont la vie est dotée d’un être connaissable
Vient à vieillir, distinct
De l’espèce dont procède sa vie.

Elle est la même, elle, qu’une autre qui n’est pas
Elle. Nous seuls — ô temps, ô âme, ô vie, ô mort ! —
Au prix de la mort nous payons
Notre vie plus vie que la vie.

(Fernando Pessoa)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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L’AMOUR SIMPLE (Christophe Langlois)

Posted by arbrealettres sur 29 juillet 2018



Illustration: Daniel F. Gerhartz
    
L’AMOUR SIMPLE

Rien n’a de prix que ton sourire
la lumière qui nous lie
et l’esprit embrassé

je le sais

les jours à sec me l’ont assez dit

comme l’eau ton visage porte

un mot de toi et me voici à flot
bondissant vers l’instant
dans la belle ordonnance
d’un navire affrété pour longtemps

(Christophe Langlois)

 

Recueil: L’amour des longs détours
Traduction:
Editions: Gallimard

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Suspens (Michel Leiris)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2018



Suspens

Ce prix quasi mortel
ne devais-je pas le payer
et ce grain de folie
n’était-il pas requis
pour que la sève recommence à circuler
et que l’arbre cendreux se couronne
d’une riche floraison de grandes vacances ?

(Michel Leiris)

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COMPARAISONS (Georges Themelis)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2018


 


Ettore Aldo Del Vigo  1

 

COMPARAISONS

Comme dans le sommeil, quand tu passes
A l’autre éclat de la nuit.

Le corps, le vêtement, le fruit.

Comme dans le sommeil, comme en amour,
Quand tu t’abandonnes totalement.

Tu restes sans corps, nu.

Le jour, la nuit, le temps,
Une histoire imaginaire.

Comme si les murs s’ouvraient en dedans, comme
s’ils faisaient choir
Les miroirs trompeurs qui nous couvrent,
Nous passons à travers un rêve,
Un rêve incessant atteint par la nuit.

Sans cloche et sans réveil.

Comme si nous passions dans le cercle des
Incorporels
Dans un isolement parfaitement clos.

Comme une lampe, qu’on a oubliée
Dans une chambre vide et fermée,
Seule, toute seule dans la solitude.

Qui nous connaîtra, qui nous soupçonnera ?

D’autres yeux, d’autres secrets
Derrière ces murs
Derrière les gardiens.
D’autres ombres déambuleront dans les chambres
Frôlant les choses, nos choses
Plus fragiles et rendues plus denses par notre amour.

Habitués, obéissants, et à peine délaissés
Ils recherchent des mains serrées comme nos mains,

Ils recherchent nos yeux messagers.

Ainsi que des fruits, qui ont mûri
Et restent encore suspendus au soleil,
Attendant l’oiseau, la main et la faucille,
Ici, se tiendra l’arbre de la cour,
Seul, stérile, désespéré.
Sans ailes et sans pollen
Dans un calme terrible.
Ici se penchera la fenêtre dans le vide,
Comptant le vent : doit-il tomber, ne pas tomber,
Notre toit toujours frais, comme au printemps ?

Au-dessus de lui un ciel désertique.

Jusqu’à ce que vienne Avril en son lent avenir
Avec tout l’éclat et la gloire, jusqu’à ce que vienne Pâque la Grande

Avec les nouvelles jacynthes, avec les ressuscités.
Pour que je te pare de la pourpre royale dans ta grande fête,
Bijou de grand prix :
Afin que tu sois beau parmi les beaux.

(Georges Themelis)

Illustration: Ettore Aldo Del Vigo

 

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DONNE-MOI, DONNE-MOI UN BAISER (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 11 juin 2018




    
DONNE-MOI, DONNE-MOI UN BAISER

C’est le dernier ! Baise-moi, je t’en prie.
Dans tes bras blancs, étreins-moi, serre-moi.
Donne un baiser ! Donne, je t’en supplie.
Car ton amour est le prix de ma vie.
Et dès demain, je ne serai plus là.

Je suis parti. Je suis parti sans elle.
Plus de baisers. Elle n’est nulle part.
Je sens, hélas, qu’elle m’est infidèle.
Pour qui sont-ils, les baisers de ma belle ?
Qui les acquiert, par des fleurs, un regard?

La nuit, le jour, je vis dans la souffrance.
Qui flattez-vous, baisers voluptueux
Qu’offre à présent la femme à qui je pense
Et qui, par là, bafoue mon espérance ?
Je suis loin d’elle et combien malheureux!

Voici venu le bonheur sans mélange !
Je peux rentrer ! d’un seul bond ! d’un seul saut !
Je hais le train et sa lenteur étrange.
Ô juste ciel, reverrai-je mon ange?
Pourquoi, Soleil, déclines-tu si tôt?

Merci, mon Dieu, j’entre dans ma demeure.
Aucun bruit. Rien. Mon сoeuг cogne et me dit,
Près d’éclater : «T’attend-elle à cette heure? »
L’horloge dort. Suis-je seul? Est-ce un leurre ?
Une poussière en mon oeil s’introduit.

J’ai sur la bouche une main qui se gèle.
Des pleurs secouent tout mon corps éperdu.
Je la croyais déloyale, infidèle.
Mais elle aimait… et mon coeur se morcelle.
Le sien est mort d’avoir trop attendu.

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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LA RIZIÈRE (Hwang Ji-u)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2018




    
LA RIZIÈRE

Après la grande pluie, je vais à la rizière.
Toutes les régions de Changpyeong et Damyang sont inondées !
La rizière est la vie.
Sur cet horizon son soupir enflant,
L’agriculteur redresse les plantes
D’un prix inférieur á la production,
sans compter son travail.
Malgré tout, que faire?
Vivre, vivre,
Dit-il.
De loin, les hirondelles le saluent.
Mon corps malade ne souffre plus.
Pourquoi donc ?
Voyant la couleur vert tendre sortir à peine de l’eau,
j’ai envie de pleurer,
tout à coup.

(Hwang Ji-u)

 

Recueil: DE L’HIVER-DE-L’ARBRE AU PRINTEMPS-DE-L’ARBRE Cent poèmes
Traduction: Kim Bona
Editions: William Blake & co

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Ne plus jamais aimer d’amour (Charles d’Orléans)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2018




Ne plus jamais aimer d’amour,
J’en ai parfois la tentation,
À cause des douleurs pénibles
Qu’il me faut souvent accepter.
Mais enfin, pour être sincère,
Quel que soit le prix à payer,
Je vous l’assure, par ma foi :
Je ne saurais en empêcher
Mon coeur qui est maitre de moi.

J’ai beau avoir subi des tours
Inouïs, j’ai tout dédaigné
Pour croire au secours d’un espoir
Tendre ou de Consolation.
Hélas ! Si je pouvais trouver
Le moyen de m’en retirer,
Par mon serment envers Amour,
Je n’y laisserais pas rentrer
Mon coeur qui est maitre de moi.

J’ai conscience qu’en le flattant,
Amour sait si bien le gagner
Que mon coeur voudrait tous les jours
Rester ainsi sans en bouger.
Et il s’obstine à rester sourd
Au mal qu’il me fait endurer;
Plaisir lui a donné ce pli :
Il agit mal en confisquant
Mon coeur qui est maitre de moi.

Envoi

Je suis fâché d’en parler tant,
Mais, par le dieu auquel je crois,
C’est que j’ai le souhait de reprendre
Mon coeur qui est maître de moi.

***

De jamais n’amer par amours
J’ay aucune fois le vouloir
Pour les ennuieuses dolours
Qu’il me fault souvent recevoir.
Mais en la fin, pour dire voir,
Quelque mal que doye porter,
Je vous asseure, par ma foy,
Que je n’en sauroye garder
Mon cueur qui est maistre de moy.

Combien qu’ay eu d’estranges tours,
Mais j’ay tout mis a nonchaloir,
Pensant de recouvrer secours
De Confort ou d’un doulx espoir.
Helas ! se j’eusse le povoir
D’aucunement hors m ‘en bouter,
Par le ser(e)ment qu’a Amours doy,
Jamais n’y lairove rentrer
Mon cueur qui est maistre de moy.
Car je sçay bien que par doulçours
Amour le scet si bien avoir

Qu’il vouldroit ainsi tous les jours
Demourer sans ja s’en mouvoir.
N’il ne veult oïr ne savoir
Le mal qu’il me fait endurer;
Plaisance l’a mis en ce ploy
Elle fait mal de le m’oster,
Mon cueur qui est maistre de moy.

L’envoy

I1 me desplaist d’en tant parler
Mais, par le dieu en qui je croy,
Ce fait desir de recouvrer
Mon cueur etc.

(Charles d’Orléans)


Illustration

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LA RETRAITE (La Flûte de Jade)

Posted by arbrealettres sur 8 avril 2018



Shitao -autoportrait

 

LA RETRAITE

Comme je ne sors plus d’ici, le monde ne s’occupe plus de moi.
Je vis en paix. Depuis combien de temps, au juste?
Il doit y avoir deux ou trois ans,
puisque tant de feuilles noircies de mes poèmes encombrent ma table,
et puisque mon petit garçon parle déjà.

Je considère avec pitié mes semblables
qui se fatiguent à la recherche de la fortune ou de la gloire.
Je me demande ce qu’ils en auront, dans la tombe.

Le sourire de mon petit garçon a, pour moi,
plus de prix que tous les trésors du monde.
Et quand j’ai composé quelques bons vers,
j’éprouve une satisfaction
que n’a jamais connue l’Empereur des Cinq Fleuves.

(La Flûte de Jade)

 Illustration: Shitao

 

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PRIX DU SILENCE (Axel Toursky)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2018



 

Ai Xuan 3

PRIX DU SILENCE

Eté, je n’ai pour t’appeler
que des paroles imprécises.
Mon sang n’est pas dans les cerises,
ma voix ne lève pas le blé.

Mais quels arguments trouve-t-il,
ce patriarche de la boue,
pour ébranler la lourde roue
calée dans la neige d’avril ?

Tu viens par le sentier caché.
On oublie aux premières pommes
de chercher ce que le vieil homme
était venu te reprocher.

Impuni, peut-être, mais sûr
des retraites qu’il te ménage,
tu remplis de sang tes images
à nous faire oublier ce mur.

(Axel Toursky)

Illustration: Ai Xuan

 

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VOYAGEUSE (Philippe Delaveau)

Posted by arbrealettres sur 1 mars 2018



Illustration: John William Waterhouse
    
VOYAGEUSE

Nous sommes nés de la douceur. Notre pays
N’appelle pas la mort du chant de ses oiseaux.
Même le sable était tranquille sur les allées,
Comme nous parcourions les roseraies, le long de la rivière.
Le soleil caressait nos cheveux et les feuilles.
Quelle ombre a visité le jour du chêne, quel automne
A jeté sur le dallage ces chevauchées de feuilles cramoisies ?

Souviens-toi, semble dire
La source qui reproche faiblement. Souviens-toi, dit encore
Caché dans la nuit d’arbre, le rossignol de l’ancienne folie
Qui a brisé l’ordonnance du monde et divisé ton coeur.
Tu n’aimeras qu’au prix de douleurs infinies. Tes mains
Se fermeront vainement sur les objets du monde,
Sur l’eau qui t’abandonne, le jour qui t’aimait
Sera comme une nuit.

En vain l’enfant du square pousse un cerceau d’or,
Jason

(Philippe Delaveau)

 

Recueil: Le Veilleur amoureux précédé d’Eucharis
Traduction:
Editions: Gallimard

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